Google
This is a digital copy of a book thaï was prcscrvod for générations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project
to make the world's bocks discoverablc online.
It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject
to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books
are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that's often difficult to discover.
Marks, notations and other maiginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book's long journcy from the
publisher to a library and finally to you.
Usage guidelines
Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the
public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we hâve taken steps to
prcvcnt abuse by commercial parties, including placing lechnical restrictions on automated querying.
We also ask that you:
+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use thèse files for
Personal, non-commercial purposes.
+ Refrain fivm automated querying Do nol send automated queries of any sort to Google's System: If you are conducting research on machine
translation, optical character récognition or other areas where access to a laige amount of text is helpful, please contact us. We encourage the
use of public domain materials for thèse purposes and may be able to help.
+ Maintain attributionTht GoogX'S "watermark" you see on each file is essential for informingpcoplcabout this project and helping them find
additional materials through Google Book Search. Please do not remove it.
+ Keep it légal Whatever your use, remember that you are lesponsible for ensuring that what you are doing is légal. Do not assume that just
because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other
countiies. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can'l offer guidance on whether any spécifie use of
any spécifie book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search means it can be used in any manner
anywhere in the world. Copyright infringement liabili^ can be quite severe.
About Google Book Search
Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps rcaders
discover the world's books while helping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full icxi of ihis book on the web
at|http: //books. google .com/l
Google
A propos de ce livre
Ceci est une copie numérique d'un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d'une bibliothèque avant d'être numérisé avec
précaution par Google dans le cadre d'un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l'ensemble du patrimoine littéraire mondial en
ligne.
Ce livre étant relativement ancien, il n'est plus protégé par la loi sur les droits d'auteur et appartient à présent au domaine public. L'expression
"appartenir au domaine public" signifie que le livre en question n'a jamais été soumis aux droits d'auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à
expiration. Les conditions requises pour qu'un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d'un pays à l'autre. Les livres libres de droit sont
autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont
trop souvent difficilement accessibles au public.
Les notes de bas de page et autres annotations en maige du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir
du long chemin parcouru par l'ouvrage depuis la maison d'édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains.
Consignes d'utilisation
Google est fier de travailler en partenariat avec des bibliothèques à la numérisation des ouvrages apparienani au domaine public et de les rendre
ainsi accessibles à tous. Ces livres sont en effet la propriété de tous et de toutes et nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine.
Il s'agit toutefois d'un projet coûteux. Par conséquent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources inépuisables, nous avons pris les
dispositions nécessaires afin de prévenir les éventuels abus auxquels pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des
contraintes techniques relatives aux requêtes automatisées.
Nous vous demandons également de:
+ Ne pas utiliser les fichiers à des fins commerciales Nous avons conçu le programme Google Recherche de Livres à l'usage des particuliers.
Nous vous demandons donc d'utiliser uniquement ces fichiers à des fins personnelles. Ils ne sauraient en effet être employés dans un
quelconque but commercial.
+ Ne pas procéder à des requêtes automatisées N'envoyez aucune requête automatisée quelle qu'elle soit au système Google. Si vous effectuez
des recherches concernant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractères ou tout autre domaine nécessitant de disposer
d'importantes quantités de texte, n'hésitez pas à nous contacter Nous encourageons pour la réalisation de ce type de travaux l'utilisation des
ouvrages et documents appartenant au domaine public et serions heureux de vous être utile.
+ Ne pas supprimer l'attribution Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre projet
et leur permettre d'accéder à davantage de documents par l'intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en
aucun cas.
+ Rester dans la légalité Quelle que soit l'utilisation que vous comptez faire des fichiers, n'oubliez pas qu'il est de votre responsabilité de
veiller à respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public américain, n'en déduisez pas pour autant qu'il en va de même dans
les autres pays. La durée légale des droits d'auteur d'un livre varie d'un pays à l'autre. Nous ne sommes donc pas en mesure de répertorier
les ouvrages dont l'utilisation est autorisée et ceux dont elle ne l'est pas. Ne croyez pas que le simple fait d'afficher un livre sur Google
Recherche de Livres signifie que celui-ci peut être utilisé de quelque façon que ce soit dans le monde entier. La condamnation à laquelle vous
vous exposeriez en cas de violation des droits d'auteur peut être sévère.
A propos du service Google Recherche de Livres
En favorisant la recherche et l'accès à un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le français, Google souhaite
contribuer à promouvoir la diversité culturelle grâce à Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres permet
aux internautes de découvrir le patrimoine littéraire mondial, tout en aidant les auteurs et les éditeurs à élargir leur public. Vous pouvez effectuer
des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l'adressefhttp: //book s .google . coïrïl
«H,
r.
.. >
■ ,<■
\
I
■ : I * • p
.->■ > ■
, f
t ^ "
.
\
• ;"
tw
\
"^
r
■1
1
« ■
-^ '
« ■
r •
\
*
r
!'v.
«
î >
.*-■■>•■■■■
• '■
.K
-t-
■■ ■ "'>.. ■ .
C"
i ■
<■'
.\
/'i
f
■ .» .
f .
. \ .
• *,
HISTOIRE
DE LA VILLE DE
Brie-Comte-Robert
iDas Ortgtnas au XV- Slèclt)
Par Edmond MICHEL
PARIS
DITJABBIC êc C", Éditvurs, 50, rue des Saints-Pères
• ^ * ■ /
HISTOIRE
1)1-: i.A VIL1.I-; i)i:
BRIE-COMTE-ROBERT
HISTOIRE
i)i; i,.\ vii.i.i; i)i;
Brie-Comte-Robert
(D»$ OrIgtiïBS au XV' SlèelB)
Par Edmond MICHEL
PARIS
rn'JARRIC et d". Hr.iTKi lis. ôi). nii- des Sainls-PiTes. .'W
'B^sns'
DU /^tj^t AUTEUR
JSan H/cor et sa famille, Notice, précédée d'un avis au lecteur.
Toulouse, 1897. Brochure in-8", tirage à part des Annales du iMidi.
Une receoeuse des postes à BrleOomte-Robert en 1870,
(Mademoiselle Clara TOUSSAINT). Brie-Comte-Robert, 1900. Bro-
chure in-8", ornée dune vue et de portraits. — Privas, 1901 nouvelle
édition in-8", revue et augmentée avec illustrations nouvelles.
Le Château de Brle-Comte-Robert Brie-Comie-Robert. 1900.
Brochure in-8" de 8i pages sur simili-japon, ornée d'illustrations et
de plans.
h:X PRÉPARATION :
HISTOIRE DE LÀ VILLE DE BRIECOMTE-ROBERT. 2- partie,
du XV' ""^ siécK' à nos jours.
Hi^toiFe de Brie-Gorate-I^obeFt
AVANT-PROPOS
Cest presque, aujourd'hui, une tentative populaire que de ressus-
citer clans certaines de nos campagnes les moins susceptibles en ap-
parence de « sentimentalité historique » le souvenir du pa^sé local.
« Le public, le vrai, écrivait M'"'' Séverine, en ce moment, s'émeut
de tous les petits côtés de l'histoire. On veut du vécu : voir le visage,
le vrai visage des acteurs, dans la coulisse des événements ; on veut
avoir.tandis que le verbe et le geste léguaient des aphorismes, quel-
les émotions dilataient ou serraient le cœur jusqu'ici inexploré et
mystérieux.
«L'neng^ouement du réel saisit les foules, tandis que. d'autre part,
une envolée mystique les jette vers l'inconnu. On souhaite que le
jadis s'éclaire et devienne accessible, non plus seulement dans ses
apparences, mais dans son for intérieur : on désire connaître par le
menu 1 existence des personnages, la topographie des lieux : ce
quon pourrait appeler la géographie psychologique quant aux êtres,
matérielle quant aux choses, sur quoi suivre le texte qu'ont dicté les
faits...»
•H. Fustel de Coulanges, dans l'introduction de V Alleu, a dit de son
cuté : « L'histoire devient la science des actes sociaux. »
^•rjohn Lubbock en ouvrant, en 1892, le premier congrès Interna-
tiona, de sociologie, s'exprimait ainsi : « Comme il est triste que les
historiens aient négligé le côté social de l'histoire ! Nous trouvons
aes pages et des pages consacrées à des guerres, des batailles et des
luttes pour le pouvoir, tandis que la condition sociale du peuple est
entièrement omise ou traitée en une phrase ou deux ! »
Rien n'est plus vrai.
^^îlÇ histoire des sociétés du passé est depuis peu commencée.
AVANT-PUOPOS
Beaucoup s*attachent à ce travail dont l'attrait est plus j^rand qu'on
ne pense à mesure qu'on fouille l'activité sociale des autres à^es.
C'est ce que j'ai voulu faire pour Brie-(>omle-r^obert, persuade
qu'il serait intéressant de faire revivre ses m(eurs et ses habitants
d'autrefois, et d'étudier les conditions anciennes de son existence.
Il était pour cela indispensable de fouiller les archives notariales
où l'on retrouve, écrite avec une sorte de naïveté solennelle, la vie
publique et intime des ancêtres, où les transformations foncières sont
minutieusement indiquées.
Je remercie, profondément ici. Messieurs les notaires, qui ont bien
voulu m'ouvrir libéralement leurs minutiers. On retrouvera souvent
leurs noms au bas des payées qui vont suivre comme indication de
sources d information.
Il fallait également que dans nos dépôts d'archives, je fusse à même
de recueillir, en outre des documents, pour ainsi dire ol(icicls,ce que
je pourrais appeler le côté anecdotique de Ihisloire. Je ne saurais
dire la complaisance que j'ai rencontrée à cet é«;ard tant aux archises
départementales, qu'aux archives nationales et aux grandes biblio-
thèques publiques. Le regretté M. Lemaire et son érudit successeur
^\l. Hugues, à Melun, M. Stein, M. \'iard, M. Legrand et beaucoup
d'autres, à Paris, m'ont considérablement facilité la tache que je
m'étais imposée. Je me fais un devoir de leur en témoigner ma vi\e
gratitude.
.Wais ce travail de recherches exige également un effort matériel
considérable Je me dois de proclamer ici le concf)urs que jai re^;u
de quatre de nos concitoyens: M. Brandin, cjnseiller général et
présider. t de la Société d'histoire et d'archéologie de Brie, M.(>amus,
notaire, M. Lepoivre , conseiller municipal, M. Blondeau.
architecte, tous les trois membres de la Société d'archéologie de
Brie-Comte-Hobert. Je n'aurai garde d'oublier ici les ncnes, auxquel-
les j'ai puisé, laissées par M. (Camille Bernardin qui avait con<;u, lui
aussi, le projet d'éciire une monographie de ikie-Comle-Robert.
Je serai heureux d'avoir pu contribuer, grâce à ces bienveillants
concours, à faire sortir l'histoire de Brie-Comte-Robert du domaine
des généralités.
l-:i>M0ND MICIIKL
zïoùt nj(Ji .
HISTOIRE
Di; LA vii.Li; ui;
BRIE - COMTE - ROBERT
CIIAl'ITHIÎ PKKMIHU
11 n'est pas besnin d'autres téim li^Hiiî^'^s qu'une i ibscrvali< m
■iUentiiL', fortilicc d'ailleurs par les dDunées de l'histnire.
P"ur Se rendre compte que le sol sur lequel s'élève Brîe-
<-"mtc-Ki>bert. et en même temps tuut le pays envinmnanl,
iilaita l'époque anlé-rumaine couvert d'épaisses forêts. ]*eut-
'-■''■<-', en de rares endroits, les au luch toiles avaient-ils essayé
'Quelques timides tentatives de défrichement, mais c'est tout à
P'-'ine s'ils purent créer des clairières où véfj:était une popula-
""ti à demi barbare et, à coup sûr, bien plus ad(,mnée à la
L'hiisse qu'à l'agriculture. Il est intéressant, àce prnpos, de
n^itur le nombre relativement considérable de pointes de
Ilécht; un pierre que l'un trouve encore auji.iurd'hui éparses
ourles pentes de la vallée du Cornillot.
V'
i> msToiRK 1)1-: LA vrij.K
Il scnTblcmit pourtant qu'à une époque lointaine, le soi de
Brie-(^( )mte-K( >bert — < )U de ses accincts immédiats — aient été
partiellement le centre d'activité d'une certaine civilisation.
Lorsque les (]eltes, auxquels n( )us aim )ns à nous rattacher,
franchirent, par une pous.sée venue de !*( )rient, le Rhin, entre
le 7" ou letj siècle (r) avant notre ère, ils trouvèrent le pays
déjà occupé. Il est aujourd'hui parfaitement admis que c'est
à ces premiers habitants du sol qu'il faut faire remonter les
mrmuments méLralithiques (menhirs, dolmens, cromlechs,
etc.. etc.) que l'on avait trop facilementattribuésauxDruides.
L'existence de ces monuments témoiirne tout au moins
d'une communauté d'elVorts qui peut donner une idée confuse
mais appréciable de l'état social de ceux qui les ont élevés.
Leurs conquérants, les (Celtes, n'apportèrent avec eux que
leurs m(eurs barbares et nomades et \raisemblablement il se
produisit alors ce qui arri\e après chaque invasion, une
période d'arrêt dans la ci\ilisation préexistante, période qui
peut avoir duré plusieurs siècles. (-2)
Si les prémisses que je pose et que je ne pose qu'après des
érudits de haute valeur ont quelque fond de vérité, nous
pouvons, d'ores et déjà, supposer que la réjjfion de Hrie était
habitée par les peuplades conquises vers le y siècle avant
notre ère par les (Celtes.
M. 1^. Rivière, dans une communication à l'Académie des
d,' « Los l>lti'S M. par M. Ferdinand Lot Revue Hn»:yclopédique. iS-^S. n- 270. p. (),2-<j(i2.
'2. IVut-étre cette population ancienne, soumise par les Celtes ou relbuléc par eux. ver-i le
sud-est de la France, appartenait-elle a un ranieau des ibères. On a avancé i|ue les Sicancs.
'faction des lt>ères qui peupla la Sicile, éttient probablement d'anciens habitants des bords
de la heine. d'où leur viendrait leur nom. iSequana, sicanoi. Il m mblerait même que leur
>éjour dans la contrée de Bric puisse être démontré ce qui ne saurait étonner après la thèse
que nous rapportons ci-iiessus 'n l'empruntant à des auteurs fo-^t sérieux.
On trouvera dans L' cours de cette histoire le nom d'une famille qui occupa à Brie-Comte-
Robert un certain rang ; je veux parler de.s La Jarrie. Iîn avaient évidemment pris ce nom
d'un o lieu dit » appartenant a la commune de Servon.
M I e jarriel. le Jariel. la )arrie. dit M. Maurice l.ecointe. ont pour origine un dérivé bas latin
du mot " an croma n et peut-être anléjraulois »» (jakkic qui vient plutôt des Ib res que des
I iiçur^'s. On le trouve, en ertet. en Espagne cl pas en Italie. Hn outre, il survit dans les dia-
lectes, des régions occupées autrefois par les Ibères et nous savons par Festus Avienus que
ces peuples occupaient le pays à j'oueat du Rhon*? et leur nom signifie, parait-il, <* peuple de
l'Occident. «♦ « Oiigine et formation des noms de lieux habités » par .M. .V.aurice Lecointe. —
(Bulletin de la société dhistoire et d'archéologie de Provins, h' vol. 1892-1894. p. 3V>S.,.
\)i: lîKIK-COMTE-RonKRT <)
sciences, siirnale Tcxislcncc d'une série de menhirs ou pierres
levées, situés sur les bords de la rivière d' Verres, tant sur la
oimmune de Brunoy que sur celle de Boussy-St-Antoine (i).
Peut-être pourrait-on rattacher à ces vestiires intéressant|
une pierre. au;r)urd'hui disparue, qui existait autrelV)is à
Hrie-(]omte-Robert, derrière rhôtellerie de l'I^cu, sur le che-
min appelé jadis, tant(')l de la Mjre aux prctres, tantôt de la
Pierre nu relu f hic, auj<>urd'hui chemin de Servon. (-2) On est
presque involontairement amené en prononçant ces mots :
* Pierre Marchande >> à év(>quer le souvenir de la fameuse
'Pierre des Mji'cJunds à Locmariaquer, surtout si l'on son^^e
queHrie-Comte-Robert fut de temps immémr)rial un marché
important (3). 11 paraîtra à beaucoup que l'existence ancien"
nement vériliée de cette pierre, « une borne », ainsi que
l'indique le document du X\'l" siècle qui est visé ici, peut se
rattacher à quelque monument mégalithique, probablement
un menhir, dans le ^enre de ceux dont M. K. Rivière, a
ûtnstaté l'existence à Brunoyet à Boussy-St-Antoine (4). Dans
^^ cas, elle serait la preuve que sur ce point un groupement
quelconque, soit temporaire, soit permanent, d'habitants
•"^esi produit. Kn première analyse, on pourrait déduire que
' * M. E. RiviC're envoie deux mémoires sur une série de menhirs ou pier'es 'evces. tous
''ituosui les bords de la rivière d' Verres, soit sur le territoire de lu commune de Brunoy. soit
^"■trluide Bou-^sy-Saint-Antoine. Os menhirs, mentionnés autrefois dans certains docu-
fncnsdu XV' siècle, sous le n-^m de « pierres frittes ou fittes «, avaient déjà été signalés par
pluMfurs archéologues, mais ils n'avaient pas été d»*crils jusqu'à ce jour. »
Journal officiel du S juin iSj;. p. î.163 — Compte-rendu de l'Académie des sciences.;
- ^f nom de 1 ierre Ma chande se trouve plus particulièrement répété dans une série de
'i«ui (lit^ contenus dans une « déclaration des terres en jachères de la Grivclle n du XVI*
Médp Arch. départementales. E. 1847.;
» I)« fouilles rationnelles exécutées sur ce point permettraient assurément de vérifier ce
P<*'nt important pour l'histoire de brje-Comte-Sot>ert. Il est regrettable qu'on n'ait jamais
^H^ a les faire.
. On a dit que le « département de Seine-et-Marne n'est pas riche en monuments
primitifs 8 dits celtiques n r; ou antéc'eltiques. On n'y rencoutre pas ces aéries de mono-
lilhf.s orientés qui existent dans le limousin, la Vendée, la Bretagne ... A peine signale-t-on
quflques menhirs isolés... » t>la est vrai. .Mais, disons-nous, bien que nr.us sommes dans un
pay^ ou la terre a conquis des fermes, des châteaux, des domaines dont on ne trouve plus
^'a*-"e visible alors que les documents qui nous restent en signalent l'existence au tejiips jadis
""fst pas douteux que menhirs, dolmens, cromlechs et autres monuments mégalithiques
ont subi eux aussi les assauts de la terre et que nombre d'entr'eux ont disparu sous son
'"«istible poussée.
lO HISTOIRE DI-: LA VILI.K
des marchands se donnaient rendez- vous autour de
pierre au nom singulièrement caractéristique. De là
habitat humain stable, il n'y a qu'un pas. Quelle er
''importance, l'étendue > Ne lut-il pas considérabler
amoindri par l'arrivée des Celtes > Existait-il encore au tei
où les légions romaines tirent leur apparition >
Autant de questions auxquelles il est diflicile de répon
puisqu'il ne reste rien de cette époque et que le seultérru
cette pierre marchande qui justifie toutes les hypothèse
disparu depuis longtemps.
11 n'est pascependantimpossible, à mon sens,deprèscr
à ce sujet, quelques brèves observations.
Si à la « période mégalithique », un centre d'échar
s'était établi autour de laPierremarchande, il esta présu
qu'il n'a pas totalement disparu au cours des siècles
suivirent. Les lois économiques, créées par la force
choses, subsistent à toutes les révolutions, à tous les dt
très, jusqu'au jour où un concours nouveau de circonsta
dictées par l'intérêt, vient les modiller.
Le point où s'élevait la Pierre marchande était géogr;
quement, à fort peu près, à égale distance des Pjm//
\Meldt\ des Tricasses et des Senoncs. Il était donc admir
ment désigné pour servir de centre à toutes ces peup
qui apportaient avec elles leurs produits pour les échi
contre les produits de la peuplade voisine. C'est peut-c
cette cause que Brie doit d'avoir été un marché importe
réputé jusqu'au jour où les voies ferrées boulevers
l'économie générale et ruinèrent des établissements
laires pour en créer d'autres.
Lorsque le Druidisme vint propager sa philosoph
milieu des Celtes, on peut imaginer que, si ses prêtres
vèrent en pleine activité le rendez-vous marchand dont
parlons, ils se gardèrent de le laisser tomber en désué
Les réunions temporaires ou périodiques, qui se forrr
en cet endroit, l'agghjmération permanente qui avait \
constituer ne pouvaient queservirleurprosélvtismereli
DF-: RRIK-COMTE-ROHKRT I I
cl asseoir leur omnipotence Ihéocratique. Les lieux leur
claient de tous points favorables. Le relief du sol laisse
Voir à proximité de la Pierre marchande une sortede cuvette
aux pentes assez raides, au fond de laquelle jaillissent de
puissantes fontaines qui, alors, devaient être plus considé-
rables encore, et dont l'écoulement se fait dans T Verres par
un étroit vallon d'environ deux kilomètres de longueur.
Jetez sur les pentes qui forment cette cuvette et sur les pla-
teaux au milieu duquel elles se creusent, une épaisse forêt,
presque inabordable, et demandez-vous si, dans cette soli-
tude, il vous sera difficile de concevoir un sanctuaire drui-
dique.
On sait combien la relig"ion des druides aimait le silence
majestueux des forêts, le voisinage des sources mystérieuses,
cedéeor naturel qui inspire une vague terreur à la masse,
qui frappe l'imagination des mystiques et en impose aux na-
tures les plus brutales.
Hn vérité, on se sent entraîné à supposer que si les druides
ne trouvèrent pas à proximité le centre économique que
laisse Soupçonner Pierre Marchande, ils durent le créer, ou
'"^ils le trouvèrent diminué, ils s'ingénièrent à le relever. A
cesêpoques, et même à des époques moins lointaines, com-
merce et religion s'accomodaient assez bien et rien n'était
propre à la fortune d'un centre éconr)mique comme un ren-
J^'z-vous religieux voisin, de même que les pèlerinages pro-
v*»quaient généralement une activité commerciale parallèle.
Croire que les Romains, en asseyant leur domination dans
'-pays et même en poursuivant le Druidisme, auraient sup-
primé ce centre d'échanges, ce serait mal connaître leurs
Pi^'Cédés administratifs. Ils durent au contraire l'encourager,
^'n favoriser l'extension, en assurer la sécurité, parce que
^^*tait le meilleur moyen de se ménager des sympathies au-
tour d'eux, de n< )uer des relations intéressées avec les peuples
du nord de la Gaule, de répandre et de fortifier leur influence.
Ce sont là des hypothèses, dira-t-on ? Sans doute. 11 n'est
guère pour les soutenir que la situation du pays, servant de
\'2 HÏSTOIRK 1>K LA VILLE
point de contact à quatre populations de mceurs et d'occup
tions diverses, ayant chacune d'elles des produits particulie
à échanj^er contre les produits de leurs voisins. Les Meld<
apportant le 1er qu'ils travaillaient, ainsi que le souvenir c
leurs ateliers s'est conservé dans Ferriùres, dans Ozoir-l
Ferrière et demeure prouvé par les amas de scories qu'<
rencontre dans un ravon assez considérable ; les Senoncs. c
Melun et des environs, apportant leurs «jrrains et autres pr
duits a^nicoles, les 'J'ricasses apportant les productions c
l'Kst et de la ré^'-ion montai^neuse des \'osg-es comme It
Parisii, par leur Xaiilcs, apportaient celles de l'Ouest et d(
rivages de l'Océan.
On ne saurait s'étonner qu'il ne soit rien resté du san
tuaire druidique, s'il en lut un autour des sources dont j'
parlé (i). I>e caractère particulier de cette reliirion était
prohibition des temples bâtis, ou des représentations ligi
rées des dieux.
Quant aux Romains leur présence en ce point dut rép»»
dre à une nécessité stratéirique et de surveillance. Poii
n'était utile d'entretenir dans ce but une troupe nombreus
d'édifier — le terme n'est pas exai^'éré — un camp. Il sulïiSii
pour observer le marché et les populations qui le fréqiie
taient, de quelques h<»mmes, peut-être abrités derrière i
ouvrage en bois — la forêt voisine fournissait tous les él
ments nécessaires — recouverts de peaux de b(euf et olïra
suffisamment de résistance à une agression des autochtone
11 est certain que rien ne peut nous être parvenu d'un édili
de cette nature.
Mais à défaut de restes et de vestiges documentaires, il
quelques déductions à tirer de certains textes sur lesquels
crois bon d'appeler l'attention.
On n'est pas absr)lument d'accord sur l'époque à laque
s'est faite févangélisation de n<_)S contrées.
(ï ' Les >ourcos dans l'ant^uité étaient le plus souv. nt déiliies ou tout au moins r<
de la vénération populaire. 11 n'était même pas nécessaire pour cela qu'elles tussent cha
ou minérales. On pourrait citer de multiples exemples de ce culte pour les fontaines c
eaux courantes.
DE BRŒ-COMTE-ROlîEUT l3
Deux écoles sont en présence : Tune la fait remonter au
III' siècle de Tère chrétienne ; l'autre, avec des ariifuments très
serrés et, disons-le, bien près d'être décisifs, assurent que
cette évanfrélisation date du r'"" siècle de l'ère chrétienne.
En ce qui touche notre rép^ion, il n'y a d'ailleurs aucun
doute — et les deux écoles sont d'accord là dessus — que le
pays a été évan^élisé par Savinien et ses disciples.
M. Fabbé Ilénault a publié in extenso ( i ) ce que la légende
nous a conservé à cet éirard (2).
Nnus apprenons par ce texte que lors de la première per-
sécution qui eut lieu « sous Tlnlame Néron, ce monstre d'ini-
quités, les Saints Martyrs Savinien, Potentien et Altin, pour
obéiraux ordres du (^ieletàceux du Chef des Apôtres, tra-
versaient l'Italie, en toute hcite, franchissaient les fleuves au
péril de leur vie, erraient dans les montagnes désertes, se
réluiriaient au fond des cavernes et gagnaient bientôt les con-
linsdelaGaule »,
I^a lé^ï-ende nous montre les saints voyageurs évangélisant,
t^iiptisant et arrivant ainsi à Sens (3).
I^e Sens, Savinien envoie Altin et Edoald à Chartres par
^^rléans, pendant que lui et Serotin vr)nt à Troyes. Les pre-
miers à leur retour de Chartres passent par Paris, << mais n'y
baptisent que quelques personnes » et de là, ils gagnent Cré-
teil(f village où était un temple païen, réceptacle d'infâmes
divinités, au milieu d'une nombreuse population d'idolâ-
tres ^4).
f^'està ce moment qu'eut lieu à Créteil le martyre des chré-
^'^'ns qui a laissé à cette localité sa légende propre. Quanta
' * Recherches historiques sur la fondation des églises de Chartres et des églises de
^n-i.Troyes et Orléans ». .Paris. 1884. in-8-).
- • Legenda sanctorum y (Codex n- l<X) de la bibliothèque de Chartres) et en particulier
•acNatalis martirum Saviani et Potentiani >> qui commence au n" 213 du Codex.
» ^i la léa;end« dit vrai, si Sens. Troves. ('hartr**s étaient considérés au i" siècle comme
^*confinsde la Gaule. « ce que nous venons de dire du marché de Brie-(!omtc-Robert. de
'*«tualion des Romains sur ce point, poste avancé extrême, se justifie et s'éclaire du texte
^l'xjfcitf.
"J 'lest impossible de ne pas signaler au passage ce fait, consacré par le récit légendaire,
""existence de> temples païens, et aux alentours, d'une nombreuse population, au i" siècle
f » ère chrétienne, non loin du territoire de Brie, à quelques kilomètres de Pierre Marchande.
Î4 HISTOIRE DE LA VILLE
Altin et Kdoald, ils regagnèrent la ville de Sens «^ù résidait
Saint Potentien. Ce n'est pas trop s'avancer que de les faire
passer akirs par le lieu où s'élève Brie-0)mte-R<)bert aujour-
d'hui et de supposer qu'ils évangélisèrent cet endnjit o »mmc
les autres.
Ma première hypothèse se vérifie par une considération
géographique qui va immédiatement trouver sa confirma-
tion. M. Hugues me la fournit, avec un des itinéraires de
Bourgogne indiqués par le « Guide des chemins »> du XVI"
siècle drint il donne le parcours et le tracé ( i ).
w De Paris à Sens (par Alontereau). (^harenton, CrêtciU
Boissy, la vallée de Grosboys, Brye-Comte-'Robert , Evrry,
Limoges, Saint-Germain, Sivry, Chastelet. ^'alence, Monte-
reau ». (^ette route, ajoute Al. Hugues, de Brie-Comte-Robert
au Châtelet n'existe plus aujourd'hui (2).
Ma seconde hypothèse, en ce qui concerne l'évangélisatit m
de la population qui, suivant toute apparence, vivait non loin
de Pierre-Marchande, se vérifiera par la légende elle-même.
Que fait saint Savinien lorsqu'il arrive à Sens? La légende
nous répond: « Il bénit et consacre, aux pieds des mursdc
la ville, deux églises d'une construction modeste. Il dédie
l'une à la ^'ierge Marie, mère de Dieu, et place l'autre sous
le Vocable de saint Etienne, premier martyr. Il en consacre
une troisième en fhonneur de saint Jearî-Baptiste. »
Que font saint Alvin et Kdoald en arrivant à Orléans?
w Ils consacrèrent une église sous le vocable de saint
Etienne, dit la légende, et ils consacrèrent une église aux
pieds des murailles de cette ville, la dédiant à la gloire de
la mère de Dieu. »
Quelles sont les premières églises à Melun > Une église
à Notre Dame et une église à saint Etienne, à côté l'une
de l'autre.
(i) a Les routes de Seinc-ct-Marne avant 1789 » par A. Hugues, archiviste de Seine-et-
Marne (iVîelun. 1897 in-8"'; .
(2; Il en reste on tout cas des vestigoN imposants particulièrement entre Brie-t'.omtc-Robert
et Kvry-les-Chàteaux. où l'on remarque un pont jeté sur lYcrrcs, à la hauteur de la ferme de
Sansalle et qui est encore en parfait état de conservation.
DE BRIE-COMTE-ROBERT ID
A Dijon, à côté du baptistère Saint-Jean, était une cr^'pte
dcdicc à saint Etienne qui servit aux premiers chrétiens
de la ville.
A Lyon, Pothin, Irénée, Bénigne, érigent un sanctuaire
dédié à la Très Sainte Vierge et, à côté, un baptistère saint
lean.
Sans multiplier ces citations, on peut dire que partout
"»ù les premiers évangélisateurs ont passé, trois sanc-
tuaires se dressent. Deux généralement voisins : Tun
consacré à la mère de Dieu, l'autre à saint Ktienne. L'abbé
Lebeuf nous apprend d'ailleurs que beaucoup d'évêques
des (laiiles avaient eu des pierres teintes du sang du pre-
mier martyr. Le troisième sanctuaire, baptistère, est natu-
rellement dédié à saint Jean-Baptiste, mais il n'est pas
touji>urs situé à côté des deux premiers.
" < Jnjj^inairement, dit l'abbé Lebeuf, les baptistères n'é-
taient pas si proches des cathédrales ou autres églises
qu'un les a vus depuis. »
Leia se comprend de reste. Dans les premiers siècles, le
baptême n'avait pas lieu, comme aujourd'hui, par ondoie-
ment, mois par immersion. (.)n cherchait donc un endroit
situe au b(>rd d'une rivière ou d'une source pour y élever
nnn pas une basilique mais un sanctuaire qui alTectait
généralement la forme circulaire. On appelait ces sanc-
tuaires : Saint-Jean-le-Rond.
" I^c.'n(»mde Saint-Jean-le-Rond n'était pas singulier à la
cathédrale de Paris, dit encr)re l'abbé Lebeuf; celles de Sens
et d'Auxerre t)nt aussi leur Saint-Jean-le-Rond comme leur
Notre-Dame et Saint-Ktienne. »
/x- savant historien conclut ainsi comme nous l'avons fait.
Les lieux primitivement évangélisés étaient par les apôtres"
des Gaules tout d'abord dotés de trois sanctuaires : Notie
'Jame, Saint-Etienne et Saint-Jean.
Or, que vr)yons-nous à Brie-(]omte-Robert?
/•• L'ne église Saint-Ktienne, encore debout.
'2" l'ne église dédiée à Notre-Dame, qui était séparée de
m) IIÏSTolKi: I)H l.A VILLK '
la première pur une simple rue, comme à Paris, comme à
Melun. comme à Sens, c«KT!me à Orléans, etc.. etc. Si «^-
sanctuaire, dédié à X»)tre-name, a disparu depuis trois siècles
son existence ne saurait être contestée, car elle est — corriro
on le verra au cours de cet ouvraire — affirmée par !<•
archives d'une façon indéniable.
Du sanctuaire Saint-jean, nous n'avons rien; et. cepcr
dant, son souvenir se retrouve d'une fag>n presque éviden
au bord même des fontaines dont j'ai déjà parlé, ("'est là ci^
fut construit le château et des deux chapelles qu'il c<>ntenti.i
la plus ancienne, celle dont l'origine était difficile à déto
miner, était placée sous le vocable de Saint Jean-Bapti^^-
dont le nom se perpétua encore dans une des tours quiti^<^
probablement, comme nous le verrons par la suite, existi^
avant le château lui-même.
Nous nous trouvons d(mc, d'une façon difficile à o >
tester, en présence de la trinité relii^rieuse, base de fapt '
tolat des premiers évanfifélisateurs, dans les (îaules.
Si nous admettons, avec l'évidence ^'"éoirraphique, q *-
saint Altin et l^doald, à leur retour de (^réteil à Sen
passèrent par le lieu où depuis s'est élevé Brie-Comt.
Robert: si nous rapprochons l'existence des trois san •
tuaires primitifs de cette ville, de celle des autres sanctuaire::^
élevés par les premiers ap(')tres des (laules dans les pay
qu'ils évangélisèrent, nous sommes presque conduits à dir^
que le lieu où se trouve aujourd'hui Hrie-(^)mte-Robe^
reçut les premières lumières de la foi chrétienne par sair^
Altin et Kdoald. « Ceux-ci, dit la léfj^ende reproduite pa
M. fabbé llénault. durant leur trajet, enseii^rnèrent aur
peuples les lois chrétiennes et fondèrent des éirlisesdans
les villes. »
Il faudrait donc alors que Brie-(>)mte-Robert fût une ville
Comme Sens, comme Orléans, C(nnme Paris, C(»mme Melun !
On m'objectera, non sans rais(»n.que rien, ni sur le sol
ni dans la tradition, ni dans les documents, ne permet de dire
qu'il ait existé sur ce point une ville aux premiers siècles
t)E BRIE-COMTE-ROBERT IJ
de Tère chrétienne. Quelques vicissitudes qu'une ville
semblable eût eu à souflrir pendant les siècles qui sui-
virent la prédication de saint Altin et de son compagnon
Kd4>ald, il serait extraordinaire que le souvenir, même
confus, d'une agglomération importante en ce lieu ait totale-
ment disparu. De fait, on ne trouvera absolument rien sur
l^rie-Comte-Robert, dans les siècles primitifs, à part une
rncntir>n de saint Fortunat, dans sa T/V de saint Germain
niention que nous examinerons plus loin.
I -'objection est- puissante et elle resterait absolument
^'*i< >mphante si je ne rapf)elais ici tout ce que j'ai dit dès les
P^<i mières pages de ce chapitre.
Jci ne crois pas, en etïet, et je me garderai bien de dire
Quo Brie fut à cette époque une ville au vrai sens du mot;
'^^^^iîi on comprendra aisément que, si saint Altin et Kdoald
^''< *vjvèrent sur leur route un marché fréquenté, un centre
ver^ lequel, à des époques périodiques, refluaient les popu-
'*^tî« )ns des environs, si, d'autre part, ce centre économique
^^^^it en même temps un foyer religieux et par conséquent
^^tl\jent, bien propre à servir leur propre prosélytisme, ils ne
'^^^nquèrent pas d'y prêcher la foi nouvelle et en même temps
^ y établir les trois sanctuaires habituels, d'y installer comme
r^^^ï^tout (f des ministres choisis parmi les nouveaux lidèles ».
'^ Supposer qu'un temple païen lût érigé en ce lieu, et tout
^^n^ble justilier cette hypothèse, si mes prémisses sont
^'^îictes. ils durent s'en emparer, suivant la politique reli-
^^^Use des premiers chrétiens. C'était pour eux une mer-
veilleuse fortune que de donner le baptême et de pouvoir
'^VQpjréiiser non-seulement les habitants à demeure, mais
*^^ssi ceux fort nombreux qui venaient là appelés, soit par la
^l'u.dition religieuse, soit par leurs alïaires.
A ces déductions tirées de la légende, il me faut ajouter
^'^ autre témoignage. Ce sont les médailles ou monnaies
^'^niaines trouvées à Brie ou dans ses environs immédiats.
^^ irnporte de faire observer que le sol même de la ville a été
autrefois si profondément remué par l'exploitation des
i8
HISTOIRE DE LA VILLE
carrières qu'on s'explique très bien la rareté de cette caté-
gorie de documents dans son enceinte.
Celles que nous connaissons représentent deux périodes
bien distinctes qui correspondent d'ailleurs à des époques
très nettes de l'empire romain.
La première période va d'Auguste à Faustine, du i" siècle
à la lin du n\ Elle nous donne :
Une médaille en argent d'Auguste.
A) CAKSAR A\'(}VSTVS DIVI F. PATER PATRIAE.
R) C. L. CAESARES AVGVSTI F. COS. DESIG. PRINC
IVVEXT.
Cette médaille, décrite dans Cohen, a été frappée vet^
l'an 752 avant Jésus-Christ. Bien que beaucoup de médaill^^
de ce type aient été imitées par les peuples barbares ^^
frappées à des époques bien plus récentes, j'incline à croi
que nous sommes ici en présence d'un type de la premier
manière, pour plusieurs raisons.
La frappe, d'abord, qui parait de la bonne époque ; le li
où elle a été trouvée ensuite, (^est tout au bord de l'une d
sources qui jaillissent autour du château — ces sources q
peuvent avoir été un lieu de pèlerinage — que des ouvrier
à i m. 7< ) de profondeur, c'est-à-dire au niveau de l'ancien so
ont trouvé la médaille en questi()n.
La trouvaille d'une médaille de cette époque n'est pas ui
fait isolé.
M. Lézier, sur la route de Mclun, dans un champ où k
charrue ramène d'assez nombreux « tuileaux » et, en particu
lier, des tuiles à rebords gallo-romaines, a trouvé un bronz
portant refligie de Claude (CLAUDITS CŒSAR AUG.P.M.).
empereur en 41 et dont le séjour dans les Gaules est fort
Connu.
Dans Brie, même, mais en un point dont il n'a pas été pris
note, il a été trouvé un bronze de Néron (LMP. NERO. CAES.
AVG ) tète de Néron à gauche, (i) (54-G8).
(I) II a ctc trouve à Rcau un fort beau Néron que M. G. Leroy cite dans son opuscule
Les CdllQ-Ro^uiins à Rcau-cn-Dric, p. 6. La tétc de Néron dans ce bronrc regarde à droite.
DE BRIE-COMTE- ROBERT K)
l'n bronze de Vespasien, tète laurée à droite (IMP. C.l^S.
VKSPASIAXVS. AVG.) a été trouvé dans les mêmes con-
ditions à Brie. On sait que Vespasien fut appelé à l'empire
après la mort de X'itellius ((yj) et qu'il dut se rendre rapide-
ment en Occident où les (îaules se soulevaient.
Ainsi, nous rencontrons à Brie, depuis Auguste jusqu'à
Vespasien, une suite suffisamment continue de médailles
romaines pour en déduire la présence à peu près certaine
d'un centre de population plus ou moins important à Brie ou
dans ses environs immédiats. Cette constatation serait d'ac-
cnrd avec la légende dont j'ai parlé plus haut en en tirant
semblable conséquence ; elle ne serait pas détruite alors mê-
me qu'on adopterait le r"" siècle de l'ère chrétienne — suivant
une certaine école — comme point de départ de l'évangélisa-
tinn de la contrée.
Avec le bronze de Vespasien et deux médailles de l^\iustine,
l'une découverte à Brie (I), l'autre au chemin duGrand-Xoyer,
chez M. Lacroix ; c'est tr^ut ce que l'on a de l'époque des Fla-
viens. au moins pour le moment (2).
11 ne semble pas que la période des Antonins ait enrichi
la numismatique locale. Il importe cependant de tenir compte
de ce fait que les médailles que je cite sont empruntées à un
unique Collectionneur — et j'en explique la raison plus bas —
que d'autres types des époques précitées ont été certaine-
ment trouvées, mais réunies, malheureusement, sans indi-
cation d'origine.
Il n'en reste pas moins que, jusque vers la lin du IV siècle
de l'ère chrétienne, des traces évidentes de l'habitat humain
1 Cette médaille est fort bien conservée FAVSTINA AVGVSTA. — R) IVNONI
i.\C,WAi. : La déesse debout regarde à gauche, couronnant, de la main droite, un paon et
de la gauche faisant le geste d'adoration.
2 Je n'examine ici que les monnaies et médailles que M. Rousseau a pu réunir dans ces
dernières années et qu'il a obligeamment mises à ma disposition. M. Rousseau ne s'est pas
d'i*illeur< contenté de se faire donner les trouvailles de quelques amis, il s est efforcé de faire
préciser en quel point ex-'Ct du territoire elles ont été faites au lieu de réaliser — comme
on en a trop souvent l'habitude — une simple collection san:> intérêt. Il est évident que
d'autres trouvailles ont été faites, mais fauts de rcns^iijnements, il est impossible d'en fajrç
état dans cet^e discussion.
20 HISTOIKK I)K LA VILLK
sont constatées sur le sol où s'élève aujourd'hui Brie-Comtcî
Robert.
A partir du II'' siècle jusqu'au troisième, c'est-à-dire pen
dant prés de rG: > ans, une lacune se présente dont nous devons
tenir compte. C'est le moment de la grande guerre civile
dans les Gaules, de l'invasion des Alamands, de la premier
apparition des Bagaudes. Tout fut bouleversé, au cours da^
ces événements, dans ce pays, et ce qui résista aux lureurev
des guerres intestines fut balayé en 2:^4 par les Francs qui
traversèrent la Gaule du nord-est au sud-ouest.
Certes, la population agricole de l^rie ou celle des commer-
çants qui pouvaient fréquenter son marché, durent succom-
ber s<')us le coup de ces calamités incessantes, et on s'expli-
que, dès lors, cette extraordinaire lacune dans les monnaies
et médailles que recèle le sol de cette ville. Il semble que ce
silence soit un témoignage de la ruine et de la désolation de
la contrée.
(>e qui vient fortifier cette réflexion, c'est que la première
médaille qui se retn >uve à Brie après ces terribles et sanglants
événements, est un bronze de Postume, trouvé à Brie même.
(CASS. LAT. POST..., tète couronnéeà droite, R) une galère,
la proue tournée à droite).
Postume qui s'intitulait « restaurateur des Gaules » rame-
nait, avec son avènement au pouvoir, une paix bienfaisante.
« La vie reprit dans des conditions à peu près régulières.
La prospérité sembla renaître... Le retour de la fortune, la
félicité des temps, l'abondance d'Auguste, telles sont les ex-
pressions qui reviennent à chaque instant sur les monnaies
(de cette époque) avec les emblèmes qui y correspondent, et
quoi qu'on en doive rabattre, il n'est pas douteux qu'elles ne
renferment une large part de vérité (i ) ».
L'observation de l'érudit professeur auquel j'einprunte ces
ligne va, en elïet, se vérifier par la suite continue des médail-
I /.c.t orifiines, la GiUilf mdip'ndanl: et Li GitiiU ri>:rjii:nc, par M. E. Bloch, ilans l'H-ytotre de
France de M. Lavisi.e. Paris, Hachette elCie, tome I. 2- p.trlic. p, 2ï; et >u;vj.ite> .
ÙK HRlK-(:OMTK-R0Ht:RT '21
les que nous allons rencontrer dans le sol de Brie. Sans doute,
nr»us sommes < )bligés de faire un saut de Postume à iMaximien
auquel appartient le premier bronze qui suit (LMP. MAXI-
AlIANVS... AVG... tête laurce à droite, R) VOT. XX), mais
il ne faut pas oublier que Maximien vint en personne écraser
lesBafjraudesdans la presqu'île de Saint-Maur,où ils s'étaient
fortifiés, et où ils combattirent avec l'énergie du désespoir.
Nous devons donc admettre que la région de Brie-Comte-
P^f)bert dut subir, du fait des révoltés, comme du fait des
i>.rmées romaines qui les assiégeaient, de nouveaux désastres.
Mais aussitôt la paix revenue, le calme rétabli, les mon-
x-^aies réapparaissent d'autant plus nombreuses que la quié-
t: ude est plus complète. Elles semblent, en vérité, tracer en
<-^aractères lumineux, les alternatives de paix et de guerres
,ue le pays traversa à ces époques lointaines et obscures.
Constantin, celui qu'on a appelé Constantin-le-Grand,
lonte sur le trône impérial en 3i3, pour l'occuper 24 ans, un
uart de siècle ! C'est merveille comme alors se multiplient
1 <es types monétaires de l'époque, ici comme ailleurs. On en
ï^encontre immédiatement quatre de provenance certaine.
Dans Brie d'abord, le bronze bien connu (IMP. CONSTAX-
^ilXVS. AVG., tète laurée adroite R) SOLI INVICTO. CO-
^-VlITI. le soleil marchant à gauche avec l'indication P. L V.
-^\nxnssa Lugduno, frappée à Lyon). C'est un type commun,
^ »bservé par xM. G. Leroy, à Réau.
- M. Rousseau, dans son clos, au vieux chemin de Grégy, en
^^cncontre une autre CONSTANTIXVS. PL AVG. tète laurée
'=^>. droite R) REPARATIO.)
AL Saugrin, dans le clos des Minimes (i), en trouve deux,
tLoutes deux avec la mention P. L V. Frappée à Lyon. L'une
p^orte au revers un génie avec cette inscription GEXI VS POP.
l^OM.
La dernière, qui provient de la propriété de M. Lacroix, au
crhemin du Grand-Noyer, présente, au revers, deux soldats
l 'épée à la main séparés par une enseigne militaire avec cette
0; Aujourd'hui propriété de M. Baron.
212 IIISTOIRK DK LA ViLI.K
légende (jLORLK KXKR(]ITVS, type à peu près semblable -^
celui que M. Leroy a trouvé à (.halemaison, sur le territoire
de Limoyes-l^'ourches.
Les mêmes observations nous conduisent à relever un
bronze de Licinius (LMP. LI(]I\IVS. PL AVCL, tète laurée ri
gauche) beau-frère de (Constantin et successeur de Galère. Cc^
type a été trouvé au chemin des (Chaperons, au-dessus de lii
rue du Martinet. Puis un Magnentius (R) deux génies ailés
tenant un bouclier sur lequel on lit : VOT XXII). Magnentius
prit la pourpre à Autun en 34().
Ensuite, un Valentien (\'ALKXTIANVS. AVG ), tète ceinte
d'un ruban à droite. Valentien qui, en 3(o, vint en (jaulc
pour arrêter les invasions des (lermains, aimait à séjourner
à Paris.
Signalons également un bronze à l'efligie de ( jraticn qui
mourut en 'M\\ bronze trouvé à Brie (I). X. (jRATIAXVS.
AVG.). AL Leroy en a trouvé un semblable à (Chalemaison,
et une autre médaille, la dernière de la série, avec cette exer-
gue D. X. TIIKODO Il s'agit évidemment de Théodose
que l'rm peut considérer comme le dernier empereur romain
avant autorité sur les Gaules.
Le même phénomène que nous avons signalé plus haut se
reproduit ici. Après Théodose, les trouvailles de médailles
s'arrêtent net, justifiant une lois de plus l'observation que
nous avons laite à ce sujet.
Ainsi donc, le sol de Brie-(>omte-Robert fournit des certili-
cats d'habitation continue depuis Auguste jusqu'à TelTondre-
mentde l'empire, sauf pendant un siècle et demi, période
tout entière consacrée à la guerre, à l'invasion, au pillage et
à la dévastation.
On pourrait même établir peut-être d'une façon moins
ri-Tcaireuse, mais suflisamment approximative, le séjour
d'une p(>pulation antérieure par les haches en* pierre polie,
en bronze, les instruments divers trouvés soit le long du ("or-
niilot. Soit près de l'usine à gaz ( i ), dans les caves de la mai-
(1 Aux abordî» do la propiietc de M. Poiré.
bK i3r<it:-(:oMTf:-R()Bl:i<T 20
snn autrefois dite des Piliers (i), dans le puits de M. Houiiier
(mute de Paris) non loin de Pierre Marchande. Et cependant
de cette époque, il ne reste aucun autre vestig-e, aucune trace
de construction.
(^ette absence extraordinaire de la moindre substruction,
rapprochée cependant de l'habitat indéniable d'une popula-
ti«>n, me parait une nouvelle preuve de l'existence d'un mar-
ché rê^^ulier, conclusion dont j'avais déjà posé les prémisses,
en les déduisant d'autres considérations.
Au surplus chez les Gaulois la ville proprement dite telle
que la connaissaient les Latins, n'existait pas. « Sans doute,
dit \l. Bloch, les nécessités de la défense et du trajic avaient
fait sur|J!:ir sur tous les points de la Gaule une multitude de
bourjjrades, fortifiées ou ouvertes, avec une population fixe,
mais ce n'étaient là, malgré tout, que des refuges, des
^narchês. Les maisons isolées étaient extrêmement nom-
breuses... Elles étaient situées, dit le même auteur, à la
lisière des bois ou au bord des rivières. Les nobles gaulois
^^ plaisaient dans ces demeures écartées. Ils v vivaient en-
^ ml
tourésde leurs hommes d'armes et de leurs serviteurs, se
^^^■ï'a.nt à leur goût pour la chasse, surveillant la culture de
leurs terres et l'élevage de leurs troupeaux.... Les habitudes
^r< ^f^-lody tiques étaient fortement enracinées sur les bords de
1^1 I -< >ire et de la Seine..»
^ -os extraits cadrent si bien avec l'idée que nous pouvons
"* *^:r^ faire du territoire de Brie-Comte-Robert que je n'ai pu
^^'^is;ter à les donner ici. Xon-seulement, ils peignent le
'"Oc^^^^ yjyendi de la population dont l'existence ici se trouve
^'^*niîrmée par des témoignages légendaires et par des don-
"^^^ positives, mais ils expliquent, du même coup, pourquoi
^^ ootte agglomération, il ne nous est absolument rien resté.
^-os habitations isolées des chefs étaient en bois et par
^^Ute aussi vite réédilîées qu'elles avaient été rapidement
détruites, ne laissant derrière elles et après leur ruine nulle
trace appréciable. La partie moins aisée de la population se
U j Appartenant actuellement à .V.. Wosmeck.
1Î4 HISTOIRE DE LA VILLK
creusait au flanc des vallées des grottes qui leur servaient
d'habitation. Si, dans les siècles postérieurs, ces s^rottes,
chanjieant de destination, n'étaient pas devenues autant
d'entrées de carrières, peut-être pourrions-nous les retrouver
encore.
Mais à côté de cette population fixe tantôt prospère, tantôt
misérable, vivant au f^rand jour aux temps de paix ou se
terrant aux temps de f^uerre, se réunissait à Brie une popu-
lation flottante, réunion dont la Pierre marchande nous a
laissé le Souvenir.
Les deux séries de médailles que j'ai étudiées ci-dessus,
montrent bien les fluctuations de ce centre économique,
fréquenté aux époques tranquilles, désert aux époques trou-
blées.
Si l'on a prêté quelque attention, aux indications d'oritjrine
de ces monnaies et médailles, on s'apercevra facilement en
jetant les yeux sur le croquis ci-après du terrain que, toutes,
sans exception, se rencontrent sur la rive droite du 0)rnill(>t.
Il en est de même des haches, soit de répoqu2 de la pierre
polie, soit de l'époque du bronze, des pointes de flèches que
j'ai signalées. Toutes ces traces antéromaines ou romaines
de l'habitat humain sont g'roupées sur le versant nord de la
cuvette que domine le clocher de Brie-(>omte-Robert.
("est ici le lieu de parler d'une nécropole mise à jour dans
ces dernières années et malheureusement, selon toute pro-
babilité, encore incomplètement explorée. Telle qu'elle se
présente, néanmoins, elle ofl're d'intéressantes particularités,
qui ont été très judicieusement étudiées par M. F. Rous-
seau (I).
(]elte nécropole estdésiiJ^née en A sur le croquis ci-contre.
La profondeur, à laquelle se retrouvent les restes humains
découverts, varie de 2,.^o à S m. S), profondeur relativement
• I Sur un cimetiirc gallo-romain dicouwit à Bru-ComU-Rohjrt. par M. F. Rousseau. [BalUtin de la
Socul: d'hiUotrc it d'archcologie de Bnc-i'omU Robert, tome I, p. 1^9, ï^)8 et suiv.;
consiiicfiible, qui semble s'expliquer par la descente des
terres venant d'une butle voisine ( i).
Le iTHibilier funéraire n'est pas banal. Pniirccrtains corps.
il lait à peu près défaut et sa présence se révèle par des
débris inft>rmes ou des vases ^rrossiers : pnur d'autres les
poteries s'aftinent et même sont décorées d'une façon pres-
que artistique ; pour d'autres, la poterie traditionnelle fait
presque défaut et n'est représentée que par un vase en terre
1 II nf fiul pis oubli" q-jr h m^JalIlf d'AuguMe. trouver lui bords Junf d« fonUinc
. profoo
'2h iustoirf: dk la VILLt:
fDUfire, commun de forme ; par contre le cadavre a été entouré
d'une collection complète d'outils en fer et de vases métal-
liques d'une extrême sin^i^ularité. Il s'agit de tout un attirail
d'ouvrier qui, à première vue, pourrait être rangé dan[3 la
catégorie des boisseliers ou des tonneliers ; et cep>endant, à
côté d'une anse en fer qui semblerait par sa forme avoir
servi à un vase en bois, tel que les brocs de tonnelier en
usage chez tous les marchands de vins de Paris, se rencon-
trent des vases en bronze argenté, dont l'un rectangulaire, à
bords plats, formant, en son centrç, un récipient ovoïde, est
décoré au burin.
Tous ces Corps se rencontrent à peu près à égale profon-
deur, mais on se dirait en présence de trois civilisations diffé-
rentes. Il semblerait même, et c'est l'hypothèse de M. Rous-
seau dont j'analyse, ici, le travail, qu'on pourrait également
se trouver en présence d'une autre époque de Thumanité.
Kn effet, sous un des corps, celui qui n'était accompagne
que d'une ampoule en terre grossière, à une profondeur de
un mètre ont été trouvés les os et les dents d'un ruminant
d'assez forte taille qui ne semblent avoir aucun rapport direct
avec le squelette qui reposait sur eux, séparé par une couche
de terre épaisse d'un mètre.
Sans vouloir pénétrer ce que cache cette dernière décou-
verte, je m'en tiens aux trois sortes de vestiges humains dont
je viens de parler. Ils me paraissent susceptibles d'être
rangés en trois catégories.
Dans la première catégorie, nous placerons les squelettes
trouvés accompagnés uniquement de débris de poterie ou de
poteries grossières.
Dans la seconde, ceux autour desquels il a été recueilli des
poteries élégamment ornées, voire des pinces en bronze
Ilnement travaillées et une cuiller à sacrifice en argent. Je
reproduis ci-contre, au tiers de sa grandeur, un des vases
trouvés dans cette catégorie de tombes. Bien que mutilé, il
présente encore une décoration suftisamment développée et
bK HHii:-
-sa forme estassez bien cunser-
vée pour tOmdifïner de l'art un
peu maniéré de l'époque.
Dans hi troisième, enlin, nous
classerons le squelette à côté
duquel avaient été déposés les
outils en fer et les vases en
bronze argenté dont j'ai parlé
ci-dessus.
Il y a là, comme je viens de
le dire, trois éttipcs évidentes
de la civilisation, et pourtant,
puisque ces habitants de Brie
aux siècles antérieurs ont été
ensevelis ci'itc ;\ c'itc, ju même
iii}\'.iu du soi, il est bien difli-
ci le d'admettre que ces inhumations ont été faites à des
cliiles très éloignées les unes des autres. Or. le mobilier
ftinéraire de chacune d'elles dénote des civilisations si dill'é-
rentes qu'il faudrait mettre entre elles un nombre relative-
ment considérable d'années, des siècles peut-être.
I^<j^ deux propositions sont inconciliables en apparence,
CLiv il n'y a aucune probabilité que des individus ayant vécu
il J<j S époques aussi distantes les unes des autres reposassent
sur le même sol et dans des conditions à peu près analogues.
l' osi. en elTet, un fait à noter, c'est que, dans toutes ces
^*ipultures, on a trouvé des clous en fer identiques dont la
pi"' «venance, encore mal détinie, n'olVrc ici aucun intérêt.
^l;ii s ces clous donnent à ces trois vestif^cs du passé, si dilTé-
'"'-'riis entre eux. la même date d'inhumation.
;V mon sens ces singulières difïércnces viennent fortilier la
ihCït^e que je soutiens de l'existence, à la place du Brie actuel
'"J tout proche, d'un centre d'échanges important.
* >n comprendra très bien que sur un tel point se soient
d"Ti lus rendez-vous des individus venus d'horizons opposés,
appartenant à des centres ethnographiques différents et,
2H IIISTOIRK DK LA VILLE
par conséquent, plus encore qu'aujourd'hui de mrLurs,d'ha
bitudes et de conditions essentiellement diverses. L'habile
artisan v coudovait le o-rossier nomade, le rude cultivateu
se rencontrait avec l'efleminé citadin, tout était et devait êtr
contraste, et contraste frappant, dans ces populations accoi
rues de plusieurs journées, peut-être de plusieurs semaine
de marches. Il me semble que ces sépultures, que tout accus
être contemporaines, nous laissent précisément la sensatio
très nette, vivante presque, si le mot pouvait se hasarder, d
ces rapprochements bizarres que seul, un marché fréquent!
connu d'une foule de peuplades et leur servant de cenli
réfi:ulier d'échanges, peut expliquer.
A quelle date peut rem(.)nter la création de ce foy
économique dont l'existence paraîtra maintenant à beaucoi
probable sinon certaine ? Faudrait-il croire qu'elle fut le f;
des populations auxquelles nous devons les monumen
mégalithiques, de celle, en particulier, qui éleva Pier
marchande >
Dans les pages qui précédent j'ai clairement laissé entend
que ce serait plutôt à l'époque druidique que ce cent
commercial a pris quelque essor. Ce fut vraisemblableme
autour d'un vieux menhir auquel, par la suite, fut donné
nom caractéristique de Pierre marchande (i), à deux pas»
sanctuaire druidique caractérisé par des sources abondant
et vénérées, suivant l'usage, sous les frondaisons de la foi
qui couvrait les pentes nord du rù du Cornillot (2) que, pei
(i) l'iiTre marchande se trouverait placée ainsi dans les environs de Serron. Il y
ce sujet un rapprochement à faire. Dans la Nièvre est une commune du nom de Cer
aux environs de laquelle est un bloc de pierre connu sous le nom de Belle-Pierre, qui est
la part dos habitants du pays, l'objet de fréquents pèlerinages. (Pierre marchande qui r
occupe s'est aus>\ appelée Pierre blanche;.
' i) Ce qui frappait tout d'abord dans les Gaules, c'était l'immensité des forets. Elles
disparu aujourd'hui presque enticrcment. et les débris qui en subsistaient au moyen-àge i
peuvent donner qu'une faible idée. Plies s'étalaient alors dans toutes les directions, r
c'est surtout au nord de la I.oire qu'elles présentaient une mas*»e profonde, impénétrabli
quasi continue. les bois des TainutcN couvraient la Beauce.le (îatinais, le Blaisois, le Pen
Ceux des Beilovaques. des A nubiens, des Atrébatfs se développaient à travers les pla
limoneuses de la Mandre au delà de la Mtuse et du Rhin. .A l'est, se déroulaient par m<
et par vaux, la forêt de lArdenne. Elle touchait, par les bois des Sénons et des Meld*
yeux des liarnutcs. Hi<-tûirc de France par M. Lavisse, tome 1, p. 6;.
bE BRIE-CO.MTE-ROBERT
29
\
peu, se réunirent les habitants des environs, puis ceux des
récrions limitrophes.
I.c prosélytisme druidique, tout autant que la nécessité des
échanges, dut accroître en peu de temps l'importance de
ce marché que, sans doute, les Romains trouvèrent en pleine
activité, à en jug'er par les pièces de monnaie retrouvées. La
politique romaine, comme celle de tous les conquérants du
reste, ne pouvait d'ailleurs que développer à l'excès un tel
centre commercial, mais elle devait, en même temps, l'ob-
scrver étroitement (i) car c'est dans ces foules que se
pnipa^^ent les nouvelles, se fomentent les révoltes et parfois
aussi éclatent les séditions. 11 fout en conclure qu'ils avaient
là un poste d'observation, quelque blockausen bois servant
t"ut à la fois de poste militaire, de station liscale et peut-être
*iiissi de temple religieux, trilogie fort en honneur chez les
t-^^'Hquérants romains. Kn jetant un regard sur le croquis du
'^*n-ain donné plus haut, on remarquera un point marqué B,
^'*^t indiqué pour l'établissement d'un tel poste ; c'est là
y^'c^ist aujourd'hui le clocher de l'église.
L^?t coupe du terrain ci-après montre qu'en dominant le gué
=r3-uif
i
vervcvto/*' e'
Echelle ^ : loooo
L'échelle des hauteurs a été grossie cinq fois
verî^i lequel convergent toutes les voies venant du nord —
voicLi^ qui traversaient alors l'épaisse forêt descendant
iusczj xi'au Cornillot — un ouvrage militaire quelconque
corr^ mandait les routes qui du gué se dirigent vers le sud en
dîflCi rentes directions. De plus placé au centre géométrique
de tous les établissements dont j'ai pu indiquer ci-dessus
Vex.\stcnce, cet ouvrage, à proximité des fontaines où
^* Nous ne faisons pas autre chose pour les marchés arabes en Algérie,
3<) niSTr>IRK DE LA VILLE
pouvaient se réunir les adeptes des Druides, les survei
étroitement de façon cependant à ne pas gêner leurs
tiques religieuses.
C'est peut-être parce qu'un tel poste fut élevé sur ce f
que le marché, qui semble avoir eu pour centre autr
Pierre marchande fut déplacé et transporté aux pieds n
de l'ouvrage. C'était, dans tous les cas, un moyen habil
le protéger au besoin, de l'observer facilement, et enlln
sf)ustraire à l'influence des Druides, généralement enn
de la domination romaine. J'aurai, du reste, à revenir s
point.
Si nous supposr>ns démontrée l'existence d'un centi
population, tout au mc)ins au commencement de
chrétienne, au point occupé par Brie-(>omte-Robert, par
nom le désignait-on > 11 ne portait assurément pas celu
nous lui connaissons aujourd'hui, \qs mots Comie-Rote,
venant d'un personnage ayant vécu beaucoup plus tan
l'i*" siècle. A entendre l'abbé Lebœuf, dans son I liston
Diocèse de Paris, il ne portait même pas le nom de Brie,
autre addition. Le savant abbé s'exprime ainsi à ce sujet
« A mesure que les Français altérèrent la langue 1j
qu'ils avaient trouvée en usage dans les Gaules, ils en î
gèrent une infinité de noms propres et réduisirent à
simple syllabe ce qui, dans le latin, était composé de tn
même de quatre. Ils tirent, par exemple, de St'/ïo/ïe^s, S
de Tiironi, Tours. C'est ainsi que de Bradeia, du pa
Paris, ils tirent Braye. Car Fortunat, dans sa vie de îri
Germain de Paris, es^t un témoin assuré que ce que
appelons aujourd'hui Brie-Comte-Robert était appelé a
siècle Bradeia. Il dit que ce saint prélat étant arrivé, dan
visites, « in Bradeia vico pa<j!'i "Parisii », on lui prés
après la messe, dans la sacristie, une lillc paralytique de
le corps, que l'ayant ointe avec de l'huile bénite, aussitô
fut guérie de manière à pouvoir faire par la suite une tur
à celui qui lui avait rendu la santé. I)om Mabill« m ne c
pas qu'il s'agisse là de Brie-(>omle-Kobcrt et il a vérit
DE BRlE-COMTE-ROHliRT 3l
me n t raison, n'y ayant aucun lieu du diocèse de Paris auquel
Br^srdeia puisse convenir. »
J €^ n'ifrnore pas les objections que suscite la transformation
de ^Jrjdcij en 'Braya. Cependant, dans une certaine mesure,
kl ir^yncope du ci et la leçon en résultant Brada ne présente
paîr^ une difficulté insurmontable. Le malheur est que nous
n'ci.>'i<ms de Hradeia qu'un seul exemple qui date du VI'' siècle
et c:iui postérieurement ne reçoit sa justitication nulle part.
l^oublet, dans son histoire de Saint-Denis, cite bien une
chi\rtc de Louis-le-Bègue où il est question de dons à
prc^ndre « in burgo Briensi », ce qui s'applique sans nul
doux te à Brie; mais il v a une distance considérable entre
^Bf^Jidcia et sa transformation en Braeia du (V' siècle et le
'Bf'tensi du if.
C^e sont cependant les deux seules appellations de Brie qui
n( »i.is soient paYvenues avant le iS*" siècle. Au commencement
de ce dernier (de 1200 à I233), nous constatons comme
^e présentant assez fréquemment la forme Breia, Breya à
l^icjuelle succède celle de Braia, Brava. On ne saurait contes-
^^^' ciUG Brjt'a se rapproche beaucoup de Braeia que nous
^^>nne Bradcia après la syncope du c/. La transformation de
^^^^<~'ia en Braia ou de Breya en Braya ne surprendra pas
^^oucoup ceux qui sont habitués à la phonétique de ce coin
^^ VIle-de-France.
^'ous noterons éf^'alement des formes assez rares et qui se
^^ ï^^contrent particulièrement au commencement du i3''siècle,
^''^ 1204, par exemple, Bri ou Bry,en \'2i)b,Bria. Ces dernières
'''^ rattacheraient plus difficilement à Braeia. venant de
^^adeia. Klle me paraîtrait avoir une parenté plus étroite avec
^ -/inV;2.s7 du 8" siècle, d'autant qu'en 1235 on retrouve cette
' V^ pellation légèrementaltérée dans Idïormc Braiensisfecciesiiv
^^':iiej2sisj.
II semblerait donc que nous soyons en présence de deux
" »ms Unissant à la riy^ueur par se confondre mais ayant deux
^ ^ÎRines ditïérentes.
L'une remonterait à Briireius (Salins Bri^eius) ou Brifreia,
^2 in<T««IHE I>E LA VILLE
Bri^ria Sylva — le N ôs « •u la f< «rél de Brie — par Bri^ensh,
liriensis, Brii^is {\\\V sicclei Bri'^ij (.Vi et Bria (XIll').
L'autre, par Braeia rem« »nteraii directement au BraJeu de
P^»rtunat.
La première, n< «m de V «ule une o mirée donnée à une ville,
à une localité ne saurait n<»us ét<»nner. Senones est devenu
Sens. Parisii. Paris, etc. (Test celle a laquelle nous sommes
peu à peu revenus. Dune faorn a peu près frénérale.cm a cru
donner aBni/ents, Brï^û, Bri^jj, l'étymolog'.ie Brick, signi-
fiant terre argileuse et ^^rasse. < >n a même appliqué cette
étvmoloirie à la f<»rme Bijù, Brjvj «lu Bradia. Il semblerait
cependant plus loirique de rattacher Brigcius, Brigu et
Briffa à la racine Brii: qu'il ne faut pas confondre commet
on l'a fait quelquef^fis avec cette autre racine celtique Briv,
Brir s'applique à un p< mt. Bhg, Briga à une éminence. (0
Je ne m'arrêterai pas d'ailleurs à épiloguer sur ce point, si
intéressant qu'il puisse être. Le n«)m de Bria, ainsi donné à
Brie-Comte-Kobert ne proviendrait ni de sa situation, ni de
la nature du sol, mais uniquement, par condensation, si l'on
peut s'exprimer ainsi, du n(>m de la contrée qui Tavoisine.
Reste la seconde forme Bradeia donnée par Fortunat et
que je crois pouvoir retrouver dans Breia t^iBrJu ou Breya
et Brava.
Bradeia me parait pouvoir être facilement pris pour
Bradia ; je ne crois pas que la chose soit contestable. Il s'agit
a coup stn* la d'un archaïsme comme quei pour qui, qiteis
pnuVi/uis et quihiis, elc^^eia pour t'/c'.vM, lieic pour hic, sei
pour si, etc.
Or, Bradia, nous dit du ('ange, est la même chose que
Itriida, et a rarlicle Bradium, il écrit : « vide Bradia et
Briidt : camyus ».
" Braiila \nrayila\, dit-il, campus vel a<^rcr suhurhanus, »
hr;i(lia ou l'raida est donc un champ, un fonds de terre
I, i « ■; n\uAn\fur% /fii-.s rt il'Arhois l'.c {ubainviile admettent que la racine Brig z été
<-»ii|>l«iV> <■ |..ir \i . I .iiiiii jivr» uru* Nii^nifioation voisine de durum ou de dunum : Liunohrigii,
Inii.MH I MIDI' II' < .\iii>i-'!:-.i^ I (ilhiM- pifrrruM' : Hiif^iintinm, Besançon ; Bri^anta, nom de peu-
plitiii 4 ..iii !• . liiiiM . orii|ii<'t% lir lliliuulr.
DE BRIE-COMTE-ROBERT 33
SU t> urbain. Il ne faut cependant pas par cette expression
en tiendra uniquement Tti^er, le champ cultivé par excellence.
Dans les exemples qu'il cite, du Gange emploie celui-ci :
« I£t iotam BraJiam fosscv noviv cum ecclesiaS. Marci et ciim
hr>ffiinibiis super eam secientibiis. » Il s'agit ici d'un lieu pou-
va.nt contenir une agglomération vivant autour d'une église.
Ce peut être un viens, un hamjau, un assemblage de
iTia.isons, avec le bâtiment religieux qui en est la consé-
quence, et le terrain avoisinant. On y perçoit des dîmes
<' <^r>ficedimus décimas Braidarum episcopalium curtium » ou
^ien « cum decimis Bradiiv », pour citer deux autres exemples
^<^ du Gange. Il faut cependant entendre le campus, Wifrer
qiae signilie Braida en un sens assez étroit comme étendue.
L'exemple suivant, cité par du Gange, en est une preuve :
*- ^t^lfori braidam muro cingere adorlus est. » Je citerai enfin
c^t eiutre exemple : « burgum prope dictam "Braydam » qu'on
P<^iat rapprocher de celui-ci : « in 'Brayda veronensi ».
liraida pouvait donc être ceinte d'une muraille, c'est-à-dire
ï^'embrasser qu'un terrain relativement restreint ; c'était un
^^^3.mp touchant, non pas seulement à une ville, mais à un
^innple bourg et portant alors le nom du lieu habité dont il
<^tait l'extension, en quelque sorte le développement, la
c*>ntinuation.
Xous voici conduits à examiner de nouveau le texte de
^'ortunat et même celui attribué par Doublet à Louis le
Fortunat classe très nettement le lieu dont il parle parmi
les viens du territoire de Paris. « Le mot vicus, écrit M. Lon-
?rion(i), qui chez les auteurs latins, désigne plus souvent
un quartier ou une rue de ville qu'un groupe d'habitations
rurales, est presque exclusivement employé avec cette der-
nicre acception chez Grégoire de Tours. On pourrait même
dire qu'à l'époque mérovingienne, ce terme répondait assez
exactement à notre mot village,.. Vicus s'entendait donc
,l; Géographie d£ la Gaule au Vh siècle par Aug. Longnon. (Paris, 1878, in-8' .
3
34 HISTOIRE DE LA VILLE
parfois d'un groupe d'habitations sans égard aux ouvrage^
qui pouvaient enclore cet ensemble de constructions... »
Fortunat étant contemporain de Grégoire de Tours, on^
peut très bien admettre qu'il ait employé le mot vicus dansl^
même sens que ce dernier. Le lieu où saint Germain accom-
plit le miracle rapporté par son historiographe était donc un
village, c'est-à-dire un groupement d'habitations peut-être
enclos d'ouvrages de défense. Ce qui le laisserait supposer
c'est que deux siècles plus tard, Louis le Bègue le désigne
sous le nom de bourg (in biirgo Briensi).
Il est ici besoin de s'abriter derrière l'opinion très autorisée
de M. Flach (i). A ses yeux, « les fermes isolées disparurent
presque entièrement au neuvième et au dixième siècles. Le
besoin de sécurité prime tout. L'habitation se concentre dans
les villages fortifiés, des bourgs nés autour des châteaux-
forts et des monastères, des villes repliées sur elles-mêmes
dans d'étroites enceintes. » Ce tableau en ce qui concerne la
région que j'étudie ne saurait être plus vrai. Il est absolument
certain que toutes ces habitations isolées que j'ai montrées,
dans les pages ci-dessus, s'étageant sur la rive droite du
Cornillot, du chemin des Chaperons jusqu'à Pierre mar-
chande en passant par le chemin du Grand Noyer et le pied
de la butte du moulin, face à la forêt qui couvrait Tautre
versant, toutes ces habitations, dis-je, durent disparaître
devant les invasions des Francs et surtout lorsque la guerre
civile s'alluma entre les descendants de Clovis. Réduite par
les maladies, la misère, les massacres et les charges de la
guerre, la population eut hâte de se concentrer par ce besoin
de sécurité qu'invoque si justement AL Flach.
Telle serait, selon moi, l'origine du viens indiqué par For-
tunat, du bourg dont parle Louis le Bègue.
J'ai insisté sur ce point parce que j'y trouve l'explication
de la Braidd ou Bradia dont nous parle Fortunat. Telle que
nous pouvons la concevoir, cette Braida était un champ tou-
(\, L'origine et les viciiùtudes histonquei de l'habitation en franc^r (V.cmoirc lu par M. Flach à l'A-
cadémie des sciences morales et politiques en 1898;.
DE BRIE-COMTK-ROBERT 35
^^ant au vicus ou au bourg — les deux pouvant être
considérés comme synonymes (biirgum prope dictam Bnir-
'-iviî). Cet exemple, donné par du Gange, reçoit ici son appli-
cation directe, et je serai tout disposé, en raison de cet autre
exemple que cite le même auteur : « in braida veronensi »,
d'imaginer que la braida qui nous occupe était à l'époque
désignée ainsi : braida ou bradia briensis ou brigiœ.
Supposons, par exemple, qu'une Braida ou Bradia — il
pouvait s'en trouver plusieurs dans un périmètre restreint
puisque c'est un terme d'acception générale — serve à un
f>bjet déterminé et particulièrement remarquable, que cette
Braida fixe l'attention de tous ; qu'elle devienne un marché
très connu, un centre très actif d'échanges célèbre dans la
contrée, réputé à plusieurs lieues à la ronde, les habitants
n'auront plus en vue parmi toutes les Braida ou Bradia qu'ils
connaissent que celle qui leur est si familière, qu'ils ont
coutume de fréquenter.
Il y a un peu de cela dans ce que nous voyons de nos jours.
Un agriculteur, parlant de son absence le mercredi, dira :
« Ce jour-là je suis au marché », et son interlocuteur le com-
prendra sans autre explication, traduisant ainsi sa phrase :
<f Ce jour-là, je suis à Paris, à la Bourse du Commerce. » 11 ne
lui viendra pas même à l'idée de croire que l'agriculteur
puisse aller à une autre Bourse, la Bourse financière, par
exemple. Non, la Bourse du Commerce tient ici lieu de tout
parce que c'est le centre vers lequel convergent les esprits,
les intérêts et les habitudes.
Si donc sur le lieu où s'élève Brie-Comte-Robert, à coté du
vicus ou du bourg, nous avons un champ (i), une Bradia ou
Braida, sur laquelle se tient un marché tel que celui dont je
parlais plus haut, unique pour ainsi dire dans le pays,
rendez-vous de peuples ou de peuplades vivant à plusieurs
(l) Assurément, un marché aussi impoitant ne pouvait se tenir dans le vicus, dans le bourg,
probablement très restreint. C'est dans un champ voisin, spécialement consacré à cet usage,
que devaient se réunir les commerçants «u autres le fréquentant. Nous aurons à reparler de
l'emplacement de ce champ qui méritait bien alors le nom de campus, d'ager suhurbanus que
donne du Cange.
36 liîSTOIRE DE LA VILLE
journées de marche, attirant â lui les productions de toute la
contrée, cette Bradu restera beaucoup plus connue que le
vicus lui-même, c'est-à-dire plus que le hameau, le village ou
le bourg attenant. Tout le monde, en parlant dans le pays de
Bradia sait à quoi s'en tenir, comme tout le monde, en dési-
gnant la Hourse, sait qu'il s'agit pr>ur les agriculteurs d'une
Bourse spéciale dont le siège est à Paris.
Cette dénomination sera encore plus forte si, par tradition,
ou par fait, il s'y attache le souvenir ou l'existence d'un pèle-
rinage ou d'un lieu sacré. Dans cet r»rdre d'idées, lorsque
deux catholiques se disent : « J'irai à la Grotte », tous les
deux savent qu'il faut entendre la Grotte de Lourdes, bien
que cependant il y ait d'autres grottes sanctifiées, mais, uni-
quement, parce que la Grotte de Lourdes l'emporte, en
réputation, sur toutes les autres. Le nom de lieu disparait
complètement. On va à la Grotte, comme on pouvait se ren-
dre à la 'liradij. De là Braida Briensis ou Brigia — nom
qu'elle pouvait porter à cause de sa situation à la limite de la
forêt de Brie — il ne reste plus que B;\iidj ou Bradia, tout
comme de la Grotte de Lourdes, il ne demeure plus que la
Grotte.
Si cette explication est exacte, elle fortifie singulièrement
l'hypothèse d'un centre très ancien, non-seulement de popu-
lation, mais d'échanges sur le territoire qu'occupe Brie-
C^omte-Robcrt. 11 fallait, en effet, que la célébrité de la Braida
Brigia fût assise depuis très longtemps, qu'elle correspondit
à une fréquentation séculaire pour devenir ainsi, sous un
nom commun, une expression géographique fort nette et
acceptée de tous. Du même coup, aussi, elle justifie l'opinion
de l'abbé Lcbeufetdedom Mabillon, en ce qui touche l'iden-
tification de Bî'adcia. Non-sculemenl, en elïet, par l'allitéra-
tion et par la difliculté de trouver ifi pago Pan'sictîsL une
autre localité que Brie se rapprochant de ^Bradei\u mais aussi
parce que si Bradeia est bien ce que nous dit du Gange, si on
a pu, comme je l'ai Soutenu, prendre la partie pour le tout,
il n'y a pas, je crois, in pago Paj'isicftsi^ un autre pays qui ait
DE BRIE-COiMTE-ROBERT 07
u un champ suburbain, un marché, aussi réputé que le
marché de Brie.
Il m'a fallu, un peu longuement peut-être, mais avec le
^Jésir d'éclairer aussi complètement que possible la question,
<J3tablir l'existence d'un lieu habité là-même où se dresse
^aujourd'hui Brie-Comte-Robert, bien avant la prétendue
It'ondation attribuée à Robert, frère du roi Louis VII, en i iS3.
_fle ne crois pas qu'on puisse mettre en doute son ancienneté
^ui semble résulter des observations exposées ci-dessus. Par
ssuite, (>n imagine par quelles traverses dut passer ce pays à
l 'époque des invasions ou des guerres qui les suivirent. Nous
^vons vu, dans les monnaies et médailles trouvées sur le sol
l3riard, une première lacune se produire qui correspond
<ixactement aux premières incursions 'des barbares, à la
révolte des Gaulois contre Rome et aux soulèvements des
Bagaudes. De même après Théodose, on ne retrouve plus
iiucune trace de document monétaire. Attila avait passé par
là. La chancelante domination romaine, le royaume éphé-
mère de Syagrius, dans lequel était compris le territoire de
Brie-Comte-Robert, ne durent ni rassurer les intérêts, ni
^'ontribuer à leur développement.
L'arrivée des Francs ne vint pas seulement accumuler
ruines sur ruines, elle transforma complètement le pays. Le
^souvenir s'est conservé de cette période sanglante et désas-
treuse.
M. Gustave Prévost (i) rappelle avec raison l'histoire de
5>aint Remy et du vase de Soissons, comme une preuve de la
c:onquète franque. accompagnée de pillage.
Salvien — un témoin oculaire — dit (2) que les cadavres
laissés par les Francs après leur passage étaient en tel nom-
tre qu'on ne pouvait les enterrer et que les bêtes fauves les
dévoraient. « Les Francs, dit-il, dépouillent tous les habitants
et les réduisent immédiatement en esclavage. »
'i; Us Invasions barbares au V» siècle et la condition des G allô -Romains par M. Gustave Prévost
{Revue des questions historiéfues, juillet 1879;.
(2) De CubernattoM Dei, — Salvianus.
38 mSTOIRK DE LA VILLK
Grc^ijire de Tours montre le pays ruiné, pillé et des quan-
tités innombrables de captifs emmenés en servitude, les
Francs massacrant indistinctement Gaulois et Romains. Ce
fut la conquête avec toutes ses horreurs.
La trace de ces terribles événements se retrouve sur le
territoire briard même, sinon à Brie, du moins dans les
environs.
« Chalemaison, dit M. G. Lerov (r), vient de Karoli mansio.
ma ^
la manse (^\^ le domaine de Karl. Or, Karl est un nom de
source germanique, inconnu chez les Romains. On peut
donc tenir pour certain que la métairie de Chalemaison eut
pour fondateur un conquérant barbare du nom de Karl,
arrivé en Gaule à l'éprjque des grandes invasions de la lin du
V* siècle, ou plutôt que ce barbare déposséda le Gallo-
Romain établi précédemment en ce lieu et s'y substitua sans
autre forme de pn^cés, sinon après l'avoir exproprié violem-
ment dans des circonstances plus ou moins tragiques. 11 est
admis, en elïet, que les barbares d'outre-Rhin trouvèrent
plus commode d'expulser les propriétaires des domaines
ruraux de la Gaule, plutôt que d'entreprendre, avec les diffi-
cultés de travail et de charges qu'elle comporte, la création
de nouveaux établissements. Si donc, comme il est probable,
les faits se S(>nt passés de la sorte, nous avons dans ce mot
(Chalemaison, la preuve que, vers le V** siècle, un barbare
arrivé de la Germanie, nommé Karl, s'implata dans le do-
maine d'un précédent propriétaire, de race gallo-romaine, et
qu'il lui donna son nom (2). Les travaux de Montesquieu,
d'Augustin Thierry, de Fustel de Coulanges, de Guizot et
d'autres historiens viennent à l'appui de cette présomption. »
Peut-être, plus près de Brie encore, trouvons nous un
exemple analogue. On me pardonnera, ici, une courte
I. Lti Gallo-Romains à RJau en liric et à Limoges- Fourches par G. Leroy (Melun, Drosne 1891,
'n-i2,.
2) Chalemaison est un lieu dit dépendant de la ferme de Mauny, près de Limoges-Four-
ches. Sur les indications de M. Arthur Grandin, de Galande. des fouilles entreprises ont mis
à jour des fondations de murs ancior.s, des aires d'habitation, s'étendant sur une superficie
de }(X) mètres carrés.
DE BRIE-COMTE-ROBERt ^9
digression, mais on en comprendra la nécessité par ce qui
va suivre. Au reste j'ai mon excuse dans cette parole de
Montesquieu : « Ceux qui font des digressions, a-t-il dit,
sont comme les gens qui ont de grands bras ; ils atteignent
plus loin. »
Un lieu qui me paraît pouvoir, comme Chalemaison, rap-
peler une origine franque n'est autre que Villemain qui
touche le territoire de Brie.
A en croire l'abbé Lebœuf, il ne faudrait pas entendre les
choses ainsi. Le savant auteur de l'Histoire du diocèse de
Paris parle de Villemain en deux endroits diflerents et donne
chaque fois de ce nom la même étymologie tantôt sous une
forme dubitative tantôt sous une forme affirmative.
Cette dernière se rencontre dans l'article consacré à Cou-
bert (r) « 11 y avait, dit-il, au XIIP siècle, dans les environs
de Coubert, un lieu appelé Coudray où était bâtie une église
ou chapelle du titre de Sainte-Geneviève. Ce lieu de Coudray
appartenait alors, avec une partie de Mind, dit depuis Ville-
min, à l'abbaye Sainte-Geneviève de Paris. »
L'abbé Lebœuf tout en reproduisant la même assertion, se
montre plus réservé dans l'article qu'il consacre à Grisy (2).
« Je n'ai vu, dit-il, aucun ancien titie où soit le nom de
Villlemain à moins qu'il ne faille attribuer à ce lieu quelques-
uns de ceux que j'ai ouï parler de Mainville qui est le même
nom renversé sur la paroisse de Dravet (Draveil), De même
que Mainville est le nom de Maindeville altéré, aussi celui
de Villemain me paî'ait-il n'être autre que celui du village de
Minde qu'on a corrompu dans la suite. Or il est parlé d'un
lieu de Minde dans le cartulaire de Sainte-Geneviève de Paris
j Van I2JJ. Cette abbaye avait un bois qui confinait à celui
de l'abbave de Chaumes. On lui donna dans cette même
année (1277) une vigne située sur le ruisseau dit en latin
1) Coubert, village du canton de Brie-Comte-Robert, à 8 kilomètres de cette dernière
ville. V. Histoire de la ville et du diocèse de Paris (Paris, 1754, tome XIII p. 245).
;2, Grisy, village du canton de Brie-Comte-Robert, à 6 kilomètres de cette dernière ville.
V. Histoire de la ville et du diocèse de Paris (Paris, 1754, tome XIll p. 259).
-♦<
HISTOIRK dp: la VILLE
Calidi furni et continue aux murs du couvent de Sainte-
(jcncvicvc.
» Tout cela me parait n'avoir pas été ailleurs que vers
Villemin qui est un peu éloig-né du prieuré de Vernelle
dépendant de Chaumes et de Coubert. Le ruisseau Calidi
Furni ou de Chaulour serait celui qui passe à Villemin, et le
(^)udray, où il y avait une ég-|ise Sainte-Geneviève, Jz/rjiV
existé autrefois entre (jrisv et (Coubert vers l'endroit où il
reste encore une fontaine dite dj Sainte-Geneviève, »
H n'est pas possible de faire ces citations sans les rappro-
cher de la suivante empruntée au même auteur parlant de
Brunoy (i).
« Kn 1270, écrit Tabbé Lebœuf, vivait Philippe de BrunoY
(de Bruneioj. Ce même Philippe est qualilié armiger daO-
l'acte suivant qui est de i-jj-j ,,.
» Par ce dernier acte Philippe de Brunoy et Mabile ^^^
femme quittent, pour une sompne d'argent à l'abbé de Saint::;^
(jeneviêve le bois de Mindeyo, depuis sa portion de boisqi
l'abbaye avait déjà en ce lieu de Mindeyum ». Et plus loi
l'abbé Leb(euf ajoute que cette vente dut être agréée par Gu
le Bouteiller, écuyer, seig'neur de Dravet, comme d'un bie^
mouvant de son lief.
Il n'y a d'ailleurs aucun doute pour lui au sujet de Templa
cément de Mindeyum. « ("est, dit-il, ce qu'on appelait alor^''
apparemment alors Mind, dont on a fait Minville qu'on écrir -■
communément Mainville et qui est dans l'étendue de VeT^^
paroisse de Draveil ».
Ainsi donc, le savant abbé applique, ici, une charte de 1277^
à un lieu de Minde, voisin (ai faisant partie d'un Coudray^^
qui Jz/;\7/7 existé entre (îrisy et (Coubert ; là, il applique la
m jme charte à un autre lieu Minde, devenu Mainville, et
situé à Torée de la forêt de Sénart, à quelques vingt kilomè-
tres du précédent.
Il est impossible d'admettre la mtândre analogie entre ces
1 1 Brunoy, chef-lieu de canton de Seine-et-Oise, à 8 kilomètres de Brie-Comte-Rob«rt.
V. Hiiloiri' de la vilh et du dio^^ln' de Paris (.Paris. 1754, tome XIII, p. 537).
bt*: HRIE-C'.OMTÈ-ROBËRr 4f
deux assertions. Si le Mindeyum de la charte de 1277 s'ap-
plique au Miiinville qui existe encore non loin de Brunoy et
à côté de Draveil (i) — et tout semble ici justilîer cette
hypothèse — il ne peut servir à désigner un problématique
Minde, devenu suivant Tabbé Lebeuf, Mindeville, puis Ville-
minde, puis Villemin et enfin Villemain.
L'étymologie proposée pour cette dernière localité par
l'historien du diocèse de Paris me paraît (2) injustifiable
d'autant que dans d'anciens aveux, Villemain était ortho-
graphié Villememain. Si la contraction de Villememain en
Villemain est explicable, il est impossible de soutenir encore
toutes les difficiles conjectures de Tabbé Lebeuf, au sujet du
lieu de Minde transformé en Villemain.
Que l'on voie dans Villememain, la forme Wilhelmi (3)
mansio, ou bien, d'après la thèse de Quicherat sur les suffixes
..7/;/, une forme n7//^t'/mmc%queronrattacheenfinVillememain
à une forme Wilhelmi manus avec tous les sens qui dériv^ent
de ce dernier mot (travail," industrie, coup de main, coup de
(\) Cela semble il'autant plus vraisemblable que non-seulement, d'ap'ès la charte de 1277,
citée par l'abbé Lebeuf. Philippe de Brunoy, vend à l'Abbaye de Ste-Geneviève le bois de
Minde — oj Ion peut voir Mainville - mais il lui donne en outre une vigne sur le ruisseau
de Chaufour. contiguë aux biens q ie cette abbaye avait au Coudray. L'abbé Lebeuf dit qu'il
n'a pu identifier le Coudray. Or, dans la commune de Soisy existe précisément le château de
Coudray et à Soisy, lAbbaye de Ste Geneviève possédait des biens : « Apud Soryacum, juxta
Corbohum, terrai et crnun d. ;C».i///u Chriit. tome 7, instr. col. 24)). De p'us, toujours
■d'après Lebeuf. le bois de a Vtindeyo » précité a voisinait deux marchais sur lesquels l'Abbaye
d'Ycrrcs avait des droits ce qui ne saurait étonner étant donné que l'Abbaye d'Yerres s'élevait
dans ces parages tout près de Brunoy. Enfin, Tabbé Lebeuf, dit que le bois de a Mindeyo »
s'étendait jusqu'au bois de l'abbï de Chaumes. Or, précisément il est question, dans l'histoire
du diocèse de Paris, d'un jugement rendu en 1224 au sujet de ce qui était en contesta-
tion, entre l'abbi de Sainte -Geneviève et celui d: Chaumes, sur le droit d'usage dans le
territoire dit de Sénart, et sur le moulin de Rocheel qui était dû par Tabbé de Chaumes,
situé entièrement dans sa seigneurie de Buciaco (Boussy-St-\ntoine, commune de Seine-
el-Oise, située non loin de Brunoy i. Enfin il n'est pas jusqu'à un seigneur de Chaufour dont il
ne soit question comme vendant, en 1248, des biens mouvant du seigneur de Soisy.
Après ces rapprochements, tirés de l'abbé Lebeuf, que peut-il 1 ester de la légende d'un
ruissenu de Chaufour, d'un Minde et d'un Coudray entre Grisy et Coubert, légende d'ailleurs
inutile puisque Villemain et son ruisseau sont situés entre Brie-(^omte-Robert et Grisy à 2
kilomètres, à vol d'oiseau, de l'emplacement que désigne l'abbé Lebeuf.
(2; Aveux du commencement du ly siècle.
0< Villemain sur les cartes de l'Etat-raajor est écrit IVillemain, comme Villemenon,
château d«s environs de Brie-Comte-Robert, à Servon, est écrit Wiilemenon, rappelant la
forme iVilhelmi dunum. Par contre, Villemeneux, ham«au de Brie-Corate-Robert, qui vient
à n'en pas douter de de Villa minor, est orthographié sur la carte d'état-major avec un
V et non un W.
4^ Histoire de la Ville
force (i), il ne me paraît pas possible de ne pas y distinguer
la racine Wilhelm, nom de source germanique autant que
Karl (2). Et, remarque qui viendra fortifier ma manière de
voir, une rue de Brie, amorce du chemin qui va de Bric-
Comte-Robert à Villemain, porte le nom de rue des BeauS--
Guillaumes ou du Beau-Guillaume dans lequel on n'a aucuno
peine à voir J^osci Wilhelmi, du bois de Guillaume.
Ce qu'il y a de certain c'est que Villemain a gardé, à en.
croire les lieux dits, le souvenir d'horribles ou de terrifiante^^
aventures. (Voir la note ci-dessous).
Il y aurait donc quelque apparence que nous avons, sur \c^
sol briard même, l'indication fort nette que M. Leroy a^
trouvée ù Chalemaison de la conquête franque et en même^
temps des excès épouvantables dont Salvien et Grégoire de=-
Tours nous ont laissé le récit.
Ce dut être une époque assurément désastreuse pour les
populations de ce pays que celle de l'invasion franque. La
prise de possession violente du sol ne vit pas la fin de leurs
maux. A la guerre de conquêtes succédèrent les disputes à
main armée entre les frères royaux, entre leurs leudes et
leurs antrustions. Le V" siècle vit les hordes germaines
s'abattre sur le territoire, le VP vit ces mêmes hordes aux
prises entre elles, pillant et saccageant tout.
« Alors, dit M. Rethoré (3), l'antique civilisation agonisante
s'éteignit presque complètement. Durant cette immense
perturbation sociale, les populations, les villes... disparurent
presque complètement, frappées par des calamités de toutes
sortes. Le peu qui était resté debout, après le passage
(1) Ce coin du terroir laisserait plutôt supposer qu'il faudrait interpréter le mot manu^
dans ce sens. En eifct, tout à côté se dresse le Me<inil, anciennement appelé Mesnil-
Ordoux et l'on sait quelle signification s'attachait au mot ordoux dont nous avons tiré
ordure, ordurier. Dans l'espèce, ordoux voulait dire surtout mal famé, repaire de bandits. De
plus, au-dessous de Villemain la va'lée dans laquelle il est bâti portait le nom singuliè)-ement
suggestif, si on le rapproche du précédent, de coupe-gorge.
(2) A noter le ruisseau aux bords duquel s'éleva Villemain ce ruisseau que Lebœuf appe-
lait (^haufour porte le nom de Barhançonne dans lequel il est bien difficile de ne pas voir
le mot Brabariionne. Or, les Francs sortaient du Brabant.
(3; Note sur Us vilU nova et la proprUté foncière. (Bullelin de la Société Archéologique de
Mclun).
nÈ BRIE-COMTÉ-ROBERT 4^
d'Attila, dans nos riches campagnes, les hordes de Sigebert,
le renversèrent en bjb. De tant de ruines accumulées, il ne
resta pour ainsi dire que les débris enfouis sous le sol.
c( Au commencement du VIP siècle, sous l'impulsion émi-
nemment civilisatrice de Saint-Colomban, un des hommes
les plus remarquables de la cour de Dagobert..., les débris
des familles des colons et d'esclaves qui avaient surv^écu aux
désastres vinrent se grouper autour de missionnaires,
comme Saint-Faro, Saint-Fiacre et tant d'autres... Faibles
par le nombre et privés, comme ils Tétaient, de puissants
instruments aratoires, ces pauvres esclaves, récemment
christianisés, ne durent pas étendre leurs cultures à de
grandes distances... Il est vraisemblable qu'ils appliquèrent
de préférence leurs elTorts aux champs voisins de leur
ancien viens où toute trace de la culture romaine n'avait pas
probablement disparu. Mais des terres restèrent incultes.
Les anciennes voies romaines continuèrent à ne plus être
tréquentées et peu à peu se couvrirent dliumus ; les villes
incendiées, saccagées et dépeuplées croulèrent sous l'étreinte
du temps et demeurèrent ignorées au milieu des brous-
sailles... »
M. Alfred Maury (i) dit de môme : «... En une foule de
lieux, les colons abandonnèrent leurs cultures pour se
réfugier dans les villes. Les champs, laissés en friche, se
recouvrirent peu à peu d'une végétation arborescente. La
forêt ressaisit son empire. Plusieurs forêts s'élevèrent là où
avaient existé des viens et des habitations. Quand les bar-
t^^^res, Alains, Suèves, Vandales, Goths ou lluns s'abatti-
''^nt sur la Gaule, ils détruisirent bien des centres de popu-
lation et sur les ruines qu'ils avaient faites, les forêts repa-
rurent... »
Ces tableaux m'ont semblé si fortement traités, ils m'ont
P^ru si bien peindre la situation du sol briard et de ses
"^bitants à cette époque tourmentée que j'ai cru devoir les
reproduire ici.
l'} Us fonts de la Gaule et l'ancienne France. ^Paris, 1867, in 8*).
44 Histoire de la Ville
Et cependant puisque j'ai admis avec Lebeuf et par i
interprétatic)n raisonnée de son opinion qu'au Vil' siê(
Brie était encore un viens, puisque Doublet nous dit c
Brie au LV siècle était un bour^. admirons la force de ré*
tance des habitants de la vieille Bradeia au milieu <
calamités qui les assiégeaient.
Quel était ce viens ? quel pleuvait être ce bourg ?
De toutes les stations agric )les qui s'élevaient à l'époq
romaine sur le plateau situé au sud de ("ornillot et c
sources qui le forment, il ne restait plus rien à coup s
(]es habitations isolées n'olTraient aucune sécurité. Lapoj
lation décimée par les massacres, les maladies, en ùh
d'ailleurs réduite à sa plus simple expression.
C'est alors qu'elle chercha un refuge qui pût la mettre
moins à l'abri d'un coup de main, sinon la soustraire ce
plètement aux déprédations des gens de guerre et c
bandits.
Un lieu unique s'offrit à elle.
Les nombreuses et abondantes sources qui jaillissent
fond de la cuvette dont j'ai déjà parlé, creusée au milieu
plateau où s'élève Brie-Comte-Robert, formaient par le
réunion un étang de surface relativement considérable,
suffisait, d'ailleurs, d'un barrage convenablement placé pc
relever le niveau des eaux et accroître encore les dimensio
de cette nappe d'eau. (>e barrage pourrait avoir été place
l'endroit le plus étroit de la vallée de Cornillot, à la r
appelée aujcmrd'hui des Tanneries, par exemple.
Les fontaines de Brie, ai-je dit par ailleurs, (i) dévale
certainement s'épandre en un étang à large surface ; ma
la réflexion aidant, on devine le colmatage de cette nap
s'accomplissant siècle par siècle. Aujourd'hui encore, bi«
que les pentes aient perdu de leur rapidité, le glisseme
des terres s'opère toujours et le fond de la cuvette s'enli
sous nos yeux. De là à admettre, au sein de l'étang précit
l'existence, dès les premiers siècles, d'un ilôt, sorte de mot
(1^ Li chJtcau de Hrie-Comle-Robert. ^Brie-Comtc-Robert, Thomas, impr. 19X), in S-;.
DE BRIE-COMTE-ROBERT 40
de lert"^, plus ou moins solide, plus ou moins marécageux,
cela ne semble pas devoir souffrir de difiîculté. Et cela se
démontre d autant mieux que, de toute évidence, la main de
Vhomme a fixé, en réalité, l'ilot en question. Le travail de
l'homme n'est, le plus souvent, surtout aux âges primitifs,
que la copie, le développement ou l'exagération du travail
de la nature : le colmatage naturel de l'étang devait être
suivi d'un colmatage artificiel donnant à la forme de terre
émergée une forme régulière et créant autour d'elle une
ceinture continue dont les contours s'offrent encore à nos
veux.
•
Je citais à ce propos les exemples suivants.
M. Poiré, un Briard, qui travailla, comme entrepreneur de
maçonnerie, sur la face N-E des fossés, il y a quelques
années, rencontra des pilotis à rangs pressés, bois d'essences
diverses où dominait le chêne, tous noirs comme de l'ébène,
restes vénérables de travaux remontant à plusieurs siècles
en arrière.
Dans un Mémoire dressé, vers la fin du XVI^ siècle, pour
le président de Mesmes, il est dit que les ponts, murailles et
édifices du château (le château était bâti au milieu de l'étang
dnnt je parle) sont très anciens, d'une grande étendue et
bâtis sur pilotis J// m/7/(?// t^wn malais presque impraticable.
Il est possible que ces pilotis, que la forme régulière
donnée à l'ilot qui porta, depuis, le château datent d'une
époque relativement postérieure aux V" et VI'' siècles ; mais,
à Coup sûr, il existait là un étang, avec une motte de terre
^u milieu. Il est même très probable — et cela se voit en
jetant un regard sur la carte — que cette motte ait été formée
par les dépôts alluvionnaires des différents ruisseaux qui
descendent du versant nord de la cuvette, notamment par le
^ de Tubœuf et par le rû des Ecorcheries.
Il est vraisemblable que l'ilot tenait â la terre ferme par ce
^'^-•té, que le travail de l'homme après l'avoir complètement
isolé éleva en face de la chaussée d'accès un ouvrage, très
certainement en bois à l'origine, qui devint plus tard la tour
HISTOIRE DL LA VILLE
DE BRIE-COMTE-ROBERT 47
Saint-Jean. Cet ouvrage défendait l'entrée de Tilot qui de
tous les autres côtés se trouvait protégé par une large
ceinture de fosses naturels ou artificiels.
Nous verrons postérieurement que, jusqu'au milieu du
XIV" siècle, il y eut sur ce point particulier des habitations
particulières.
Je ne crois pas trop m'avancer en disant que le vicus de
Fortunat ou le bourg de Louis-le-Débonaire, se resserra sur
cet étroit espace. Il ne mesure pas plus, il est vrai, tel qu'il
se présente aujourd'hui à nos yeux, de cent mètres sur
chaque face de son carré régulier, mais peut-être, avant
d'avoir cette régularité, embrassait-il une étendue plus
considérable, quoique moins nettement définie.
Dans tous les cas, rappelons-nous que l'Ile de la Cité, à
Paris, qui renfermait, à cette même époque, la ville principale
de la royauté Mérovingienne, ne mesurait pas plus de 740
mètres de long sur une largeur moyenne de 25o mètres, et il
s'y trouvait le palais royal, les églises Saint-Etienne, Notre-
Dame, le baptistère Saint-Jean-le-Rond, et au milieu une
place destinée au commerce.
Il faut d'ailleurs considérer l'îlot de Brie comme un lieu
de refuge servant, en cas d'alerte, à abriter la maigre popu-
lation qui pendant ces temps tourmentés se hasardait au
dehors à cultiver les champs dans un rayon restreint. La
place destinée au commerce, le marché, quand les guerres
P^'rmettaient sa tenue, était également en dehors de cette
enceinte. Il y a même lieu de croire que les sanctuaires élevés
par les premiers évangélisateurs, très vraisemblablement au
lieu où se trouve encore aujourd'hui l'église du pays, au
moins par respect pour la tradition, n'avaient pas changé de
place. On a trouvé (i), en elïct, tout dernièrement en exécu-
tant certains travaux dans le sous-sol du chevet de l'église,
des traces ipdéniables de sépultures qui paraissent remonter
^'époque Méroving'ienne, à en juger par les fragments de
• 'J V. Bulletin de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Bric-Comte-Robcrt (tome i.
^8 HISTOIRE DE LA VILLE
poterie qui accompagnaient les squelettes. Obsen^ation a
noter : à côté de squelettes assez régulièrement rangés à côté
desquels étaient placés des vases contenant encore des restes
de charbon à moitié brûlé, il s'en trouvait d'autres étrange-
ment disposés. Ils se présentaient manifestement la tète en
bas, comme s'ils avaient été culbutés, jetés la tête la première,
dans une fosse hiitivement comblée. Les premiers avaient
donc été ensevelis avec tous les rites funéraires en un temps
de paix et de tranquillité comme il convient dans un cimetière
où une population vient de longue date enfouir ses morts. Lqi
position extraordinaire des seconds laisserait indiquer que la
cérémonie s'est accomplie avec précipitation, sans doute parce
qu'elle était troublée par quelque pressant danger.., témoi-
gnage inattendu de l'insécurité qui régnait alors dans le
pays.
L'existence avérée de ce cimetière permet de supposer que
l'église, l'église où Saint-Germain accomplit son miracle, était
tc)ut proche.
Quoiqu'il en soit, on peut, sur ces données se figurer, à
cette période, l'état du pays. Sur l'îlot, dont j'ai parlé, se
dressait le viens, plutôt lieu de refuge que de séjour perma-
nent ; à deux cents mètres environ, là où aujourd'hui se
dresse l'église, était placé le sanctuaire chrétien primitif avec
snn cimetière. Aux alentours, mais à très courte distance
s'échelonnaient quelques exploitations agricoles qui dispu-
taient faiblement à la forêt le terrain que celle-ci avait en
partie reconquis. Entre le sanctuaire et le viens, la Bradij ou
Braida, le campus suburbamis où se réunissait le marché, où
il se réunit encore aujourd'hui.
Les habitants de Brie purent, après les désastres du V"
siècle respirer avec Dagobert et (^harlemagne ; mais ce ne fut
qu'une éclaircie dans cette période calamiteuse. Après Dago-
bert, les convulsions de la dynastie mérovingienne ne contri
buèrent pas peu à anéantir les ressources du pays, et après
Charlemagne, l'incapacité de ses faibles successeurs, d'une
part, les Normands de l'autre, mirent le comble à la ruine
DE BRIE-COMTE-ROBERT* 49
publique. Hélas ! ce n'était pas tout. A ces fléaux, vinrent
s'ajouter les déprédations des seigneurs.
« La propriété particulière et libre, dit M. Alfred Maury
( I ), disparaissait chaque jour pour faire place à la domination
seig-neuriale. En dehors des forêts du domaine de la Cou-
ronne, ou possédées par des abbayes auxquelles elles av^aient
été concédées, le reste était graduellement employé dans le
domaine seigneurial. »
Un des abus les plus odieux dont le cultivateur eut à souf-
frir fut le droit de garenne. Ce mot de garenne ou Warenna
est dérivé du mot germain Waren, (défense, interdiction).
Championnière a dit que « l'établissement des premières
«rarennes n'est que la continuation des ravages de la conquête,
mais plus odieux que les incendies et les meurtres» (2). Le
seigneur qui usait du droit de garenne ne s'appropriait ni le
sol, ni le tteuve auxquels s'appliquait sa défense de chasser
ou de pêcher. « Il se bornait à s'y réserver les avantages de la
chasse et à empêcher tout travail pouvant nuire à la propaga-
tion du (gibier. Cette interdiction avait pour effet d'entretenir
et de favoriser la présence des bêtes fauves et des animaux
nuisibles qui pullulaient souvent au point que les paysans se
voyaient souvent réduits àabandonner la culture et à émigrer
ailleurs, désertion dont le seigneur profitait pour s'emparer
du territoire. » (3)
On se rend compte de l'horrible situation des habitants de
Brie devant les ruines fumantes de leurs chaumières, en temps
de guerre, et, en temps de paix, chassés, par les animaux
féroces, du terrain sur lequel ils vivaient et que confisquait à
son prolit le seigneur (4). Le vicus dont j'ai parlé plus haut
qui pouvait les abriter contre les gens de guerre ne suffisait
plus à les défendre contre les exactions seigneuriales. Mais
ces htjmmes courageux ne désespérèrent pas.
i\j Op. cit.
(2) 'Du droit du riverain à la propriété des eaux courantes (1845, in 8').
■ ?^ Mathieu-Paris Chronic, i22f, trad. par Huillard-Bréhollcs (tome II!, p. 285).
(4j Le vilhge de Varennes (S.-ct-O.) aux portes de Brie, la Varcnne de Viliemeneux dont
parient plusieurs titres soDt la preuve que l'épouvantable droit de garenne désola le sol briard*
4
5o HISTOIRE DE LA VILLE
N'y a-t-il pas dans 1 ame du cultivateur une sorte de lien
invisible qui l'attache à cette terre dont il est momentanément
dépossédé? Peut-il abandonner son champ qu'il arrosa de ses
sueurs ? Certes, s'il en fut qui, pris de désespoir, s'enfuirent
du pays sans esprit de retour, émigrant définitivement dans
les cités environnantes, et surtout vers Paris qui déjà exerçait
son attraction autour d'elle, il en fut aussi, de cœur plus
résolus, d'espérance plus nourris, qui demeurèrent quand
même, cherchant sur ce sol dévoré un abri pour traverser
l'orage.
Peut-être même, malgré tout, malgré les bandes armées,
malgré les violences seigneuriales, malgré les calamités de
toute nature qui pleuvaient autour d'eux, fùt-il de ces héros
obscurs de la terrequi conduisaient sereinementleurcharrue,
essayant encore de travaillera l'abri des haies naturelles que
la foret faisait renaître autour d'eux ou qu'ils créaient eux-
mêmes, pour s'enclore comme dans les bocages du Poitou
et de la Vendée.
Faible barrière qui ne pouvait protéger ni la famille, ni les
réserves agricoles, ni les bestiaux du paysan, puisque l'ilôt
des Fontaines, celui sur lequel vivait encore une population
misérable n'était même plus un lieu de sûreté contre les
ennemis de toute sorte qui la guettaient. C'est en la terre
seule que le paysan eut confiance. Son amour pour elle lui
enseigna qu'elle devait le protéger et Bradeia devint, comme
en beaucoup de lieux, une ville souterraine. Les anciennes
demeures troglodytiques se virent envahies par la foule des
proscrits et des paysans. Ne pouvant élever sur le sol une
chaumière qui pût résister aux envahisseurs et aux bandits,
ils agrandirent ces retraites d'un autre âge, creusèrent des
réduits où ils s'enfermèrent pour trouver au moins quelque
sécurité.
Tout le monde sait qu'il existe un Brie souterrain. Il n'est
pas douteux que les galeries que l'on connaît ont servi à
autre chr)se qu'à l'extraction de la pierre ; un autre travail se
fait sentir dans ces méundr(\s obscurs, ctt.mnement de beau-
DE BRIE-COMTE-ROBERT :>!
coup, qui témoigne d'une idée générale appliquée pendant
de longues années, peut-être même pendant plusieurs siècles.
C"e n'est que d'hier qu'on s'occupe de repérer ces voies qui
s'engagent sous le sol, présentant parfois un double étage
qui déconcertent ceux qui les découvrent. Rien ne sera
difficile que d'arriver à fixer leur emplacement, car une
fj^rande partie, éboulée, comblée, disparue empêche
toutes recherches continues. Mais du peu que l'on connaît,
on sent comme une direction, comme une sorte de plan
préconçu dans les couloirs que le hasard a fait découvrir.
11 semblerait que deux artères principales, ayant ou à peu
près leur point d'origine vers le Petit Louvre, c'est-à-dire
à l'endroit où l'ancienne route de Paris se sépare de la
nouvelle. — non loin de la Pierre Marchande — se propa-
gent vers l'Est, chacune d'entre elles suivant les versants
<»pposés de la cuvette de Brie. La première, sous le versant
Nord irait débrjucher vers Belle-Fontaine et serait dans une
certaine mesure parallèle à l'ancienne route de Paris ; la
seconde, creusée sous le versant Sud, se dirigerait vers l'an-
cien hôpital et aurait son débouché vers le chemin des
Vignes entre la route de Melun actuelle et la rue des Fours-à-
(>haux.
En l'état actuel des observations, il est impossible de rien
préciser à cet égard et je ne peux que coordonner des indica-
tions qui m'ont été fournies de divers côtés. S'il n'y a que
présomption sur les données qui précèdent et au sujet de la
direction des voies qui viennent s'embrancher sur les voies
regardées comme principales, il y a certitude sur l'existence
de ces souterrains dont quelques-uns, parcourus sur une
assez grande longueur, montrent quelquefois des travaux de
Soutènement soigneusement exécutés. Il ne serait pas impos-
sible que dans les siècles postérieurs, notamment au XIVs
quelques-uns de ces souterrains, connus et encore dégagés,
aient été employés et consolidés pour assurer et faciliter leur
parcours.
A mesure que les habitants de Bric cherchaient dans le
r2 HISTOIRE DE LA VILLE
sol un refuge crmtre les maux qui les menaçaient, ils s'iso-
'aient peu a peu du reste du pays. Comment voyager, cr>m-
ment se rendre d'un lieu habité à un autre, même à courte
distance, lorsque les environs du malheureux vicus, que
Frirtunat appelait Bradeia, lorsque le vicus lui-même n'of-
fraient plus qu'insécurité r
Les chemins qui desservaient autrefois Tantique marché
s'étaient prr^bablement elTacés et s'étaient couverts d'humus.
Dans la partie boisée, situéeau nord du ruisseau de Cornilli »t,
la forêtavaiteu tôt fait d'envahir ces voies de communication,
plutôt sentiers que chemins, et les traces en curent vite dis-
paru. Mais dans la direction de Melun, vers ces plaines
fécondes qu'arrose le rù des Hauldres, la disparition fut
mr)ins complète. On en trouve, même, encore des vestiges
enfouis sous le sol entre Réau et Brie tantôt à gauche, tantôt
à drfiite de la route actuelle, à quelque distance : et, parfois,
au mr)ment où les terres, fraîchement labourées, ne sont
point revêtues de leur parure verdoyante, on peut, sur le sol,
en suivre les méandres dans les pierres qui jonchent le sol,
sur une longueur à peu près constamment égale, pierres que
la charrue ne cesse pas de ramener à la surface. Ce sont bien
là les chemins dont parle M. Rethoré ( i ).
« Des vestiges prononcés de voie romaine, dit-il en parlant
de (>hoqueuse, subsistent encore couverts d'humus. Con-
vient-il de rattacher ces tronçons à de grandes voies de
communication mettant en rapport les cités éloignées les
unes des autres ?
0 L'empierrement existe encore... arraché, ici, depuis une
quinzaine d'années, là, recouvert d'une couche d'humus de
trente centimètres. Des terrassements exécutés ( m t permis d'é-
tudier la structure de la voie. Sa I irgcur ne dépasse pas 3'" K).
VA\c se compose de deux lits bien distincts de pierre meulière
du pays. Le lit inférieur est formé de petits blocs juxtaposés
sur le plat et mesurant quinze à trente centimètres de côté
sur dix à vingt d'épaisseur. Le lit supérieur se ccjmpose de
^i, Op. cit.
DE BRIE-COMTE-ROBERT 53
cailloux analofTucs à notre macadam, mais plus grc^s. Ces
cailloux comblent les interstices des blocs inférieurs formant
une couche variable ne dépassant pas quinze centimètres.
Ivn raison de sa composition cette voie me paraît devoir être
classée parmi celles de deuxième ou même de troisième
< >rdre... »
("'est certainement à cette catépforie de voies de commu-
nication et non aux f^randes voies romaines dont M. Hugues
a si bien étudié et tracé la direction dans le départemeut
de Seine-et-Marne (i), que l'on doit rattacher les traces de
chemins qu'on peut relever non seulement sur larivegauche
de TYerres, mais encore sur la rive droite, notamment à
gauche de la route de Melun, dans le champ de M. Weïss,
précisément à l'endroit où des fouilles exécutées par MM.
Bernard et Rousseau mirent à jour des tuiles romaines et
révélèrent des traces de parties consummées par le feu.
Tout autour du vicus, ainsi replié sur lui-même, privé
on peut le dire de communications avec le dehors, tout autour
de ces malheureux habitants à peine en état de cultiver le
sol à quelques cents mètres de leurs lieux de refuge, la forêt
reprenait son empire recouvrant peu à peu les défrichements
exécutés pendant la période romaine.
Du coté du nord, rien n'était changé, sinon que le domaine
f<>restier s'était accru et étendu, s'il était possible. Au sud, la
reconstitution de la forêt donnait naissance à ce qu'on appe-
lait, à l'époque, les haies. « Le nom de haies, nous dit M.
Alfred Maury, désignait non une haie, une enceinte comme
aujourd'hui, mais une portion de forêt assez étendue. Elle
tira son nom de la cl(">ture {ILiga ou haie) qui la circonscri-
vait » et, en un autre passage, M. Maury nous apprend
comment se formaient ces haies. Les buissons associés à
quelques baliveaux C( instituaient pour l'agerde chaque pagus,
de chaque vicus, une enceinte naturelle. Les haies dont
(>ésar signale la présence chez les Xerviens s'élevaient comme
les témoinsdes forêts primitives dont elles étaient les débris.
( I : Op. cit.
:^4
niSTOIRl-: DK l.A VlLl-i-,
Si Ton considère que le mot g^arenne — tout en conservant
la source que je lui ai donnée ci-dessus — avait, en mèmc
temps, <>ri*2^inairement la même signification que forestelii
du m(ii Jbt'esia (i), on peut, après ce que j'ai dit plus haut du
droit de g^i^renne, après les indications qui vont suivre, se
rendre compte des progrès que la forêt avait faits sur les
terres précédemment défrichées.
J'ai pu établir sur le croquis (page 25) la situation approxi-
mative des établissements agricoles qui formaient l'ensemble
de Brie à l'époque romaine. Ces établissements occupaient
tout le versant sud du (^)rnillot, depuis la Pierre iMarchande
jusqu'au (^ornillot. C'est précisément sur leur emplacement,
rangés en demi cercle autour de l'églisq, que nous voyons
s'étendre les haies et les bois (hafrjs et furestelLis) dont le
souvenir nous est resté.
Kn partant du (]ornillot, nous trouvons la haie Guépin
qui existait encore au XV" siècle et dont le chemin dit de la
Haie (îuépin — faisant suite à la rue du Martinet — conserve
la trace.
La rue appelée aujourd'hui du Martinet a porté le nom de
rue des Beaupaires, et même des beaulx paires (2). Il est
'l ; M. Maury citr ri cet c^ard une charte de I20) où il est dit : a ForesUtla iltû qu^ garenna
vocatur, etc., etc »
(2) Acte de Noc du 4 octobre 1608 (Ar,h. not. de (M Ca-nus, notaire à Brie-Comtî-Robcrt).
« Balthasar Suraudun, masson. et Martine Reboursin vendent à Kstiennc C'erc, manouvrirr,
deux travées de .ba>se mai>on. couverte de chaume, cour et jardin, assis sur la rue des beaulx-
pires qui est tendant de !•« porte de beau-Guillaume au giand moullin. »
Un autre acte de Dt'slojjes, en date du 22 mai 1626 (Jtude de M' Camus) nous fixe sur
l'emplaeement du bois de Pierre ou beaulx-pères. « Jehan Reboursin, marchand thuilirr»
bulle à titie de rente à André Lhoste deux travées de logi-i couvert de chaurpe, Hans Tune
desquelles y n cheminée, assis au lieu dit la (lourl Ménard, autrement dit des B:aupaires. sur
la grande rue tendant au Grand mou'lin, tenant dune part etc... et d'autre bout sur la ccur
commune. »
Il faut chercher ce te (3ourt Ménard du latin curtii, espace découvert entouré de maisons
d'habitation) a droite dans la rue du Martinet actuelle un peu avant d'arriyer au chemin
des Vignerons. Hn ijV^. la court .V.énard était divisée en trois immeubles appartenant à
Ftienne Merlin 14 perches 1,2 . François Merlin 20 percnes lii), Pierre Galpin (7 perche>!.
Ce dernier touchait la maison, cour et jardin a Jean C'otret « faisant l'encognure de la rue
de Laval Martinet) f.rmé de payes et sur le bord du sentier de* Vignerons du côt^è drr»ite
entrant par la rue du Martinet ». La rue de Laval commençait au carrefour des rues Tanquard
et du Martinet...
Il est a rennarq-jer à prop<i> de l'orthographe beaulx-pc'es ci-dessus, que dans un acte de
Doguet du 24 décembre \Ht^ {itude de A/" Camui) le nom de porte de beau Guillaume est
ainsi ortho^çraphié : rf« beaulx gmllaumes.
ik ^
DF BRIE-COMTË-ROBKRT ^.■>
impossible de ne pas voir, ici, comme pour le mot beaulx-
^uillaumeî>, Tétymologie fort nette de bosci peiri, le bois de
Pierre. La rue des Saints-Pères, à Paris tire elle aussi son
nom de l'église St-Pierre à laquelle elle menait.
Nous avons donc, là, au Cornillot, la preuve de Texistence
d'un bois et d'une haie. Une autre rue de Brie qui jusqu'à la
lin du XVIIP siècle s'est appelée rue du Boissanté, nom dans
lequel j'estime voir Bosci sancii, aujourd'hui rue des Juifs,
indiquerait l'ancienne existence à Fouest de la ville d'un
bois qui devait s'étendre dans la direction de la garenne de
Villeneuve. Dans ce cas, il était encadré par les hayes de
Brie et la luye Dieu. Cette ceinture forestière trouvait son pro-
longement dans la haye Passard, les Saulces-la-Vieille, le
chemin herbu, l'épinelle ouépinette,lesormeteaux, etc., etc.
De toutes ces données on concluera facilement à la déca-
dence, sinon à l'effacement du vicus de Fortunat, du bourg
de Louis-le-Bèguc. Combien de localités durent sombrer au
cours de ces siècles calamiteux et combien peu ressusci-
tèrent du milieu de leurs ruines. Brie eut tout au moins la
fortune de survivre aux désastres qui l'avaient accablée.
C'est une période nouvelle qui va commencer pour elle,
période dont l'étude pourra se poursuivre à l'aide de docu-
ments et sortira par suite en partie du domaine de l'hypo-
thèse.
.l'ai essayù.diins lu fhapilrL- procùdo n i . d'ùuihlir IV-xislcnco,
peut-ijtrc anLcromainc;, d'un centre d'habitat humain, sur I
le Icrriinirc i>ù s'Olcvy atijimrd'hLii Briiî-I^nmlc-Robcrt. J'ufI' J
ai pi'ursuivi les lltictuations diverses au cours des dix pre-""^
micrssit-'clcsde l'ère ch retienne et j'en cnnstatais l'elTacemcnt
sinon la disparition au moment nù l'invasion des Normands,
les luttes intestines des derniers (^aroling'iens, rafl'aiblisse-
ment de l'auturité centrale jetaient le pays dans des calamités
aussi désastreuses que celles qui suivirent la conquête par
les Francs et la disparition de l'empire romain. Néanm^iins j'ai
réservé les indicatjiins rapides qu'il est bon de donner sur l;
situation administrative de ce territoire pendantccttc longue
5^8 llîSTOÎRK DE LA VILLE
période, parce que ce n'est qu'à dater du XII* siècle que c^:^ ^^'
période présente un certain intérêt.
Il importe de dire cependant, que ce territoire a suivi ^
fortune de Lutèce qui devint Paris dans la suite. Avant '-
conquête par Jules César, il faisait partie de la Celtique (^^
ans av. J.-C). A la mort dWuguste (74 ans après J.-C), I ^
Celtique avait reçu, sauf une minime fraction, le nom d^
Lugdunaise ou Lyonnaise, dont faisait encore partie 1 ^^
territoire de Brie-Comte-Robert.
Au V* siècle, la réforme préparée par Dioclétien et exécuté"^
par ses successeurs, amena une division des ancienn
grandes provinces. Le territoire de Brie, avec Paris, Melu
Sens, etc., fut compris dans la IV' Lyonnnaise Sénonai±^
(Senonia).
Après l'invasion des Barbares du V' siècle le territoire Ti
érigé en royaume avec Syagrius pour chef qui résidait soit
Paris, soit à Melun.
11 est bien difticile de dire à quelle date exacte Paris et {> -
conséquent le territoire de Brie se soumit aux Francs. Il \^
ù cet égard au moins trois opinions que cite M. Longnon (C
Ce qui est certain, c'est que Clovis posséda Paris et en fit
capitale de son royaume au retour de son expédition vict
rieuse contre les Visigoths (5()8) et qu'il y demeura dans 1
dernières années de son règne. Paris appartint ensuite
Childebert (3 11-558). (2)
Après Clotaire et lors du partage qui eut lieu, Paris fu^
l'objet des convoitises de ses fils. Chilpéric s'y établit (56 f -
sans prendre l'avis de ses frères qui s'unirent contre lui et
attribuèrent cette ville à Charibert, le plus âgé d'entre eu.K.
A la mort de Charibert (SGy), ne pouvant accepter que Tun
d'eux trônât à Paris, les trois lils survivants de Clotaire
décidèrent qu'il serait fait trois parts de la Civitas parisiorum
(c'est-à-dire du territoire des Parisiens) et proclamèrent la
il) Géographie de la Gaule au 17' siècle, par Auguste Longnon (Paris, Hachette, in-8*).
i'2) C'est sous le règne de Childebert que Saint-Germain, cvéque dont Fortunat a écrit
l'histoire, monta sur le siège de Paris, en 555. C'est donc vers cette époque qu'il faut placer
)ç miracle raconté par Fortunat et dont Brie aurait été le théâtre.
bË BRlË-COMtE-ROIŒRt T^()
neutralité du chef-lieu (i). Cependant Sigebert, d'abord,
occupa Paris, puis Chilpéric qui y célébra solennellement la
Pâques en 583.
Le traité d'Andelot, (587) mit Contran, roi de Bourgogne,
en possession de Paris. A sa mort, Childebert demeura
maitre de la cité parisienne, qui, après lui, tomba pour
quatre ans au pouvoir du jeune Clotaire.
KnG.vj, les pctft8-flls de Brunehaut reprirent le dessus et
la cité royale fut attribuée en entier à Théodoric II, le second
des successeurs de Contran sur le trône de Bourgogne.
Dagobert réunit, par la suite, tous les royaumes francs en
sa possession et devint ainsi maître de la dviias Parisiis. On
sait qu'il donna à Tabbaye de St-Cermain-des-Prés, dite alors
de Saint-Vincent, toutes les possessions du domaine royal
à Combs-la-Ville et notamment le village lui-même (936).
Après Dagobert, commence la décadence de la race mérovin-
gienne que je n'ai pas à rapporter ici. Le territoire de Brie
tlnit enfm, comme toutes les possessions franques, par faire
partie de Tempire carolingien.
Mais lorsque disparut Charlemagne, la faiblesse de ses
successeurs ébranla l'unité politique si longuement préparée
et si chèrement achetée. Les grands fiefs concédés temporai-
rement se perpétuèrent geignant en puissance et en auda-
cieuses prétentions tout ce que le pouvoir royal perdait en
autorité et en prestige. Une multitude de fiefs secondaires,
créés surtout en vue de la guerre et dont le plus grand
nombre datait des invasions normandes, s'érigèrent en maî-
tres et en seigneurs indépendants. La féodalité, en un mot,
s'établissait sans craindre d'entrer en lutte contre la monar-
chie impériale. La défense du pays, abandonnée par l'im-
puissance des empereurs à l'initiative individuelle, avait
Ml Ce pa<lage laissa la cité et sa banlieue immédiate indivises entre les trois frères. Quant
au territoire parisien, chacun joignit à ses états un tiers, .^'après la division suivante déter*
minée d'ailleurs par !a jonction de la Seine et de la Marne : v* portion, à droite de la Marne
et de la Seine : 2* entre la Marne et la Seine ; y à gauche de la Seine: La 4" portion entre
la Seine et la Marne dut ainsi logiquement être attribuée à Sigebertf comme limitrophe de
la ville de Meaux. alors unie au royaume d'Austrasie. Ce fut cette portion qui forma
1 archidiaconé de Brie, division religieuse qui subsista Jusqu'en 1790.
(yi Histoire de la ville
contribué à ce résultat tout autant d'ailleurs que le bri-
g-andage, si bien qu'au X** siècle le pays était couvert de
donjons et de forteresses où se cachaient trop souvent de
rapaces et impitoyables bandits.
Dans les grands feudataires que créa la monarchie impé-
riale et qui se lirent la part du lion, il en est un qui intéresse
à un double titre Brie-Comte-Robert, d'abord parce que ses
successeurs montèrent sur le trône, en second lieu parce
qu'ils furent dès la lin du LV siècle les maîtres incontestés
de la cité parisienne, devenue le duché de France. Ces grands
seigneurs, qui portèrent le titre de comte de Paris, paraissent
se rattacher à une branche cadette des Carolingiens par
Rotrude qui épousa Gérard I*"', comte de Paris, en 747 ^^
mort avant 779.
D'après M. Joseph Depoix (i), la généalogie de cett
famille, qui on le verra plus loin peut être considérée comrr^
ayant eu des intérêts à Brie-Comte-Robert, s'établirait comrT»
suit :
Gérard I'', comte de Paris — et vraisemblablement le prc::
mier comte de Paris — avait épousé Rotrude, dame de Ruei
Son successeur serait l^égon qui épousa Alpaïde, lîlle d
Charlemagne, et non de L(»uis-le-Pieux ou le Débonnaire
comme le fait observer M. Depoix. (]e Bégon mourut le 2-
octobre SiG. II eut deux tils. L'ainé, Etienne, comte de Pariîv
du vivant de son père, dont nous allons avoir à nous occuper
et qui mourut entre 81 1 et 814, probablement sans postérité
Le comté de Paris, après la mort de Bégon en 8j6, échut c
son tils cadet, Leutard.
Leutard eut deux tils : Gérard (2) et Adalard. Gérard ayant
(1) Communication de M. Joseph D'poix, secrétaire géné-al de la Société historique di
Vexin, au conjures des Sociétés Navantes f Séance du 20 avril 18971.
12,. M. Joseph Depoix voit dans Gérard, fils de Leutard, le célèbre Gérard ou mieux Girar
de RouisiUon, le héro* dune chanson de geste du X'I' siècle qui porte ce nom. D'après lui
Gérard épousa Berthe. fille d Hugues, comte de Tours, et sœur dBrmengarde, femme d«
1 eniotreur l.othaire, et ayant piis le parti de celui-ci contre Charles le (>hauve, il fut priv»
c'u conïté de l'aris en 841. Il est certain que la chanson de geste raconte les guerres sans lii
entre Thu-rry d'Ascane et Girart de Roussillon ; niais le roi de France, appelé ici Charles
Martel bien que l'auteur ait visé ("harlcs-le-C hauve embrassa le parti de Thierry. La lutt'
trst alors entre Girard et la royauté. Girard et sa femme Berthe doivent prendre la fuite et S'
DE BRIE-COMTE-ROBERT Gl
pris le parti de Lothairc, son beau-frère, contre Charles-le-
Chauve, fut privé du comté de Paris, en 841, et fut remplacé
par son frère Adalard.
Il est fort probable qu'une tille de Leutard, sœur de Gérard
eld'Adalard, épousa (Conrad, tils de Welf et frère de Judith,
femme de Louis-ie-Débonnaire ou le Pieux. Ce Conrad qui
pnriait par cette alliance le titre de comte de Paris, se re-
maria avec Adélaïde, tille issue du premier m.iriage de Louis-
le-Dvibonnaire, devenant ainsi, commj Ta fait observer M.
Foncemagne (i) à la tois l'oncle et le beau-frère de Charles-
Ic-Chauve. Conrad mourut vers l'an 85o, laissant le titre de
comte de Paris à Eudes, tils de Gérard et delà tille dellug-ues,
comte de Tours, et frère d'Ermentrude qui se maria avec
Charles-le-Chauve. Eudes était, en etïjt, comte de Paris en
m.
Mais Adélaïde, veuve de Conrad se remaria avec Robert-
le-Fort (2) que d'aucuns ont considéré comme le lils de
Richier de Heau^^encv^ et di la tille d'un boucher nommé
Simon. Ce Robert-le-Fort avait toutefois reçu le tief du comte
d Anjou des mains de (]harles-le-Chauve.
Adélaïde eut donc de son premier mariage Conrad et
Hu^^ues-l'Abbé (3) ; de son second mariage avec Robert-le-
l''»rt : Eudes et Robert qui, tous deux, eurent la fortune d'être
proclamés rois de l'rance. (4)
f^onrad, tils d'Adélaïde, portait en 881 le titre de Comte de
cacher. Ils vont dans la forêt des Ardennes où Girart gagne sa vie comme charbonnier et sa
If nimc comme couturière Suivant quelques-uns, ce Giraid fut, au IX'^ siècle, un des plus
puissants seigneurs de la Bouro;oî;ne.
' Mémoires de l'Académie des Inscriptions et Belles lettres (t. XXXIV.)
\'- On ne sait exactement d'où sortait ce chevalier si connu dans 1 histoire sous le nom
oeKobert-Je-Fort, dou sortit la race capétienne. Le P. Lelong. dans sa b:bUothh]U'. historique d^
^'^^^- t. Ili donne la liste de S2 ouvraiçeN sur cette question. Les Bénédictins, dans leur
lonif X des //.>/().:. ns d: France ré>um:int un mémoire de V.. de h'oncemagne, ramènent à sept
'«hypothèses sur les o igines de Robert.
' ^'5 Contes de Pnrii par M. Mourin ^ i^a-is, in 8'i.
'4 rud*s fut proclame roi à la déposition de Charles-le-Gros, à l'exclusion de Charles-le-
simple Par un traité survrnu avec ce dernier, (Charles garda le pavs entre la Seine et le
Knm, laissant à Eude>, Paris et la France occidentale. Robert fut proclamé roi. sous le nom
« Robert 1, le 30 juin c)22 à Reims. La guerre éclata entre Charles-le-Simple et lui. A la
bauille de Soissons, Robert 1 fut tue.
62 HISTOIRE DE LA VILLE
Paris, qu'il laissa à son frère du second lit, Eudes, mort
898. Ce titre passa ensuite à son neveu Hugues-Ie-Blanc cr
le Grand, fils de Robert I, et enfin au fils de Hugues-le-Grancf *»
qui fut Hugues-Capet, le fondateur de la dynastie cape-
tienne (i).
Hugues Capet, investi non-seulement du comté de Paris,
mais du duché de France, qu'il tenait de Eudes, son aïeul,
occupé de ses intérêts dynastiques, se créa des lieutenants
parmi lesquels Bouchard ou Burchard qui eut pour sa part
le comté de Melun et de Corbeil. Bouchard ou Burchard
occupait ainsi une position stratégique facile à comprendre.
D'une part, tenant Melun et Corbeil, il assurait la liberté de
navigation sur la Seine -et par suite le ravitaillement de
Paris, la capitale, définitivement choisie par Hugues Capet
pour le royaume de France ; de l'autre le comte Burchard
avait pour mission de couper toute communication entre la
Champagne et la Beauce. C'était, de la part du fondateur de
la dynastie, un acte de sage politique et ses successeurs ne
manquèrent pas d'y persister. Ils avaient d'au tant plus raison
que lescomtes de Champagne devenaient de jour en jour plus
puissants. Au moins aussi habiles et aussi actifs en politique
que les Capétiens, ils s'efforçaient de se créer un territoire
qui, des bords de la Loire, s'étendrait jusqu'à la Marne en
contournant Paris et le duché de France.
Déjà, Herbert de Vermandois, au comté de Troyes, avait
ajouté ceux de Meaux, de Provins et de Melun. Eudes H,
comte de Blois, par son mariage avec la fille d'Herbert, réu
nissait à ses propres domaines ceux de la maison de Ver-
mandois. Si le comté de Corbeil tombait entre les mains de
la maison de Champagne, c'en pouvait être fait de l'avenir
de la race Capétienne. Sa puissance, en effet, tenait surtout à
la possession de Paris, ville déjà forte par son assiette et
prépondérante par son développement intellectuel et écono-
mique. Or, ce qu'il importait avant tout à Hugues Capet et ù
ses successeurs, c'était de ravitailler sans cesse leur capitale-
{i) Sacré roi de France, à Noyon le i" juillet 987.
bE BRIE-COMTE-ROBERT 63
devenue le rendez-vous d'étudiants, de clercs, de moines,
d'industriels, de marchands. La banlieue immédiate de Paris
— ce que nous appellerions aujourd'hui la petite banlieue, —
d'où la vieille Lutèce tirait aisément sa subsistance, ne pouvait
plus suffire à nourrir la nouvelle capitale. Dès le premier
moment, les Capétiens sentirent que le grenier de Paris était
la Brie d'abord, la Beauce, ensuite. Grâce à la politique de
Hugues Capet, ils tenaient la Brie (la Brie française) par le
comté de Corbeil ; la Beauce leur échappait encore.
Ce fut sous Philippe I que les Capétiens tentèrent de percer
la muraille qui séparait Paris de cette fertile province. L'abbé
Ix'bœuf l'indique très nettement :
« Guy-Trousseau, écrit-il, étant devenu grand seigneur do
•Montlhéry après Milon, son père, qui avait excité bien des
^^oubles dans le royaume, présenta au roi Philippe I, qui
^"^^ disait vieilli des inquiétudes et maux que lui avait causés
'^château de Montlhéry, une occasion de les calmer. Il avait
^u de Mabille, sa femme, une fille nommée Elisabeth ; il
trouva le moyen de lui faire épouser Philippe, comte de
•Plantes, que le roi avait eu dé Bertrade de Montfort. De cette
fiçofî la liaye gui empêchait depuis tant de temps le libre
^'*nirnerce d'Orléans avec Paris et qui était même aux rois la
liberté d'aller à Estampes fut rompue, ainsi que le dit Suger.
'^ ^arde du château fut confiée au fils du roi, gendre de
Guy-Trousseau, et, même, le roi Philippe y fit quelque rési-
^^Hce, avec les grands du royaume, la première année du
"^^riage de son fils. »
l^hilippe taisait là le premier pas, combien chancelant, vers
1^^ Heauce et l'Etampois. Qu'il réussit dans ses négociations
'•^ ses entreprises postérieuses de ce côté, avec un lieutenant
^'^r à Corbeil, il restait maître de la situation puisqu'on
d'»nnantde l'air à sa capitale il en assurait le ravitaillement.
Il est facile de se rendre compte de ce que pouvait être la
P<>sition du comte de Corbeil.* Placé entre le roi et le comte
d^ Champagne, ces deux seigneurs à ce moment aussi
puissants l'un que l'autre, il devait, s'il n'était attaché par
64 HISTOIRE DE LA VILLE
des liens étroits au roi, tantôt obéir au chef que l'Etat" s'étx3.Jt
donné, tantôt au grand leudataire qui rêvait, lui .aussi, ^^
conquérir à son protit la puissance royale, suivant .s^>^
penchant ou ses intérêts. Ce péril se montra bientôt, f ^^
descendant de Burchard, comte de (]orbeil, mourut san^
laisser d'enfants ; aussitôt les compétitions s'ouvrirent qui^
Tabbé Leb(L'uf nous fait admirablement toucher du doiirt.
« luides, cnmte de (j)rheil, dit-il dans son Histoire de l^'^
ville et iiii iiiocèse Je Pjris (i), n'ayant point d'enfants, l^
terre ne pouvait passer qu'à des collatéraux. Hugues-
seigneur de Puiset en Heauce, qui était tils de sa sœur, y eu t.
prétention, mais, malheureusement pour lui, il était retenu*
par Louis-le-(jrns {2) en prison (a (^hâleau-Landon). Pendan t^
ce temps, André de Ik^iudimont. frère de la veuve d'Eudes ^
gardait et défendait c^'tte ville (de (^)rbeil) Je crainte que ct^
prince ne s'en emparât. D'un autre côte Tbibaud, comte t/c^
Cliampai^me, essayait d'en devenir maître afin d'avtn'r un passagt^
pnur aller de la Brie dans la Beauce et en revenir de même (3)^
Dans ces entrefaites, Lnuis-le-(in)S voulant prévenir l'empê-
chement du commerce sur la Seine qui s'en serait suivi si le
comte de (Champagne eût joui de cette terre ménagea par le
moven de Suuer une conférence- à Moissv, seigneurie de
Tévêque dé Paris, il une grande lieue de Corbeii, du côté de
la Brie (-i). Il fut con\enu,en ce lieu, que Hugues de .Puiset
(I Article (^orbcil.
(2) M". G. Leroy a très bien -fait ressortir le caractère de ce seigneur, à propos du siège
que Louis-le-Gros, allié au comte Thibaud, fait du Puiset avec les gens de la région et les
chevaliers bannerets venus de la Beauce. de la Brie et de l'Ile-de-France ( Brie-Comte-Robert
y concourut certainement > \\ .Bulletin de UiSocuti d'Huioire et d' tirch.'ologU de Brie-ComtCr'I^ohert
tome 1, p. 178].
(3) I.a politique de ce seigneur s'étale ici avec une certaine naïveté. Allié du roi de France,
'année précédente, pour réduire le prétendant l'^aiitiine au comté de Corbeii à l'mipuissance,
et lui permettre de prétendre à la posse.ssion. par la force, de ce précieux p&s'iage. il contre-
carre Tannée suivante le>'vues du roi de Irance, qui du reste le joua complètement.-
^4 « Moissv ou Moissy-i'Hvéque, dit M. Leroy, est un lieu neutre, possession de l'evéque,
de Paris, dans la Brie Irançaise. a peu près à égale distance d« Corbeii et de Melun. Moissy
appartient à l'église de Paris, dt'puis Us temps mérovingiens. Avec Combs-la-Ville, Evry,
Brie en partie, c'est un dis plus va>tes domaines de l'evéque et de la cathédrale. L'agri-
culture y est pratiquée dans dfs conditions rudimentaires par les habitants du lieu, serfs de
l'évèque,' soumis a des lois et a des usages qui conservent la marque barbare des âges pré-
cédents. A peine de rares aflVanchissements sont-ils comme de premières lueurs de la liberté
que le temps consacrera. L'evéque y possède une grande villa, manoir rural ou métairie, ou
DE DRIE-COMTE-ROBERT 65
serait mis en liberté en cédant au roi son droit sur Corbeil et
ses dépendances. Ce fut ainsi que Corbeil devint une terre du
d»)maine royal, environ Tan 1120 (i), après- avoir eu sept
comtes dans l'espace de deux siècles ou à peu près. »
C<>rbcil perdit son titre de comté pour devenir simple
châtellenie royale. 11 est à peu près évident que dans cette
nouvelle division administrative dut être compris tout le
territoire de l'ancien comté. Or, l'abbé Lebeufa trouvé, dans
un ancien manuscrit, et il publie (2) la liste des vassaux et
vavasseurs de Corbeil « qui payaient, chaque année, à eux
tous au roi une redevance formant la somme de quarante-
huit livres. » Selon lui, cette liste, dressée en 1202, indique
bien letendue de la châtellenie à cette époque.
Voici d'abord la liste des vassaux du roi.
« Isti sunt milites de castellania Corbolii tènentes de rege
cthabentes LX libratas redditus.
Balduinus de Corbol. Robertus de Messis. Hugo Beliart.
Pelrus de Damonio. Johannes Beliart. Fredericus de Mali-
gnon. Andréas Polin. Fredericus de Brunay. Guido de Don-
K>n. Thomas de Braia. Vicecomes Corbolii. Villelmus de
Aallegrinosa. Guillelmus Pasté. Petrus Panier. Petrus de
Courbaart.
(l-es vavasseurs, c'est-à-dire ceux qui, dans la même châ-
tellenie, tenaient des biens en arrière-tîefs, étaient plus nom-
breux.)
'i^ti sunt milites, tènentes de aliis dominis, in eadem
castellania, et qui habent LX libratas terra:^.
'^nsellus de Brunaio, Rodolfus frater ejus, Adam de Nau-
Ziiiaco, Robertus de Milliaco, Adam de Loco Sancto, Rey-
ïiaudus de Ties, Girardus Chalam, Ansellus de Cocini,
Il séjourne pendant une partie de l'année. Avec l'église, c'est le principal édifice du pays.
Autour, sont groupées les manses des serfs dont l'aspect témoigne de la pauvreté et de
' "umilité de leurs tenanciers. La propriété individuelle est inconnue. Tout est à l'évêque,
'"Tes, bois, vignes, cours d'eau. C'est la continuation du fisc impérial romain, accaparant
lout, possédant tout. Les rois francs s'en sont emparés par droit de conquête et l'ont donné
fn majeure partie à l'Eglise à titre d œuvres pies ou pour Iç rachat de leurs âmes. » (Op. cit.)
'■}> L'abbé Lebœuf donne, ici, une date inexacte. Le traité de Moissy est du commence-
ment de 1112.
.2; Huioirt du diocèse et de la ville de Paris, article Corbeil.
5
66 HISTOIRE DE LA VILLE
Anscllus de Tigcri, Johannes Moutier, Ansellus de Plesset^'^'
Simon de Manneris, Evrardus de Chevri, Ansellus de Grar ^-
chia, Ansellus de Malonido, Guillelmus de Glesera, Petru^ s
de Pung..., Thomas Pasté, Andréas Pan..., Gilebertus A <
Plesseto, Petrus de Egrenello, Fredericus Beliart, Petrus d^
Tigeri, Petrus de Buinelle, Thibaudus de Buinelle. »
Thomas de Brie, soldat, était donc un des vassaux du roî -
appartenant à la châtellenie de Corbeil.
Il importe de rapporter, au sujet de ce Thomas de Brie, c^
qu'en ont dit l'abbé Lebeuf et les historiens qui l'ont suivi.
(( Il est difficile, écrit l'abbé Lebeuf, de rien avancer de certain suf
les premiers seigneurs de Brie ; il a dû y en avoir avant que cett^
terre passât à la maison de France, vers le milieu du Xll* siècle, mai 3
tout ce qu'on trouve se réduit à un Thomas de Braia, mentionné dans^
une charte de 1157 qui regarde le prieuré de St-Martin-des-Champîf^
et dans laquelle il est dit que les dîmes dont il jouissait à Brie sont
chargées de dix livres envers ce monastère. Ce Thomas de Braia eut:
un fils du môme nom que l'on trouve enregistré dans le rôle detf^
chevaliers de la châtellenie de Corbeil qui, sous la fin du régn^
de Philippe-Auguste, tenaient leur fief du roi et possédaient soixantcf^
livres de revenus.
)) C'est probablement avec l'ancien Thomas de Braia que Louis VI I
traita de la terre de Brave pour Robert, son frère, connu sous le noa'i.
de Comte de Dreux et peut-être fut-ce la relation où le comte RoberC
se trouva avec Thomas de Braia son co-seigneur qui lui donna l^i-
faculté d'employer une partie des diximes de Braye pour fonder 3-
Paris entre l'an 1173 et fi88 les chanoines de Saint-Thomas-de —
Cantorbéry... C'est tout ce qu'il y a de constant sur ce premie ï'
comte de Brave ))
Après Lebeuf, Michelin a dit là-dessus : (1)
« Louis \ni, à son avènement au trône, en '137, voulant forme f
l'apanage de son frère Robert, comte de Dreux, acheta de Thoma î?
de Braye ou de Brie, homme d'armes (nnles) cette terre qu'il érigea
en comté. La vente en fut faite à la charge de la mouvance féodale ^
foy et hommage envers l'évèquc de Paris. ...»
Le docteur VùWx Pascal, auteur d'une histoire de Seine-et-
Marne a traité de la façon suivante le même sujet :
(l) E$sais liistoriijucs sur Seine-et-Marne (Melun, 1852, p. 521 et suiv.)
DE BRIE-COMTE-ROBERT 67
ce Un Thomas de Brave mentionné dans une charte de l'an 11 57
(:taît alors seigneur de Brie. C'est avec lui que Louis V^II traita de
ce\ te terre pour augmenter l'apanage de Robert, comte de Dreux, son
kùrepuiné. La vente en fut faite toutefois à la charge de la mou-
vance féodale, foi et hommage envers Tévcquede Paris. Les évéques
de Paris et même d'autres particuliers conservèrent, malgré cette vente
quelques droits sur la terre de Brie, mais on ne sait rien de
certain sur ses premiers seigneurs jusqu'au temps qu'elle appartint à
la maison de Dreux, vers le milieu du 12*= siècle. A cette époque la
ville de Brave eut ses comtes particuliers : i" Robert de Dreux,
cinquième tils du roi Louis-le-Gros. Ce prince fit bâtir l'église de
St-Thomas du Louvre avec une partie des dixmes de Braye. Il
mourut en 1 188. En 1 153, Brie fut érigée en ville et reçut le surnom
de Comte-Robert »
Il est inutile d'insister sur la similitude de ces versions.
Les deux dernières proviennent évidemment de la première
qu'elles reproduisent parfois avec une parité d'expressions
au moins frappante. Mais il importe de faire remarquer que
l'abbé Lebeuf donne à son récit une forme dubitative tandis
que les deux historiens qui l'ont suivi présentent le leur
avec une allure aflirmative.
Sur les premiers seif^neurs de Brie, le savant auteur de
^llisloire du diocèse cl de la ville de 'Paris, se borne à dire
'^li'on en esi réditii à un Thomas de Braîa. mentionné daPF
une charte de i iSy et il ajoute que c'est probablement avec ce
Thomas de Braia que Louis VII traita de la terre de Braye.
^Michelin déclare, lui, que Louis VU acheta de Thomas de
Bric la terre de Brie et le docteur Pascal, après avoir avancé
qu'un Thomas de Braye était seigneur de Brie, ajoute que
c'est avec lui que Louis VII traita de cette terre pour augmen-
ter l'apanage du comte Robert.
Xous trouvons aux archives départementales une Instruc-
tion sur la châtellenie de Brie-Comte-Robert, (i ) où il est dit :
« Il paraît, par le Traité des droits du Roy de M. Dupuis, que la
terre de Brie-Comte-Robert a appartenu à Robert de P'rance, dit le
Grand, comte de Dreux, quatrième tils de Louis V'I, dit le Gros, mais
(i, Archivas départementales de Seine-et-M^rnc
OO HISTOIIŒ DE LA VILLE
on ne sait s'il l'a eue en apanage avec le comté de Dreux ou s'
comtesse Je lÎT.iiiic l.i tut .ippmtu Jjiis son p.itrimoine. »
On ne contestera pas qu'il y ;i là une différence sensit
entre cette version et celle de l'abbé Lcbctuf dnnt pr()cède
les autres. On y rencdntre.ldrmellomenténoncée.rhypotht;
d'un apport matrimunial. .Mais voici une troisième versicj
SCEL ET CÙ'
DE KOBEKT
bien difVOrente des autres. Nmlis la puisons dans un m
Il84(*. N. L. 146q,.
t SIGILL- COMn IS FOBERTl.
(Si^am amilii Rotin/.;
(Oonct d'Arcq, 7»).
t)Ë BUIË-COMTË-RÔBERT 69
nuscrit conservé à la bibliothèque Sainte Geneviève (i).
« ...Après la mort et fortune du dit Philippe, son frère, ledit
Rob>ert avait fait vœu d'aller au saint voyage de Jérusalem lequel il
voulait accomplir, et qu'il voyait le roi Louis-le-Gros son pèie fort
paralytique et en grande maladie : considérant que si son dit père
allait de vie à trépas pendant son voyage le royaume pourrait être
en inconvénient, ycellui Robert consentit que le roi son père fit
couronner Loys son frère plus jeune que le dit Robert et ycellui
Robert retint le comté de Dreux et de Perche et la seigneurie de
Vycnne en Dauphiné et plusieurs autres pour entretenir son état.... ))
Ici les terres données à Robert représentaient sa renon-
ciation à la couronne, et, de plus, ce marche aurait été passé
du vivant même de Louis-le-Gros qui aurait cédé à Robert,
son fils, les biens dont il jouissait.
Que l'on rapproche cette version du traité de 1 112 et on
se rendra compte qu'elle serre de très près la vérité. Que
résulte-t-il du traité de 1112? L'abandon au roi du comté de
Corbeil et de ses dépendances, 11 est indubitable que Brie
faisait partie de ce comté comme elle faisait partie de la
châtellenie de Corbeil en 1202, comme elle en faisait partie
encore dans les dernières années du i3" siècle.
Louis-le-Gros, devenu maître de ce comté, n'eût rien de
plus pressé que de s'en assurer définitivement la possession.
Si nous nous en tenons au manuscrit de la bibliothèque Ste
tieneviève, ce serait en ii3r que Robert reçut le comté de
I^reux, la seigneurie de Vienne en Dauphiné et plusieurs
autres. Je crois à la vérité qu'il reçut le territoire de Dreux de
son premier mariage avec Agnès de Garlande, comtesse de
Rochefort (2), dame de Gournay (3) et de Gometz (4), veuve
(0 Bibliothèque Sainte Geneviève, section des manuscrits (c. 5/67, un vol. in-f"). Ce
manuscrit coipTiience, selon le P. Leiong dans sa Bibliographie, à Louis-le-Gros et va à 1359 ;
'^P- Lelong le fait continuer jusqu'en I768 par Mathieu Herbelin, trésorier de l'abbaye de
Saint-Yved-de-Brainc.
U) Rochefort est aujourd'hui un modeste village de 760 habitants dans le canton nord
<^« Dourdan (Seine-ct-Oise). Cest le berceau de la célèbre famille des Rochefort. Guy de
Monthlcry, Surnommé le Rouge ou Trousseau (Rousseau), que nous avons vu nux prises
*vrc Louis-le-Gros à cause de Corbeil (ayant épousé Elisabeth de Crécy veuve d'un comte
•^cLorbeil) était comte de Rochefort. A nseau de Garlande, père d'Agnès, était également
«>»te de Rochefort.
()) Gournay, village sur la .Marne (canton de Raincy, Seine-ct-Oise). Cette seigneurie
•^*it été apportée en dot par Agnès de Garlande. Les Garlande étaient seigneurs de
Tournon, d'où dépendait Gournay.
U) Gometz-le-Chastel, Gomctz-la-ville du canton de Limours (Seine-et-Oise).
70 HISTOIUE DE LA VILLE
d'Amaury III* du nom, seigneur de Montfort TAmaury e
lille unique d'Anseau de Garlande, sénéchal de France^
comte de Rochefort. Dreux appartenait à la seigneurie de
Montfort et Louis-le-Gros érigea ce territoire en comté pour
donner à son tils une autorité réelle sur cette partie du
domaine royal et assurer ses débouchés sur la Beauce,mais
Robert dut apporter en dot autre chose qu'une érection de
comté et, à mon sens, Louis-le-Gros lui donna dans Tancien
comté de Corbeil quelques seigneuries devenues du
domaine royal par le traité de 1112 et notamment celle de
Brie. Il mettait ainsi dans la même main, celle de son fils,
les clefs des deux greniers de Paris, la Beauce et la Brie ; il
lui confiait en quelque sorte une partie des marches de Tlle-
de-France.
Il est possible néanmoins qu'il y ait eu entre la famille de
Braia ou de Brai et le roi ou Robert, son tils, des échanges
ou des ventes de territoires. La trace, une trace û peine
appréciable, de ces transactions se retrouve dans les actes
de Louis VII.
Une première fois, en avril 1 1^9, Louis VII, sur la demande
de l'abbé Eude, concède à Tabbave de Saint-Denis tout ce
qu'il avait reçu à Touri, aujourd'hui Toury, en Beauce
d'Herbert, lils de Thomas de Braia. Une seconde fois, en 1 175,
le même roi — « comme suzerain de Herbert de Brai, Ois de
Thomas, seigneur de la terre de Châtillon — confirme une
vente qu'avait approuvée Herbert. »
Ces deux actes, informes quant au fond, nous apprennent
qu'Herbert de Brai — personnage jusqu'ici inconnu dons
l'histoire de Brie — a donné (vendu ou échangé) des biens à
Louis VII, que ce même Herbert est vassal de ce dernier. Ils
nous disent aussi que cette famille de Braie avait, ailleurs
qu'à Brie, des terres et des revenus. D'une part à Toury (i),
non loin du château du Puiset dont Louis-le-Gros lit si
longtemps le siège ; de l'autre, à Châtillon (2), terre dont
Thomas de Braie était seigneur.
[i) Toury. commune dans le canton dejanvillc i Eure-et-Loir, sur la limite du Loiret.
(2) 11 est difficille ici d'identifier le ("hàtilon dent parlent les actes. 11 semble toutefois
hË BRiË-COMTË-ROBËRt /f
Ces deux documents semblent, on le voit, éloigner l'idée
émise par Tabbé Lebœuf, reprise par ceux qui s'inspirèrent
de lui en parlant de Brie-Comte-Robert, de seigneurs parti-
al liers à Brie, et en portant le nom. Sans doute il est bien
dit dans la charte citée par l'abbé Lebœuf que Thomas de
Braia jouissait en i rSy, de dîmes à Brie, mais il n'était point
le seul ; nous en trouverons d'autres au cours de cette
hii^toire, qui, cependant n'ont jamais été qualifiés seigneurs
de Brie. Le fait d'avoir part aux dimes du pays n'implique en
rien l'idée d'une seigneurie.il est, d'autre part, très claire-
ment indiqué dans les actes de Louis XII que Thomas de
Br-jii était seigneur de Châtillon et que cette famille avait des
propriétés en Beauce.
Chose à remarquer — le rapprochement n'a jamais été fait
jusqu'ici — un des seigneurs dont Louis-le-Gros se servit
dans sa lutte contre Gui-le-Rouge ou Gui-Trousseau et son
fils Huguede Crécy, portait le nom de Milon de Brai. Voici
c^ que disent, à cet égard, les actes de Louis-le-Gros.
• Pendant la majeure partie du XI*= siècle, partout s'étaient élevés
dans les moindres recoins de l'Ile-de-P'rance des lignées de châte-
'^*ns illégitimes. Le sol capétien s'était couvert de donjons hostiles,
'léaux redoutables pour la sécurité du commerce et les habitants de
^ campagne. (Pour le roi>, la terre ennemie commençait à deux pas
°^ sa capitale. Pendant trente-cinq ans (1101-1135), Louis-le-Gros
"**"igea des expéditions militaires contre ces féodaux. Gui-le-Rouge
^^ Son fils Hugues de Crécy comptèrent parmi ses ennemis les plus
^^tifs et les plus irréconciliables. .Mais Louis soutint contre eux leur
parents Milon de Brai et llude de Corbeil. Le coup décisif fut porté
^^ ï 1 18 quand on apprit les détails de la mort dramatique de Milon
^^ Brai, étranglé à Chateaufort (i) par son cousin Hugues de Crécy-
^^ dernier battu, poursuivi, se jeta dans un monastère et ses biens
tinrent grossir les uns le domaine royal, les autres le patrimoine
^^s frères de Garlande (Tournan, etc.). Louis put dès lors commu-
^^« la vente est confirmée par Louis VII, comme suzerain d'Herbert, agissant comme
*«»gneur de Châtillon, par la succession de son père. Ce pourrait être alors Chàtillon (Seine),
^^ mieux Chàtillon-sur-Seinc, ou Viry-Chàtillon, commune de Seine-et-Oise, canton de
^'^'^Sjumeau. Je penche pour cette dernière hypothèse parce que — nous le verrons plus
tard — Viry était un arrièrc-fief de la seigneurie de Brie-Comte-Robert. D'ailleurs Robert,
irére de Louis VII, était seigneur de Longjumeau.
v'; Lhateaufort, canton de Palaiseau (Seine-et-Oise).
7^2 HISTOIRE DE I^\ \nLLE
niqucr plus librement avec les anciennes villes capétiennes de Dreux,
Dourdan et Melun. Maître de Corbeil, de Melun, de Moret, il n'avait
plus à craindre que les relations entre Paris et Sens fussent inter-
ceptées. M
Ce Milon de Brai, frcre de Gui Trousseau et de Gui de
Rochefort (mais<»n de Monthlëri-Chateaufort) était vicomte
de Trr»yes. Je ne peux m'empêcher dobsener que les actes
de Louis VII orthographient le nom d'Herbert de Brai, fils
de Thomas. c<»mme les actes deL<iuis-le-Gros orthographient
celui de Milon de Brai. D'autre part il est intéressant de
constater que le drame fé<Kial qui se joue entre Louis-le-
Gros et la famille Rochefort-Mnnthléry a particulièrement
pour théâtre ce coin de la Beauce où se dresse la forteresse
du Puiset, non loin de laquelle à Toun% Herbert de Brai,
lils de Thomas, possédait des biens, et le territoire sur lequel
était bâti Monthlér^' â courte distance de Châtillon dont
Thomas de Brai était seigneur et deChatcaufort où Milon de
Brai était assassiné. Je crois difficile après ces rapproche-
ments de ne pas voir dans Milon de Brai, Herbert de Brai,
Thomas de Brai, des personnages de la même famille. Il
n'est pas douteux, d'après les bonnes relations qui ont existé
entre Louis VU, Thomas et Herbert de'Brai que ces derniers
aient autant que Milon prêté leur concours aux rois capétiens
dans la lutte sans merci contre les féodaux de ce coin de rile-dc-
France. D'où l'on peut conclure que Louis-le-Gros, fort pro-
bablement, en récompense de leur zèle, leur accorda, dans
le comté de (Corbeil, certaines concessions territoriales.
Quelle était cette tamille ? Il est bien diffice de le dire.
On trouve dans le cartulaire de Xotre-Dame-de-Paris (i)
un Robertus de Braya qui, vers 1212, est témoin dans un
acte ; un diplôme de Louis-le-Gros, daté de ii22,énumèreles
dons faits au monastère de Saint-Martin-des-Champs pour
l'église de Gournay par Ansel de (jarlandc, sénéchal, et par
Albert de Br)\ Ce dernier donne tout ce qu'il avait dti propre
dans le lieu dit Canoilum, savoir l'église avec la dime des
^i) Tome I, p. yfi.
DE Brui>a)MTE-ROiH:RT 73
prés, une terre, un bois, tout cela du consentement du même
Ansel de Garlande de qui il le tenait (i). Bien qu'il y ait une
dilTércnce sensible entre l'orthographe des noms Thomas dô
Braic et Albert de Bry, on est tenté cependant de rapprocher
ces deux noms par cela seul que tous deux font un don
à la même abbaye de Saint-Martin des-Champs.
A ces remarques, il convient d'ajouter celles qui suivent.
Nous verrons plus tard que le territoire de Bric-Comtc-
Robert avait d'étroites relations avec celui de la Ferté-
Aleps (2). Il existait autout de cette ville des fiefs mouvants,
en arrière liefs de Bric-Comte-Robcrtet parmi ces derniers
l'un portait le nom de « Grange-de-Brye », orthographe scru-
puleusement observée dans divers aveux. Ce fief relevait des
seigneurs de Villemain, qui au XV*' siècle orthographiaient
leur nom de Braya, mais qui au XIV" siècle s'appelait Brie (3).
La forme Braia et même Bri se rencontre bien dans le
cartulaire de Notre-Dame dans des noms tels que Petrus de
Braia (1248), Thomam de Braia (1270), Furcandus de Bri
(1204) ; mais, en admettant qu'elle s'applique à des représen-
tants d'une seule et même famille, elle ne saurait prévaloir
contre l'orthographe ofiicielle, si l'on peut s'exprimer ainsi,
que nous fournissent les sceaux. Or, de l'examen des écus de
ces sceaux, il ressort bien que Artus de Braye — dont nous
trouverons le nom par la suite — appartient bien à la famille
qui portait le nom de Brie, et l'on ne saurait douter que cet
Artus de Braye eut des biehs à Brie-Comte-Robert.
(l) Hist. du diocèse et de la ville de Paris, par l'abbé Lcbœuf (article Gournay).
(2; Le prévôt de Erîe-('omte-Robert était aussi prévôt de la Fcrté-Alais. Un certain nom-
bre de fiefs autour de la Ferté Alais et dans la vallée d« l'Essonne étaient mouvants, en
arrieres-fiefs, de la châtellerie de Bne.
I V; On trouve dans la collection Clérambau't trois sceaux de diverses époques qui sans nul
doute appartiennent à la même famille.
L'un est de Jean de Brie, chevalier, — sceau rond de 18 mili. Ecu à deux haches adossées en pal.
LigeHde onciale S' lE lE CHEVA.... (quittance de gages du 29 mars ni5).
L'autre est de Pierre de Brie, écuyer. — Sceau rond dé 18 mill. Ecu à deux haches adossées
en pal. Légende f S PiERRES DE BillE (quittance de gages du 7 novembre lî9«).).
Le troisième est de Artus de Brie, chevalier - sceau rond de 27 milL Ecu à deux haches en
pal aJoisées, penché, timbré d'un heaum: couronné et cime d'une tête de lion. Dans le champ
deux cameaux. Légende gothique ARTVS DE BRAYE. ((Quittance de gages donnée à Rouen
le 5 octobre 1415.
74 HISTOIRE DE LA VILLE
Il est donc curieux de constater que pendant que le nom
de la ville, dont je m'occupe, hésitait tout d'abord entre les
formes Bra/a, Bre/j pour s'affirmer ensuite dans celle de Brava
ou de /irjje, la famille dans laquelle on a cru voir les seigneurs
de Brie, appelée d'abord dans des notes contemporaines
'Urai, se soit dans les siècles suivants affirmée sous le nom
de 'Br/e. Il me semble pouvoir en conclure que cette famille,
venue du dehors, n'a jamais reçu ou pris son nom de notre
ville et que même, elle s'est surtout préoccupée de nette-
ment distinguer ce nom de celui de Brie-Comte-Robert,
peut-être pour rappeler ses origines. Si l'on veut à cet égard
toute ma pensée, je serais près à croire que les Brai et les
Brie sortent de Brie-sur-Marne que l'on trouve, dans le
cartulaire de Saint-Germain-les-Fossés, par exemple, ortho-
graphiée/^raù, en 1197, 1244, 1264, etc., etc.
D'où je tire cette conclusion opposée à l'hypothèse de
l'abbé Lebœuf et aux affimations de ceux qui l'ont suivi que
Louis VII n'eut pas à traiter avec un Thomas de Brie ou tout
autre homonyme pour donner à son frère Robert en apanage
la terre de Brie-Comte-Robert.
Tout d'abord s'il y eut des arrangements territoriaux dans
la famille royale au sujet du comté de Corbeil, je m'en tiens
au manuscrit de la bibliothèque de Sainte-Geneviève, déjà
cité, d'après lequel, ces arrangements furent faits du vivant
même de Louis-le-Gros, après la mort de son fils Philippe
(1 129) et au moment du couronnement de Louis VII, sacré à
Reims le r*" août i i3i. Ils concordent, du reste, avec la date
probable du premier mariage de Robert, fils de Louis-le-
Gros, avec Agnès de Garlande, fille unique d'Anseau de
Garlande.
Le comté de Corbeil devient châtellenie, nous l'avons dit,
et cela dès le règne de Louis VI ; on peut dire, presque à
coup sûr, que la conséquence de ces arrangements territo-
riaux fut la création de cette châtellenie.
« Je ne doute pas que pour la formation de cette châtellenie,
écrit l'abbé Lebœuf, il n'ait été besoin de traiter quelque-
DE BRIE-COMTE-ROBERT 7D
foii^ avec révêquc de Paris et que de là ne soit venue la rede-
va.nce du cierge de 20 sols dont le château de Corbeil était
te r~i u envers cet évêque. »
^\ mon avis, c'est là qu'il faut chercher le mot de la rcvo-
Ili tiun terrienne accomplie à cette époque.
Dans la préface du cartulaire de N.-D. de Paris, il est dit :
« Les fiefs possédés par l'évêque de Paris étaient les châ-
teaux et chatellenies de Tournan, de Montjay (anciennement
M«>ntjoie), de Conflans Sainte-Honorine, de Luzarches, de
(tourna}', de Chevreuse, de Brie-Comte-Robert ; les châteaux
de Corbeit, de Montlhêry, laFerté-Aieps, le bourg St-Marcel
^ Saint-Denis. »
i^e son côté, Tabbé Lebœuf, auquel il faut bien sans cesse
'"avenir, a, dans un travail de ce genre, écrit ce qui suit :
* Entre plusieurs corps ecclésiastiques qui ont possédé le
princ:ipal lief de la terre de Brie-Comte-Robert ou d'autres
llef^^ subalternes, il paraît qu'on doit donner le premier rang
à 1 Elgjise de Paris. Elle pouvait tenir le chef-lieu du territoire
^^ <^ uelque évêque qui l'avait gouvernée avant le XII" siècle,
en :5>()rte que ce seraient les guerres arrivées en différents
terri pj^^ soit celles des Normands, soit celles du X^^etXP
siècrles qui auraient fait perdre la connaissance du donateur
e^ <^ui soit cause que Ton se souvient seulement que la terre
devrait foi et hommage à l'église de Paris. »
^ ous verrons au XV* siècle l'évêque de Paris exiger, au
^^^tn des droits que l'église de Paris avait sur Brie, qu'une
^e\ne de France lui rendit foy et hommage et celle-ci, ne
v^>ulant pas se prêter, en personne, à cette démonstration
humiliante de vassalité, la faire exécuter par un délégué
spécialement désigné à cet effet.
Les droits de l'église de Paris étaient donc incontestables
puisqu'ils étaient reconnus. L'abbé Lebœuf en explique
l'origine comme nous l'avons vu ci -dessus. Il me semble
qu'on pourrait peut-être présenter à ce sujet une opinion plus
76 HiSTômE DE LA VILLE
précise. Le savant auteur de l'histoire du diocèse de Paris
dit quelque part (i) :
« Un comte de Paris nommé Etienne et Almatrude ou
Armantrude, son épouse, donnent (811) aux chanoines de
Paris la terre de Sucy,avec l'église St-Martin in loco qui vocatur
Sulcianus, par un acte passé à Bonneuil... L'acte (?) par
lequel le comte Etienne donne à l'église Notre-Dame, Saint-
Etienne et Saint-Germain qui composait ces trois noms et la
cathédrale de Paris, tout le bien qu'il avait à Sucy et aux
environs est peut-être le plus ancien de cette illustreéglise.
Outre Téglise de Saint-Martin de ce lieu qu'il joignit à ce
don avec ses dépendances, on y trouve le Mansus inciomini-
catus qui était le manoir seigneurial, avec les autres maisons,
les serfs, les bois, les prés, les moulins, les eaux, sans aucune
mention de vignes.
» Lui et sa femme firent encore présent à la même Eglise
du manoir seigneurial qu'ils avaient in alio loco, in ipsopago
'Parisiaco, in loco qui vocatur Nocetus, et là il est fait mention
de vignes, de bois, de prés et de l'eau qui faisait tourner les
moulins.
» La troisième terre qu'ils donnèrent était située dans un
lieu, dit \Moulins, sans qu'on indique la situation.
» Et la quatrième dans un lieu, dit Buxidus, avec pareille
mention de vignes, bois, prairies, moulins et cours d'eau.
» Ce qui fait que je n'ose pas assurer qu'il s'agit là de
Noiseau, ni de Boissy-saint-Léger, qui ne sont pas assez
éloignés de Sucy pour qu'on ait pu dire in alio loco, in quarte
loco et qui d'ailleurs ne sont pas situés dans un pays propre
à bâtir des moulins, en ce temps-là, vu qu'on ne connaissait
pas encore les moulins à vent. »
Cette charte, citée par l'abbé Lebeuf et d'autres, a étc
étudiée par M. R. deLasteyrie (3). « 11 s'agit, dit-il, d'un acte
de 81 1 dressé par un comte nommé Etienne et connu seule-
(il Hist. EccL Paris, (tome I. p. 345).
(z) Ibid. p. 304.
(î; La charte de donation du domaine de Sucy à l'Eglise de Paris, par M. R. de Lasteyrie > Bibl.
de l'Ecole des Chartes, année 1882, tome XLIII, pp. 60-78).
DE BRIE-COMTE-ROBERT 77
ment par des copies dont les plus anciennes sont du XI*
siècle. » M. de Lasteyrie donne une de ces copies, celle qu'il
considère comme la plus ancienne, et la compare avec deux
autres, à peu près contemporaines ou paraissant telles, et fait
ressortir ainsi quelques différences de rédaction entre elles.
Il établit ainsi que cet acte, «apocryphe, au point de vue diplo-
matique, a une valeur historique à cause des détails, con-
temporains de sa rédaction, qui paraissent exacts. »
Ce point acquis, examinons la teneur du document en ce
qui touche la troisième terre donnée par le comte Etienne et
située dans un lieu, dit Moulins,
« Et in tertio loco, quœdicitur (var. vocatar) ^olinis (var.
\Mulinis), manso dominicato, ciim omni inte^ritate, »
(Dans un troisième lieu, la terre, qui est dite ou appelée
Moulins, avec le manoir seigneurial et tout cequ'elle comporte
intégralement.)
Quelques lignes plus bas l'acte explique ce qu'il entend
par cette donation complète.
<f Et quicquid in mancipiis vel terris, vineis, silvis, pratis,
pascuis, aquis, aquarum ve decursibus, farinariis {var, aquis,
farinariis, decursibus), mobile et immobile, totum etadinte-
I^Tum, rem inexquisita (vjr, rem inquisita) litis, libertis,
cultis et incultis, servis et ancillis, et omnia mérita colonorum
tam ibi (var. inibi) oriundi quamque aliubi translati sunt,
quem (var. que)nosante hos dies per jussionem domni impe-
ratoris Karoli, de partibussanctœ Mariœ,et sancti Stephani
vel domni Germani de rébus nostris propriisexcamiavimus.»
Le comte Etienne, on le voit, ne fait aucune réserve. Il
donne tout ce qui existe dans sa propriété dite Moulins : les
terres, les vignes, les bois, les prés, les pâturages, les chutes
d'eau, les greniers à farine, tout ce qui est meuble ou
immeuble, les serfs, les serviteurs, les récolles des cultiva-
teurs,soit qu'elles naissent là, soit qu'elles soient transportées
ailleurs. Il fixe enlin l'origine de sa propriété. « Toutes ces
choses, dit-il, proviennent d'échanges accomplis par ordre de
l'empereur Charles... »
78
HISTOIRE DE LA VILLE
Je n'examinerai pas ici la discussion ouverte par M. de
Lasteyrie sur l'identification de V\jocetus et de Buxidiis.
Sur ce point, il ne semble pas être absolument d'accord avec
Tabbé Lebeuf. En ce qui touche Moulins, M. de Lasteyrie
s'exprime ainsi :
« L'emplacement du lieu nommé Molinis est moins facile
à déterminer. Les environs de Sucv et de Noiseau ne
contiennent aucun village ou groupe de maisons répondant
à ce vocable. Peut-être le retrouverait-on si on possédait la
liste des lieux-dits dans un certain ravon autour de Sucv.
Kn tout cas, cela ne nous renseignerait pas sur son histoire
puisque la donation du comte Etienne est la seule qui en
fasse mention. »
Je proposerai de placer cette terre des Moulins à Brie même
ou plutôt dans ses alentours.
Les fontaines qui sourdent au fond de la cuvette de Brie,
grossies par les rus descendant des plateaux voisins, notam-
ment les rus de Tubeuf et des Ecorcheries, s'épanchent, je
l'ai dit, dans la rivière de l'Yères par un ruisseau appelé le
Cornillot qui a un cours de quelques cents mètres de
longueur. Ce ruisseau court, au fond d'un vallon assez
resserré, en deux branches, toutes deux issues des fossés du
chciteau et se réunissant à i-nx) mètres environ de là.
En jetant un coup d'œil sur le croquis ci-contre, on se rend
aisément compte que de ces deux branches l'une est naturelle
et l'autre est le résultat du travail de l'homme. Cette dernière,
DE BRIE-COMTE-ROBERT
79
qui porte le nom de rù des Moulins, a été creusée de façon à
relever le plan d'eau le plus possible de façon à obtenir, en
un point quelconque de son parcours, une chute pouvant
aller de 2 à 3 mères environ. Il y avait là une force que ne
devaient pas laisser inutilisée des êtres habiles, d'ailleurs,
dans les travaux hydrauliques. Cette force devait d'ailleurs,
à l'origrine, être considérable et constante. D'une part, en
elTet, les sources du Château coulaient plus librement
qu'aujourd'hui où les vases et l'exhaussement graduel du sol
prénent leur épanchement, de l'autre les rus, venant de la plaine,
fournissaientune quantité d'eau plus grande et plusréguliôre
que de nos jours, surtout avant les travaux de défrichement
qui ont successivement fait disparaître les bois couvrant le
versant nord de la cuvette de Brie, et avant les drainages
exécutés sur ce point.
Le rû des moulins, qui, dans ces dernières années, était
LE GRAND MOULIN
(D'après un croquis sans date et sans échelle, recueilli par Camille 'Bernardin
aux archives de la famille dVrUans.)
8v3 HISTOIRE DE LA VILLE
devenu impuissant à faire marcher le Grand Moulin, (i)
devait à cette époque mettre en mouvement non pas un, mais
plusieurs moulins à eau. Je n'en veux pour preuve que ce -]
passage extrait d'un bail à rente du moulin de Cornillau, en *'
date du .■> octobre 1470. Il y est dit très nettement que le "
moulin « appelé Moulin de Cr)rnillau est assis lès Brie-Comte- *
Robert, ju dessous des moulins â eau de la Ville. » Il existait .
donc, en dehors, du moulin de Cornillot, plusieurs moulins à
eau (2), ce qui explique d'ailleurs très bien la dénomination
de Grand Moulin dot\ï\ù à l'un d'eux et qui, sous ce nom,,.
existait encore, il y a quelques années.
Dans une désignation de tenants et d'aboutissants d'un
jardin, appartenant à « Jehan Boudeaulx, bourgeois de
de Melleun », en date du 6 mars ix)3, il est dit que ce jardin
tient d'une part « au long des rus des Moullins ».
Dans les lieux dits, employés en 1438, une vigne est ainsi
spécifiée : « Vigne des Moulins » : on y retrouve également
le rù des moulins.
Le 3 mars i5?i . « Loys Moteau délaisse six sols parisis de
rente à la fabrique sainct Etienne de Braye-Conte-Robert à '
prendre sur ung arpent de vigne assis aux moulins. »
Le lx.> mars iSvj, deux marchands tanneurs. Devis et Jehan
du chemin, se disent propriétaires de « granches, maisures,
court, jardin... tenant par bas au Grand ^F(u des Mollins. »
Guillaume de Villemeneux, autre marchand tanneur,
déclare, le même jour, posséder « une maisure et jardin
derrière tenant au /// des nmllins »>. Dans l'aveu de laGrivelle,
rendu le lô septembre i?î^r, il est question d'une pièce de
terre sise à la tome des moulins, tenant au ru des dits moulins
cl au /J//.V ;*//.
Je pourrais multiplier ces citations qui tendent toutes à
I Détruit, depuis, par un incendie,
; V* e>t l'on probable que ce'i moulins ne servaient pas tous à moudre Je la farine. Ils
devaient >e'\:r aux tanneries îo't nomi>reu>es sur ce potnt et dont le souvenir s'est conservé
dans le nom donne a une rue de la ville. Hn ertet, dins un compte d'Oudart de l^ignv,
receveur de la reine leanne. se trouve un article ainsi con^u, en recette : « De la value de
Kane aj\ îuUJons » l.e sejj:neur du îjeu pouv,«it en etlet. a son gre. fermer ou ouvrir la
\ar..".e d- -- -.'. *::- -"- .il u lirait donc un dro:l de i eau servant ainsi de force motrice.
t>E BRIE-COMTE-ROBERT 83
cette affirmation légitimée et justifiée par le bail du moulin
de Cornillot, ci-dessus reproduit, que soit en dessus, soit en
dessous du Grand Moulin, il en existait d'autres.
Ce qu'il y a de singulier, c'est qu'en plusieurs documents,
ces moulins sont désignés ainsi : les moulins le comte.
Dans des lieux dits, de 1467, nous trouvonsla rue, que nous
appelons aujourd'hui du Martinet ou des Martinets (i),
indiquée comme il suit : Laval ou allant aux moullins le
compte (sic).
En 1438, nous trouvons le clos des moulins le conte,
A plusieurs reprises, dans des actes de l'époque se
retrouve cette appellation, à tout le moins suggestive.
Dans les comptes de la reine Jeanne, notamment, on relève
souvent cette expression : « De la value de Tycaue le conte
dite Vrenelles. »
Mais voici qu'un aveu du 28 juillet 1476 nous dit que le
fief de Sensalle commence «à la Fosse au Comte au long de la
vallée de Suynes » et continuant sa description parle de
« toute la rivière attenant à la Fosse au Comte en venant au
moulin de Vernelle et du dit moulin, etc., etc. »
Que l'on rapproche ces indications delà chaussée ou levée
de terre, faite évidemment de main d'homme (2) sur la rivière
d'Yerres, un peu au dessous du confluent de la Barbançonne,
en face de Tile, encore visible et semblant dessiner un bief
de moulin et le faux-rû subséquent, et on a peut-être l'expli-
cation de ce qui précède. Dans tous les cas, nous voyons
encore le mot comte associé à un travail hydraulique quel-
conque touchant à un moulin.
Est-il téméraire de dire d'après ces données venues de
sources différentes que le comte Etienne (3) possédait —
(0 II est à remarquer que ce nom de mirtinet est donné à un marteau, mù le plus souvent
par la force de l'eau, et qui sert dans les moulins à papier, à tan, k foulon, etc. Ne serait-ce
pas là le souvenir des anciens moulins?
(2) La rivière d'Yerres présente en cet endroit plusieurs trous ou fosses qui ont chacune
leur nom. Chose singulière le nom de Fosse au comte est totalement inconnu aujourd'hui
autant que le moulin dont il est parlé ici.
()) Le comte Etienne dont il est question appartient à cette famille dont je donne la
généalogie au commencement de ce chapitre (v. p. 60).
84 HISTOIRE DE LA MLLE
non pas â Brie même — mais dans les environs — des moulins,
et avec eux des territoires, lignes, prés, pâturages, bois,
eaux, chutes d'eaux, etc., etc.? La vallée du Cornillot ne nous
présente-t-elle pas toutes ces particularités au moins autant
que la vallée de Suisnes et peut-être d'autres que Ton retrou-
verait en serrant davantage la question ?
Et, lorsqu'on y réfléchit, on s'explique après ce qui
précède que, dans son testament, le comte Ktienne ne
pouvait préciser en quel endroit étaient situés les moulins
qu'il donnait au Chapitre de Paris. Il était difficile de rattacher
ceux de la vallée du Ojrnillot au viens ou au b<»urg qui
s'élevait à près de deux kilomètres de là, ainsi que nous
l'avons démontré; de même que le moulin de Vernellc, isolé
et perdu sur la rivière ne portait probablement aucun nom.
Si nous ajV)utons, comme nous le verrons par la suite, que
lEglise de Paris aflirmait sa propriété du moulin ou des
moulins élevés sur le territoire de Brie, qu'elle était proprié-
taire du terroir de Grisy, de Suisnes et par suite du moulin
qui pouvait s'élever à Vernelle, il ne paraîtra surprenant â
personne qu'elle ait été investie de ces biens par le
testament de 811 dont j'ai donné les principales disposi-
tir)ns.
Dans tous les cas, pour revenir à Robert, j'incline à penser
que L()uis-lc-(jros,en constituant la châtellenie de Corbeil et,
en mariant sr>n lils â Agnès de (jarlande, voulut lui
constituer un apport digne de son titre de prince royal et
prop( >rti( >nné aux terres que les ( larlande avaient dans le pays.
11 dut donc — l'abbé Lebojuf le dit explicitement — traiter
avecl'Kglisede Paris et c'est d'elle qu'il acheta, avec d'autres,
une partie de la terre de Brie. L'Eglise de Paris se réserva
d'ailleurs la meilleure part dans ce marché, car elle resta en
possession des grasses plaines qui de Brie vont à l'Yerres,
paraissant avoir abandonne au domaine royal les terrains
boisés qui sont au nord, et dont il restait, au commencement
du siècle, une trace certaine sous le nom de Bois du Parc.
Il me semble, dès lors, qu'une fois nanti de ces terres
h\Z HRlE-COMTE-ROBERt 8r»
R<:)bert ait eu une préocupation naturelle : celle de les mettre
en valeur et de les faire garder par une personne sûre.
Pour cette dernière fonction, il dût à mon sens, s'adresser
à un de ses vassaux de la seignerie de Longjumeau, par
exemple àThomas de Hrai ou à Herbert son tils, et lui concéder
un coin de ses propriétés pour y élever un manoir sous
réserve de sa suzeraineté féodale. Ci^ntrairement à ce que
l'on s'est plu à établir S(3us forme d'hypothèses, le seigneur
n'a eu rien à demander à son vassal. Il a simplement investi
un de ses soldats, de ses lieutenants dévoués, miles, de la
garde de sa nouvelle propriété. Cette garde d'ailleurs avait
son importance.
Il est absolument évident que le premier souci de Robert
fut de faire revivre — s'il était tombé en désuétude — l'antique
marché de Hrie ou d'en accroître l'importance en protégeant
contre toutes les entreprises ceux qui s'y donnaient rendez-
vous. Il dut aussi se préoccuper de rassurer la population
agricole dont j'ai montré la pénible situation à ces époques
troublées. C'est certainement dans ce sens qu'il faut entendre
la version, répétée et admise, (i) que Robert fonda Brie en
1 153. Contradiction à relever : ceux-k\ même qui citent à cet
égard l'ccuvre précieuse des bénédictins de Saint-Maur s'ef-
forcent, avec l'abbé Lebeuf, de faire revivre des seigneurs de
Brie, antérieurs à Robert, montrant par cela même combien
peu le frère de Louis \\\ fonda, au sens exact du mot, la ville
sur laquelle ils ont écrit. En réalité, Robert releva Hrie de ses
ruines, encouragea les cultivateurs à reprendre la charrue et
à reconquérir, sur la forêt, les champs des siècles passés, en
même temps qu'il rétablit ou développa le centre d'échanges
institué depuis des siècles en ce lieu.
Or, pour cette œuvre, la date fixée par VArt de vérifier les
djtes parait exacte.
On n'est pas absolument sûr du rang qu'occupait Robert
parmi les enfants de Louis-le-Gros. Le P. Anselme (2) le dit
(i . L'art de vérifier les dates.
[2, Paris, 1726, tome I, p. 433 et 126.
8(1 HISTOIRE DE LA VILLE
cinquième (i); d'autres généalogistes lui donnent le quatrième
rang en plaçant Hugues, mort jeune, après Philippe, archi-
diacre de Téglise de Paris (v. la généalogie à. la note i). Si on
veut bien se reporter à la citation que j'ai faite ci-dessus, en
l'empruntant à un manuscrit de la bibliothèque Sainte-
Geneviève, on voit que, d'après l'auteur, Robert occupait le
deuxième rang et que si Louis VII fut, du vivant de son père,
sacré à Reims (i i3i), ce fut parce que Robert aurait consenti
à céder à son frère la couronne qui lui revenait.
Je ne m'efforcerai pas de rechercher ce qu'il peut y avoir
d'exact dans cette assertion que je signale au passage. Elle
pourrait, dans quelque mesure, expliquer certains actes
politiques de Robert. Il est certain que la plus parfaite har-
monie ne régna pas toujours entre les deux frères. Robert,
peut-être, nourrissait au fond de son âme un secret
dépit d'avoir renoncé à la couronne. Ce fut au retour de ce
qu'on est convenu d'appeler la 2*= croisade (2) (i 147-1 149) que
la mésintelligence, qui existait déjà, sourde, entre les deux
frères, éclata au grand jour (3). Certains grands seigneurs
encouragèrent Robert et le clergé lui-même ne lui ménagea
pas son approbation. C'est ce que nous dit Suger lui-même
en un récit d'une discrétion toute diplomatique (4). Je n'ai pas
ici, à faire le récit de cette conspiration ; il sortirait du cadre
(1) De son mariage avec Adelaîs ou Adélaïde (fille de Humbert 11, comte de Savoie et de
Giblc de Bourgogne), Louis-lc-Gros avait eu huit enfants : l* Philippe d'abord associé au
trône mort en 1129. !• Louis, qui régna sous le nom de Louis V!l ; y Henri, moine de Clair-
vaux, d'abord cvéque de Beauvais. qui mourut en 1174, archevêque de Reims ; 4» Hugues ;
5« Robert devenu comte de D.eux. de Braine, seigneur de Brie-Comte-Robert et autres lieux ;
6» Philippe, archidiacre, puis évcque de l'Eglise de Paris, mort en 1161 après avoir cédé
lévéché de Paris à Pierre Lombard ; 7 Pierre de Courtenay ; 8» Constance qui se maria
d'abord avec Eustache, comte de Boulogne, puis à Raymond V, comte de Toulouse.
(2) 11 est constant, en effet, qu'il y eut d'autres expéditions du même genre, mais qui ne
sont pas historiquement classées.
()) Sous ce titre a Conspiration féodale dirigée contre Louis V!l, le Jeune, par Robert de
Dreux » M. R. Camus, a publié dans le Bulletin de la Société d'Archéologie de Brie (tome 1, p. 204
et 206) un travail intéressant sur cette affaire.
(4) « Deinde cum ante régis reditum contigisset fratrem illi us (Robert) de Hierosolymis
reverti, quidem statim populares, qui ad nova facile consistantur, ceperunt occurrere, vitam
que illi cum imperio imprecari. Sed et de clero nonnulli qui a secus quam vellent in regno
aliqua fièrent, fœda cœperunt adulatione blandiri et hune regii sanguinis fiducia ad quœdam
i.lioita incitare ; quorum hic nomina idcirco supprimimus, ne quem ex destinaio loedere
videamur. »
DE BRIE-COMTE-ROBERT 87
de cette histoire. Mais, à la louange de Robert, comte de
Dreux et seigneur de Brie, j'ai le droit de rappeler le concours
décisif, qu'il apporta au roi dans sa campagne contre
Thibaut de Champagne, en occupant militairement Reims et
Châlons (i 142- 1 143), aussi bien que dans sa guerre nationale
contre les Anglais. Je ne veux pas m'appesantir, d'ailleurs,
sur ce point qui demanderait une étude très approfondie des
causes de la désaffection passagère dont Louis VII faillit être
uae victime. Ce que je noterai simplement, c'est que les
partisans de Suger désarmèrent difficilement et que Robert
resta pour eux, même après la conférence de Soissons et après
le retour du roi, et par conséquent en plein apaisement, un
ennemi déclaré. Je n'en veux pour preuve que cette lettre du
pape Eugène III qui demande à Suger ( 1 1 5o) s'il est nécessaire
qu'il intervienne « pour arrêter l'entreprise du comte
d'Anjou, qui veut envahir avec une armée les terres de
Robert, frère du roi (i). »
Robert avait perdu en 1 148 sa première femme, Agnès de
Garlande ; il se remaria avant 1 146 avec Harvise d'Evreux,
veuve de Rotrou II, comte du Perche, fille de Gauthier
d'Evreux, baron de Salisbury en Angleterre et de Sybille de
Chanort. De sa première femme, il n'avait eu qu'un fils,
Simon de Dreux, mort de bonne heure ; sa seconde mourut
en ii52 ne lui laissant qu'une fille, Alix de Dreux, qui se
maria quatre fois. Enfin, en ii52, Robert épousa'Agnès de
Beaudimont, dame de Braine-sur-Vesle, de Fère en Tardenois,
de Xéelle, de Pontarcy, de Longuevillc, de Quincy, de Beau-
dimont, veuve de xMilon V, comte de Bar-sur-Seine et fille
unique de Guy de Beaudimont, seigneur de Braine et d'une
dame Alix.
On a fait de Robert, bien à tort, un comte de Brie — on l'a
même appelé le premier comte de Brie — de même qu'on
lui a attribué la fondation du château de Brie-Comte-Robert.
Rien ne prouve ces assertions. Dans le domaine territorial
qui lui avait été concédé ou qu'il avait reçu de ses trois
(I) V. Duchesne. IV et D. Bnal, XV.
88 HISTOIRE DK l.h VILLE
mariag-es^ne et son territoire n'occupaient point lapremièr*
place. Néanmoins ce prince dut confier la f^^arde et la surveil
lance du marché à ce miles, ce Thomas de Brai dont il a étc
déjà parlé et dont nous verrons bientôt la famille en posses-
sion d'un des plus vieux fiefs de Brie. Quant à Robert lui-
même son histoire est lort peu liée à celle de la ville. Aprée
la <j:ueiTe de Louis VII contre Thibaut de Champagne, après
la deuxième croisade et après la campagne dirigée contre les
Plantagenets (i), le frère du roi parait s'être plus particuliè-
rement intéressé à la ville de Vienne, en Dauphiné. Il y lit
construire l'église St-Pierre et une abbaye dans laquelle il
mit des religieux de St-Benoit. Certains biographes assurent
même qu'il y mourut et qu'il fut enterré dans l'abbaye de
Saint-Pierre, à la fondation de laquelle il avait contribué.
D'autres au cc^ntraire, comme le P. Anselme, disent qu'il fut
inhumé à l'église de l'abbaye Saint-Yved, fondée par sa
troisième femme. Les premiers prétendent qu'à ses funé-
railles assistèrent « Loys le Jeune, son frère, roi de France et
Alyénor sa lemme».()r,ladissolutiondu mariage entre Lraiis-
le-jeune et Aliénor avait eu lieu le dimanche des Rameaux
21 mars iir>2, et Robert parait être mort le ii octobre 1188.
Cela seul suflit à jeter quelques doutes sur les renseigne-
ments que nous apportent ces biographies. Il est avéré,
d'autre part, que son tombeau ne ligure pas à St-Yved,
comme le prétend le P. Anselme. Ce point est d'ailleurs sans
intérêt pour l'histoire de Brie-(^omte-Robert.
Tout au plus devons-nous enregistrer qu'ayant fondé à
Paris un chapitre en l'honneur de Saint-Thomas de Cantor-
béry (2), il employa à cette fondation une partie des dimes
de Brie. « Agnès de Braine, sa veuve, dit l'abbé Lebœuf, lit
;i Robert, comte de Dreux, s'engagea par un serment sur l'Evangile avec les barons de
France, à soutenir contre leur père le.s lils d'Henri 11, roi d'Angleterre et à aider Henri-le-
Jeune, leur aine, à conquérir la couronne.
{2) Autrement appelée Swint-Thomas du Louvre. Cette église co'légiale était située dans
la rue de ce nom, près du l ouvre. Le is octobre 1759, vers onze heures du matin, lorsque les
chanoines se reunissaient pour tenir chapitre, la voûte de cette église s'écroula ■ tiois
d entre eux lurent écrasés, deux purent échapper à la mort par la fuite et sauvère un autre
chano ne p es d'entrer en L* poussan; d-viors. Djjaure Hist. d: Parii, Paris, 1834 '"-3 tome
il, p. 2)b.
bt: nRIE-COMTE-ROBERT
^1
est
frùr
ïav<
ave <
tro
contïrmov cette donation des dimes de Braye à ce nouveau
c/îapitre par une bulle de Clément III, de Tan i i8r). »
/^' tiistorien du diocèse de Paris veut voir dans cette
/'oncJ^tion une marque de la dévotion que les chevaliers de
C2 I:c2mps-là, et naturellement Robert de Dreux, portaient
cn\-<:^rs ce saint évêque. La chose est possible, de même qu'il
pjossible aussi que la politique ait dicté, au moins chez le
î^ de Louis Vil, cet hommage pieux à la mémoire de
r hevéque de Cantorbéry. On sait les démêlés de ce prélat
zr Henri II roi d'Angleterre, l'appui et l'hospitalité qu'il
va en PYance enlin sa mort sur les marches de l'autel
Iorîr=i^u'il succomba sous le poignard d'assassins quV>n voulut
v« »i "n^ dirigés par Henri II lui-même.
1 ^^1 fondation d'une église en l'honneur de St-Thomas de
Car>. torbéry, pouvait bien n'être qu'un acte politico-religieux,
en ^zre temps où la religion et la politique étaient si étroitement
uni ^^s, une sorte de manifestation éclatante contre le roi d'An-
gleterre à l'endroit duquel s'élevait la ré-
probation de tous pour avoir laissé ses ba-
rons souiller un lieu sacré du sang de l'oint
du Seigneur. Il ne faut pas se dissimuler,
en elïet, que Robert de Dreux, malgré
l'autorisation qu'il donna à sa troisième
femme de fonder l'église Saint-Yved à
Braine, malgré ses propres libéralités pieu-
ses, n'était rien moins qu'inféodé à l'Eglise.
Ce fut, en réalité, à rencontre de son frère
le i^oi Louis VII, un prince plutôt pénétré de l'esprit laïque
en politique autant qu'on pouvait l'être de son temps et c'est
* \) (> portrait est extrait du manuscrit de la Bibliothèque de Sainte-Geneviève. Il se dé-
tache en couleur dans un cartouche carré sur un fond bleu encadré de rouge. La tête est
enroulée d une L dorée dont la partie supérieure représente un pavillon de trompe de
chasse. Celte L est la première lettre de l'article consacré à Robert 1 de Dreux. Les autres
articles donnent de semblable fa<;on les portraits de Robert II, de Pierre Mauclerc.
Mais aucun de ces portraits ne saurait être donné autrement que comme figure de fantaisie.
tes létes de Robert II et de Pierre de Mauclerc ne se rapprochent en quoi que ce soit de
celles de ces seigneurs qui sont gravées sur leurs pierres tombales. 11 doit en être de même
de celle de Robert I.
J'ai donné cependant celle-ci, à litre de document, et parce qu'il m'a été impossible de
retrouver une ref réscntation autre du seigneur capétien de Brie-Comte-Robcrt.
«OBERT I DE DREUX
Seigneur de Brie ( i )
9t> HISTOIRE DE LA VILLE
peut-être là, en partie, la cause de la brouille des deux frères.
La guerre, que dans les premières années de son règne,
Louis VII soutint contre Thibaut de Champagne et que
Robert de Dreux mena avec vigueur — j'en ai dit deux
mots — était aussi bien dirigée contre le seigneur féodal que
contre le pape lui-même qui encourageait le vassal du roi. En
réalité Robert de Dreux, prince éminemment français, imbu
de la politique de son père contre les féodaux, entendait
rendre la couronne de France indépendante, d'où la part
considérable qu'il prit dans la lutte contre les Plantagenets,
et son attitude vis-à-vis de l'Eglise, représentée alors en
France par Suger.
Quant à sa dévotion à Saint-Thomas de Cantorbér)', nous
allons la juger par la lettre suivante. On y verra l'opinion
que Jean de Salisbury (i), le secrétaire de Thomas Becket,
canonisé par la suite, avait du dévouement de Robert de
Dreux envers son maître.
(( . . . Quod versans apud me attentiùs, écrit Jean de Salisbury à
Thomas, archevêque de Cantorbéry, revolvebam et metiebar in
animo meo quid sperare possimus, cùm rex Anglias prœsens fuerit,
proponens multa pro se, multa contra vos, et in oresuo, nunc minis,
nunc promissis, variis fractionnibus, faciles et fluctantes animos sit
moturus ; prœsertim cùm allexerit sibi pincernam Régis, et quod
magis est, Comitem Robertum, cujus uxor, cum aliis mnnusculis
trecentas ulnastelarum Remensium Régi nupertransmisitin Angliam
ad camisas faciendas. Est enim prudens mulier ; et praeter munera
que fréquenter accipiunt maritus et ipsa, sperat quod liberis eorum,
quos multos habent, provideat Rex in matrimoniis nobilium perso-
narum. Archiepiscopus vero Remensis Robertum Comitem tenerrimô
diligit et liberos ejus ; unde timeo ne amicos hujusmodi, cùm ad id
ventum fuerit. facile fortuna excutiat... (2) » (Année 1 165).
(( Je crains, dit Jean de Salisbury en parlant de Robert de
(l)Jcan de Salisbury était né à Salisbury en Angleterre en llio. C'était un disciple d'A-
bailard. 11 ouvrit une école à Paris en I140, revint en Angleterre où il fut secrétaire de
Thomas Becket (canonisé après sa mort sous le nom de saint Thomas de Cantorbéry) qu'il
suivit dans son exil. Louis VII le nomma évêque de Chartres. Il mourut dans cette dernière
ville en I180.
(2) Tlecueil des historiens de France p. Brial. (Paris, 1813, in-f% tome XVI, p. 510. Ad Thomam
Cantuariensem archiepiscopum, Joannes Saresberiensis.
DE BRIE-COMTE-ROBERT QI
Dreux, que suivant que l'occasion se présentera, la fortune
n'éloigne des amis comme lui » et il représente le comte de
Dreux et sa femme (i) comme prêts à abandonner la cause
de son archevêque contre des présents, même de peu d'im-
portance, citant ce trait, digne d'être recueilli, qui nous
montre la comtesse de Dreux envoyant, en Angleterre, trois
cents aunes de toile de Reims pour y faire confectionner des
chemises. Jean de Salisbury le dit d'ailleurs nettement :
« La comtesse — Robert et Agnès de Beaudcmont avaient eu
dix enfants — espère que le roi d'Angleterre s'emploiera à
unir quelques-uns de ses nombreux enfants à des personnes
de haute noblesse. » A ses veux Tamitié de Robert de Dreux
pnur Thomas Becket ne résisterait pas à la réalisation de ces
espérances. N'est-ce pas la meilleure preuve que la cause
même de l'archevêque, le champion des droits de l'Eglise
contre Henri II d'Angleterre, ne comptait dans Robert de
Dreux qu'un défenseur assez mou, prêt à l'abandonner si la
paix se faisait entre la France et l'Angleterre sur des bases
acceptables.
Un autre trait de mœurs nous mettra à même de mesurer
combien Robert de Dreux ne craignait pas de s'affranchir de
certaines obligations matérielles imposées par l'Eglise.
Brial, dans son Recueil des historiens de France (2), donne
une lettre, dont il ne peut préciser la date (anno /;7cer/o), dans
laquelle les moines cisterciens, s'adressant au Roi, le prient
d'inviter son frère Robert à ne pas manger de viande lors-
qu'il est reçu dans les bâtiments appartenant à l'Ordre.
« .... Cùm enim ab initio nostris ordinis statutum sit, et sub
excommunicatione gravi prohibitum, ne quis in domibus nostris vel
grangiis hospitatur, comedat carnes. Cornes Robertus, frate/ vester,
hoc forsitan nesciens, sœpius agit. Undè et fratri nostri turbantur et
cumoffendere et peccatum incurrere et nostram lœdere parvitatem
sciaiis. Ea pi opter majestatem vestram flexis genibus imploramus,
ût pro amore Dei et huic suadere dignemini, ut à talibus abstinere
causa Dei et vestrâ debeat : quoniam non desunt in honestiora hos-
(1) Agnès de Beaudîmont, dame de Brame.
(2) Tome XVI, p. i68.
qû HK^Toit^È t)E La Ville
pitia. quam apud grangias de Pruliaco et aliarum domorum nost
rum ; nec débet ei grave videri quod tam de levi corrigere potest, ^^
et alii ejus exemple talia faciebant. »
Ces documents irrécusables sont, en quelque sorte, i^
préface de ce qui va suivre. On y démêle aisément un espi^i^
indépendant — comme il s'en trouve un petit nombre encor'i^
de nos jours — un patriote convaincu plus préoccupé de la
prédominance de l'Ktat civil que de le courber devant l'omni-
potence de l'Eglise, plus enclin à faire prospérer son pays
qu'à s'attacher à des causes d'c^rdre religieux.
De là à une tolérance extrême, dans les choses de la
conscience, il n'y a qu'un pas, et ce pas, il semble bien que
Agnès, de Beaudimont, femme de Robert de Dreux, l'ait
franchi. On ne peut certes dénier à cette femme une profonde
piété. L'église de Saint-Yved demeure encore comme un
témoignage de sa foi ardente, mais on ne peut nier aussi
qu'elle ait dans Braine, dont elle avait la seigneurie, protégé
une caste à cette époque, bien souvent la proie des persécu-
tions dictées par l'intérêt au moins autant que par l'esprit
religieux.
Il est un fait contre lequel jamais personne n'a songé à
s'élever. C'est le récit un peu naïf, d'après les chroniqueurs
du temps, de cette jeune juive de Braine qui se convertit au
catholicisme, entraînant après elle plusieurs de ses coreli-
gionnaires, à la suite d'un miracle (i). La jeune juive avait
tout uniment, pendant le sacrifice de la messe, vu dans
l'hostie, au moment de l'Elévation, Jésus-Christ lui-même
sous les apparences d'un enfant. On comprend que je n'entre-
prendrai point ici une discussion sur ce fait, puisqu'il n'appar-
tient en rien à l'histoire de Brie. Je ne le retiens que parce
que la jeune juive était une protégée de la femme de Robert
de Dreux et que cette dernière, à la suite de cette affaire, se
montra particulièrement bien disposée pour les juifs qui
dépendaient de son autorité.
(i! Certains objets sacrés relatifs à ce miracle étaient encore, au 18' siècle, conservés dans
reg;lise Saint-Yved, de Braine.
DE BRIE-COMTE-ROBERT 93
11 y a quelque poésie dans révénement que je viens de
raconter aussi sobrement que possible : c'est une sombre
tragédie que le récit que je vais faire et qui met en vedette
une colonie juive, tout comme à Braine. Je le dis bien vite.
Un assez grand nombre d'auteurs se sont refusés à croire
que Brie-Comte-Robert fut le théâtre des épouvantables
excès que j'ai à rapporter. On pense bien que je ne revendique
en rien, pour Brie, le cruel honneur de crimes fanatiques. Il
est nécessaire cependant que je mette, sous les yeux du
lecteur, les pièces du procès. A lui de juger, car je ne me
sens pas plus le C(jurage de placer à Brie-Comtc-Robcrt les
tristes scènes qui vont suivre que d'en rejeter l'horreur sur
un autre pays, qui serait au dire de certains : Bray-sur-Seine.
Je crois devoir reproduire ici le récit des chroniqueurs,
mais auparavant et pour les expliquer en partie, je donnerai,
en l'empruntant à M. Maurice Leconte (i), un bref récit des
faits.
ff Un jour qu'il se trouvait à Saint-Germain-en-Laye, le i5"
jour des calendes d'avril, en 1 192 (date généralement admise)
Soit le 18 mars, Philippe-Auguste apprend que dans une
Incalité que des textes disent 13raia, les juifs ont ignomi-
nieusement mis à mort un chrétien. Il part brusquement,
arrive en hâte à Braia. place des gardes aux portes de la
ville, fait saisir les juifs qui s'y trouvent, en fait brûler plus
de quatre-vingts. »
Après ce résumé, fort clair, je reproduis scrupuleusement
ICI les récits de cet événement faits par les historiens.
Voici ce qu'écrit Rigord (2) :
(( Anno Domini millesimo centcsimo nonagesimo primo decimo
quiniû kalendas aprilis, Philippus rex, existens apud Sanctum Gcr-
manum de Laia, audila cujusdam christiani morte ignominiosa a
judœis perpetrata, tidœi et religioni christianac compatiens, suhilo
nescieniibus suis familiaribus quô pergebat, iter arripuit, et gresso
velocissimo ad castrum quod Brjtam vocant, velociter venil, positis
(1} U C^ouvelliite de (Melun. Brùlement de juifs à Brie-Comtc-Robert ou à Bray-sur-Seinc.
Hi Rigord, chroniqueur, né en Languedoc, mort en 1207 â l'abbaye de St-Denis. Auteur de
la chronique : de Cestis Philippi Augusti, Francorum régis.
94 HISTOIRE DE LA VILLE
in portis ipsius castri custodibus ; et comprehensis judœis. octa-
ginta et eo amplius facit combusti. Comitissa enim ipsius castra
magnis judœorum muneribus corrupta, tradiderat eis quemdam
christianum, cui falso impoaebant furlum et homicidium. Quem
judœi, antiquo odis commoti, manibus a tergô ligatis, spinis coro-
natum, per totam villam fustigantes duxerunt et posteà patibulo
suspendeverunt ; cum ipsi tempore dominici passionis dixerent :
Non nobis licet interjicere qiiemqitam (i). »
Guillaume le Breton dit de son côté (2) dans sa chronique
de Gestis Plïilippi Augusti (3) :
« Sequenti martio. judœi quemdam christianum, permittente comi-
tissa Campaniae, apud castrum quod ^raiam vocant, spinis coronatum
et fustigatum per vicos, crucifixerunt. Quo audito, Philippus magna-
nimus christianitati compatiens, in propr.â personà ad praenomi-
natum castrum accedcns, octaginta judœo^ et amplius comburi
fecit. »
Dans sa Philippide (4), Guillaume le Breton fait le même
récit dans les termes suivants :
745 fl[ Terra Briensis habet castellum nomine ©rj;am,
In qua Judœos plures comitissa Brenensis,
iMore suo nummos dantes ad fœnus, habebat.
Contigit ut, fidœi nostrac, confessor, agrestis
750 Quidam, quamplures solidos deberet eisdem :
Qui cum non esset solvendo, contulit illis
Arbitrio comitissa suo punire misellum,
Prœcipuè quoniam Judœis probra tulisset,
Chfisti membra ferox exponens hostibus ejus
Feminea levitate, Dei privata timoré.
7S5 Taliter expositum nudant, spinisque coronant,
Per vicos, per agro^, sic spinea serta gerentem
Fustigant colaphis, feriunt, cœduntque flagellis,
(i) Recueil des historiens de France. Duchesne, lomc V. p. îj. Brial, tome XVII, p. 36.
(2) Guillaume, dit le Breton, chroniqueur et poète, mort à Senlis vers 1227. Il fut chapelain
de Philippe-Auguste, qui le chargea de quelques unissions diplomatiques. On a de lut une
chronique latme, les Gestes de Philippe -Auguste, continuation de la vie de ce prince par Rigord
et qui s'étend de 120S à 1219, continuée elle-même par un moine de Saint-Denis jusqu'en
1223 ; la Philippide, chronique en vers latins, qui retrace les événements les plus importants
de la vie de Philippe-Auguste. (Larousse-Claude Auge, Paris, in-4*).
{"i) Recueil dis historiens de France. Duchesne, tome V, p. 108. Brial, tome XVll. p. 71.
(4) Recueil des hi^ioriens di Frana. Gaillermi Britonis-Armorici Philippidos Liber 1. Djchesnc,
tome V, p. 108. Brial, tome XVll, p. 135.
DE BRIE-COMTE-ROBERT fp
Denique tractatum malè tollunt in cruce, cujus
llasta latus, plantas clavi palmasque cruentant,
760 Ut Domini pené similis sit passio servi.
Quo rex audito, nimia turbatus ab ira,
Et sancto Christi zelo pià corde comestus,
In propriû veniens personà, prœpete cursu,
Quotquot apud Braïam Judœos repperit omnes
765 Igni supposito Domini pugil incineravit
Nonaginta novem, flammâ sic vindice, Christi
Dcdecus ulciscens ignominiasque suorum. »
A ces chroniqueurs qui s'expriment en langue latine ^
j'ajouterai l'extrait suivant des Chroniques de Saint-Denis (i)
qui continua l'œuvre de Guillaume le Breton.
« En la W*- kal. du mois d'avril séjornoit H Roi à St-Germain-en-
Laie ; là lui furent noveles aportée*^ de la honteuse mort d'un crestien
que li juis avoient martyrisé ou chastel de Br aie en despit(par haine)
de Nostre Seigneur et de la crestienne religion ; car la dame de ce
chastel, deceue et corrompue par leur granz dons, leur avoit livré ce
crestien pour faire leur volenté. En prison le tenoit pour ce que on
li mettoit sus par fauseté, larrecin et homicide. Li desloial Juis, qui
d'anciene haine heent sainte crestienté, le pristrent et li loierent les
mains darrière le dos, despines le coronerent et le menèrent fustant
par toute la ville et à la parfin le crucifièrent eu despit de Nostre
Seigneur, cum (quoique) ils deissent, ou tens de la passion Jésus-
Christ à Pylate, que il ne povient nului tuer. Quant li Roi entendit
tel novele, il ot moult grant pitié et moult grand compassion de la
crestienté qui en son tens estoit à tel viuté (avilissement) tornée ;
tantost monta et se mist au chemin devant tote sa gent, si que nus
ne savoit quel part il devoit aler, pour ce que il voljit les desloiaux
juis seurprendre avant que ils oïssent de lui ule novele, si que nus ne
se peut destorner ; à Braie vint au plus tost que il pot, ses gardes
mist aux portes et aux issues de la vile que nus n'en peust eschaper.
Lors fîst cerchier les ostiex et prendre quonque on en pot trover ;
par nombre furent LXXX et plus, que il fist trcstoz ardoir en
venjance de la honte que il avoient faite à Nostre-Seigneur.
L'abbé Lebeuf répète le même récit d'après Rigord ce qui
prouve, dit-il, qu'Agnès, « connue sous le nom de comtesse
de Braine faisait sa résidence à Brie au mois d'août 1191
avant Pâques. On connaît, par ce trait historique, ajoute-t-il
(l; Historiem de France Brial, tome XVli p. 377.
90 MiStOînE DE LA VILLI?
après avoir reproduit te version de Rigord, que Brie était
devenu un lieu considérable puisqu'il était fermé de murs-
Les historiens n'osaient le qualifier ni ifurbs ni tf oppidum,
mais de cjstnim et de ville. »
Michelin (i) est du même avis :
« Agnès de Beaudemont, dit-il, veuve de Robert I, y lit
(à Brie) sa résidence habituelle. Elle y avait attiré un grand
nombre de juifs commerçants. »
Il reproduit ensuite le récit de Rigord, y ajoute celui de Guil-
laume le Breton, extrait des Philippides, sans mettre en
doute qu'il s'agit d'Agnès de Braine, veuve de Robert 1,
comte de Dreux. Cependant, Michelin introduit dans son
texte cette simple phrase : « (]ette anecdote est rapportée
textuellement dans Talmanach de Sens (année 1772, p. 1^4) à
l'article Bray-sur-Seine (2). » 11 laisse ainsi entendre que
l'événement pourrait bien s'être déroulé dans cette dernière
localité et non à Brie-(](>mte-Robert.
C'est également l'avis de Brial (3). En reproduisant le récit
de Rigord dans le Recueil des Ilisloriens de France^ le savant
Bénédictin identifie Bmiam dont parle le chroniqueur de la
façon suivante: Bmiam, Bray-sur-Seine. M, Maurice Lecomte
partage la même opinion.
« Brie-Comte-R(jbert et Bray-sur-Seine, ayant été appelés
tous les deux, alors Draia, quelle ville les textes désignent-
ils ? Je crois que les deux chroniques (celle de Rigord et
celle en prose de Guillaume le Breton) tranchent la question
pour Bray-sur-Seine ...Rigord écrit : Comilissa enim ipsius
casiri, mjgnis jiidneorum minierihits corrupLi, Iradidemi,
etc. etc.
« Quelle était cette comtesse > La chronique de Guillelmiis
armoricus précise que l'acte de cruauté des juifs fut accompli
permittenle comilissa Campaniiv, (Recueil, t. XVIH, page 71 a).
Il s'agit donc de la comtesse de Champagne. Or, en 1192,
(\) Op. cit.
(2) Bibl. Nat. (L ji c. 507.)
[\\ Michel-Jean-Joseph Dom Brial. historien, bénédictin de Saint-Maur, né à Perpignan en
I 743, mort à Paris en 1818.
bE BRIE-COMTE-ROBERT 97
c est Marie, veuve de Ilenri-le-Libéral, qui était comtesse de
Champagne et de Brie, par conséquent maîtresse du castrum
^û eut lieu le drame, avec sa. complicité, Or, nous ne. pou-
vons traduire que par ville (alors fortifiée, de Bray-sur-Seine),
'a /ocalité que les textes appellent castrum Braiam et dont la
comtesse de Champagne était seigneur,., Y^eit suite le fameux
brCilement des juifs n'eut pas lieu à Brie-Gomte-Robert. »
Ce raisonnement serait absolument inattaquable si les
prémisses de M. Maurice Lecomte ne soulevaient quelques
objections.
Et d'abord, une, tirée du bénédictin Brial lui-même qui
semble s'être contredit dans le Recueil des Historiens. En un
P<>int, je l'ai dit plus haut, il identifie la 7?rjû de Rigordavec
Hrei y-sur-Seine, mais dans son Index onom.isticus du tome
XV II du Recueil, je relève la contradictoire indication sui-
vante : « Agnès de Baldimenio, — De qua, tacito nomine,
'^S'îiur, 71 a et i33a. » Brial indiqua ainsi comme mention-
nant, sans la nommer, Agnès de Baldimont, précisément le
texte de Guillaume-le-Breton sur lequel s'appuie M. Maurice
Lecomte, pour attribuer à Marie, veuve de Henri-le-Libéral,
lî^ responsabilité de l'événement qui nous occupe.
Il y a plus, Guillaume-le-Breton dit bien, dans sa chronique
^'^ Gestis Philippi Augusti, que l'acte de cruauté des juifs fut
^^crompli p^^rmittenie comilissj campanix, mais il écrit aussi
^^ris son autre chronique rimée, les Philippides, « Terra
^^iensis liabebat castellum nomine Braiam, in quo Judœos
P^^^res Comitissa Brenensis... hab3bat, » 11 est, dès lors,
"irficile de faire état de son témoignage, soit dans un sens,
^*^it dans un autre, puisqu'il soutient deux versions en
^E^parence contradictoires.
-:\ ces objections tirées des textes, il faut ajouter: .
r Que — cela ne fait aucun doute — AgnêsdeBeaudimont
^^Va de Briàine était en relations plus ou moins constantes
^Vec des juifs, ainsi que le prouve le récit du miracle qui eut
^ ^lise deî Saint-Yved pour théâtre et que j'ai brièvement
^^pporté.
Cj$ HISTOIRE DE LA VILLE
2** Que, certainement, Robert de Dreux en restituant au
marché de Brie son ancienne importance dut accepter le con-
cours des juifs qui tenaient alors, à peu près, tout le négoce
dans leurs mains.
3" Qu'il a existé une très forte colonie de juifs à Brie,
probablement cantonnés dans les rues de la Graterie
(aujourd'hui des Halles) et des
Fripiers (aujourd'hui de la Made-
leine), attendu qu'au XIV** siècle,
encore, il est fait mention d'un
cimetière qui leur était spéciale-
ment aiTecté (2).
Enfin, n'est-ce pas le moment de
se rappeler les termes de la lettre
AGNES DE BEAUDiMONT dont j'ai dottnéplus haut le texte,
Comtesse de Braine (i) et quc Jcan dc Salisbury adressait
)• femme de 'Robert, comt: de ^reux . , , , ^ ^ . t ,
a 1 archevêque de Cantorbéry .-
« Est enim prudens mulier », disait le secrétaire de Thomas
Becket en parlant précisément d'Agnès de Beaudimont.C'est
une femme avisée, écrivait-il, et il signalait en même temps
les présents, les dons que son mari et elle acceptent facile-
ment (munera que fréquenter accipiunt maritus et ipsa) laissant
entendre leur âpreté au gain et leur souci d'accroître par tous
l3S movens leur fortune et celle de leurs enfants. Involontai-
rement, on se sent entraîné à rapprocher les termes dont se
sert Jean de Salisbury en parlant d'Agnès deBeaudimont, de
ceux qu'emploient Rigord et le chroniqueur de St-Denis, en
parlant de la comtesse sur laquelle retombe la responsabilité
(1) Cette tête a été copiée sur un dessin de l'ouvrage de Prioux {(Monographie de l'abbaye d:
Sâint-Yv:d à Draine. Paris, 1859, in f*) représentant la pierre tombale d'Agnès de Beaudimont.
Sur cette pierre, la femme de Robert, comte de Dreux, est représentée ^n pied et en gran-
deur naturelle, les nuins jomtes, les pieds appuyés sur un chien.
2; Voici a cet égard un article d'un compte dressé par Oudart de Lagny. receveur de la
reine Jeanne, en 1311 ; « D.* la value dou louage du cymetere auz juys, ensemble une mai-
S3nnette qui est dedans que Jehan Granviller tient à ferm? pour xxiiij Ib. chascun an de vi
ans encommanciez à la Saint-Remy cccxxvin, à deux termes, Pacques et la Saint-Remy
pour ce ans diz termes cccxxxi, xxviiij Ib. et doit soustenir à ses cous durans les années la
•lite maison et les murs dudit cymetere de couverture soufisantc. [\. N. KK 5. p. I15 et
SUiv.;
t)E BRIE-COMTE-ROBERT 99
du brùlcment des Juifs, a Comitissa ipsius castri magnis
judxorum muneribus corriipta, dit Rigord ; la dame de ce
chastel corrompue par les granz dons des juis, écrit le chro-
niqueur de Saint-Denis. »
Il y a là, dans les termes, une telle similitude qu'on est
tenté de voir dans les deux comtesses mises en scène par des
auteurs différents, une seule et même personne, parce que
leur caractère semble identique.
Je terminerai en rappelant que la terre de Braine, dont
Agnès de Beaudimont était comtesse (comitissa Brenensis,
dit Guillaume Le Breton), était auparavant entre les mains
dcThibaut-le-Grand, comte de Champagne, qui la donna à sa
lille en la mariant à André de Beaudimont (i). Peut-être cela
permettrait-il d'expliquer pourquoi Guillaume Le Breton
désigne l'héroïne de la tragique aventure qu'il raconte, tantôt
œmme comtesse de Braine (comitissa Brenensis), tantôc
^'onnme comtesse de Champagne (comitissa Campaniœ).
Quelle que soit celle des deux femmes, Agnès de Beaudi-
n^ont ou Marie de Champagne, qui ait provoqué par son
imprudente attitude le drame dont on ne saurait contester
'exactitude, il semblerait, à entendre la chronique de Saint-
Denis, que Philippe-Auguste se montra sévère à son endroit.
^^ Et la dame de la ville, ajoute le chroniqueur après le récit
^ue j'ai rapporté, (Philippe-Auguste) lit tenir prison tout le
cours de sa vie. » D'où il résulterait^ les faits s'étant passés
en 1192, si Agnès de Beaudimont en était l'auteur respon-
sable, qu'elle serait restée incarcérée pendant dix ans, puis-
qu'elle mourut en 1202 (2).
I Cet André de Beaudimont est celui-là mime que nous avons vu (p. 64) défendre
Corbeil contre Louis-lc-Gros. André de Beaudimont s'était marié avec Agnès, fille de
Tnibaut-Ie-Grand, comte de Champagne. Il en eut trois fils et trois filles. L'aînée de ces
•dernières, Eustachie de Braine, se maria avec Euiles, comte de Corbeil, mort sans enfants.
Cest à tort, on le voit, que i'abbé Lebœuf prétend qu'André de Beaudimont était le frire cPe
'a veuve d'Eudes ; il en était le père. Des trois fils qu'André avait eu d'Agnès de Champagne
aîné, Guy dé Beaudimont, se maria à une dame Alix. C'est de cette union que naquit
Agnès de Beaudimont, fille unique, qui fut la y femme de Robert, comte de Dreux. Cette
Agnes était comtesse de Braine. Elle pouvait être confondue avec sa grand'mère, comtesse
comme elle, s'appelant Agnes comme elle, mais sortant de la Champagne.
(2) Après ,dit le manuscrit de Ste-Geneviève, la mort de la comtesse Agnès qui avait élu
par son testament en réT;Iis; de Brayne, son corps fut honnestem^nt et honorablement
lÔÔ HISTOIRE DE LA VILLE
Dans tous les cas, si le brûlement des juifs par Philippe-
Auguste a eu lieu à Brie-Comte-Robert, il n'y aurait pas lieu
de s'étonner que les chroniqueurs l'eussent qualifiée de
castrum.
Jetons, en effet, un coup d'œil sur la situation qu'offrait
Brie-Comte-Robert à cette époque. Si on veut bien se repor-
ter à ce que j'ai dit (p. 47) du viens que fut Bradeia, on
voit que la maigre population qui existait encore en ce lieu
après les guerres qui désolèrent les .V et XI* siècles avait dû
trouver un refuge sur Tîlot, que j'appelai des Fontaines, et sur
lequel s'éleva plus tard le château.
Il y a tout lieu de croire que lorsque la paix fut assise, que
Robert de Dreux eut réussi à rendre au marché, ou lieu
d'échanges de Brie, tout ou partie de son ancienne importance ,
il lui fallut donner à cette ville la sécurité dont elle avait
manqué jusque là ; sinon c'était retomber dans les désas-
treuses années précédentes. Il me semble, comme je l'ai dit
plus haut, que ce fut à un de ses lieutenants que Robert dut
confier la garde d'un poste aussi considérable et qu'il ne
pouvait tenir lui-même, absorbé qu'il était par les soins à
donner à ses autres domaines et par ses expéditions de
guerre.
Je persiste à croire qu'il fit appel à cette famille de Brai
dont j'ai déjà parlé en essayantd'expliquer sinon son origine,
du moins son séjour ailleurs qu'à Brie. Je crois que son
origine serait difficile à étudier (i). Dans tous les cas, il me
cnsevely, embeaumé et mis en un cercueil d? plomb... inhumé et enterre au milieu du
chœur de 1 église de Saint-Yved de Brayne. dessous une tombe élevée comme l'on peut
vo'r à présent au dit lieu sur laquelle sépulture se sont vues de grandes lumières par plu-
sieurs fois et autres signes démontrant, par grande évidence, la dite comte- se être glo-
rieuse.
i.i, je me borne ici à faire un? remarque sur laque'le je reviendrai dans un trav.iil
complémentaire, mais qui ne sau''ait trouver sa place dans cet ouvrage.
Si on veut bien s» reporter à la note de la page 75, on aura vu que les écus de la
famille de B.le ou de Brai consi.staient surtout en deux haches adossées. Je me suis demandé,
et je pose la question sans !a résoudre encore, ici, si ces haches n'avaient pas une origine
symbolique.
Dans une communication faite par M. Pottiers i l'Académie des Inscriptions et belles
lettres, en 1901, il esl question des fouilles faites à Cnossos, dans l'île de Crète, par M. Ar-
thur Evans. * L'explorateur anglais a découvert un important édifice mycénien qu'on croit
ilre le palais de Minos, construit sur les débris d'une station néolithique très ancienne ;
bE BRIE-ftOMTË-ROBEht lOI
parait que Robert de Dreux lui confia la garde de la position
de Brie et de son marché.
Il est absolument indéniable qu'il existait, sur Tilot des
Fontaines, des habitations, puisque nous en retrouverons
une partie au 14'' siècle, dans les comptes de la reine Jeanne
et il semble indiqué que ces habitants n'étaient venus là que
pourôtre à Tabri de surprises etdesdéprédations des bandes
armées.
Cet ilôt devait, àcoup sûr, n'avoir été complètement séparé
de la terre ferme que par la main de l'homme ; au point
même où ce travail avait été fait — c'est-à-dire au point le
plus faible — dut s'élever un ouvrage militaire destiné à en
défendre l'accès. Cet ouvrage, d'abord en bois, sans nul
doute, fut réédifié en pierre. 11 est demeuré debout, en
partie, jusqu'à ces dernières années, sous le nom de tour St-
Jean. Il est à peu près probable que cette tour fut, pour une
bonne part, l'œuvre de Robert de Dreux. Ce fut là tout le
château que se construisit, à Brie, le seigneur capétien ; l'on
l'importance du culte de la Hache y est attesté par de nombreux signes gravés sur les murs et sur
les hauts piliers servant d'autel... »
Ai'leurs, il est dit à ce sujet : o M. Evans se base (pour émettre son opinion)... sur les
grandes figures de taureaux, peintes à fresque et en relief qui ornaient les murs, marquis de la
ioahle hûche, emblème du dieu crétois... et sur d'mnombrables débris (statuettes, armes.
doublti haches votives),., p
M. Drumont, dans la France juive ( t. I. page 142) écrit ; a C'est en Bretagne que l'existence
dune colonie sémitique pourrait se soutenir. Les signes sculptés dans les grottes de Gavinis
présentent plus d'une analogie avec la hache symbolique^ gravée sur les monuments égyptiens...»
Or le mot, hache, en langage carien, se dit labrus d'où on a fait labyrinthe. Faut-il un
effort considérable d'imagination pour voir dans la brie une traduction littérale, presque un
un jeu de mots, plus fréquents qu'on n'imagine.
^e qu'il y a de certain, c'est qu'une famille de Brie — et j'insiste sur ce point — s'efforçait,
wéme habitant la ville de Braye (c'est ainsi qu'on appelait Brir-Comte-Robert), de mainte-
*»"■ officiellement sur ses armes le nom de Brie ; qu'elle portait dans son écu la double hache
.emblème symbolique de l'Orient) où le mot hache se dit labrus en langage carien ; enfin qu'à
coté même de l'un des fiefs qu'occupait cette famille, il en était un portant le nom de
°^'gny de Boviniacus, lieu du bœuf, au confluent du rû de Tabauf zytc le Cornillot.
Or la double hache se retrouve, nous dit M. Evans, dans la représentation de figures de
taureaux.
Je ne conclus pas, j'expose ; mais il m'a paru que cette exposition et les rapprochements
Qu elle comporte étaient nécessaires.
Peut-être, en prenant possession du fief du Colombier, situé à côté des fontaines de Brie,
c^^tc famille trouva-t-elle tracée quelque part la figure symbolique de la double hache ce
<iui ne saurait étonner si quelque culte oriental était venu établir en cet endroit, un sanc-
tuaire ; peut-être aussi, un de ses membres, à la première croisade, fut-il initié à quelques-
uns des mystères de l'Orient qui provoquèrent en Occident l'éclosion de sociétés secrètes.
test là une question que je me propose d'étudier à part.
iO'2 HISTOIUK DE LA VlLLt!
ne saurait s'étonner que lui ou sa famille y ait séjourné.
L'abbé Lebeuf décrit une tour ou donjon (i) qui présentait
un aspect extérieur se rapprochant beaucoup de la tour
Saint-Jean. (Cette tour), dit-il, « est bâtie entièrement en
pierres de taille. Quatre tourelles terminées en cul de lampe,
et surmontées par une couverture d'ardoise en cône, flan-
quent cette tour. LV5Cc7//(?ré/t7/7 construit, par le dehors, du
côté méridional. Cette tour n'était pas indigne de loger une
reine dans les temps (XIIP et XIV" siècles) que j'ai marqués
ci-dessus. ».
Si ce que dit l'abbé Lebœuf pour le treizième siècle est
exact, combien cela ne l'est-il pas davantage pour le dou-
zième î
Quant c\ la tour elle-même, comme toutes les constructions
de ce genre, à l'époque, elle ne comportait au rez-de-chaus-
sée qu'un passage allant du dehors de l'étang au dedans ;
l'accès du premier étage de la tour ne pouvait se faire que
par un escalier extérieur, précisément situé sur la face
méridionale, et menant aune des tourelles dans lesquelles se
développait un autre escalier conduisant aux étages supé-
rieurs. C'estla disposition commune et bien souvent décrite
qui constituait un excellent moyen de défense puisqu'il
rendait les divers étages du donjon où se tenaient les défen-
seurs absolument inaccessibles. Toutes ces considérations
reviendront d'ailleurs lorsque je parlerai du chiiteau de
Brie-Comte-Robert.
Mais cet ouvrage, défensif, ne sufiisait pas ; s'il couvrait
très efficacement l'accès de l'ilot des Fontaines, il était im-
puissant à défendre le marché. Or, j'ai pu dans les pages
qui précèdent, me montrer, dans une certaine mesure,
hésiter sur l'existence et sur remplacement de ce marché. Il
n'est plus possible, à la date où nous sommes arrivés, de
contester Tune ou l'autre de ces questions. Dans le chapitre
qui va suivre elles recevront leur consécration oHicielle, par
un acte authentique en bonne et due forme. Le marché qui a
(l) Histoire du dio.c>: d: Paris, article Lay.
ô
bÈ DÛlfe-dOMTÈ-ROBËRt lo3
fait et fait encore la réputation de Brie, existait au moins à
la fin du XII** siècle et se tenait exactement à l'endroit même
où il se réunit actuellement.
On verra, par la suite, que le seigneur capétien de Brie
n était pas seul à avoir des droits sur ce marché. L'Eglise de
Paris n'avait pas renoncé aux siens et il se produisit même
des contestations entre les deux parties. Nous examinerons
plus loin comment elles furent réglées. Mais il est croyable
que chacune voulut avoir sur place un représentant capable,
en même temps, de veiller à la sécurité des commerçants et
à ses propres intérêts. Ce me parait être l'origine de deux
lîefs que l'on peut considérer comme les plus anciens de
de Brie. Ils ont d'ailleurs disparus, l'un depuis la fin du XV"
siècle et l'autre bien avant, et, non seulement la trace s'en est
perdue, mais leur souvenir est à peu près complètement
éteint.
L'un était le lîef que je qualifierai du seigneur. C'était le
Colombier, que tenait cette famille de Brai ou de Brie dont
i'ai déjà parlé. Il était placé en dehors de l'ilot des Fontaines,
non loin de celles-ci sur les routes ou chemins ayant Pans
pour direction. Sous sa protection se dressa un faubourg,
dont nous allons avoir à constater presque immédiatement
l'existence, le faubourg de Saint Christophe.
L'autre fief était celui de l'Eglise, si on peut s'exprimer
ainsi. Non loin de lui, également dans la direction de Paris,
se groupaient quelques maisons qui donnèrent naissance à
un autre faubourg, celui de Chantepie.
Le premier fief couvrait les fours banaux du seigneur et sa
pladoye — c'est-à-dire le lieu où la justice était rendue
en son nom. L'un et l'autre se trouvaient dans ce que nous
appelons aujourd'hui la rue du Marché, dans la portion qui
s'étend entre la place du Marché et la rue des Poulettes (i) et
tenaient aux fossés appelés aujourd'hui fossés du château.
Tous deux se trouvaient à proximité de l'ilot des Fontaines,
(') Cet emplacement est tctuellement occupe par le s immeubles — complètement déserts-<T
dt Mme Faucenberghc.
i()4 iiisToiun: de la ville
et par suite de la population du seigneur, c'est-à-dire du
casirum de Bria, et en même temps tout à côté du marché. Le
manoir du Colombier — placé près des Fontaines (i) tenait
ces deux établissements sous ses vues. (2)
Le lîef du F'ourjdont le nom indique pour ainsi dire Tobjet.
répondait, du côté de l'Eglise, aux mêmes besoins. Lui, aussi,
couvrait le four banal de l'Eglise, lui, aussi, couvrait la p/jt/ojc-
de l'Eglise. J'aurai à en parler en temps et lieu. 11 suffit de
dire pour l'instant que ce lief était placé à peu près où se
trouve aujourd'hui la maison Sylvestre, ayant dans ses vues
le four banal (3) et la pladoye, ou lieu de justice, à rentrée de
la rue du Beau-Guillaume. (4)
Entre ces deux fiefs s'étendait le marché, auprès duquel
nous allons voir s'élever les halles et la maison de Dieu ou
Hôtel-Dieu.
Si on s'arrête un moment à ces dispositions, on voit en
étudiant le terrain que le marché était couvert au Nord par le
fief du Colombier, c\ l'Est par le donjon de l'ilot des Fontaines,
au midi par le rù du Cornillot et le marais qui s'était formé
en aval de filot des Fontaines, à l'Ouest par le lîef du Four.
C'était bien à la fois le castrum et la villa dont parlent les
chroniqueurs que j'ai cités ci-dessus. D'où il suit que leur récit
peut "aussi bien s'appliquer à Brie-Comte-Robert qu'à Bray-
sur-Seinc.
C>/i\0
>>
(\) L'immeuble où se trouve la maison Dcspîats et Desmars représente une partie de ce
fief dont j'aurai à reparler.
(2) A la fin du XV" siècle ces deux établissements n'existaient plus depuis fort longtemps
en cet endroit. Ce qui se comprend d'ailleurs car on avait voulu dégager les abords du
château.
{^^) Il se trouvait alors à fort peu près là où est la maison Bonaud sur la place de l'Hôtel
de Ville,
(^) Cet emplacement appartient actuellement à M. Wosmeck. Des bâtiments qui s'éle-
vaient en cet endroit, il ne reste plus aujourd'hui que des caves, dont une partie a été
comblée. Dans l'un de ces souterrain.; est une source qui al. mente d'aiileurs un puits com-
munal. 11 a été trouvé un fragment de hache en pierre polie, non loin de cette source.
CHAPITRE III.
Robert I, de Dreux, était mort le ii octobre 1188. selon le
martyrologe de Notre-Dame de Paris, laissant neuf en-
fants (2) ; mais il dut, avant de mourir, prendre une part
active à !a coalition féodale de trSi, dirigée contre Philippe-
Auguste que Louis Yll avait associ6 au trône depuis le 1"
novembre 1 179.
Le jeune roi, écrit M. Luchaire « n'attend pas que son pérc
soit mort pour exercer le pouvoir dans sa plénitude. Il agfit, à
certains égards, comme si Louis VH n'existait plus « (3). Pour
échapper à la tutelle de sa mère Adèle et de ses beaux-fréres,
les princes Champenois (liés au duc de Bourgogne) il s'allie
étroitementaucomtede Flandre, dont il épousa, malgré tous, la
nièce, Elisabeth, tille du comte de Hainaut, BaudoinV.Ce fut
le signal de la rupture entre Philippe Auguste et sa famille.
(1) Ci-tî
:e chupitri ; Alii. î- femme
cette tombe. Le motif ci-drs!
'qUF j'Orléansen 1186 qui mourut le i^i
sire de Coucy.tuéiu siège ci'Acif, en il
Jt. en H'fi, mariée à Hugues J[[, seigneu
r ou Bisilii, qui mourut le i) juin lîoc
. plus
ic6 InéTOil^È DE La villË
Or, Robert de Dreux ayait marié son fils aîné — qui prit le
nom de Robert II — avec Mahaud de Bourgogne, fille unique
de Raymond de Bourgogne et de Agnès de Thiern. Il fallut
bien que cette alliance fut dictée par la politique, car Mahaud
avait été mariée trois fois (i) ; elle était donc de bien plus
âgée que Robert II, de Dreux, qui Tépousa lorsqu'il eût à
peine atteint sa majorité (2). L'intérêt politique se devine,
d'ailleurs, puisque nous savons que le duc de Bourgogne
faisait partie de la coalition féodale dirigée contre Philippe-
Auguste. Sans doute Robert I, de Dreux, en voyant son frère
Louis VII dépérir et s'éteindre le 19 septembre 1 180, conçut-
il, sinon pour lui, au moins pour son fils Robert, de nouvelles
visées sur la couronne de France. Le manuscrit de Sainte-
Geneviève, dont j'ai déjà parlé, le dit en termes explicites :
« Robert second, fils aîné de Robert I, comte de Dreux, fit
beaucoup de troubles et de fâcheries, prétendant à la
couronne et au dit royaume de France. »
Mais, en juillet ii85, Philippe-Auguste avait eu raison de
la grande féodalité et, parle traité de Boves ayant réduit les
seigneurs à l'état de serviteur dociles, avait afin mé avec éclat
la supériorité de la dynastie capétienne. Ce fut, peut-être,
plus que toute autre considération ce qui provoqua la nullité
du mariage de Robert II avec Mahaud de Bourgogne. Prioux
le dit d'ailleurs en propres termes (3). « Le divorce fut
prononcé pour lien de parenté prohibé, mais sans doute
imposé par d'autres circonstances ». Des raisons de consan-
guinité furent, en efiet, mises en avant pour justifier la
séparation, mais on peut dire que la politique défit ce que la
politique avait fait.
Robert II qui avait donné suite aux projets de son père
dut, dès cet instant, se soumettre sans arrière pensée à
Philippe-Auguste. On en pourrait trouver la preuve dans
(1) Elle était veuve de Eudes !1, seigneur d*fs.>oudun, de Guy I, comte de Ncvcrs, et de
Pierre d'Alsace. La maison d'Alsace, par Philippe, s'était engagée dans la coalition dirigée
contre le jeune roi de France.
(2) Robert était né vers ii^î-
(3) Monographie Ac l'abhaye de St-Yved à 'Braine (Paris, 1859 in-*"»).
t>E BRIE-COMTK-ROBERT lO/
son second mariag-e. Il n'attendit pas la fin de la lutte engagée
entre le roi et les féodaux. Dès 1184, lorsque le comte de
Hainaut, beau-père de Philippe-Auguste eut abandonné la
coalition, Robert II se maria avec une de ses parentes, une
de ses nièces probablement, Yolande de Coucy, (ille de
Raoul I, sire de Coucy, et de Agnès de Hainaut.. sa première
femme (i) ; il s'allia ainsi à Philippe-Auguste lui-même.
Je ne suivrai Robert II ni au siège et à la prise de la ville
de Saint-Jean d'Acre, en 1191, ni dans sa campagne contre les
Anglais, ni lors de son intervention dans l'Albigeois pour se-
courir Simon de Montfort, à la famille duquel il se rattachait.
Tous ces faits sortent du cadre de l'histoire de Brie. Ce n'est
qu'à partir du commencement du XIII'' siècle que Robert II
appartient à notre histoire locale. Devenu par la mort de sa
mère, Agnès de Beaudimont, en 1202, seigneur de Bpe, un
des premiers actes de son administration fut de résoudre les
diflicultés pendantes avec l'évèque de Paris.
jai montré, au chapitre précédent, que l'Eglise de
Paris avait été, à une époque difficile à préciser, mise en
possession d'une très grande partie, sinon de la totalité du
territoire de Brieet,auxdernières lignes de ce même chapitre,
jexposais la situation respective des deux parties. On se
lend aisément compte des contestations nombreuses qui
devaient s'élever entre elles à propos du marché. L'antago-
nisme entre les deux justices, dont les maisons s'élevaient à
une faible distance l'une de l'autre, devait provoquer des
contlits de juridiction incessants. Les choses durent en venir
iuin point qu'il fallut transiger, pour ne pas laisser s'enve-
nimer la situation. C'est cette transaction qui nous a valu
'^charte de 1208. Ce document que nous possédons en son
entier a une importance qui n'échappera à personne. M. G.
Leroy (2) a dit à ce sujet avec beaucoup d'autorité : « C'est
^n témoignage curieux de la condition des personnes et des
n) Ranul de Coucy épousa en secondes noces une des sœurs de Robert H qui fut ainsi
^n beau-frère et son beau-père.
(2' Les Coûtâmes de Brie-Comte-Robert au XIIl'' siècle (Melun, 1896, plaquette).
Histoire r>l-; i.h vu.iM
[V. le coiUrt sc«u) SrGlLL' COMlTiS KOBERTl DROCENSS-
Au conlrf scou : l'écu Je Drcui (échiquflèd'or et d'amr à la botdurt de gueuleJ.
t CONFIRMA HOC 0ËVS.
fCoaûrma ho^ Deui].
Apr+S la mort d'Agnès, le sceau de Robert resta le nr
léeeremenl modifiée. Ule porta :
t.' COMiTlS ROBFRTl («MINI DROCARVM HT BRAS'E.
(f,K,((™ œmw^ Qo^ffli Domni Z)™..,,,., ., -«..«r.)
Irgende ;
DE r.RIE-COMTE-ROBERT loO
propriétés à Brie-Comte-Robert, au temps de la floraison du
système féodal, et, par induction, dans les temps antérieurs,
si l'on veut bien observer que le progrès, plein d'activité de
nos jours, avait alors un mouvement insensible. Ce qui
existait en 1208 ne devait guère différer de ce qui était en
vigueur plusieurs siècles auparavant, au temps de Charles-
le-Chauve par exemple, à Tépoque de la consécration du
principe de l'hérédité des licfs et de l'institution de la fcoda-
lité. »
On conviendra qu'il n'étaitpas possible de ne publier de ce
document précieux pour l'histoire de Brie que des extraits.
Je le donne ci-après, in-extenso, en m'en tenant à la version
publiée par Benjamin Guérard, le savantéditeurdu Cariulaire
deNotre-'Djme de Paris (i) et du Polyplique d'Irminon,
DETERRA BRAYE ET DE JUSTITIA SUR LES DROITS ET JURIDICTION
QLAM HABET ECCLESIA QUE POSSÈDE L'i-X;LISE DE
PARISIENSIS. PARIS DANS LA TERRE DE BRIE
EgoRobcrtus cornes, dominus Moi, le comte Robert, seigneur
^rocarum et Brave, et Yolendis de Dreux et de Brie, et la comtesse
comitissa, uxor niea, notum Volende, ma femme, faisons
iacimus ûuiversis, presentibus et savoir à tous, présents et à venir :
futuris quod, cum esset contro- attendu le débat qui s'est élevé
versiainternosetecclesiam Béate entre nous et l'église de la Bien-
Marie Parisiensis super hiis que heureuse Marie, de Paris, sur les
habet apud Brayam, tandem, pro droits qu'elle a à Brie pour en
bono pacis, assensu Roberti, filii finir, et pour le bien de la paix,
°ostri, composimus in hune mo- du consenlcrncnt de notre fils
dum : Robert (2), nous avons transigé
de la manière suivante :
Des moulins et de la mouture
ïn molendino quod habct vcl Dans le moulin que pos-
babebit ecclesia Parisiensis in séde ou possédera (3) l'Eglise de
Panibus illis, ad quiod bannarii Paris en ce lieu, et auquel ses
0 Cf. p. 299 et suivantes.
y^) Nous le verrons plus loin sous le nom de Robert iU.
'^^ Cette rédaction ne saurait pr^'tcr à l'ambi-iiuitc : l'Fglise de Paris possédait le grand
"^•^uiin, maij; cWc envisageait l'éventualité d'un changement possible.
lïO
HISTOIRE DE LA VILLt-
sui de Braya ire tenebuntur,
habebit ecclesia duas partes et
dominus Brave tertiam partem.
Et, si plura molendina habuerit
ecclesia, ad melius ire tenebun-
tur bannarii sui ; dominus autem
Braye nihil habebit in altero,
cum illud possitsuffîccrc.
Et, si molendinum non habuerit
ecclesia, nisi portionarium, simi-
liter crit de portionario.
De omnibus provcntibus et de
justitia molendini vel molendino-
rum ad quod vel ad que ire
tenebuntur bannarii ccclesicsimi-
liter habebit ecclesia Bcate Marie
Parisiensis duas partes et domi-
nus Braye tertiam partem ; ita
tamen quod, si serviens ecclesie
vel domini Braye, vel alius inve-
nerit bannarium ecclesie ad aliud
molendinum cuntem vel redcun-
tem, eum capiet, et in Braye, per
servientem ecclesie et per servien-
tem domini Braye, judicabitur
hoc modo :
propres banniers seront tenus de
se rendre, (les profits) seront par-
tagés par tiers, deux pour l'église
et un pour le seigneur de Brie.
Et, si TEglise avait plusieurs
moulins les banniers du seigneur
seraient tenus dallcrau meilleur;
toutefois le seigneur de Brie
n'aurait rien à prétendre des
profits d'un autre si celui-là peut
suffire.
Au cas où l'Eglise ne posséde-
rait pas la totalité du moulin,
mais une portion seulement, les
profits de cette portion seraient
partagés, comme il a été dit ci^
dessus (deux tiers pour le sei-
gneur).
De tous les produits (et de ceux)
que les droits de justice peuvent
donner, du moulin ou des mou-
lins, auquel ou auxquels les
banniers de l'église seront tenus
d'aller l'Eglise delà bienheureuse
Marie, de Paris., aura, comme il
est dit ci-dessus, deux parts et le
seigneur de Brie une part, les
trois parts faisant le tout ; et si
rhomme( i jderEgliseoul'homme
du seigneur de Brie, ou tout autre
trouve un bannier de l'Eglise al-
lant à un autre moulin ou en reve-
nant, il se saisira de lui, et, dans
la ville de IVie, (le délinquant)
sera jugé à la fois par l'homme de
l'Eglise (t par l'homme du sei-
gncurdeBrie de la façon suivante:
ij^ Homme Aoii être pris, ici, dans le sens de reprcsentant, garant, intendant.
le roi^-r'VT'i-i' tiî-rr
^ Litt
-Txiuxsun
ruTTîâafcru.
ir iiiiCïw TSj-
^S^ M ^IM ^"^ t — ■ 4^* 1 iA*
iii tr
amutr.LPLiii si:
r'J"^^^?srr=±^:c a:: ecjlc>:a3î
tî s:3i^2zzi Brave, dca> panes
Si ciiam scriicntcs doaiini
'^''ayc, bona fidc , in ali.i
ni3lcndino competenter majus
^omniodum cccicsic repererini,
d Jaimodo non sit domini Brave,
''cquisito ser\ iente, ad illud ibuni
bannariiecclesiemolendinoeccle-
^*c et de proventu pertinente
3^ ecdesiam et ad dominum
"raye duas partes habebit ecclc-
^'3 et dominas Brave tertiam
Pariem
-T^ ,.^ .^ ^ .»^ J ,. > V V^ J^
•jcrrrcs^z ^x r^-.:t»:i:r- «ic : ,"v:^3^
Tii:i.r':tt : ^^^ ^-^^ r^,k.> >v-"c-^
*►- * ^^— . - ^. — r^^ ...^.^...^ ■'^— . »» Jl> . <«.
■ WI.JI -•.• !■'»'«■->■»■ » • J .^ %«« X » •»
- - r-* -
B> . - • ^ «
à rEi:I:<< c: au >>:*i:ncur àc Htc
serait partage par licî'S. vicuv
p.^ur i enlise, îc t:oi>:dmc pvHxr le
seiirneur de IVie.
Si, de bv^nne foi ^et Jans une
excellente intention' les iiens via
seigneur de Hric iuj^eaient plus
commode de taire moudre ;\ un
autre moulin qu à celui de rilgli-
se. pourvu qu il n'appartienne pas
au seijjneur de Hrie, les banniers
de ri'-j^lise pourront se rendre ;\
ce moulin, au lieu du moulin de
ri*!y:lisc àcondiliv^n que l'homme
de celle-ci ail OlO ciuisulic. Ix
profit qui en résultera pour TIC-
glise et pour le sei{4:neur de Hrie
sera (encore) partn^'d par tiers,
\\'2
HISTOIRE DE LA VILJ-E
In omnibus expansis molendini
vel molendinorum in quo vel in
quibus dominas Brave sumet
lertiam partepi, ponet dominus
Braye terliam partem, quociens
erit neccssarium ; ecclesia vcro
duas partes.
Si molcndinum,aut partem vel
partes molendini vel molendino-
rum ab alio vel ab aliis condu-
xerit ecclesia, vel ad firmam
receperit, quod cum consilio do-
mini Brayp vel servientis ejus
facere tepetur, dominas Brave
tertiam partem ponçt et ecclesia
ducis partes ; et sumet dominus
Braye tertiam partem proven-
tuum, ecclesia vero duas partes ;
et si alibi invenerit . serviens
domini Brave commodiorem
iirmam vel locationcm, illam te-
nebit ecclesia.. dummodo non sit
domini Braye.
deux pour l'Eglise, le troisième
pour- le seigneur de Brie.
Le seigneur de Brie paiera le
tiers de toutes, les dépenses qu'il
sera nécessaire de faire pour le
moulin et les moulins dont il
prendra le tiers<ies revenus ; l'E-
glise en paiera les deux autres
tiers.
Si l'Eglise loue de quelque
personne ou de plusieurs un
moulin ou plusieurs moulins en
partie, si elle en prend à ferme,
ce qu elle devra faire après avoir
pris l'avis du seigneur de Brie
ou de son représentant, le sei-
gneur de' Briè paiera un tiers (du
loyer) et l'Eglise* les deux autres
tiers ; le seigneur de Brie aura
un tiers des ' profits et l'Eglise
les deux autres tiers; et si le
représentant du seigneur de Brie
trouve ailleurs un moulin ou des
moulins, soit à ferme, soit en
location, plus commodes, l'Eglise
en prendra sa part, à la condition
que le moulin ou les moulins
n'appartieniienr pas au seigneur
de Brie.
De Li justice
Prœtcrea in terra beatè Marie
apud Brayam, justicia et in
domibus et extra plenarie est
ecclesie, et sanguis, et latro, et
rolagium, et foragium et omnis
justitia.
l'insuite dans la terre de la
bienheureuse Marie, auprès de
Brie, la justice plenière, tant dans
les maisons que hors des mai-
sons, appartient à l'Eglise (de
même que la connaissance) des
meurtres, des vols, du rouage ( i ),
I Taxe levée sjr les voitures comm.» indiMiinité des dommages que celles-ci causaient
aux cheinm> . impôt sur le transport des vin^.
DE BRIE-COMTE-ROBERT
Il3
MjrcJîJfids de sel.
De salinariis vero et mcrceriis,
composuimus in hune modum :
videîicct quod de omnibus reddi-
libus corum et foris faclis mcdic-
latcm habcbit ecclcsia et dominus
Brave ait .Tarn m'jdictatem .
Et de redditu gallinarum quas
rcgrratarii dcbcnt. et de foris
factis eorum habebit ecclesia et
dominus Brave altcram mcdieta-
tem.
Foris facta vero eorum in com-
mun curia levabuntur, pro om-
nibus hiis in quibus ecclesia et
dominus Brave participes sunt.
Serment
Servions ecclesie domino Brave
prestahit juramenluni fidelitalis
observande ; et ejus serviens ec-
clesie, quolicns liet pcrmutatio
forage (i), enfin de tout ce qui
est du ressort de la justice.
merciers, regrattiers
En ce qui touche les marchands
de sel (2) (sauniers) et les mer-
ciers (3), nous nous entendons
comme il suit : ri£y:lisc aura la
moitié de tous les revenus prove-
nant d'eux et de tous les délits
qu'ils pourront commettre ; le
seigneur de Brieaura l'autre moi-
tié.
De plus l'Eglise aura la moitié
du revenu des poulesque doivent
les regrattiors (4) et des délits
qu'ils pourront commettre.
Les délits commis par les uns
et les autres seront jugés dans
la maison commune pour tous
ceux sur lesquels l'Eglise et le
seigneur de Brie ont droit de
partage.
de Jidùlilé
Le représentant de l'Eglise
prêtera serment de fidélité au
seigneur de Brie, de même que
le représentant du seigneur de
U Droit perçu sur les vins vendus au détail. Il était perçu en argent ou en pintes de
vin. d'une façon généiale sur chaque pièce conduite dans le ressort du justicier ou qu'on
y détaillait.
(2; Peut-être d'objets salés, de salaisons. Dans tous les cas, la gabelle du sel (impôt sur le
sfl' n'était pas encore créé; il ne fait son apparition que d'une façon temporaire en 1246 et
aune façon définitive en 1340.
'' Le commerce des merciers comprenait des objets très divers (servant, en général
pour 1 habillement et la parure). Ce devait être, déjà à cette époque, un commerce très flo-
"^^nt qui devait attirer beaucoup de monde ou marché de Brie, si on en juge par Le du
"' ^<^fch:ani à la suite des Prov. et dut. popu!. publié par Crapelet.
Et reviennent de toz pais
Les bons marchéans à Paris
For la mercerie achater....
U) Regrattiers, ceux qui vendent de s-^conds main. 11 y avait à Bric une ru2 de h Gr.ite-
"^. aujourd'hui rue des Halles.
114
HISTOIRE DE LA VILLE
alicujus servientis ecclesie vel Bric prêtera serment de fidélité ù
domini Brave. l'Eglise. Il en sera ainsi chaque
fois que le représentant du sei-
gneur ou de l'Eglise sera change.
Franchise Je la terre de V Eglise
In terra vero ecclesie, nec do- Ni le seigneur de Brie, ni au-
minus Braye nec alius e.xtra do- cun autre ne pourra lever un droit
mum poterit staullum levare. hors des maisons dans la terre de
l'Eglise.
Vente du pain
In domibus et in fenestris do-
muum suarum poterunt hospites
ecclesie panem vendere qualibet
die et in die fori, nec inde thelo-
neum habebit dominus Brave.
Les hôtes (i) de l'Eglise pour-
ront vendre du pain soit dans
leurs maisons, soit aux fenêtres
de leurs maisons, tous les jours
aussi bien que le jour de marché,
sans que le seigneur de Brie
puisse pour cela prétendre à un
tonlieu (2).
Vert te des grains
In quacumque terra fuerit apud L'Eglise a la propriété de cha-
Brayam mina, vel extra infra
banleugam, ecclesie est, et mina-
gium est ecclesie.
que mine qui existe en quelque
terre que ce soit auprès de Brie
ou dans la banlieue (3) et le droit
de mesure lui appartient en tota-
lité.
Vente du blé
Ubicumque fuerit venditio
bladi, a nona hora diei mercurii
usque ad horam primam diei
veneris ecclesie est minagium.
En quelque lieu que ce soit
que se fasse une vente de blé,
depuis la neuvième heure du
mercredi jusqu'à la première
heure du vendredi, le droit de
mesure appartient à l'Eglise.
Mesures de capacité
In quacumque terra falsa mina En quelque terre que soit si-
(i) Fermiers occupant une tenure et vivant de ses produits moyennant une redevance.
il) Droit qui se payait pour les places dans les marchés.
(,5) La banlieue, étendue «.le pays dans laquelle le seigneur avait le droit de faire les bans
ou proclamations reconnues par les chartes ou les coutumes et qui s'étendait généralement
à une lieue de distance.
DE BRIE-COMTE-ROBERT
IIO
rcperta fuerit et quandocumque,
justicia est ecclesie. Serviens
ecclesie minam tauliabit, et inde
sextarium vini habebit, nec ad
eam mensurabitur antequam tra-
dita sit servicnti ecclesie, et ab
eo approbata.
gnalée une fausse mine, et en
tous temps, la connaissance du
délit appartient à la justice de
l'Eglise. L'homme de l'Eglise
marquera chaque mine et recevra,
pour ce, un septier de vin et on
ne pourra se servir d une mine
pour mesure sans qu'elle ait été
apportée à l'homme de l'Eglise
et par lui approuvée.
Vente des animaux
Scmblablemcnt, l'Eglise aura,
sur le marché du seigneur de
Brie, le tonlieu pour chaque ani-
mal acheté ou vendu, delà neu-
vième heure du mercredi à la
première du vendredi.
Le tonlieu sur la laine brute,
c'est-à-dire non filée, appartient
à l'Eglise ; également le tonlieu
du mcrrain travaillé ou non ap-
partient à l'Eglise à quelque
heure que la vente soit faite,
depuis la neuvième heure du
mercredi jusqu'à la première du
vendredi ; excepté ce qui a été
écrit au sujet des merciers et des
vases de madré (i). L'Eglise a
droit de justice sur toutes les
matières quelles qu'elles soient ;
le tonlieu et le droit de mesure
lui appartient aussi sauf ce qui a
été écrit au sujet des sauniers et
des regratiers (2).
(i) ï a madré est le cœur et racine des différents bois employés pour faire des vases à boire,
des brocs, etc. D'après cet article, il semblerait que les mots cyphis ou cupis de madré s'appli-
quent aux mines dont il est parlé ci-dessus. Rien, en effet, dans les articles précédents ne
vise d'autre récipient que la mesure de grains, appelée mine. On voit par le même article
que les merciers vendaient de la laine non filée.
(2^ Pour ceux-ci l'Eglise et le seigneur de Brie se partageaient par moitié les droits à per-
cevoir comme on l'a vu plus haut.
Similiter ecclesia habebit telo-
neum, in foro domini Brave, de
quolibet animali empto vel ven-
dito a nona hora dici mercurii
usque ad horam primam dici
veneris.
Teloneum lane crude, videlicet
non infilo, est ecclesie ; et telo-
neum merrenii opcrati vel non
operati est similiter ecclesie, in
quacumque hora vendita sint, a
nona hora diei mercurii usque
ad primam horam diei veneris ;
excepto quod scriptum est de
merceriis et cyphis de madré. Jus-
titie sunt ecclesie de quibuscum-
que rebus ; teloneum suum est
et minagium, salvo eo quod
scriptum est de salinariis, de
merceriis et regratariis.
n6
HISTOIRE DE LA VILLS
Fraudes sur les
Si servions ecclesie inveniat
hominem qui portet redditus ec-
clesie ad prescns foris factum,
, ipsum capiet, et pmendabit ec-
clesie ; et si portet redditus ec-
clesie, serviens ecclesie eum
sequi poteril usque ad banleu-
gam, et si poterit, eum capiet ;
et quando eum ceperit. si foris
factum recognoverit. ipse ecclesie
redditus reddet et ecclesie emen-
dabit foris factum ; et si non con-
fiteatur, per sacramentum suum
i-c liberabit.
ci roi! s de l'Es^lise
Si l'homme de l'Kglise trouve
un homme portant des objets
susceptibles de droits pour lE-
gliseen flagrant délit, il se saisira
de lui et lui fera payer une amende
pour 1 Eglise : et s'il rencontre
un homme portant des objets
susceptibles de droits pour \\l-
glise il pourra le suivre jus-
qu'à la banlieue (c'cst-à-dirc à
environ une lieue) et s'il le peut
se saisiia de lui : et lorsqu'il
l'aura arrêté, si le délit est re-
connu, le délmquant devra
opérer la restitution des droits à
l'Eglise et lui payer une amende :
mais si le serment lui est déféré
et qu'il nie, il sera cru sur son
serment et mis en liberté.
Les Corvées
Apud Brayam, in terra Béate
Marie has corveias habebit tan-
lummodo dominus Braye :
Dcunoquoque homine habente
bestiam trahentem ad carrucam,
ter in anno habebit dominus
Braye corveiam et in unaquoque
saison, una die ; et qui bcstiim
trahentem nd carrucam non ha-
buerit, nichil persolvet pro cor-
veiis illis. Dominus autem Brave
pro singulis carrucis duos dena-
lios dabit scrvicnlibus canuja-
rum.
Auprès de Brie, dans la terre
de la bienheureuse .Marie, le sci
gneur de Bric a droit seulement
aux corvées suivantes :
Le seigneur de Brie aura cha-
que année trois corvées et dans
chaque saison un seul jour, pour
chaque homme possédant une
bote tirant la charrue : celui qui
n'a pas de bête tirant la charrue
ne paiera rien pour ces corvées.
D'autre part le seigneur de Bric
donnera deux deniers pour cha-
que charrue aux ser\i leurs em-
ployés au t:a'» -lii des chirnics
DE BRIE-COMTE-ROBERT
II
Etprcterca omnes hospiics de
Brava ccdesic insimul, propriis
cxpensis suis singulis annis,
adduccnt triginta scptcm modios
vini de \'illa Nova Sancli Gcorgii
u<^]ue ad IVayam, ad ccllarium
domini Brave, ad modium X'ille
Nove ; et ab initie vindemiarum
usque ad quindenam Sancti Dyo-
nis'i, adducetur vinum determi-
natum, et ex tune non tenebantur
adducere eo anno. Servions do-
mini Brave submonebit hospites
Bcate Marie de corveya vini, et
crasiina die poterunt remanere
ad prcparandum se ; tertia vero
die. ilunt ad corvcvam. et si
presto invencrint vinum illa die,
adduccnt illud ; sinautcm, liberi
a corveya vini, de tôt modiis pro
quotfuîrint submoniti, usque ad
annum revertentur.
Item, nec domino Braye, ncc
servientibus ejus culcitras com-
modaretenebuntur hospites Bcate
Marie.
En outre tous les hôtes de
l'Eglise de Brie devront cha-
cun à SCS dépens, transporter,
par chaque année, trente -
sept muids de vin, mesure
de Villeneuve, de Ville Neuve
Saint-Georges à Brie, dans le
cellier du seigneur de Brie ; cette
quanrité de vin devra être amenée
depuis le commencement des
vendanges jusqu'à la quinzaine
de Saint-Denis (i) ; passé cette
dernière date, les mêmes hâtes
ne seront plus tenus de faire le
même transport pour l'année.
Lhomme du seigneur de Brie
devra prévenir les hôtes de la
Bienheureuse Marie lorsqu'il
voudra leur réclamer la corvée du
vin ; ceux-ci auront toute la joui-
née du lendemain pour se pré-
parer, mais le troisième jour, ils
iront à la corvée et si ce jour la,
ils trouvent le vin prêt à être
emporté, ils l'amèneront ce même
jour ; smon ils seront déchargés
de la corvée du vin pour la quan-
tité de muids qu'on leur avait dit
d'amener et ce jusqu'à Tannée
suivante.
En plus, les hôtes de la Bien-
heureuse Marie ne seront tenus
de fournir des matelas (garnitures
de lit), ni au seigneur de Brie, ni
à ses hommes.
Lj borne de séparation
Item, meta que dividit terram II est bien entendu d'irilleurs
(I) La Saint-Denis se célébrant dans le diocèse de Paris lo 9 octobre, il faudrait entendre
que la corvée du vin prenait fin le 24 octobre.
ti8
HISTOIRE DE LA VILLE
ecclesie a terra domini Braye,
que communi assensu posita est
a neutra partium poterit remo-
veri.
que la borne qui sépare la terre
de l'Eglise, de la terre du seigneur
de Brie, borne qui a été posé*
d'un commun accord, ne pourra
être déplacée par aucune des
deux parties.
Le ban de vendante
Item hospites ecclesie bannum
quod dominus Braye habetapud
Brayam, de vino vendendo quo-
libet anno, per très menses no-
minatos observare tenebuntur.
Les hôtes de l'Eglise seront
tenus en plus de respecter le
ban(i) que le seigneur de Brie a
sur le vin qui se vendra auprès
de Brie, n'importe quelle année,
pendant les trois mois désignés.
Forlifications de la ville
Ad communem clausuram ville
de suo ponere tenebuntur hos-
pites ecclesie rationabiliter, sicut
alii homines ville, per videntiam
et per manum servientis ecclesie.
Les hôtes de l'Eglise seront
tenus de contribuer chacun du
sien, dans une mesure raisonna-
ble, à l'édification de la clôture
commune de la ville, comme les
autres habitants de la ville; cette
contribution sera recueillie par
les soins et versée entre les mains
de l'homme de l'Eglise.
Prises d\v'J7ies
Debent etiam hospites ecclesie
armaturas compétentes habere,
sicut alii homines ville, et cum
armis illis ire cum domino Braye,
vel cum servientibus cjus. in che-
valcheiam, vel in alias nécessi-
tâtes ejus, cum communi ville ;
ita quod ipsa nocte hospitia sua
possint reverti ; et si de hoc foris
facerent, emendarcnt ei ; et si
negaverit quis se audisse clamo-
rcm vel submonitionem, jura-
mento suo libcratur.
Les hôtes de l'Eglise doivent
même posséder les armes (et ar-
mures) suffisantes, comme les
autres habitants de la ville, et,
avec ces armes, accompagner le
seigneur de Brie ou ses hommes,
en chevauchée ou suivant les
autres nécessités qu'il jugera
convenables ; mais ils devront
pouvoir regagner leur domicile
la nuit même. Ceux qui cherche-
raient à échapper à ce service
devront l'amende au seigneur.
(i) Ceci doit s'cnteiulre. je crois, du ban d: vendange qui avait pour but de faciliter au sei-
gneur la perception de la dime et de lui permettre de vendre plus tôt et plus cher sa récolte.
DE BRIE-COMTE-ROBERT
ti9
(Cette levée d'armes devant se
faire à cor et à cri) celui des hôtes
de TEglise qui, sous la foi du
serment, déclarera n'avoir en-
tendu ni l'avis, ni la clameur,
sera déchargé envers le seigneur.
Les oblifrations du seigneur de Brie
Pour toutes les corvées insé-
rées dans le présent acte, et
auxquelles sont tenus les hôtes
de l'Eglise de Brie envers le
seigneur de Brie, celui-ci devra
s'enquérir d'eux et les aider de
bonne foi, s'ils étaient faits pri-
sonniers par quelqu'un ou déte-
nus en prison ou d'une manière
quelconque retenus, comme il
doit le faire pour les autres
habitants de Brie.
Profits de Vhoinme du Seigneur
Tcnctur etiam quilibet bospi- Chacun des hôtes de l'église
F^ro hiis corveiis que nominate
>unt inprescnti carta,quas tenen-
»Jï* Facerc hospites eulcsie de
'^^^ya domino Biayesi ipsi capti
«^<^t~int ab aliquo vcl detenti, vel
nno do quolibet impediti, tenctur
^*^s requirere etjuvare bonû fîde,
SIC vit aiios homines Brave.
tum ecclesie reddere servienti
^*^rnini Brave, singulis annis, in
^^asiina natalis Domini, unum
toriellum, vel unum obolum pro
tortello, si maluerit hospes, et
hospites ecclesie habebuntomnia
^issiamenta ville, sicut aliishomi-
nes de villa.
sera tenu de donner à l'homme
du seigneur de Brie, chaque
année, au lendemain de la Nati-
vité, une petite tourte, ou, à la
place de ce gâteau, une obole,
si cela lui convient ; mais les
hôtes de l'Eglise jouiront de tous
les droits dont jouissent les au-
tres habitants de la ville.
Transport du bois
Si aliquis hospitum de Braya Si quelqu'un des hôtes de
ecclesie, a prima die adventus
Domini usque ad natale Domini,
inventus fuerit extra Brayam
adducens boscum cum quadriga
vel cum summario, tenctur red-
dere denarium unum servienti
l'Eglise de Brie,depuis le premier
jour de l'Avent jusqu'à la Nati-
vité, est trouvé hors de Brie,
amenant du bois avec une char-
rette ou une bête de somme, il
devra donner à l'homme du
I2()
HISTOIRE DE LA ViLLË
domini Brayc, sine emcnda ; et
si inventus fuerit aiïercns ad
collum, tenctur rcdderc obolum
sine emcnda.
Et scicndum est quod circata
ista non polcrit lieri, nisi in
adventu Domini et una sola die.
Si vcro, hospites ecclesie venerint
de bosco de Coti^ny, nichil red-
dent ; et de hoc credetur eis per
interposilionem lidei sue.
seigneur de Brie un denier sans
amende ; et s'il est trouvé portant
la charge sur le dos il ne devra
qu'une obole sans amende.
Mais,, il faut qu'on sache bien
que cette ronde (pouvant amener
la perception de cette ledevance)
ne pourra se faire que durant
l'Avenl et pour un seul jour (tout
le reste de l'ann^^e, le transport
du bois n'est assujetti à aucun
droit). D'ailleurs, si (même le
jour où ils sont arrêtés) les hôtes
de l'Eglise venaient du bois de
Co5signy,ils seraient exempts de
toute taxation, et. à cet égard,
leur dire suffira s'ils prêtent
serment.
Scrmjut de JïAclitè au Sei\rncur
Hospites esclesie debcnt facere
iidelitatem domino Braye, cum
communi ville, quoticns muta-
bilur dominus Braye, et sicut
alii homincs ville.
Les hôtes de l'Eglise doivent
prêter serment de fidélité à cha-
que nouveau seigneur de Brie,
comme les autres habitants de la
ville.
Garde de la ville
Dcbçnt etiam hospites ecclesie Les hôtes de lEglise doivent
excubias ville, per ordinem sicut chacun à leur tour monter la
alii homincs ville. garde de la ville comme les
autres habitants.
Les droits de poilevine sur la renie du blé
Ilabct etiam ecclesia pictavi- L'église a le droit de prélever
nam in telonco bladi, in foro sur le tonlieu du blé vendu en la
domini Brayc ; videlicet de place appartenant au seigneur,
quolibet scxtario empto pict- une poitevine (i) ; c'est-à-dire
(\) I.a poitevine était la plus petite de toutes l-j-s monnaies. Du Cange cite* à cet égard
diflcronts exe:nples empruntés à des chartes de I20f), d-* 1230 {:% Tabula Fossat.nSii à l'hiNtoiie
de St-loi:ii C-./.i .S\ Liiio:- c- tome S //■''• rrancor, p. 3 )|, rt il conclut : und: apparrt ut nnnnn^
fu:rinl pictavinx, d'où il appert que les poitevines étaient de valeur minime. 11 cite également
une cl.;:rlc de nyi^ a^ud Lo^idlutn in /î./.'t vjko qui s'cxpiimc ainsi ; Vint deniers Beauvaisiens,
bE BRIE-COMTE-ROBLIRT
i'2i
avinam unam.
Quicumque autem de villa
Brava bladum cmcrit, non causa
niercatore, illas quital ecclcsia
pictavinas illas in perpetuum.
Quicumque autem emerit bladum
ad scminandum infra decima-
rium Brave, nichil solvet pro
ilio blado.
Mesure
^Icnsure vini in terra de Brava
ecclesie sunt domini Brave, quas
serviens ejus capere poterit cum
voluerit, vocato serviente ad
illas capiendas ; sed si serviens
ecclesie vocatus non ierit, vel si
inventus non fuerit, vocatis duo-
t>us de hospilibus ecclesia ; et si
"^'ocaii non ierint, posterit illas
capere sine aliis ; et si falsc
fuerint, emenda erit domini Bra-
Si autem non credatur servienti
ejus quod illos vocaverit, per
juramentum suum ei crcdetur
une poitevine sur chaque setier
vendu.
Mais quiconque de la ville de
Brie achète du blé pour son
usage personnel, et (par consé-
quent) pour ne pas en faire le
commerce, est exempt du droit
de la poitevine envers l'Eglise.
De même est exempt du même
droit quiconque achète du blé
pour ensemencer dans l'étendue
de la dime de Brie.
du vin
Le mesures du vin dans la
terre de l'Eglise de Brie appar-
tiennent au seigneur de lirie.
L'homme du seigneur pc-urra,
quand il le voudra, les prendre,
mais ne pourra le faire sans
avoir convoqué l'homme de 1 E-
glise. Si ce dernier, bien que
convoqué, n'était pas présent,
ou si la convocation n'avait pu
le toucher, l'homme du seigneur
devra appeler deux hôtes de
l'Eglise ; au cas où ces derniers,
dûment prévenus, ne se seraient
pas rendu à l'appel qui leur a été
fait, l'homme du seigneur pourra,
en leur absence prendre les dites
mesures et s'il s'en trouve de
fausse, l'amende prononcée sera
pour le seigneur de Brie.
Mais si ceux qui ont été appe-
lés prétendent le contraire,
l'homme du sei^^neur sera cru
lcsqu-\s valaient chacun un denier parisis et demie poitevine parisis — Grégoire (Dict. de
'ancien langage français; cite une charte de 1273 (Ponthieu) où il est dit : Une poitevine est
le quart d'un parisi.
122
HISTOIRE DE LA VILLE
quod illos vocaverit, quod si
jurarenoluerit, mensuram reddet
et in pace remanebit ille cujus
era mensurat.
sur la foi de son serment et les
hôtesde l'Eglise seront considérés
alors comme ayant été régulière-
ment convoqués. Si, toutefois,
l'homme du seigneur ne voulait
pas prêter serment, il rendrait
la mesure incriminée et celui
auquel elle appartient ne sera pas
poursuivi.
T>es étraufrers
Onmes albani de terra de Braye Tous les étrangers qui résident
ecclesie sunt domini Braye. Sed
si in terra ecclesie foris tacerint,
justitia est ecclesie, si ad presens
forisfactum capti fuerint, vel si
forisfactum appareat, et in villa
Braye judicabuntur.
sur la terre de l'Eglise de Brie
sont justiciables du seigneur de
Brie. Cependant si des étrangers
commettaient un délit sur la
terre de l'Eglise, la justice en
appartient à TEglise. Mais si les
étrangers sont pris en flagrant
délit ou si le délit est évident,
ils sont alors jugés dans la ville
de Brie.
^lanquement aux présentes obligations
Ilospites ecclesie, si submoniti Les hôtes de l'Eglise, invités à
fuerint pro hiis que debent, de
quibus mentio facta est in hac
carta, submonitionem domini
Braye vel servientis ejus non
obmittent , etiam si servicns
ecclesie eos prius submonuerit ;
et SI de hoc forisfacerent, emen-
darent ei.
remplir les obligations que leur
impose le présent accord, seront
redevables d'une amende envers
le seigneur s'ils ne tiennent pas
compte de l'avertissement qui
leur aura été fait soit par le sei-
gneur, soit par son représentant ;
et si le représentant de l'Eglise
les a prévenus auparavant et s'ils
ne satisfont pas aux obligations
qui leursont imposées, ils devont
également l'amende.
Des Juifs
Judeos non potest habere ec- L'Eglise ne peut'avoir de Juifs
clesia in terra sua apud Brayam. dans la terre qu'elle possède
auprès de Brie.
bÉ BRIE-COMTE-ROBKRT
2.1
Exemption du ban de bois
Item nec furnum ecclesie te-
nentes, pro furno ecclesie cale-
faciendo,nechospites terre eccle-
sie, per bannum, ad boscum
domini Brave emendum ire tene-
buntur.
Les tenanciers du four de
l'Eglise ne seront pas tenus d'a-
cheter du bois au seigneur de
Brie pour chauiTer le four de
l'Eglise et les hôtes de celle ci ne
seront pas davantage tenus d'en
acheter par banalité.
T>roits perçus en nature par VEglise
De unoquoque vendente ci- L'Eglise perçoit sur chacun de
phum ligneum, habet ecclesia
Parisiensîs unum per annum
apud Brayam, in foro domini
Braye ; et in ciphis de madré
nichil habet ecclesia.
De hiis qui vendunt scutellas,
habet ecclesia, singulis mercatis,
unam scutellam de unoquoque ;
et si alicui fuerit residuum de
scutellis in aliquo mercato Braye,
de quibus solutum fuerit telo-
neum, pro illis residuis de cetero
quicquam reddere non tenebitur.
De vendentibus palas vel fur-
cas, singulis annis, habet ecclesia
palam vel furcam de unoquoque.
ceux qui vendent des vases de
bois sur le marché du seigneur
de Brie, auprès de Brie, un de
ces vases par an ; mais elle n'a
rien à percevoir sur la vente des
vases de madré.
L'Eglise perçoit, à chaque
marché, une écuelle sur chacun
de ceux qui en vendent. Et si
dans un marché de Brie, il est
des écuelles qui n'ont pas été
vendues, si le tonlieu a été perçu,
l'Eglise ne sera tenue de rendre
quoique ce soit pour les écuelles
invendues.
Chaque marchand de pelles ou
de fourches est tenu de donner à
l'Eglise une pelle ou une fourche
par an.
Le marché, sa situation, son changement prévu
Conjuctus fori est domini Le louage de la place du mar-
grave, quocumque duxerit vel
^ecerit forum suum, salvo jure
ecclesie in hiis que scripta sunt
in hac carta.
ché appartient au seigneur de
Brie en quelque endroit qu'il
transférera ou tiendra son marché
à la condition que les droits de
l'Eglise inscrits dans la présente
charte restent entiers.
1^4
IIISTOIRE DF. LA VILLE
Quocumque domînus BMve En quelque endroit que le
du\trit vel feceril forum suum, seigneur de Brie tian^fcre ou five
omnia que habebat ecclesia in son marché. l'Eglise jouit de tous
foio illo ubi prius siium fueral, les droits et de toutes les rcdc—
habebit eadem ecclesia Parisien- vances dont elle jouissait sur la
sis ubi (luclum vel factum fueril place où se tenait I ancien mar-
in posierum. cbé et elle en jouira de même en
quelque endroit que serait irans-
féié le mardis dans l'avenir.
Apposilion lies scc\iii.v
Quod, ut lalum et fiunum sît, Pour ralifier et confirmer ce
prcsenlem paginam sigillorum que dessus nous avons apposé
nostrorum appositione conlirma- nos sceaux sur la présente page.
Liidalcdecet important document n'est point cuntrovcrs
(i)Scf»uroncideîînim.
iiy8)(l)oui.tdArcq73j.J
DE DRIIi-COMTE-ROBERT I2r>
Guérardia fixe à Tannée 1208 (i209nouvcau style (i)^ « Aclum
m\o 1208 » écrit-il au bas du texte que je viens de transcrire
et il ajoute en note « sic scriplinn in codice nolis arabicis et
nxentiore manu. )> Mais il ne met pas en doute cette date,
quoique écrite en chilïres arabes et d'une main plus récente •
Parailleurs (2) il se montre plus explicite à ce sujet. La charte
en question serait du mois de janvier « Actum Parisis anno
Jbincanutiofîc Domini îM. CC, octjvo, mensejanuario »
Ce n est là qu'un point de détail sur lequel il est à peine
besoin de s'arrêter. Ce qui est certain, c'est que la transaction
définitive entre le seiirneur de Brie et l'église de Paris appar-
tient aux toutes premières années du XIIP siècle. Elle en
consacre, en quelque sorte, le début, mettant un terme à des
contestations diverses et venant après d'autres tentatives du
même genre.
Le Court préambule de la charte laisse échapper quelques
choses de ces contestations, je trouve la preuve de précédents
àccoïà^, dans un Mémoire adressé à rarchevéque de Paris, en
ly^^i.lou ultérieurement) sur l'hôpital de Brie (3) où il est dit:
" Il est vraisemblable qu'il avait été, par la charte de
partacrc de 829 (4) réservé à l'Eglise de Paris quelques droits
^"^urBric, car on voit qu'en 1 1()5, Robert 2 et sa femme tran-
^i^ent avec la même b^glise sur ces droits et, après de
nouvelles diflicultés, passent avec le chapitre de Paris l'accord
Je i2()8. »
Je ne m'attarderai pas à relever les contradictions qui
peuvent se rencontrer dans la partie du Mémoire que je viens
(') '1 est a peine utile aujourd'hui, c«r c'est une chose que tout le monde sait, de dire que
Jnnce, autrefois, commenç^iit généralement à Pâques. Le mois de janvier i2d3 appartenait
"onc a l'aunée 120) d'après le nouveau mode mis en vigueur sous Charles IX.
^2) Ton»? II. p. 24S.
î)A.N. LL. 185. p. 5O9.
U* Au commencement du cf siècle, dit le Mémoire précité, Braye. présentement dit Brie,
"^ «-tait quun village et une simple paroisse de campagne. La terre et seigneurie de Brie apparte-
'^sifntarHglisedeParis. Suivant qu'il avait été ordonné, dans le 8' concile de Paris ouvert le 6
juin 82(). Incade, évcque de cette ville, y présenta une cl.aitc qui contient le partage entre lui
" '<^s chanoines des biens de la cathédrale. Cette chatte fut approuvée et souscrite parles
fVw-ques et archevêques du concile. Incade. qui était aveugle, n'ayant pu souscrire, y fît une
^^f^ou pour marque de sa signature. Par ce partage.laterreet seigneurie de Brie furent comprises
aulot lie l'cvéque. L'un des successeurs d'Incade vendit ces terre et seigneurie avec réten-
tion de la mouvance en plein fief foy et hommage au.x cvéques de Paris...»* (V.pius haut. p. 84.''
126 HISTOIRE DE LA VILLE
de citer. Je me borne à constater que son rédacteur semble
avoir eu connaissance de transactions — probablement par-
tielles — entre le seigneur de Brie et l'Eglise de Paris.
De ces transactions, une, au moins, était de 1 195.
Cette remarque ne peut que donner une autorité, une
importance plus grande à la charte de 1208 dont le texte est
arrivé, intact, jusqu'à nous. Cette importance, Guérard
Taffirme dans ses prolégomènes du cartulaire de Paris.
M. G. Leroy, le remarquable auteur de l'histoire de Melun,
s'y arrête également (i) pour apprécier l'état des personnes
et des propriétés à Brie-Comte-Robert au commencement du
XIIP siècle.
« Quelques uns deshabilants, dit-il, y sont serfs de l'évêque et du
comte, ne jouissant d'aucune liberté personnelle ou civile, soumis
envers leurs seigneurs à de nombreux devoirs féodaux, à des services
en nature, des corvées et des redevances, celles-ci non excessives il
est vrai, mais qui sont généralement blessantes pour la dignité
humaine. Cependant ce qui ressort des termes de cette charte, c'est
que l'arbitraire absolu n'existe pas. Il y a progrés sur les âges précé-
dents. Les services, auxquels les habitants de Brie-Comte-Robert sont
tenus, sont fixés par un contrat ; ils peuvent en appeler à la justice, et,
dans beaucoup de cas, ils sont crus sur serment.
(( Il faut remarquer le rôle du serment dans les rapports des vas-
saux avec leurs feudataires. Déféré aux vassaux, le serment les libère
des créances ou i-edevances injustement réclamées. Il les exempte de
servir à la guerre ou de suivre leur seigneur dans ses chevauchées
s'ils jurent qu'ils n'ont pas d armures ; il les affranchit des droits
perçus sur le bois introduit dans Brie s'ils déclarent qu'il provient
du bois de Cocigny. Si l'on attachait autant d'importance aux effets
du serment et à sa valeur, c'est qu'à cette époque de croyances reli-
gieuses, on ne le prêtait pas vainement et que la mort semblait
préférable au parjure. ))
Si justes que soient ces considérations générales, une
remarque s'impose. Elles ne s'appliquent qu'aux hôtes de
l'Eglise pour lesquels la charte a été spécialement dressée.
On sent qu'elle n'a d'autre but que de mettre fm à des conflits
devenus intolérables.
(i) Us Coutumes de BrU-Comu-Robcrt au XJll' sicde par M. G. Leroy. (Melun, 1896, in 18'.)
DE 13Ril:-comte-robert 127
Si l'on veut bien se représenter la situation du terroir, on
comprendra la nature et on devinera Torigine de ces conflits.
Les habitants de Braya, à l'étroit sur leur ilôt, s'étaient
répandus au dehors et leur nombre s'était évidemment accru,
grâce aux années de tranquillité intérieure relative dont on
jouissait dans les dernières années du XIP siècle. Les encou-
ragfements de Robert I et de son fils, en ce qui touche le
marché, durent surtout amener à Brie une population com-
merçante ou vivant du commerce. Les cultivateurs, tout au
contraire, se groupèrent, pour la majeure partie, sous la
tutelle de l'Eglise, par cela même que celle-ci s'était réservée
— comme je l'ai déjà fait observer — la portion productive
du terroir. Entre ces deux éléments, l'un étranger au sol,
l'autre faisant corps avec lui, tous les deux ayant des occu-
pations dilTérentes, des contestations ne pouvaient manquer
d'éclater. Ceux-ci se réclamaient du seigneur, qu'ils consi-
déraient comme tout puissant parce qu'il était de sang royal,
ceux-là s'abritaient derrière la juridiction ecclésiastique, la
rivale en puissance de celle du seigneur. Les marchands qui
fréquentaient le marché, sous la protection d'un prince,
devaient résister aux injonctions des agents de l'Eglise et les
i^ujets, serfs ou vassaux de celles-ci, se refusaient à rendre au
i^eigneur les devoirs qui lui étaient dus.
Tout cela se retrouve dans la charte qui précède, pour qui
veut lire entre les lignes. On y sent, en quelque sorte, les
difficultés pendantes par le soin avec lequel elles sont pré-
vues et résolues. Mais, je le répète, à ne la considérer que
dans son ensemble, le document que j'ai reproduit in extenso
ne s'occupe que des iroits et devoirs des hôtes de TEglise.
C'est une charte transactionnelle, rien de plus. Sans doute,
comme le fait très justement remarquer M. Leroy, elle éman-
<^ipe, en partie au moins, au point de vue moral, toute une
catégorie d'habitants, mais elle paraît au premier abord
muette sur le sort d'une autre catégorie, celle des sujets
directs, des hôtes du seigneur. Il n'est rien dit de ceux-ci, sauf
deux ou trois allusions établissant que les hôtes de l'Eglise
FV D F S t. Nfcr KPF C E OTCL D t-L
I
qu« ^^H
DE BRIE-COMTE-ROIBERT I29
doivent dans certains cas agir ou être traités comme les
autres hommes de la ville (ville). Ce n'est donc point une
charte communale, au sens absolu du mot. Néanmoins, on y
peut démêler comme un reflet de l'émancipation qui caracté-
rise cette époque. Je n'ai nulle prétention de faire ici l'histo-
riquo du mouvement communal ; on sait que, suivant les
besr>ins de leur politique, les rois se montrèrent, tantôt lavo-
rablos, tantôt hostiles aux associations urbaines, que la
noblesse eut à leur égard une attitude variable et que le
clergé ne cessa de les combattre. Sous Philippe-Auguste,
noti.\ mment, il y eut comme une recrudescence dans la forma-
tion des villes libres. Les seigneurs favorisaient leurorganisa-
tion pour créer, parexemple, des centres d'industrie et de com-
mei-ce. Il ne serait pas étonnant que les comtes de Dreux
aieo t agi dans ce sens pour Brie-Comte-Robert, n'eut-ce été
quo pour le développem.ent du marché, dont on sent toute
l'importance en lisant la charte ci-dessus.
^Cc serait-ce pas ainsi qu'il faudrait entendre ce passage de
la charte >
« Hospites ecclesie debent fjcere fidelitatem domino Braye,
cum communi ville... » Lss hôtesde l'Eglise doiv^ent serment
de tîdélité au seigneur de Brie, avec la ville commune. Il me
parait impossible de trouver une traduction plus exacte. Si
le rédacteur eut voulu exprimer l'idée d'un serment de tidé-
Ulé prêté en commun, il se serait servi du mot : communiler,
en commun, ensemble. Ville commune me parait devoir être
interprété comme il suit : la ville élevée au rang de commune,
ayant droit de commune, la ville-commune, par opposition
aux ville — et on sait que ce nom était donné à n'importe
quel groupement de maison — qui n'étaient pas commune.
Or, cette ville commune c'était Brava ; la charte le dit net-
tement. « Apud Brayam in lerra Béate Marie (à Tarticle des
corvées),; auprès de Brie, dans la terre de la Bienheureuse
*Marie... » La signification (Xavud ne saurait faire doute
quand on lit l'article de la charte relatif à la borne limite.
« Meta que dividit terram ecclesie a terra domini Brave ; la
9
l3o HISTOIRE DE LA VILLt^.
borne qui sépare la terre de TEg-lise de la terre du seigrneur. »
Il s'agit bien là de deux terres différentes quoique limitro-
phes, ayant chacune leur seigneur. Et, ce qui vient fortilier
cette manière de voir, c'est le passage relatif aux délits
commis par les étrangers. « Si in ten-ade Braye ecclesie fot'is
facerint, . . justitia est ecclesie. . . et in villa Braye judicabiintiir ;
s'ils commettent le délit sur la terre de TEglise de Brie... ils
sont justiciables de TEglise... et ils sont jugés dans la ville de
Brie. »
La ville de Brie, ville-commune à mon sens, et la terre de
TEglise étaient donc deux choses absolument distinctes. Les
habitants de l'une et les hôtes de l'autre avaient leurs juges
distincts, leur seigneur distinct, leurs droits distincts. C'est
ce qui ressort implicitement de la clause relative aux étran-
gers. C'est parce que ceux-ci sont déclarés sujets du seigneur,
même s'ils habitent la terre de l'Eglise de Brie « omnes
albani de terra de Braya ecclesie s uni domini Brave » qu'ils
sont jugés dans la ville bien que les amendes prononcées à
leur encontre appartiennent à l'Eglise, si le délit pour lequel
ils sont punis, a été commis sur sa terre. Nous allons voir
bientôt, d'ailleurs, apparaître les hôtes du seigneur dans
une charte qui leur est propre. Du reste, ces hôtes du
seigneur sont, à n'en pas douter les alii homines ville dont il
est deux ou trois fois question dans le document de 120S.
Ainsi apparaît la villa, le caslrum énoncés dans les chroni-
ques de Rigord et de Guillaume-le-Breton, à propos du brù-
lement des juifs. Castrum si l'on s'en tient à l'îlot sur lequel
s'élève le donjon de Robert I, de Dreux ; villa si on englobe
tous les hôtes du seigneur de Brie, réunis autourde ce point. (]e
n'était pas, en effet, sur la terre de l'Eglise que l'on pouvait
chercher des juifs, puisque l'Eglise, on le voit par la charte de
I2u8, se défendait de leur donner asile ou tout au moins ne
pouvait les recevoir « Jiidœos non potest habere ecclesia in
terra sua apud Brayani », ce n'était que dans la ville de Brie
a villa Braye )>.
J'ai déjà fait pressentir, à la fin du chapitre précédent.
bE BRIE-COMTE-ROlîERT I.H
quelle était au point de vue du sol là situation respective du
seigneur et de l'Eglise. La charte de 1208 justifie mes obser-
vations premières. Reste à savoir où pouvait se trouver la
borne-limite dont il est question dans le document ci-dessus.
Il existait, en réalité, deux marchés, voisins et limitro-
phes : celui du seigneur et celui de TEglise. Le premier nous
est nettement spécifié par la charte ci-dessus ; c'est le forum
domini Brave, qu'il pouvait changer — que peut-être il médi--
lait de changer — de place, à ce que semble dire la charte
que nous étudions. L'existence du second marché nous est
révélée par l'arrêt de Servon (i), contirmatif du reste d'une
situation facile à comprendre. C'est le marché spécial à
l'Eglise et relevant immédiatement de sa juridiction, c'est-à-
dire établi sur la terre qui lui appartient. Ce marché, que
nous retrouverons dans la suite, lorsqu'il sera question des
procès du sieur Verthamoni portait en dernier lieu le nom de
tiefet prévôté de Saint-Denis. Il était situé là où est aujour-
d'hui la place de l'nôtel-de-\'ille et la disposition des lieux
i^ontre qu'il faisait la suite du marché du seigneur établi sur
lii place du Marché actuelle.
Les deux places, séparées, dans le moment présent, par
un petit norribre de maisons, n'en faisaient assurément
qu'une seule au commencement du XîlL siècle ; une partie
<ie celle-ci était du territoire seigneurial laïque, l'autre était
^u domaine ecclésiastique; de sorte qu'on peut conclure que
•i^ borne qui limitait les deux juridictions devait se trouver à
très peu près à l'intersection de la rue des Halles et de la rue
^^ l'Eglise, au carrefour qu'on a appelé jusqu'à la fin du 18^'
siècle le coin Cantin. Sur le marché de l'Eglise — qui fut la
0) Cet arrêt, qui servira plusieurs fois, dans ce travail, à établir des points controversés de
I histoire locale, date de i66f). Il fut prononcé par le Conseil du Roi à la suite de requêtes
dressées par l'archevêque de Paris ; Henry de Lionne, chevalier, seigneur de Servon : Joan-
Uaude Tartereau. écuyer. sieur de Berthemon ; Claude de Marie, écuyer. sieur de Forcillc.et
Jean Perrin, bailly de Brie-Comte-Robert, contre François de Verthamon. sieur de Villemenon
^'«requêtes portaient sur différents droits que le sieur de Verthamon s'était à tort ou à raison-
attribués. Par suite, les considérants de l'arrêt visent des titres antérieurs, des documents
"ont ils donnent la teneur, ce qui sert à fixer certains points de l'histoire locale. L'abbé Le-
'^^uf scst à plusieurs reprises appuyé sur ce document pour la rédaction de sa notice sur
Bric-Comte-Robert.
1^2 HISTOIRE DE LA VILLE
place du Marché aux pourceaux — le seigneur de Brie n'avait
que des droits, mais nulle justice, ce qui explique pourquoi
en 1416, 1448, 1472, les religieux de Saint-Denis, alors déten-
teurs du dit marché, obtinrent des lettres royaux contre le
prévôt de la justice du duc d'Orléans (seigneur de Brie)
« lequel entreprenait sur la justice des religieux «.De même
sur le marché du seigneur de Brie, l'Eglise percevait des
droits, mais n'avait pas de justiciables. Tout cela résulte
d'ailleurs de la charte de 1208 qui explique clairement cette
situation quand on l'analyse de prés.
Il est naturel qu'une sorte de concurrence s'établit entre
les deux marchés et, par suite, on peut inférer que le sei-
gneur de Brie fit tous ses efforts pour donner à son marché
le renom qu'il a conservé jusqu'à nos jours bien que
considérablement amoindri aujourd'hui. Nous verrons ce
que firent les religieux de Saint-Denis pour soutenir cette
concurrence et attirer à eux une partie du commerce, lors-
qu'ils furent les possesseurs du marché de l'Eglise.
Le seigneur de Brie s'efforça d'attirer les étrangers, de leur
faciliter l'accès du territoire, de les protéger. Une colonie
juive fut appelée à Brie et vint se fixer aux alentours du
Marché. Des bâtiments s'élevèrent pour abriter des mar-
chands permanents ; nous en parlerons plus loin quand il
s'agira des halles. Le seigneur de Brie n'oublia pas également
qu'il faut à cette foule, qui fréquentejes lieux de commerce,
un abri pour ceux que la fortune n'a pas favorisés et c'est à
lui que l'on doit sinon la fondation, tout au moins le déve-
loppement de la Maison de Dieu. On sait combien ces établis-
sements hospitaliers s'ouvraient non aux malades, mais aux
voyageurs pauvres ou peu fortunés qui se trouvaient dans la
nécessité de séjourner temporairement au lieu où ils se
trouvaient.
Telle est l'origine de la Maison-Dieu de Brie-Comte-Robert
comme de toutes les autres. L'étranger savait trouver au
marché de Brie un accueil bienveillant, plein de sollicitude,
c'était, en soi, la meilleure manière de l'attirer, de le retenir,
BRIE-OOMTÎi-ROKirr K\>
et conséquemment d*achalander ce rendez- vous commercial
et en grossir, par voie de oiinsequence. les pp>lîls.
Peul-êlre Robert I. de Dreux, eui-il la pensée de cet établis-
sement, ce qui me paraitrait assez kigique. En tout cas. on en
fait l'honneur à s-in lîls Robert II. Il est \Tai qu'une pièce
documentaire, constituant le lien lepîus anciennement connu
entre le seigneur de Brie et la Mais-im Dieu de cette ville,
metencauseRobertII.ee qui explique p:»urquoi celui-ci a
été considéré comme f«»ndateur de cet établissement de
bienfaisance. Une lettre du pape Innocent III. en date du 21
septembre I2l»7. nous apprend que Robert de Dreux, se
précKTcupant de ce que la maison Dieu de Brie manquait
de chapelle, a eu la pensée d'en élever une et d'y installer un
chapelain qu'il rétribura à ses frais. Le pape en instruisant
l'évêque de Paris de l'intention de Robert, donne son appro-
bation sous résene des droits de la paroisse (i).
Ce document est la preuve même que la Maison de Dieu
de Brie existait déjà avant 1207. puisque le seigneur de Brie
se propose de la doter de la chapelle qui lui manque ; il est
la seule preuve dont on se serve pour établir que Robert II
est le fondateur de l'HOtel-Dieu.
Dans le Mémoire adres«^é à Tarchevêque de Paris (2), on
lit, en effet :
« Ce fut en cette même année (1208) que Robert II fonda
l'Hùtel-Dieu sous l'épiscopat d'Eudes de Sully. Ce fait est
'OGufrarJ dans le CartaUr: d: Sjtri-Dm: d: Paris (t. I, p. 4^' donne le texte de cette
i^tre. Je la reproduis, puisqu'elle est un des éléments constitutifs de l'histoire locale.
^i Cipella domus Dei de Braya cottitis l(ohirt:.
21 septembre 1207. — Innocentus episcopus. servus servorum D.m, venerabili parisiens!
9'**opo, salutem et apostolicam benedictioneni. Dilectus filius, vir nobilis Drogensis cornes
intiraare curavit quod. cum domus Dei de Braia, parisiensis diocesis, oratorio careat. ipse
ibidem de suis facultatibus capellam œdificare et sacerdotero disposuit, cui de bonis propriis
çompetens vult beneficium assignare. Cum erg"», tanquam vir sapifns. nostrum requitat
»M«nsum, pium propositum ejus impedire nolentes, fraternitati suac. per apostolica scripta,
™«ndamu$, quatenus infra septa domus Dei, justa pretaxati nobilis petitionem, capellam
«dificari permittatis et instituas sacerdotem, salvo in oninibusjure parrochie illiutcujus intra
^nninos memorata domus fundata est.
Oatum Viterbii XI* Kalend. octobris pontificatus nostri anno X.
(2) Ce mémoire, auquel j'ai fait allusion, appartient aux Archives Nationales oi il fi jure sous
la cite 185. LL. p. 569.
104 IIISTOIRK DE LA VîT.LE
prouva par une lettre du pape Innocent III, élu pape le 8
janvier i ic)8 et datée de la ic année de son pontiticat. »
Une notice manuscrite qui se trouve aux archives de
rilôtel-Dieude Brie, mais dont la rédaction est du i8" siècle,
s'exprime ainsi à ce sujet :
« On ignore le nom du fondateur, mais une lettre écrite
par le pape Innocent III à l'évêque de Paris, au sujet d'une
chapelle, fondée à Hrie par le comte de Dreux, fait présumer
que c'est ce prince qui en est le fondateur, parce que dans la
ville de Brie, il n'y a jamais eu d'aulre chapelle que celle de
riIàlel-^Dieu et d'ailleurs parce que ce comte de Dreux nommé
Robert, 4" tils de Louis VI, dit le Gros, était seigneur de Brie
par apanage. » Il serait difticile de trouver une rédaction
plus inexacte et plus incertaine.
D'ailleurs, tout le monde n'est pas d'accord pour attribuer
à Robert de Dreux la fondation de cet établissement hospi-
talier. Dans une note qui me fut communiquée par M. Camille
Bernardin, malheureusement sans références, il est dit :
« L'Hotel-Dieu de Brie-Comte-Robert fut fondé, selon les
uns, en r2()8 par Robert de Dreux, deuxième comte de Brie ;
selon les autres vers l'an 1200 par Alexandrine de Pons, com-
tesse de Champagne, qui aimait à soulager les pauvres et
même les visitait souvent pour les consoler de leurs maux,
afilictions et soulïrances. »
Il est au moins curieux de retrouver encore une comtesse
de (Champagne mêlée, à ce propos, à l'histoire de Brie, comme
nous en avons eu une, plus haut, à propos du brùlement des
juifs. Mais je ne suis guère plus convaincu de l'intervention
d'Alexandrine de Pons dans les affaires de Brie que je ne l'ai
été de celle de la veuve d'IIenri-le-Libéral. Ce que je relève
dans la note de (Camille Bernardin, c'est que son rédacteur
fait remonter la fondation de THôtel-Dieu à l'année 12a). En
cela, elle parait plus rapprochée de la vérité que ceux qui
placent cette fondation en 1208. La lettre du pape Innocent
III le prouve surabondamment puisqu'en 1207, THôtel-Dieu
DK BRIE-COMTE-ROBERT l3r>
existait déjà et que Robert II demandait Tautorisation d'y
construire une chapelle.
Voici ce que dit à ce sujet M. Léon Le Grand :
«D'après une note conservée aux archives de cet hôpital
(de Brie-Comte-Robert), sa fondation remonterait à Tannée
\2œ et serait due à la comtesse de Champagne. Cette attri-
bution est fort douteuse, puisque la seig^neurie de Brie,
n'appartenait pas au comte de Champagne, mais la date
indiquée est vraisemblable, car, en 1207, le comte de Dreux,
voyant que la Maison-Dieu de Brie, n'avait pas encore d'ora-
toire, sollicita du pape l'autorisation d'en construire un à
ses frais et d'y établir un chapelain. Innocent III lit droit à
cette requête et prescrivit à l'évêque de Paris d'en permettre
Térectirm sauf la conservation des droits de la paroisse. La
Construction fut-elle ajournée ou la chapelle fut-elle promp-
tement ruinée r nous ne savons. Toujours est-il qu'en 1282,
Innocent IV dut renouveler cette autorisation et y ajouta le
Jroit de posséder une cloche (i). »
L'érudit écrivain me parait avoir nettement tranché la
question. Mais en faisant tomber la légende qui donne, à
tort, l'année 1208, comme étant celle de la fondation de notre
Hôtel-Dieu, il ruine également celle qui. croit retrouver la
chapelle éditiée par Robert II dans la salle qui nous reste de
l'ancien Hôtel-Dieu. (V. la planche de la page 81.)
Il est vrai que le service divin a été très postérieurement
célébré dans cette salle. Le plan par terre que je reproduis
d'après les archives de THôtel-Dieu, le plan par terre avec
coupe et élévation, que je donne également grâce à l'obli-
geante communication de M. Blondeau, inspecteur des
monuments historiques, montrent bien que cette portion
d édifice a servi de chapelle. Mais la disposition même du
lieu indique clairement que ce bâtiment n'étaitpas, à l'origine,
destiné à un service religieux.
On voit, en effet, que, pour obéir à l'orientation usitée, si
{\) Ui Maisons- DUu et léproseries du diocèse de Paris au. milieu du XIV* siècle, d'après le registre de
fiiites du délégué de l'évêque (i jfi -i ^ôcj) par Léon le Grand (Mémoires de la société de THistoire
de Paris et de Tlle de France, tome XXIV, p. 60-
i ub:l^(:inn:cnlpar M. BI(nd;3u, \myto
l38 HISTOIRE DE LA VILLE
non imposée par la liturgie, on a été obligé de placer Taiitel
et de disposer le chœur de la façon la plus incommode et la
moins rationnelle. Il est certain que ce n'est pas là lachapelle
que fonda Robert II.
J'emprunte encore à M. Léon Le Grand son opinion à cet
égard :
«... Comme dans toutes les constructions hospitalières du
moyen âge, écrit-il, la partie essentielle du b:\timent de
rilôtel-Dieu consistait en une grande salle destinée au loge-
ment des pauvres, et c'est cette salle que Jean de \'illescou-
blain (i), ici comme dans ses autres procès-verbaux, désigne
sous le nom d'Iiospitatitas. A Brie, d'après une reproduction
donnée dans Y Architecture civile et domestique, une rangée
de quatre colonnes, offrant le caractère architectural du
XIIL siècle partageait la salle des pauvres en deux nefs. »
Les auteurs de Y Architecture civile et domestique {-i) cités
par M. Le Grand, s'expriment comme il suit : « Le plan par
terre est de la plus grande simplicité. Il présente une salle
voûtée (3) qu'un rang de quatre colonnes divise en deux nefs.
La longueur de cette pièce est presque double de sa largeur.
Deux portes lui servent d'entrée, l'une antérieure sur la voie
publique, l'autre ouverte en face conduit sur une cour. Deux
fenêtres les accompagnent sur chaque façade et deux autres
sont percées sur le petit côté du parallélogramme. Huit baies
portaient l'air et la lumière sous les trois travées de voûtes à
nervures qui abritaient sans doute deux liles de lits disposés
perpendiculairement à l'axe longitudinal. »
(]ette disposition intérieure parait assez judicieusement
déduite, car en plaçant les couches, tète à tète, le long des
fi) Ce Jean de Villescoublain (ou de Villacoub'ay) nous intéresse indirectement, non-
seulement parce qu'il visita, comme délégué de i'Evéque de Paris, nos établissements hospi-
taliers, mais parce qu'il était — ainsi que nous l'apprend M. Le Grand — prêtre et doyen de
Saint-Thomas-du-Louvre ; or, nous savons que l'Eglise de Saint-Thomas-du-Louvre avait été
fondée par Robert 1, de Dreux, 'et que ses chanoines étaient rétribuéssur les dimes de Brie.
Jean de Villescoublain mourut àCorbeil, le II octobre 1552. à la suite d'une maladie contractée
au cours d'une station à la léproserie de Corbeil (Cf. le travail de M. Le Grand, cité notep. 135,.
(2) Vcrdicr et Cattois, l'Architicture civile et domestiijue, 1857, in-4" 11, p. lof) et 107.
(j) V. le plan en coupe et élévation dressé par M. Blondeau (fig. p. 137).
DR BRIE-COMTE-ROBF.Rt 1^9
colonnes, il restait un espace très suflisant pour circuler tout
autour.
On voit que cette portion de bâtiment de THôtel-Dieu ne
pouvait avoir été, dans le principe, destinée à un édifice reli.
irieux. J'ajouterai que l'inscription dont il restait encore des
vestiiires sur la fij^rande porte au i8** siècle (i) : « A l'Hôtel-Dieu
pour les pauvres, tout vient de Dieu » laisse parfaitement
entendre la destination primitive de cette portion de bâtiment.
Où se trouvait alors lachapelle fondée par Robert II ? Cette
chapelle a-t-elle même jamais existé ? M. Léon Le Grand, nous
lavons vu plus haut, paraît en douter. « Sa construction,
dit-il, fut-elle ajournée ou la chapelle fut-elle promptement
ruinée ? Nous ne savons. » Guérard, en eilet, résume dans
le Cartulaire de Nntre-Dame-de-Paris (2) v trois lettres, par
lesquelles le pape Innocent IV, donne aux frères de la Maison
de Dieu de Brie (3) l'autorisation d'élever une chapelle dans
leur maison (in eoriim domoj et d'avoir une cloche, en don-
nant mission à l'évèque de Paris de nommer le chapelain. »
Ceci me laisserait à penser que la construction du bâti-
ment dont nous avons encore sous les yeux la façade ne fut
pas exécutée aussitôt qu'on pourait le croire. Sans doute,
comme je l'ai dit et comme d'autres l'ont écrit, la Maison de
Dieu existait avant 1207, ^^ P'^^ probablement dès la fin du
\IV siècle. Mais il est fort possible qu'au moment où on
s'apprêta à édifier la chapelle de Robert II, d'autres projets
suririrent. Peut-être trouva-t-on les anciens bâtiments insuf-
fisants ; peut-être aussi songea-t-on à déplacer la salle
destinée au lotrement des pauvres, pour la rapprocher du
Marché par exemple. Il ne serait pas impossible que l'éta-
blissement hospitalier qui nous occupe eut été situé de
l'autre côté de la rue des Halles. On trouve dans les caves
O: «. ... Une inscription gothique dont il reste des vestiges sur la porte où on voit ces
mots gravés sur la pierre...» (Note relevée aux archives derHôtel-Dicu de Brie-Comte-Robert).
2; Tome III. p. 252.
(3 L'Hôtel-Dieu, dit M. Léon Le Grand, d'après le registre des visites, était, en 1551. ad-
ministré par deux frères et deux sœurs. Il résulte des lettres d'Innocent IV que les frères
l'administraient en 1252.
Î40 Histoire de la viLLr!
des maisons situées en face l'Hôtel-Dieu des traces de cons-
tructions importantes. Sans parler de la cave de la maison
Lépagnol (i), il existe sous la maison Jourde, au droit de la
deuxième arcade à gauche de la façade du vieil Hôtel-Dieu,
une cave voûtée, divisée en deux nefs par un rang* de colonnes
portant actuellement trois travées visibles de voûtes à nervu-
res, c'est-à-dire présentant le même caractère architectural
que l'ancien bâtiment de l'Ilôtel-Dieu. Cette cave voûtée est
longitudinalement orientée de l'Ouest à l'Est ; elle peut très
bien, par conséquent, avoir servi de sous-sol à une chapelle.
Le soin avec lequel ce travail de maçonnerie a été exécuté
permet de supposer que l'éditice qui le surmontait devait
présenter un intérêt exceptionnel. Peut-être, à l'origine, les
bâtiments de l'IIôtel-Dieu étaient-ils situés sur cet emplace-
ment ; il se pourrait alors que, en cette place, ait été
élevée la chapelle de Robert. Dans ce cas, chose peu vrai-
semblable, ou bien cette chapelle n'aurait pas été terminée ou
elle aurait été démolie lorsqu'on construisit le bâtiment dont
il nous reste les ruines. Il peut se faire aussi que lors de
l'érection de ce bâtiment, la maison des frères de la Maison
de Dieu fût demeurée dans les locaux anciens et que la cave
de M. Jourde fût le sous-sol de la chapelle qu'ils furent auto-
risés à élever en 1252. Enfin, ce peut être sur ce point spécial
qu'existait la primitive salle des pauvres qui aurait été
remplacée par celle dont la façade demeure encore debout,
(c En i35i, dit M. Léon Le Grand, les bâtiments de l'Hôtel-
Dieu étaient en bon état et on en construisait même de
nouveaux. » Je déduirai assez bien de cette remarque,
empruntée par son auteur à l'étude du registre de visites
dont il fait l'étude, que le transfert de la Maison de Dieu
s'achevait alors et que les constructions, tout d'abord élevées
sur le nouvel emplacement, n'étaient pas extrêmement
anciennes, à cette date. Ceci tendrait à donner quelque poids
aux hypothèses qui précèdent.
(i) Une vieille tradition veut qu'il y ait eu une synagogue sur ce point. (Angle de la rue
de^ Halles et de la rue appelée actuellement rue des Juifs.;
DE BRIE-COMTK-ROBERT
M'
rchitccturi
lemeureab
J'ignore où M. I.i><>n I.o
Grand a puise ce rensei-
fjrnemcnt, mais il aflirme
a façade qui imus reste est
de KÎ4>H. ^'e^die^ et. (^attois
■!iil-!cturc cirile cl domL'sILjiii.'
cinnmc un mrinument du
. .\1. Hlonjeau dit que son
die le XIII'- siècle (i). je
;nt de leurs avis. Il m'a semblé
t'iutcfiiis qu'il ne serait pas absrilument impas-
sible de mieux préciser la date probable de la
cijnstructinn.
Si on jette un coup d'ceil sur le miitii" archi-
tectural ser\-ant de frontispice ù ce chapitre, on
sera frappé de l'analoyic qui existe entre le
trilobé de la porte d'entrée de l'IIôtel-Dieu et
celui qui encadre la partie supérieure de la
tombe de Robert U. Par le dessin qui borde
cette page, dessin reproduisant l'encadrement
de la tombe de Robert III. tils du précédent, on
peut se rendre compte du chemin parcouru par
les architectes de la région. Ici l'influence des
croisades se fait si bien sentir que la tombe de
Robert III en porte l'empreinte caractéristique :
en même temps le trilobé s'aftîne en une ogive
pron(incée qui laisse déjà, loin derrière elle, la
courbure de la tombe de Robert II.
Or, la première tombe a été exécutée en i-Jit)
(date de la mort de Ri)bert H) ou i-j-ju et la
seconde est datée de 1-233. Il y a donc tout lieu
V de croire que la fai^ade fut exécutée soit du
S vivant de Robert II, sfiit dans les toutes prc-
1 mières années qui suivirent sa mort.
se pourrait même, à en juger par l'archivolte d'extrémité
îulletin dt la Société d'Archéologie à-^ Bric-Comlc-Roberl, toniï \. p. 185,
142 insToiru: in: i..\ vii.i.R
qui est au-dessus de la porte d'entrOe, que l'architecte de
celte fai^ade fut celui nu unde ceux qui travaillèrent à l'cg-lise
de Braine. On rctniuvc. en eflct. à l'église Saint- Yved une
archivolte semblable, limitée également aux deux départs
par deux petites têtes humaines (!)■ Nous savons que la
fondatrice de l'église Saint- Yved fut Agnès de Beaudimnnl,
mère de Robert II, morte en 1202, X'y a-t-il pas là des indices
Bl:STI^S Pl.ACÊS AUX DEUX COTES IlE LA l'OKTE l) ENTRIil-;
DE LA FAÇADE DE L'ANCIEN HOTEL-DIEU DE WKIE-COMTE-HOBERT
suTlisants pour llxer, à un très petit nombre d'années près.
JE
nt', niiih:-t:o.MTE-nnLit:r<T
1^0
l'érection de la fLii,-ndc; qui nous ficcupc et du hi salli; qui l'ac-
Ciimpagnail >
On conviendra qu'il faut tenir compti,- éLralcmenl de cer-
tains détails curieux de cette fai^ade.
• Cetîc façadi;, dit M. Liion Le Grand, 'ilTre cinq arcades
linement travaillées; entre chacune d'elles se vuît unelîg:ure,
à cheveux lunss, tenant entre ses mains un bâtun et surtant
X i:XTKKMlTi:S ME LA laÇAD!':
)[■: lliME-CnMTM-HMIlIvRT
a mi-corps d'nndulalii^ns qui scmblenl représenler de l'eau
[ Ou des muges. »
t C'est aux deux ciités de ces ouvertures (de la façadel,
■ écrivent Verdier et Cattnis, qu'ont été exécutées sur ies
I-J4 HISTOIRE DE I A VILLE
chapiteaux de séparation quatre tig-urcs qui semblent reposer
sur des nuages assez grossièrement accusées sur les tailloirs.
Deux de ces statuettes occupent les places d'honneur et por-
tent des couronnes ; les deux plus éloignées de l'entrée n'ont
pas ces insignes. Xe seraient-ce pas là des personnages qui
auraient contribué à cette charitable fondation et le comte
Robert, tils de France, qui a laissé son nom à la ville ne pour-
rait-il être dans leur nombre ? L'absence de tout attribut de
sainteté nous donnerait à croire que ces représentations ne
sont que des témoignages de la reconnaissance publique. »
L'abbé Lebeuf estime que « les figures qu'on voit au-
dessus des quatre colonnades du portail semblent faire
allusion à quelque vœu qui aurait été fait dans un naufrage
ou à quelque maladie pour laquelle le bain était salutaire »,
et il ajoute : « A chacun des chapiteaux de trois de ces colon-
nes est sculpté un homme nu qui est dans l'eau jusqu'au
bas-ventre. Dans la quatrième sont tigurés deux jeunes gens
habillés, l'un ayant couronne sur la tète et l'autre irm ».
L'inexactitude de cette description est flagrante, mais elle
laisse subsister l'impression que les bustes paraissent
émerger d'un fluide ou d'un liquide.
C'est ce que M. Blondeau appelle « une décoration en
gravure, simulant une série de lignes ondulées. » Kn etTet,
ces lignes ondulées sont nettement visibles. Pour l'abbé
Lebeuf et ses imitateurs (Michelin et Pascal), ces lignes
représentent de l'eau. M. Le Grand hésite entre l'eau et les
nuages. Verdier et Cattois se prononcent, résolument, pour
cetre dernière interprétation.
On peut se demander, par exemple, comment on a vu dans
ces statuettes des personnages nus. L'hésitation n'est pas
possible en ce qui concerne les deux bustes placés aux
deux extrémités les plus él(^ignées(i). Pour toutes les deux
— pour celle de droite notamment — les draperies sont
parfaitement visibles. L'inspection attentive des deux autres
laisse très bien voir également les vêtements que le statuaire a
(1; V. p. 145.
DE HRIE-COMTE-ROIlliRT 14:^
voulu reproduirc(i). Cette remarque empêche d'admettre que
ces ligures représentent des persDnnajjessnrtant de l'eau. Il
apparaîtra plus rationnel que, par les « lignes ondulées » qui
ks supporlent, on ait voulu représenter des nuages. L'inten-
liun de l'artiste se révèle alors d'elle-même : <■ Ce sont des
personncsdéfuntes admisesaux félicités du cie! n. C'est, tout
au moins, l'interprétation la plusraisi>nnable et la plus claire.
Dès lors, aussi, on peut entrevoir la signification deces
lijjures bizarres et presque inexplicables. Ne serait-ce pas la
ligfuration des premiers seigneurs capétiens. ? Deux de ces
bustes, ceux placés aux extrémités opposées, ne semblent
ni de la même main, ni de la même pierre, ni delà même
éfwiquc que les deux autres. Chez ceux-ci le trait est plus vif
cli'attitude plus raide. Ceux-là scmt plus mollement traités
et beaucoup moins fouilles. Peut-être les deux premiers
appartiennent-ils à un plus ancien édilice. L'idée serait
TÈTES FOU.M.VNT DL;P.\HT 13E L .MiCLilVOLTE D EXTRE.MITL
alnrs venue de les utiliser pour perpétuer le siiuvenir de
Mux dont elles reproduisaient les traits et d'y joindre de
nouveaux personnages en usant du même motif d'arnemen-
taiion.
Il serait intéressant de savoir quels sont ces personnages.
14^ HISTOIRE DE LA VILLE
grenouille OU un crapaud, et, à droite, un lion, comme si
l'intention de l'artiste eût été de rappeler, d'une part, l'eau,
de l'autre, la terre, avec leur faune et leur flore respectives. »
Et, de fait, l'examen des chapiteaux semble corroborer cette
manière de voir. Tandis que les uns, à gauche, reproduisent
des plantes aquatiques, ceux de droite reproduisent des
plantes terrestres.
On aura remarqué, dans certains des plans ou croquis, que
j'ai donnés, de cette façade, l'existence d'un premier étage,
aujourd'hui absent, ainsi qu'en témoigne la photographie
reproduite à la page 8i. M. E. Blondeau me parait dire avec
raison que ce premier étage — tel qu'il est arrivé à notre
connaissance — a dû remplacer une construction primitive
car, à son avis, son architecture est bien postérieure au style
du rez-de-chaussée (i).
Pendant que s'établissait, avec une recherche d'architec-
ture remarquable, cet établissement hospitalier, à Brie, un
autre, d'une fondation peut-être plus ancienne, poursuivait
paisiblement et modestement son existence.il est même bon
de mettre en parallèle ces deux manifestatir>ns de la bienfai-
sance publique: l'Hôtel-Dieu, créé par le seigneur, en vue
évidemment de secourir et d'abriter les pauvres et les mal-
heureux voyageurs, mais avec l'arriêre-pensée de doter son
marché d'une institution qui en accroissait le renom ; la
lépn)serie, organisée par les habitants, pour se défendre
d'une horrible maladie contagieuse, en donnant aux malheu-
reux qui en étaient atteints les s< ans matériels convenables.
Il n'est pas douteux que la léproserie ne lut l'œuvre de la
communauté, c'est-à-dire du peuple.
C^ette réllexioa rappellera, sans nul doute, ce que j'ai déjà
(\ I Ce qui fst singulier, cest que les dessins qui nous ont été conservés de ce premier
étage ne sont pas d'accord entre eux. Fichot. dans se$ Monuments de S(ine-et-{Marnc lui donne
trois fenêtres. fV. fljr. p. 128.) Verdier et Cattois. dans Yc'./lrchitfctiire civile et domestique, Tont
dessine avec quatre fenêtres. « Nous l'avons rétabli, disent-ils. d'après un dessin fait avec
exactitude avant la démolition de cette partie ». J'ajoute que le croquis grwsier du iS' siècle,
que j'ai reproduit comme venant des archives de l'Hôtel-Dieu (carton de Bernardin 1. indique
quatre ouvertures au premier étage exactement placées comme l'indiquent Verdier et Cattois.
Dt: lîRIK-COMTE-ROUEKT l^Çf
dit de la ville-jommunc, c'est-àdire de Tcxistence adminis-
Iriitive d'une communauté, avant même le XIH* siècle. La
DE L 1I0TEI--I)1EL-
'OifTE D ENTHl-
:(l)
^iJ i te ne pnurra que furtifitîr enci>re cette impression, qui
ï'-'i 1 lit, bien nette ;! mon avis, des textes étudiés.
*' A une époque que nous ne saurions préciser, écrit M.
*-*i« m Le Grand en pariant de la léproserie de lirie-Comte-
'^*>bert (-2). mais qui certainement est antérieure au XI1I°
^'<icle, les habitants de Bric avaient fait construire, en dehors
. pagï 81.
i:^<> HÎSTOIRE DE LA VILLE
du bourg, une maison destinée à recueillir les lépreux du
pays pour préserv^er de leur contact les personnes saines (i)...
Il est presque toujours impossible, dit le même auteur
ailleurs, de fixer la date de fondation des léproseries. On a
beau recourir aux plus anciens textes parvenus jusqu'à
nous, on ne peut généralement que reculer plus ou moins
Tépoque à laquelle leur existence est constatée, sans arriver
à déterminer leur origine. »
Il en est ainsi pour la léproserie de Brie-Comte-Robert. Le
plus ancien document qui en fasse mention est de 1201 ; elle
existait donc déjà probablement bien avant cette époque.
Ce document publié par Guérard (2), est une ordonnance
prise de concert par Pierre, archevêque de Sens, et
Eudes, évêque de Paris, concernant les léproseries des
chàtellenies de Corbeil et de Melun. Après avoir flétri
les actes dissolus des lépreux et les désordres dont ils
donnent le spectacle, les deux prélats signalent les dangers
que font courir aux habitants les libres sorties que les
lépreux se permettaient hors des léproseries. Ils prennent
dès lors la résolution, d'après les ordres de la reine Adèle (3),
de répartir tous les lépreux des deux chàtellenies (4) dans les
maladreries de Corbeil et de Melun, aflectant les hommes à
celle de Melun les femmes à celle de Corbeil.
(0 M. Le Grand cite à ce propos le texte suivant emprunte aux Archives nationales X'*"
41,^236 (54 juillet 1594)-
a Cum habitantes ville de Braya comitis « Les habitants de la ville de Brte-Comte
Roberti et matricularii ecclesie sancti Ste- Robert et les marguilliers de leglise de St-
phani ejusdem ville exponi fecissent quod Etienne nous ont fait exposer que depuis
licet pcr habitantes ville predicte dudum longtemps les habitants de la dite ville ont
domus leprosarie prope et extra dictam villam fondé près de celle-ci, mais en dehors, une
existens pro recipiendis ibidem illis de dicta léproserie pour recevoir ceux de 1& dite ville
villa vel ipsius suburbiis, qui morbo lèpre ou des villes voisines qui sont infectés de la
fcrent infccti, fundata et per ipsos compe- maladie de la lèpre ; que cette maison a été
tentibus edificiis pro dictis infirmis ac ma- faite et construite pour abriter convenable-
gistro et administratore domus predicte ment les malades et le maitre et l'adminis-
separatis ab invicem, sub uno tamen circuitu trateur de l'établissement de façon qu'ils
seu pourprisio, facta et constructa fueri, sic soient complètement séparés, bien que
quod non sani a sanis et eorum societate renfermés dans la même enceinte ou pour-
omnino commorari potcrant... » pris, et qu'ainsi les malades demeurent tout
à fait en dehors des personnes saines... d
(2) Guérard. cartul. de N.-D., L 87.
(3) Adèle de Champagne, mère de Philippe-Auguste, morte en juin 1206.
'4' Les maladrrric*; de la chàtellenie de Corbeil étaient : la maison de Gnsy, 'a maison de
Montirason.la maison de la Q.ueuo, et la maison de Brie.
nE BRIE-COMTE- ROBERT
« Le service divin devait cependant continuer à être célé-
bré dans les chapelles de ces dilTérentes maladreries, et les
revenus ne devaient pas être confondus, afin que chaque
maison pût reprendre son individualité, si on venait à
renoncer à cette concentration.
Combien de temps cette mesure
fut-elle appliquée ? Il est impossi-
ble de le dire, mais elle dut être
assez viteabandonnée comme nous
le verrons par la suite. 11 était in-
dispensable néanmoins de consta-
ter l'existence de cet établissement
hospitalier d'une façon indiscuta-
ble,tout au moins dès la première
année du XIII' siècle.
En I2t8, le jourdeslnnocents —
ainsi que l'indique sa tombe —
Robert II mourut. !1 fut enterré
dans l'église de St-Yved. « Robert,
en son vivant, fît faire sa tombe de
cuivre, moyennement élevée, en
laquelle il est en pourtraicture,
tenant â la main droite une fleur
de lys démontrant d'où il était
descendu (i) ».
Le manuscrit auquel j'emprunte
ces lignes donne comme il suit la
traduction de son épitaphe :
• Cygist, aux pieds de madame
sa mère, haut et puissant sei-
gneur, Robert, comte de Brayne,
issu du noble sang royal qui, de son temps, fut doulx et
SCfit dt
) Bibliolhèqu
e Sain
e-Gen
e réduite
i. à Bnin
, (La XtU ft
ieJde
ipnft
Robe
I?*J HlSTOIRt: DH LA VILLK
humain et des loix C)bservatcur, lequel trépassa le jour des
Innocents de l'an de grâce mil deux cents XVIII. » A part les
formules laudatives interpolées, la traduction est à peu près
exacte (i). Klle rend hommage à des qualités que les actes
de Robert, en ce qui touche Brie, paraissent justifier. La part
qu'il a prise à la fondation de notre Hôtel-Dieu, la charte dont
j'ai donné plus haut le texte et dont il est l'auteur, montrent
bien que ce seigneur féodal était accessible à certaines idées
de justice pour ceux qui, suivant les idées du temps, étaient
ses serfs et ses sujets. Il était, à cet égard, manifestement
imbu des idées capétiennes, déjà en honneur sous Louis-lc-
Gros,et, continuées sous Louis VII et Philippe-Auguste. 11 est
impossible de ne pas se souvenir, en écrivant l'histoire de
Brie, que ce prince concéda, en quelque sorte, aux habitants
de ce pays une certaine liberté en donnant à leur parole, à
leur serment, la valeur d'un acte intangible, (tétait créer,
d'un mot, des hommes dignes de ce nom, là où il n'y avait
auparavant que de malheureux esclaves. Si faible que soit
cette lueur d'émancipation, comment ne pas s'émouvoir de
ce premier pas fait par les ancêtres vers la conquête de leur
propre dignité et de leur indépendance.
Il faut associer à Robert II, sa femme Yolande de Coucy
qui prit part à l'o-uvre de son mari, puisque nous l'avons
vue contresigner la charte de 1208. Du reste, veuve, elle
conserva jusqu'à sa mort la seigneurie de Brie. C'est ce qui
résulte d'une charte, signée de Robert (Robert III) et de ses
frères Pierre... et Jean (2).
Yolande de (>oucy mourut le 22 mars 1222, et, suivant la
coutume adoptée par la famille, se Ht enterrer à Saint-Yved
a c<")tédeson mari. Il paraît que sa tombe était en cuivre doré
-i: F.n voici le texte tel quil se déroule autour de la tombe : <* Stirpe satus '^irçu7i plus
cuk'dui Li:u'n Hramt 'l{ob.'TUi- siorna hic rtijmsicil opcrtwi et y.uv/ a^nctui situi ad v.'itigdi matm. »»
12' V (OlbiTt.vol. r)2 ('artulaire de Champagne, p. H^.. — <* Reverendse domina? comitess;r
t-ecensiN palatiii;e Kobertus primogenitus ('omilis Robrrli Domini Drocarum et Braia: ot
fratres e|us. Petru<<. . et joannes, salutem. Ei dilectione novcritis quod nos et Yolenla
comiteNï,a kari>î.iina mater nostra ita coniposuimus super dote ejus quod de assensu et
volontate nostra qui aUjuxit in integro tcnebit t.-rram Braiic... sicut eam tenuit bona memoria
Agnes comitessa temporibus suis... »
UF. ItRm-COMTK-ROUERT | 5?
cr-t enrichie de pkisiciirs ornements qui tc-ntcrcnl la cupidité
dtjs soldats cspa^^nols en lOro, Il est certain qu'elle a disparu.
Du mariage de Robert
II et de Yolande de Coll-
ey, sa dernière femme,
il était né quatre lils et
cinq lilles. Avant de
parler des successeurs
de Hubert II, il importe
derappellerque l'un de
scsfrèrcs,(îuillaume (i).
porta pendant quelque
temps le titre de sei-
gneur de lirie. Il est
ainsi qualilié en iiHi)
dans une charte repro-
duite au cartulaire de
St-Maur, et contenant
permission donnée à
Adam de llritii (-j) de
vendre à l'abbaye de
Saint-.Maur (.^) des près
situés à Ozouer-la-I'"er-
sa tombe dans l'église
rière. L'abbé Lcba-uf cn.it avoir v
de Saint-Ktienne de lîrie.
■ J"^ n'y
vu, dit-il, que deux tombes anciennes qui
■ment le marchepied de l'autel du Sauveur, au fond de
!c Kcand dans si notice sur FciulK'>-AUilly fort liirn fait rcs'umr
4: Sc»u ojivi] de 8» milliin.. ii-pdidu à une charte de 1207 :a
La comlc&sr deboul. vur de lier, en robe et mintrau ; let deui
t S:iilI.L' Y... COMITISSE IX)MINK [)RO(:aR bT bKANt.
Le cor-t-csieiu dt la cor.-.tcjr.c c'.aiî le i;i,';-.:c qut celui it ?.<>'.
ir>4 MistoiRÈ t)E La ville
Taile méridionale. Leurs inscriptions difficiles à lire sont en
gothique du XII? siècle. Sur Tune est représenté un militaire
dont les armes sont placées à côté de la tête. Ce sont trois
billettes. Peut-être est-ce ce Guillaume de Braye, chevalier,
qui vivait en 1248. »
Le passage de Guillaume de Dreux à la seigneurie de Brie
ne semble pas avoir laissé d'autres souvenirs. Il est vrai que
c'est à peine si l'auteur de l'histoire du diocèse de Paris fait
mention de Robert III, fils et successeur de Robert II.
Michelin n'en souffle mot et Pascal se
borne à cette courte mention : « Robert
III, mort en I233. » Ce seigneur a cepen-
dant quelque droit de figurer dans
l'histoire locale et il est, au moins
curieux,qu'il ait été méconnu à ce point.
Poursuivant l'œuvre de son père, il
apportait aux habitants de Brie une
ROBERT m DE DREUX ^ ^
seigneur de Brie (1) modificatîon profonde dans leur situa-
tion. Rouillard (2) dans ses Reliefs foreuses, nous apprend
qu'en i23o, au mois de janvier, Robert III, signait une charte
d'affranchissement dont, malheureusement, le texte complet
n'est pas venu jusqu'à nous. Telle quelle, Rouillard nous en
donne un aperçu, dans le langage emphatique du temps :
(1) Cette tête est la reproduction réduite de celle gravée sur la tombe, en pierre, en l'église
Saint-Yved de Braine, où Robert 111 est représenté en grandeur naturelle. (L'image de ce
seigneur est encadré par le motif dont j'ai donné la moitié page 141).
(4) Sébastien Rouillard est l'auteur d'une histoire de Melun. II était avocat, et il nous a
laissé quelques uns de ses plaidoyers en un volume intitulé Reliefs forenses. Cet ouvrage, qui est
divisé en deux parties, contient dans la première (p. 257) une plaidoirie prononcée par lui.
d«vant la Chambre civile du Châtelet de Paris, pour les habitants de Brie, défendeurs, contre
Balthazard Gobelin, seigneur engagiste du lieu. Ce dernier réclamait l'exécution de la charte
de 1208, en ce qui touche les corvées.
Au moment où j'écrivais ceci, M. G. Leroy, le distingué continuateur de Rouillard, en ce
qui touche l'histoire de Melun, publiait dans le bulletin de la Société d'Archéologie de Brie-Comte-
Robert (tome 1, p. 210), une note sur ce procès, sous ce titre : Un procès au sujet des anciennes
corvées de Brie -Comte-Robert. 11 y citait naturellement l'œuvre de Rouillard avec cette indication
bibliographique : « in 12* de 1800 pages paru à Paris, en 1607, chez Thomas de la Ruelle, au
Palais, devant la porte de la Sainte-Chapelle. * j'y ajouterai que l'édition que j'ai pu consulter
à notre Bibliothèque nationale porte la date de 1610, ce qui justifie tout le bien que pense
M. Leroy de son compatriote, puisque les Reliefs forenses semblent avoir eu plusieurs éditions.
M. Leroy, d'ailleurs, dans la note qu'il consacre à ce procès et à la plaidoirie de Rouillard,
fait délicatement ressortir les erreurs historiques considérables qui avaient cours à l'époque,
notamment cette fantastique transmission de la seigneurie de Brie, de Robert, premier fils du
roi Louis-le-Gros, à son fils, Pierre, qui épousa l'héritière de Bretagne (?)
t)E BRIE-COMTE-ROBERT I ^?>
« Robert, comte de Braye. du consentement de ses sieur pore et
mère, par Tavis aussi de son frère, et du conseil des gens de bien,
(i)et par une postérieure cogitation, à qui le commun proverbe
attribue un surcroit de sagesse, auroit converti toutes les corveez par
iuy acquises sur les dictz hontes et justiciables, en la dite estimation
à prix d'argent, de six sols huict deniers, afin d'abolir tous les
vestiges de ces corveez ou servitudes personnelles, demourez des
restes du paganisme, au préjudice de la liberté de la France et du
chistianisme établi en icelle. »
Je ne m'arrêterai pas aux commentaires de Rouillard qui
P<'>urraient appeler Tinterruption bien connue : « Avocat,
passez au déluge », je m'arrête seulement au minuscule
Pussage, contenu dans cette longue et broussailleuse plaidoi-
^ic, concernant directement Brie. C'est un court, trop court,
extrait de la charte concédée par Robert III. Voici les termes
^^ préambule de ce document :
« Nous avons quitté, à jamais, nos hostes de Braye, qui
^e sont pas nos serfs, pour toutes choses et maletoltes,
^omme tailles, corveez, reliefs, révocations, aides pour
rtiarier filles, pour faire nouveaux gens d'armes et pour
P^rison, moyennant sept sols païables mc)itié à laSaint-Remy
^t moitié à Noël. »
Ces sept sols devaient être payés a par chaque feu de
maison. »
Rouillard ajoute : « Le dit seigneur quittait les habitants
des droits de gros et huitième de vin (2) et même le ban de
la forêt qui était une redevance qu'ils lui payaient pour droit
de chauffage (3).
Robert III n'avait cependant pas abandonné tous ses droits,
car en l'article de la charte de i23o, nous dit Rouillard, il
était expressément spécifié : « Nous n'avons point quitté les
corveez de charruages qui nous sont dues trois fois Tan. »(4)
Ces corvées sont nettement spécifiées dans la charte de
I; Rouillard, en écrivant ce passage ajoute en parenthèse : a car ce sont les mots du
tiltrc ».Ces premières lignes sont donc le texte officiel de la charte de 1230.
(2. On percevait, sous le nom de groi. un sou par livre — et dans l'espèce il s'y ajoutait
un huitième — sur le commerce des boissons.
(5;. V. la charte de 1208. ci-dessus.
(4) Mars, mai et juillet.
I?0 HISTOIRE DE LA VILLE
1208 : « Quiconque possède une bête traînant la charrue doit
au seig-ncur de Brie trois corvées, d'un seul jour chacune,
par an et à chaque saison ». Rouillard nous dit qu'originai-
rement cette corvée était un labour de cinquante-deux ar-
pents qui fut converti postérieurement en une redevance de
six sols huit deniers pour chaque charrue, au choix du cun-
tribuable.
Tout le procès, intenté par Gobelin aux habitants roulait
sur cette conversion en argent d'une corvée due en nature.
Il nous a valu quelques indications, étrangères à la contes-
tation, sur la charte de r23(), ne nous en plaignons pas.
iMème avec la restriction de l'article 3, les concessions
faites par Robert III étaient appréciables. Elles se résument,
d'ailleurs, dans cette lin de titre que nous rapporte Rouil-
lard :
« Sera tenue la postérité, c'est-à-dire tous ceux qui nous
succéderont, garder cet ordre successivement, de jurer par
le seigneur de Braye, quel qu'il sera, de ne demander ny
don, nv service, nv aide aucune auxdits hostes. »
Si cette charte, mal connue, de 123; > constitue un allèire-
ment des charges qui pesaient sur les habitants, elle ne nous
en otïre pas moins le spectacle pénible de serfs, appartenant
au seigneur, à côté d'hommes libres
Je n'ai rien retrouvé sur les alïranchissements des serfs de
Brie. Il n'est cependant pas permis de douter que les
seigneurs — à en juger par leurs dispositions manifestement
humanitaires — les accordèrent de bonne heure. Peut-être
est-ce à eux que les habitants de Moissy-l'Flvèque obtinrent
la charte, datée du mois de juin 1258, que Guérard a repro-
duite dans son édition du Carlulaù'c de \\i)trc-Damc de 'Paris.
M. Cl. Leroy, qui a commenté ce document (i), montre bien
l'esprit de résistance qui animait l'I^glise contre cette trans-
formation sociale.
« Les rois, dit-il, qui comprennent la nécessité de s'asso-
cier la bourgeoisie et le peuple favorisent ce mouvement et
(l) G. Leroy, /.;: condition civile en Tir'V au Xllh siècle (NouveW.st' df Se:n:-ct-Marne, juillet iSo")
DE BRIK-COMTE-ROBERT 1:^7
donnent cux-mcmes Texcmple des alTranchissemcnts dans
leur domaine. Ils se réservaient des droits sans importance,
honorifiques le plus souvent. L'Eg-lise, moins libérale,
semblait se dessaisir à regret, voulait bien imiter leur
exemple, mais non leur muniticence. A Moissy, en échange
de son abandon de servage, le seigneur évéque retient les
tailles jurées, nonobstant prescription de temps ou privilège
de quiconque, les cens^ rentes, corvées, dimes, redevances et
toutes autres coutumes et droits précédemment dus. »
Comparez ces réserves de la charte ecclésiastique de 1258
à Moissy avec l'abandon de la charte seigneuriale de r23oà
Bric. Sans doute, les concessions fiscales faites par Robert
III ne s'appliquaient qu'aux hôtes et non aux serfs, mais dès
que ceux-ci étaient par la main du seigneur mis hors de
leur condition servile, ils jouissaient évidemment des mêmes
franchises que les habitants libres, et c'est précisément là
qucgit la différence de traitement entre les sujets de l'Kglise
et ceux du seigneur. I^^ncore doit-on bien se persuader que
î^i l'évêque de Paris, <c supplié à cet elïet », ainsi que le
rapporte M. G. Leroy, affranchit du joug de la servitude et
main morte un certain nombre d'habitants de son tief de
Moissy, c'est qu'il y fut forcé. Le « supplié à cet elTet » n'est
Ji^ins la pièce officielle que pour masquer une concession
iirrachée peut-être par une émeute ou quelque autre reven-
dication menaçante. Comment ne pas comprendre que les
î^erfs de Moissy, mis en contact avec la population relevant
Ju seigneur de Brie, n'aient pas senti se révolter leur dignité
d'homme et s'éveiller leurs aspirations vers un état moins
dépendant. Ce m'est quelque lierté d'écrire ces lignes, non
Piis qu'elles soient une louange des seigneurs de Brie —
hélas! ce qu'ils accordaient était si minime, si restreint, si
éloifrné encore de la liberté conquise plus tard — mais elles
niettent en relief cette pensée que de ce centre rayonnèrent
dans les campagnes environnantes les premières et vacillan-
tes lueurs de la rénovation sociale.
On conviendra peut-être qu'il était bon de rendre à Robert
irS HISTOIRE DE LA VILLE
III, si parfaitement oublie et méc< »nnu par les historiens qi
ont parlé de Brie, la justice qui lui était due. Le manuscr
de Sainte-(jeneviéve, auquel j'ai déjà fait souvent allusi<»r
ru »us représente ce prince comme <* preux, hardi et de irrand
science. Il étoit un des grands conseillers du roy Saint L< »ui;
et il étoit bien aymé de ce roy ». Il mourut jeune à pein
âgé de 48 ans et cependant, il eut une vie bien remplie. Oé
chevalier à Compiêgne par Philippe-Auguste le 17 mai I2<i
(jr>ur de la Pentecôte), il assista quatre ans après a Tasserr
blée tenue à Soissons pour résoudre la guerre contre le
Anglais (8 avril I2i3). Dès l'ouverture des hr)stilités, i) ail
se jeter dans la ville de Nantes pour la défendre contre le n
Jean d'Angleterre. 11 l'obligea à lever le siège, mais il fut pri
dans une embuscade et emniené prisonnier en Angleterre
Robert III ne put ainsi assister à la célèbre bataille d
Houvines, alors que son père (Robert II), son oncle (Philippe
comte et évèque de Beau vais), son beau-père (Thomas d
SaintA'aléry) (1), combattaient à l'aile gauche. (_)n a dit, no
sans raison, que « la bataille de Bouvines est le premit
événement national de notre histoire, le prélude de cett
unité morale et matérielle que les rois du XIII' siècle étaier
appelés à réaliser » (2). Il ne me déplait pas de constater qu
Brie y était représenté par ses seigneurs et probablemer
aussi par d'obscurs mais vaillants soldats nés sur le S(
et enfants de la vieille cité briarde.
A l'aile gauche de la « bataille française » quecommar
daient Robert 11, de Dreux, et son frère Philippe, étaier
opposés Renaud de Boulogne et Guillaume de Salisbur\
Détail à noter : « Philippe, évèque de Beauvais, se tint d't
bord tranquille, pour nepas violer la prescription canoniqu
qui lui défendait de verser du sang. Puis, lorsqu'il vo
Salisbury enfoncer, avec ces mercenaires, les milices d
(n Robert III s'était marié vers 1210, ou peut-être en 1211. avec Œnor ou Eléonor
Saint-Valéry, fille unit|ue et héritière de Thomas, seigneur de Saint-Valérv. Gamaches, Ai
et d'Adèle de Ponthieu. En 1237. — Robert III mourut en 1235 — >a veuve se remarii av
Henri I, seigneur de Sully ; elle vivait encore en I2S() et mourut peu après le 15 novembre <
cette même année, selon le martvroloi^e de Saint-Victor, de Paris.
(2, A. Luchaire, Histoire de France publiée par M. Lavisse, III p. 194.
DE BRIE-COMTE-ROBERT IX)
Ponthieu et menacer le pont de Bouvines, il lance ses soldats
etb'avance, son énorme masse d'armes à la main, au devant
de la cavalerie anglaise, il atteint Salisbury, et, d'un seul
coup sur le heaume, le fait tomber à demi assommé (i) ».
Philippe venait, du même coup, de rendre la liberté à son
neveu. En eOet, l'année suivante, la paix était signée, entre
l'Angleterre et la France, à Chinon, le i8 septembre 1214.
Robert III, de Dreux, fut mis en liberté en échange du comte
de Salisbury qui avait survécu à sa blessure.
La charte concédée par Robert III a d'autant plus de valeur
pour Brie que ce prince dut fort peu séjourner dans cette
ville. Ses extraordinaires chevauchées l'entrainaient cons-
tamment en dehors. Après Bouvines, à peine de retour en
France, il repasse le détroit à la suite de Louis, ills de Phi-
lippe Auguste, qui allait se faire couronner, à Londres, roi
d Angleterre. Puis il revient, prend, avec ce prince, Avignon,
I ''iccompagne dans son expédition contre les Anglais et les
Albigeois, et meurt enfin en i233 (2).
La fin de la vie de Robert III fut étrangement mêlée à celle
de son frère, Pierre (3). Ce dernier fait dans l'histoire, à vrai
dire, une autre figure que ceux de sa famille. Il est appelé
^^ucltfrc ou mauvais clerc, à cause de son caractère indomp-
table, dit-on, mais cette explication ne suffirait pas si nous
^'; A. Luchairc, Histoire de France publiée par M. Lavissc, IIÎ p. 197.
^2; J'ai déjà dit qu'il fut enterré sous une tombe en pierre dans l'église Saint-Yved. de
"•"aine. Son épitaphe mérite d'être rapportée : « Hic jacet illustris ex regum semine natus, T)roca'
^ui Branaqiu cornes Robertus humatus. Hic in amicitia Theseus fuit : altar in armis Ajax ; consiUo pollens
f'j^i alitr misses », ce que le rédacteur du manuscrit de Sainte-Geneviève traduit à peu près
"ttéralenient cette fois : « Cy gist illustre et puissant seign eur, extrait de noble sang royal,
Robert, comte de Dreux et Brayne. Ce fut en amitié Theseus tout revenu, en 'aits d'armes
"n second Ajax, dans les conseils un autre Ulysse. » On ne sait, guère, pourquoi Guillaume
'e Breton, dans sa Philippide (livre 9) a surnommé Robert 111 GâtebU ou Gâtebled. De son ma-
•""ge avec AHénor de Saint-Valéry, Robert eut trois garçons, qui ne touchent en rien à
'nistoirede Brie et une fille, Yolande, dont le 2" fils. Jean, se maria avec Agnès de Bourgo-
gne, dame de Bourbon ; cette dernière mariée plus tard avec Robert de France, comte de
^'trmont en Beauvaisis, fut la souche de la maison royale de Bourbon.
V; Comme je l'ai indiqué plus haut (p. \^y,, Robert II avait eu d'Yolande de Coucy cinq
Suçons et sept filles. Les premiers dans l'ordre de naissance furent Robert III ; Pierre fdon^
'• va être question) ; Henry qui devint archevêque de Reims ; Jean (dont le nom a été cité
dans une charte ci-dessus, p. 150». qui mourut sans e nfant en Orient et dont la veuve fut
Pfcmière abbesse du Lys, près Melun ; Geoffroy. Parmi les filles, il faut citer Alix qui. par ^on
2* mariage avec Raynard 111, seigneur de Choiseul, a donné naissance à cette illustre famille*
I^X) HISTOIRE DE LA VILLE
ne savions que Pierre cultiva les lettres. Il est l'auteur de
plusieurs pièces de poésie « très estimées et très connues,
dit Rioux (i), des personnes qui s'occupent de la littérature
du moyen âge ». M. L. Paris enapublié quelques-unes dans
son choix de fabliaux. Je lui emprunte les deux strophes
suivantes qui mettront en évidence les qualités littéraires de
ce seigneur de Brie :
liante chanson de haute estoire Jî\,
"De haut renom, de haute au ton té.
Du haut Sei faneur Je qui fattnt merci.
Du haut Se{<yneur dont sont tuil mi f^ensè
Haute chose est de fcre ton dite ;
lîn vainc i^toire ni f>ens, mes en lui
Tôt proprement et en sa grant honlj.
''Dame don ciel, qui portastes Jhcsu^
'I\ir qui le mont Ju tôt rnluminê^
Leritage quAden avoit perdi»
Par son péchiê^ /'ut par l'ous recouvré :
De/ fendez-moi que ne soie vaincu
^7\ir l'anemi qu'est fol et desvà.
Pierre Mauclerc ne nous est pas représenté seulement
comme doué de qualités littéraires, mais comme animé de
passions fougueuses. Kn 1200, étudiant à Paris, il se montre
turbulent, tapageur, mêlé à toutes les émeutes dont l'his-
toire a gardé le souvenir. Son portrait ne nous est seulement
pas arrivé perpétué par la gravure funéraire. ( )n nous le
d(mne comme « étant d'une taille élancée, ayant une cheve-
lure blonde et llottante, une physionomie d'une douceur
extrême et d'une grande noblesse, le nez droit cl lin, de^^
yeux vifs et ouverts, la bouche parfaitement dessinée, ayant
les coins un peu relevés expriment la fierté ou l'audace dan^
l'ovale un peu allongé de sa ligure ».
i< C'était le grand homme de la famille, dit par ailleur.^
M. Ch.-V. Langlois (2). Veut d'Alix Çh. Théritière de hi
Bretagne française et du comté de Richmond en Angleterre,
Cl : CYonographie de Saint-Yvcd 'op. cit.)
2,. histoire de France, publiée par M. I. avisée (t. III. 2' partie, p. 4\
( V Pierre de Dreux, dit Mauclerc, s'était marié en i2n avec Alix, comtesse do Bretagne
fille ainee et héritière de Guy de Thouars. comte dj Bretagn.*, a cause de (instance s;
femme ; elle mourut en 1221.
t)E BRIE-COMTE-ROBERT l6l
il a\^it, depuis 1221 , la garde de ces deux fiefs au nom de son
fils mineur, Jean le Roux ; il était hautain, hargneux et
tenace ; il avait passé son temps, jusque-là, à guerroyer
contre le clergé et la noblesse sauvage de Bretagne, et contre
ses voisins de Poitou et d'Anjou ; on disait qu'il avait fait
murer des fugitifs dans des lieux d'asile consacrés, et enter-
rer vif un prêtre. Son ambition passait pour être sans
'imites : le bruit courait que Robert, fondateur de la maison
^e Dreux, avait été le premier-né de Louis-le-Gros et que sa
race était justement écartée du trône (i). »
Avec Philippe-Auguste, Pierre Mauclerc s était tenu à peu
près tranquille (2). « Philippe-Auguste, écrit M. Luchaire,
'^'^Vant pu amener directement la péninsule, avait donné aux
^ï^etons, depuis 1212, un capétien de la maison de Dreux,
Pierre, qu'il saura tenir dans sa main ». Mais après la dispa-
'"^tion de ce roi, le turbulent ambitieux, dont le portrait nous
^^t dressé, ne contient plus la fougue de son caractère.
C>ès 1225, Pierre Mauclerc s'allie avec le roi d'Angleterre
^1) On retrouve ainsi sous la plume de M. Langlois, le distingué chargé de cours à l'Uni-
^rs£té de Paris, la trace de la formelle assertion que j'»i relevée dans le manuscrit de la
*"liothcque Sainte-Geneviève, où se trouve l'histoire des princes de la maison de Dreux
^«r plus haut p. 69 et 86.
. i"^) ♦ Pierre de Dreux, comte de Bretagne, mérita son surnom de Mauclerc (mauvais clerc) :
^ passa sa vie à combattre l'Eglise plus puissante, il est vrai, en Bretagne, que partout
^'-ïleurs. Dans ce pays, le clergé paroissial percevait, outre la dîme, les redevances abusives
^^ tierçage (impôt portant sur le tiers des successions mobilières) et du past nuptial (droit sur
*'^s mariages). Les évéques jouissaient des droits régaliens et prétendaient ne pas reconnaître
•^suzeraineté du comte. Aussi, dès 1217, Pierre de Dreux fait une guerre très vive à l'évé^ue
^e Nantes. Il laisse ses agents piller et brûler les maisons épiscopales, s'emparer des terres et
^es revenus, emprisonner, maltraiter et même torturer des clercs. L'evéque et son chapitre,
obligés de quitter la Bretagne, cherchent asile dans les diocèses voisins.
« Plusieurs fois excommunié' par sa victime, Pierre de Dreux brave même le Pape. Honorius
III. en 1218, lui reproche tous ses méfaits et l'engage à s'abstenir de ses œuvres de mort ijui en-
traîneront, s'il ne se repend pas, sa damnation éternelle ; sa résistance à l'excommunication, qu'il y
prenne garde, l'expose au soupçon d'hérésie. En tout cas, s'il persiste dans son attitude, c'est
l'autorité apostolique elle-même qui le frappera, et qui en viendra, s'il le faut, à délier ses
sujets et ses vassaux du serment de fidélité : « Ouvre les yeux, lui dit le Pape en terminant,
et prends garde de mettre les pieds dans un filet tellement dangereux que tu ne pourras plus
t'^n retirer. ^ L'excommunication et l'interdit ne furent levés qu'après la pleine soumission
du comte, le 28 janvier 1220. Les conditions qu'on lui imposa étaient sévères. Il restituait tout
ce q\i'il avait pris, désavouait et promettait de punir lui-même ses agents, indemnisait tous
les sujets épiscopaux qui avaient souffert des violences de la guerre, renonçait à recevoir
leurs hommages, enfin s'engageait à replacer l'evéque de Nantes et son église dans la même
situation qu'ils se trouvaient avant l'ouverture des hostilités. >» (Histoire de Frunee publiée par
M. Lavisse, tome III, p. 116, ^17)- Je n'ajouterai qu'un seul mot. Philippe-Auguste n'intervint-
îl pas pour calmer Pierre Mauclerc et lui imposer sa soumission ?
Il
l62 HISTOIRE DE LA VILLE .
Henri III, fils de Jean-sans-Terre, contre lequel avait com-
battu Robert III, son frère. Pourprix de cette alHance, Pierre
recevait une partie du comté de Richmond et la promesse de
faire de sa fille, Yolande, la reine d'Angleterre.
C'était là une première tentative contre Tautorité royale
qui n'avait plus comme représentant que Louis VIII. Encore
ce prince était-il susceptible de mettre Pierre de Dreux à la
raison ; mais il régna si peu ! Sa mort subite, qui autorisa
tous les soupçons, laissa le royaume aux mains d'un enfant
de douze ans. Toute l'ambition de Pierre fut éveillée. Il fut,
dès Ife sacre du jeune roi (2g novembre 1226), Tâme d'une
coalition dirigée contre lui. La régente, Blanche de Castille,
accompagnée du légat, de Robert de Dreux, seigneur de
Brie, marcha contre lui, à la tête d'une armée.
Le 16 mars 1227, Pierre Mauclerc fit sa soumission. L'in-
tervention de son frère, devenu maintenant un de ses adver-
saires, n'était pas étrangère à cette trêve, qui fut, du reste,
de courte durée.
En 1228, nouvelle coalition des seigneurs, à l'instigation
de Pierre de Dreux qui vit un de ses châteaux, le château-
fort de Bellème, au Perche, emporté d'assaut par l'armée
royale commandée par la reine et le jeune roi, accompagnés
de Robert III, de Dreux ; coalition suivie encore, du reste,
d'une prompte soumission.
'Ces guerres civiles^ suscitées par une noblesse impatiente
de secouer l'autorité royale que l'on croyait faible parce
qu'elle était aux mains d'une femme et d'un enfant, eurent
leur retentissement jusqu'au portes de Brie, sinon à Brie
nicme.
Dans une notice qu'il a publiée sur le château de la Barre
et Férolles (i), M. G. Drouin cite un passage emprunté â un
cahier manuscrit appartenant au dossier de l'abbaye d'Hiver-
naux (2), déposé aux Archives Nationales : « Thibaut comte
(1) bulletin d: la Société d'ArchJologi: d: Brie-Comt:-Rob:rt [tome II. p. ^2.)
(2) L'abbaye d'Hivernaux, fondée dans les premières années du XIII» siècle se dressait sur
le territoire de Férolles. au bord du Réveillon, à environ 5 kilomètres de Brie -Comte-Robert.
Il ne rcite plus aujourd'hui de cette abbaye que quelques bâtiments à usage de ferme.
DE BRIE-œMTE-ROBERT l63
e Champagne, écrit le rédacteur de ce cahier, s'étant révoltjé
ontre la reine régente, Blanche de Castille, et se trouvant
Sioutenu de Pierre de Dreux, comte de Champagne^ et de
Hugues deLusignan, comte de la Marche, leva le masque.
Il^a régente Talla attaquer dans ses propres états et la Brie
oîevint le théâtre de la guerre. Le peu qu'elle dura ne laissa
jpas que de causer quelques incommodités à Tabbaye d'Hiver-
naux. Elle eut besoin de secours... »
Comme il arrive dans ces échauffourées et ces luttes entre
crourtisans ou barons ambitieux, les alliés de la veille devien-
nent aisément les ennemis du lendemain, au gré de la
passion, de la faveur royale, ou des caprices.
En 122g, Thiljaut de Champagne, devenu Tallié de la
régente, voyait se diriger contre lui la coalition de tous ses
anciens complices. Pierre Mauclerc, à. la tête de ces
derniers, prétendait épouser Alix de Chypre, cousine de
Thibaut, qui se disait héritière de Champagne. Dans sa rage
ambitieuse, il alla faire hommage au roi d'Angleterre de ses
domaines et de ceux qu'il visait, faisant notifier à Louis
IX qu'il ne se considérait plus comme son vassal. Cette levée
de boucliers finit par une trêve (Juillet I23i). Mauclerc s'en-
gagea à ne pas paraître en France pendant trois années. (En
France, veut dire, ici, sur le territoire soumis directement à
l'autorité royale).
Par un revirement inexpliqué, Mauclerc se rapprocha de
Thibaut de Champagne, son adversaire de la veille, au point
que ce dernier fut près d'épouser sa fille. « La journée fut
prise, lit-on dans Joinville, que le comte de Champagne dût
épouser la demoiselle en une abbaye de Prémontré, près de
Château-Thierri, que l'on appelle Valsecret. » Le roi empê-
cha cette union qui pouvait créer à la Couronne les plus
graves périls par la réunion dans une même main de la
Bretagne, de la Champagne et des comtés de Dreux et de
Braine. Joinville nous dit que Louis IX envoya Geoflroi de
la Chapelle à Thibaut de Champagne et lui fit tenir ce lan-
gage comminatoire : « Le roi vous mande de n'en rien faire,
164 HISTOIRE DE LA VILLE
(du mariage projeté) si vous ne voulez pas perdre tout ce que
vous avez au royaume de France, car vous savez que le
comte de Bretagne lui a fait pis que nul homme qui vive. »
Par une singulière bizarrerie des choses, Mauclerc conti-
nua la lutte contre le pouvoir royal jusqu'au moment où
mourut son frère. Définitivement vaincu, en novembre 1284,
il s'abandonna « haut çt bas » à la volonté de la reine et du
roi de France. Saura-t-on jamais les causes qui jetèrent ainsi
les deux frères dans les camps adverses "? Y eut-il réellement
quelque corrélation entre la soumission totale de Mauclerc
et la mort de son frère; ou bien Pierre s'assagit-il subitement
grâce à son deuxième mariage célèbre vers la fin de cette,
même année 1234 (i)? Comme à l'époque de la Fronde, avec
laquelle la révolte des féodaux du XlIP siècle "offre beaucoup
d'analogie, — la remarque n'est pas de mon fait — les
causes les plus futiles provoquèrent chez ces seigneurs
ambitieux les déterminations les plus inattendues. Quoi
qu'il en fût de Pierre de Dreux, ce prince, qui n'avait pas
craint d'aller jusqu'à appeler l'Anglais sur le sol national
pour servir ses visées et ses rancunes, se montra ensuite,
jusqu'à salin, un soldat dévoué de la Couronne de France. Sa
mort, à coup sûr, efi'aça en grande partie les trahisons de
sajeunesse contre son pays. J'en emprunterai le récit à Join-
ville, le chroniqueur par excellence de cette époque.
t( 11 (les Sarrazins) nous firent lever de là où nous estions et nous
misrent en prison à la sente de la galie ; et cuiddrent moult de nostre
gent que il l'eussent fait, pour ce que il ne nous voudroient pas
assaillir touz ensemble, mes pour nous tuer lun après 1 autre Céans
fumes à tel mcschicf le soir que nous" gisions si a estroit que mes
picz cstoicnl endroit le bon conte Perron de Bretuingne. etles siens
estoicnt endroit le mien visage... Le samedi devant l'Ascension^
lequel samedi est le lendemain que nous fumes deslivres, vindrent
prendre congiô du roi le conte de F'Jandres et le conte de Soissons...
En leurs galies montèrent et s'en vindrent en FVance et en amenèrent
(1) Pierre épousa Marguerite, dame de Montagu et de la Garmache en Poitou, veuve, après
1226, de Hugues II, comte de Thouars et fille de Brient, seigneur de Montagu et de la
Garmache.
; iMi:
VILl.fC
i(ô
avec eulz le bon conte Hei
PIERRE DE DHEUX. DIT MAUCIE
Comte dt Bretagne, Seigneur de Bli
{J-dprii la figuri grcWi lur la loi-ii)
de .Bretaingne, qui estoit si ma-
lade (r).que il ne vesqui plus
que trois semaines et mourut sur
mer, ■ (2}
Pierre Mauclerc n'a pas laissé '
à Brie le mcrnc souvenir que
son père ou son frère. Ce batail-
leur et cet ambitieux avait pro-
bablement d'autres soucis que
de légifOrcr. Tout ce que l'on
peut dire de son passage à la
seigneurie de Brie, c'est qu'il
. se trouva en lutte, au moins pour
.une fois, avec le Chapitre de
Paris. On sait combien Mau_
clerc faisait bon marché des
agents de l'Eglise et même de
de ses dignitaires.; ses repré-
sentants devaientnaturellement
imiter et, comme il arrive par-
fois chez les subordonnés, exa-
gérer l'attitude .du maître pour
faire preuve de zèle.
Ce fut vraisemblablement la
cause de la contestation qui
s'éleva en \-2M) entre les deux
pouvoirs qui se' partageaient le
terr itoire de Brie. Nous la con- •
naissons par une lettre adressée
ir du saint voyage de Jêniulem, paya le deu de
it)b kistoiRÊ DÉ LA Ville
par Guillaume, évêque de Paris, (i) aux curés de Brie et de
Cossigny. Elle nous apprend que le bailli de Pierre de Braine,
comte de Bretagne (c'était le titre de Pierre Mauclerc) avait
violé l'accord de 1208 en arrêtant un homme sur le territoire
de l'Eglise et en le retenant indûment dans la prison du sei-
gneur (2). L'évêque ordonne aux deux curés d'excommunier
le bailli dans le cas où il ne relâcherait pas aussitôt son prison-
nier « sur la terre où il a été appréhendé » ou si le bailli ne
venait pas exposer devant le procureur du Chapitre les justes
motifs qui avaient provoqué l'arrestation.
Si l'excommunication ne s'adressait pas à Pierre Mauclerc
lui-même, elle devait frapper son représentant et Guillaume
de Paris le dit nettement. «Vous excommunierez ce chevalier,
en sa'qualité de bailli du comte précité et vous publierez en
même temps le nom (et la qualité) de l'excommunié. C'était
dire que Simon de Cossigny, le bailli en question, n'était ici
aux yeuxdel'évêque Guillaume que le comte Pierre lui-même.
nature, dont le corps gyst ici. Dieu tout puissant qui se réjouit par la victoire de sa passion
et la conversion du pescheur le veuille mettre en gloire perdurable. y>
L'emphase du tradncteur n'a guère respecté du texte que le portrait rapide que ce monument
de la piété filiale nous a laissé de Mauclerc. Il suffirait à lui seul pour nous prouver que ce
prince capétien occupa parmi ses contemporains une place considérable.
(i)Ce Guillaume, dit de Paris, appelé aussi Guillanme d Auvergne, était né à Aurîllac, vers
1180. Il ^devint, en 1228, évéque de Paris et mourut en 1249. Il devait peu estimer Pierre
Mauclerc, non seulement à cause de ses exactions envers lEglise, mais parce, qu'il fut appelé
à surveiller ses agissements en Bretagne. Guillaume présida même l'assemblée d'Ancenis
(1250) ou Pierre Mauclerc fut déclaré déchu.
(2) Cette lettre a été reprodute dans le Cartulaire de N.-D. de Paris par Guérard, tome II,
p. 262. En voici le texte :
«( Guillelmus, permissione divina, ecclesie Parisiensis ministerindignus, dileëtis in Christo,
de Braya et de Coscigniaro presbiteris, salutem in Domino. Cum ad instanciam venerabilium
virorum diccani et capituli Béate Marie Parisiensis, moneri fecerimus Symonem de Cosci-
gniaro, militem, ballivum nobilis viri Pétri de Brena, comitis Britannie, ut quendam homi-
nem nuper captum in terra Béate Marie Parisiensis, sita apud Brayam, inqua siquidem terra
ecclesie Parisiensis habere dicitur omnem justiciam, quem etiam hominem prefatus Symon.
tanquam fcaliivus dicti nobilis, detinere dicitur incarceratum apud Brayam. in prisione dicti
nobilis, libcraret et restitueret in eadem terra a qua extractus fuerat, ut dicitur, minus
juste ; cum etiam homo cruccsignatus sit, ut dicitur ; alioquin idem miles excommunicaretur,
ni>i justam causam allegaverit ; ad quam probandam si pretenderet, mandavimus diem sibi
assignaricoram nobisaddiem mercurii post cathedram sancti Pétri ; necidem ballivuseundem
hominem Irberavit, ut dicitur, nec die predicta coram nobis comparuit, nec pro se misit,
predictam causam, ,si allegasset, ostensurus, scilicet probalurus, coraiu nobis, procuratore
prefati capituli contra eum coram nobis expectante, vobis mandamus, in virtute obedi.encie,
d istricte precipientts, qu«tinus predictum militem, tanquam ballivum predicti comitis
excommunicatis et excommunicatum publiée denuncietis, nisi incontinenti predictum homi-
nem restituerit in predicta terra ; et quid inde feceritis. quilibet vestrum nos certificat per
rp'»ers'onem sigilli sui. Datum anno Dommi millesimo ce xxx-octavo, die mercurii predicta.»
bE imife-COMTE-ROBKRT 1(37
Simon de Cossigny (i),nous devons retenir ce nom comme
crelui d'un des premiers magistrats connus de Brie, ce magis-
tirat était un soldat, miles, un chevalier, ce qui s'explique ai-
sément par le tempérament guerrier de son maitre. Ce nous
ost en même temps une occasion de montrer que si l'Eglise,
comme nous l'avons dit, inclinait peu à libérer ses serfs,
elle savait, du moins, les défendre contre les abus d'au-
torité des seigneurs, si puissants et si violents qu'ils fussent.
L'arme dont elle se servait nous paraît, à l'heure présente,
émoussée, mais, à l'époque, elle était terrible. 11 est pénible
de constater que c'était le subordonné qui, cette fois encore,
devait être frappé de la sorte, alors que c'était le maitre, le
seigneur, qui était visé, mais que, trop haut placé, on n'osait
atteindre.
Si j'ai, avec quelques détails, parlé des premiers seigneurs
capétiens qui eurent notre ville dans leurs fiefs, c'est que ce
sont des personnages historiques ayant, dans leur siècle,
occupé une place presque prépondérante. Ce furent, certaine-
ment, des hommes remarquables que leur intelligence, leur
profonde connaissance des hommes et des choses mirent
hors de pair au moins autant que leur situation toute particu-
lière comme membres de la famille royale.
Après eux, la seigneurie de Brie tomba presque en que-
nouille. Pierre Mauclerc, en mariant son fils, Jean I, avec
Blanche de Champagne, fille de Thibaut -— celui-là même
avec lequel et contre lequel il guerroya durant la minorité de
Louis IX — put croire un instant que sa maison pourrait
contrebalancer la maison royale et peut-être la supplanter.
Réunir sur la même tête la Bretagne, la Champagne, la Brie
champenoise, la Brie française et une partie de l'Ile-de-France
était un coup hardiet gros de conséquences pour la monarchie
française. Il n'en fut rien cependant et Jean-le-Roux - c'était
le surnom donné au fils de Mauclerc —se montra beaucoup
(I) a Ce Simon de Cossigny, nous dit M. Th. Lhuillitr (Almanach de Seine-et-Marne, 1885,
p. 96), chevalier, bailli du comte de Bretagne, avait dans son Hef la voirie de Sucy, tenue de
lui par Milon de Servon et Pétronille sa lemmeii». Il appartenait sans doute à cette famille
dont l'un des membres. Ansel ou Anseau, figure au nombre des chevaliers de la chatellenie
de Corbeil, dont j'ai donné la liste.
i()8 Histoire de la Ville
plus paisible que ne Tavait été son père. Sa vie, pas plus que
celle de sa femme, n'appartiennent à Brie (i), sinon qu'ils
laissèrent, entre autres enfants, une fille Alix de Breta-
gne, dame de Pontarcy et de Brie-Comte-Robert née le
6 juin 1243.
Alix épousa, par contrat de 1254, c'est-à-dire à l'âge de
on^e ans, Jean de Châtillon, premier comte de Blois, qui
mourut en 1279.
Durant la vie de ce seigneur se passa un incident rap-
porté par les Olim (2). Cet incident a pour Brie son impor-
tance. Il établit nettement qu'à cette date (i26o]f. Brie n'était
pas encore une châtellenie, bien qu'elle eut eu, depuis cent
ans, des seigneurs de sang royal. Ceci est clairement dit dans
l'enquête menée par Etienne Tasté-Saveur, bailli de Sens,
pour savoir comment le comte de Blois doit en user à l'égard
d'un voleur et d'un meurtrier arrêtés en dehors des portes de
la ville de Brie, sur ses fiefs, sur les chemins qui dépendent
de ses fiefs et dans la partie de ses domaines qui dépend de
la châtellenie de Corbeil.
« Le comte de Blois, soutenait le prévôt de Corbeil dans
cette enquête où il parlait pour le Roi, n'a droit à aucune
justice en dehors des portes de Brie ni en dehors de son
domaine et, ajoutait-il, il est de notoriété publiJjue dans la
châtellenie de Corbeil que la ville de Brie ne possède pas de
châtellenie ; bien plus, qu'elle appartient à la châtellenie de
Corbeil. « Pour conclure le dit prévôt affirmait que la « saisine
de la justice appartenait au comte de Blois en dehors des
chemins, extra cheminos, mais que sur les chemins la ques-
tion restait pendante entre les deux parties. >
C'était, â proprement parler, enlever au seigneur de Brie
tout droit de châtelain. Ce droit ne consistait pas seulement,
en efiet, à posséder un château ou une maison revêtue de
(I) Jean suivit Louis IX à Tunis et mourut le 8 octobre 1286. Il fut enterre dans Tabbaye
de Notre-Dame-des-Pricres. qu'il avait fait bâtir. Blanche, sa femme, qui accompagna son
mari en Afrique, mourut à Hédé le mercredi II août 1285 et fut enterrée dans l'abbaye de la
)oie-Notre-Dame, près Mennecy, qu'elle avait fondée.
12} Olin ou Rcgiitn da arrêts du. PcrltTicnt de I2f4à 1^18, publié par Beugnot (1840*1848, J
vol. in-4")- — Enquêtes (I, vu, 107) ; Arrêts {\, v, 595).
bP. BRir:-(:oMTE-RonKRT i6ç)
tours et enclose de fossés, il donnait également la Justice sur
l<is chemins de la châtellenie. « Celui qui a droit de châtelle-
nie, porte la coutume d'Anjou, est fondé d'avoir châtel grands
chemins péageaux, la connaissance des délits faits en iceuxche-
fnins. acquits, blanchiers, travers, prévôté, etc , etc. » Tout
cela' le bailli de Sens le concédait bien au comte de Blois sur
son domaine, et dans Brie, mais pas au dehors. Passé les
portes de Brie, le seigneur de cette ville perdait tous ces
droits.
L'arrêt du conseil royal qui suivit cette enquête n'érigeait
pas encore Brie en châtellenie ; il reconnaissait toutefois au
czomte de Blois — en ce qui touche la terre de Brie, que ad
^psum pertinet racione comitisse uxoris sue, qui lui appartient
^n raison de la comtesse son épouse — le droit de justice sur
ses arrière fiefs tout autant que sur ses fiefs. L'arrêt ne parle
pas des chemins, mais, la question semble vidée d'elle-même.
Le seigneur de Brie avait pleine justice sur les chemins qui
traversaient ses arriêre-fiefs comme il Tavait sur ceux de son
fief personnel, de son domaine. « Determinatum fuit, per
totum consilium, quod sicut habuerat justiciam feodorum
suorum,ita debebat habere justiciam retrofeodorum suorum
ibidem. . »
C'était un acheminement à la reconnaissance des préroga-
tives du châtelain. Ce point litigieux nous fixe sur la situation
de Brie, à cette époque. Elle n'avait pas encore conquis son
indépendance judiciaire et administrative. 11 est vrai qu'elle
appartenait à la châtellenie royale de Corbeil, et que, même
en faveur des princes de sang royal, le Roi devait tenir peu à
se dessaisir d'une portion de son autorité.
Cet incident administratif peut être invoqué comme une
nouvelle preuve que Brie — comme je l'ai dit — fut, au dou-
ziènie siècle, détachée du comté de Corbeil lorsque Louis-le-
Gros s'en empara, et remise, sous certaines conditions, à son
fils. Mais il semblerait indiquer aussi, précisément à voir la
résistance opposée à sa reconnaissance comme châtellenie, la
grosse importance que les représentants du Roi attachaient à
iia
HistoiRE DE i.A Ville
conserver ce territoire dans leur ressort. Ne doit-on pas voir
là le signe de la prospérité du lieu et du développement
économique qu'il avait pris soit au point de vue agricole, soit
au point de vue des transactions commerciales >
Le comte de Blois, dont il vient d'être ici question, mourut
en 1279 ; sa femme, Alix, après la mort de son mari, lit le
voyage de Terre Sainte et mourut à son retour, le 2 août
1288. Tous deux furent enterrés dans Tabbaye de la Guiche
qu'ils avaient fondée prés de Blois.
Mais, déjà en I2()3, la terre de Brie
avait changé de seigneur. Jeanne,
lUIe de Jean de Châtillon, comte
de Blois et d'Alix de Bretagne
s'était.ù cette date, mariée avec
Pierre, cinquième fils de Saint-
Louis, qui ajouta ainsi à son titre
dccomted'Alençon, celui de comte
de Blois et de seigneur de Brie. En
cette dernière qualité, il amortit
{1282) une dime donnée au monas-
tère de Saint - Pierre -des-Fossés
par Marescallus, chevalier de Cen-
Dim>d<ar:, teny (1). Enfin, en 1290, Pierrg
(de gr.ndfur) d'Alençon étant mort en I283, sa
veuve, Jeanne, amortit en faveur du trésorier et des frères de
l'ordre du Temple, à Paris, moyennant la somme de mille
livres parisis, les liefs et arrière-liefs situés à Senteny qui
relevaient de la seigneurie de Brie (2).
L'union de Pierre d'Alençon et de Jeanne de Châtillon
étant restée stérile, à la mort de cette dernière, la seigneurie
de Brie revint à sa nièce, Blanche de Bretagne. Cette dernière
qui, par son père Jean II, marié à Béatrix d'Angleterre, était
<i| C(Ht dlmf-uncdimcdc vin i Scnttny - aVïit été donnée au momslèr» de Siint-
bË nRlE-COMTE-ROBÈRt Iji
petite-fille de Jean-le-Roux et par suite arrière-petite-fille de
Pierre Mauclerc, se maria avec Philippe d'Artois, fils aîné de
Robert II, comte d'Artois, neveu par son père, Robert I, de
saint Louis. Avec elle s'ouvre pour Brie le XIV" siôcle qui va
suivre.
Il est temps de jeter un coup d'œil sur le territoire dont je
viens d'énumérer les seigneurs. Comme nous l'avons vu, à
côté d'eux, existait à Brie une autorité fonciêreau moins aussi
considérable que la leur et avec laquelle il leur fallait compter.
C'était TEglise de Paris dont la charte de 1208 nous a révélé
toute la puissance et l'incontestable prééminence.
Mais, à coup sûr, le terroirde Brie n'était pas uniquement
la propriété de TEglise et du seigneur capétien. La preuve
nous en est restée dans un certain nombre de ventes, donations
ou échanges sur lesquels il importe de s'arrêter. Le peu
qui nous reste de ces transactions témoigne de leur activité
et nous donne déjà un aperçu suftîsant de la vie sociale de
Brie au XIIl* siècle. Je ne surprendrai personne en disant
que les documents parvenus jusqu'à nous et certainement
très i'ncompletsconcernentsurtoutdestransactionsfaites dans
un but religieux ou charitable. Il est évident que les contrats
entre particuliers ont disparu ; seuls, ou à peu près, possé-
dons-nous ceux qui intéressaient soient l'Eglise, soit les
institutions publiques, telles, par exemple, que les hôpitaux
En d'autres endroits, on peut y ajouter les actes passés avec
les seigneurs et probablement il en existe encore. Malheu-
reusement les documents de cette nature sont devenus la
propriété de la famille d'Orléans qui les conserve avec un soin
jaloux dans ses archives (i) et n'a guère le souci de les com-
muniquer aux chercheurs (2).
(\) Transportées de la rue de Varennes à Paris à Oreux.
(2) Voici la communication que j'ai reçue des Archives de la famille d'Orléans sous le n"
*... J'ai le regret de vous dire que les autorisations de visiter les archives déposées à Dreux
dans une vastegalcrie très jroide (ces deux mots sont soulignés dans le texte) ne sont pas ac-
cordées en hiver, sauf les cas spéciaux ou d'urgence, vu l'impossibilité d'y faire du feu.
« Même dans la belle saison, vous auriez à vous pourvoir d'une autorisation que l'adminis-
tration de la rue de Varenne peut ieuU accorder, >i elle n'y voit aucun inconvénient. »
Je recevais, d'autre part, par une voie officieuse un renseignement de même nature, mais
i'j'l Histoire de la vili>;
Si privilégiée que fût, Bric, TEglise de Paris, elle n'en
cherchait pas moins à accroître son domaine. A cet égard la
cartulaire de Notre-Dame-de-Paris, dont nous devons Ici
précieuse publication à Guérard, nous donne des renseigne-
ments fort nets.
Un des premiers actes que Ton y rencontre concernant
Brie touche cette famille de Bri ou de Brie dont j'ai déjà parlé
à plusieurs reprises dans les chapitres précédents. Il est daté
de juin 1204 et a été passé devant Odon, évêque de Paris.
Fîcrcandiis de Bris, miles, y ratifie le don que sa grand'mère
maternelle, Richolde, avait fait à TEglise de Paris de trois
arpents de près situés auprès de Brie.
En r2CX), un certain Milo Parisiensis (Milon le Parisien)
miles, abandonne à son lils Barthélémy le fief qu'il tenait,
auprès de Brie, d'Odon, archidiacre de Paris, et Barthélémy
vend ce lief à l'église de Paris pour le prix.de vingt et une
livres. Cet Odon (i) devait être un des gros propriétaires
fonciers du territoire, car deux ans après la vente précitée,
Emeline, veuve d'Herbert de Belse, avec le consentement de
ses enfants, vend à l'Eglise de Paris, pour cent. quarante
livres, tout ce qu'elle possédait auprès de Brie, dans, le fief
d'Odon, l'archidiacre.
En 1258 (décembre) Nicolas le Charron (2) et sa fe.mme
Epiphanie vendent au chapitre de Paris, pour soixante livres
parisis, une maison, à Brie, située proche le four. Il faut
entendre ici le four banal du Chapitre, dont j'ai déjà parlé et
qui donna son nom à un fief voisin.
il était ajouté a que les autorisations ne sont données que très rarement et pour les motifs les
plus graves. »
Je publie ces pièces documentaires sans acrimonie, mais uniquement pour appeler sur cet
état de choses l'attention du monde lettré. Je comprends que des archives privées demeurent
impénétrables aux indiscrets, l.a famille d'Orléans a l'incommensurable honneur d'être histo-
rique et conséqucmmcntune partie, au moins, de ses dossiers devrait ctre facilement accesssible
aux écrivains.
(1) Ne serait-ce pas le même que celui dont il est parlé plus haut et qui fut évéque de
Paris. Dans ce cas, Brie aurait donné à Paris un de ses évéques.
(2) Nom donné probablement à raison de la profession, car à cette époque le changement du
nom patronymique était fréquent. On y substituait Vagnomen résultant le plus souvent, d'inc
particularité de l'individu. Ainsi Bovart ou Bouard dont il est question quelques lignes plus
bas est peut-ctie un surnom. Le Bouart était un gros marteau employé autrefois dans lafabri'
cation des monnaies.
DE tîRIE-COMTIi-ROnERT IjS
Lorsque ce n'était pas une vente ou une donation, le
Chapitre prenait ses précautions contre les difficultés possi-
bles. De cet ordre est une charte du 2 février 1212, signée
de Gilles de Versailles, de Thibaud le Maigre, de Godefroy
de la Chapelle, baillis du Roi, dans laquelle Ameline ou
Emeline, veuve de Thibaud Bovàrt, et son fils Jean déclarent
que la maison qu'ils détiennent à Brie en censive de TEglise
de Paris leur vient de cette Eglise et non de quiconque.
Cette reconnaissance était peut-être nécessaire pour soutenir
un procès, mais' voici une charte plus curieuse encore, car •
elle indique, vaguement il est vrai, mais suffisamment
l'esprit de résistance à cette extension de la main-morte.
C'est un document qui nous intéresse, bien qu'il vise le
territoire d'Egrenay et des environs, dans la paroisse de
Combs-la-Ville. 11 met, en effet, en scène un clerc du nom de
Jeande Villemencux que nous verrons, ailleurs, qualilié de
chantre de l'église de Melun, et son neveu, Simon. Exacte
nous dit '^que ces deux personnages sont les premiers sei- .
gneursdù fief ; il en nomme également deux autres, Pierre
d'Egrenay et Thomas de Vignely (>), tous deux hommes
d'armes, mais qui sont déclarés être l'un second seigneur,
l'autre troisième. 11 parait que la vente consentie par Simon
d'Aulheuil (r) et sa femme, Agnès, de la dîme en blé et en vin
Qu'ils avaient le droit de percevoir à Egrenay n'avait pas
'assentiment de Thomas de Vignely. Les précautions sont
prises, en elTet, pour le cas où ce troisième seigneur cher-
^'îierait noise au chapitre et à son doyen. Les donateurs, les
^*^%neur^, premiers et seconds, s'engagent formellement à
l^'s garantir, à les défendre au cas où le fait se produirait et
l^ur promesse solennelle est ratifiée par des témoins dont le
nombre et la qualité paraissent devoir lui donner plus de
force.,Çe sont d'abord deux hommes d'armes : Adam Bolié
^'t Guillaume de la Grange ; un personnage qui n'est pas
qualilié, mais qui devait être un homme important ou tout
t ■ : .. •
'') Authcuil est un hnmcau de l.i comr.iunc de Prc>les .'arronJ. de Mclun, cant. de Tour-
nau). •
174 HISTOIRE DE LA VILLE
au moins jouissant d'une haute réputation, on rappelle maî-
tre Jean de Teralle (i) ; puis viennent un neveu du donateur,
Jean de Cossigny (2), Drogon et Symon d'Autheuil, frères du
donateur (3).
Ces deux derniers nous intéressent tout particulièrement ;
cai' l'acte les qualifie « burgenses de Braya et manentes in
eadem villa; bourgeois de Brie demeurant dans cette ville. >
L'apparition de bourgeois de Brie n'est pas un fait isolé.
Antérieurement à l'acte précédent, qui est daté de mars I235,
en 1224, nous trouvons également deux bourgeois de Bric,
Pierre et Thibault, ainsi nommés dans un acte qui concerne
l'abbaye de Saint-Victor; il s'agit du don d'une vigne.
« Petrus et Theobaldus, burgenses de Braia et uxores eis,
scilicet Avelina et Margarita, sorores, Adan presbiteri ferunt
donationem vinee quam idem Adam presbyter, ferit ecclesie
Sancti Victoris parisiensis (4) ».
Dans un autre acte, contemporain des deux premiers
(mars I235), ce ne sont plus des bourgeois isolés, dont il est
question, c'est du corps des bourgeois « in nostra presencia
constituti burgenses de Braya, et precipue procuratores ecclesie
Braiensis » et particulièrement les procureurs de l'église de
Brie.
J'aurai à reparler de cet acte, mais je le retiens ici parce
que je le considère, à l'égal des deux précédents, comme
une preuve nouvelle de ce que j'avançais au sujet de la ville-
commune à propos de la charte de 1208. Il est la démonstra-
tion indéniable que le droit de bourgeoisie était acquis à un
certain nombre d'habitants de Brie et cela, dès les premières
années du xiir siècle tout au moins (5).
(i) N'y a-t-il pas là une inversion et ne faudrait-il pas lire ; Maitrcjean de Retalle ; Retal
est un hameau de la commune de Liverdy.
(2) Cossigny était une paroisse voisine d'Autheuil. II est orthographie dans l'acte : Coissi
gniaco, ce qui à prendre cette dénomination comme origine étymologique nous écarterait
singulièrement du Gallo Ranain Cosinius, imaginé par l'abbé Lebeuf.
(^) Il n'était pas rare que le même prénom fût donné à deux frères.
(4) A, N. — (S. 2142.)
(5) On peut dire que l'avènement de la bourgeoisie date de l'apparition des communes. Les
bourgeois n'étaient pas la totalité des habitants d'une ville mais ceux qui étaient suscepti-
bles de l'adminisitrcr. Brie fut-elle commune libre ou compiune franche ? Il est plus probable
DE BRIE-COMTE-ROBERT I7D
Un des bienfaiteurs du Chapitre de Paris — qui le fut
également de l'abbaye d'Yerres et de celle d'Yvcrneaux —
Raoul de Chevry, devenu évêque d'Evreux, lui donna toute
la dime quMl avait acquise soit dans la paroisse de Brie, soit
dans les territoires et lieux circumvoisins, tant en terres,
qu'en vignes el autres propriétés. Cette donation fut l'objet
de deux contrats, l'un du 2 avril 1240, l'autre de juin 1263.
Dans le premier, l'évaluation du don est fixée à environ cinq
muids et deux septiers,tant en blé qu'en avoine; il est vrai
qu'il fallait en distraire deux septiers et un muid, ce dernier
devant être servi, notamment, à l'abbaye d'Yerres. Le second
acte se borne à dire que le don est fait en échange du service
anniversaire pour lui et ses parents et à la célébration de la
fête de Sainte-Marie-Egyptienne, instituée par le donateur.
Mais la valeur de ce don nous est en quelque sorte connue
puisque un acte antérieur (octobre 1257) établit que Raoul
de Chevry a acheté à Henri de Aubert Villers (1) sa dîme de
Brie pour deux cents livres parisis, dont quatre-vingt à
donner à l'abbaye d'Yerres.
Ces documents m'ont amené à faire une constatation.
Certes, il n'est personne qui doute que Brie fût une paroisse
et possédât son église ; mais la trace de son existence ne
remontait guère, document en mains, qu'à I2-|8. L'abbé
Lebeuf a brièvement rapporté le fait. « L'église d'un tel lieu
que Brie, dit-il, qui appartient à des princes de sang royal
fut dotée dans les temps qu'on la bâtit. Dès l'an 1248, elle
<îuclle crait commune libre, c'est-à-dire lice au seigneur par une ou plusieurs chartes dont
«■elle de 1250, qui a été rappoitée plus haut, peut nous oflTiir le type. Il est cependant
douteux que le priviic^e de la commune s'étenc'.it aux habitants vivai.t sur la terre de
i"E§lise.
") Cette famille des Hauberviliiers (il existe encore sur le territoire de la commune de
'^^'■olles-Attilly deux fermes, le grand et le petit Bcrvillers. qui occupent l'emplacement de
'ancien fief) paraît s'être livrée à des opérations de vente et d'achat de terres ou de droits
lerritoriaux. M. G. Drouin dans son étude sur Férolles-Attilly {'Bulletin de la Société Archlolo-
g'^u: de Bn:-Comt:-Robsrt) nous la montre vendant ou cédant à l'abbaye de Saint-Pierre-les-
'"O'^sès des héritages dans ou auprès de Férolles, pendant que, d'autre part, un de ses mem-
"''^S| Henri, le mime que dessus, acheté de Simon dit Baraz, écuyer, et de sa femme Margue-
rite tous leurs droits à la dîme de Brie (124S). En 1257, H^nri de Haubervillers revend ces
Q'oits à Raoul di Cli.'vry, en moine de Paris, depuis évêque élu d'Evreux, qui donna, dès
^^h tout ce qu'il avait de la dime de Brie à l'Eglise de Paris.
176 HISTOIRE 1)1-: LA VJLLE
avait été en état de prêter à Raoul dWttilly, homme d'armes,
une somme de (3') livres pour laquelle il engagea envers
cette église 2 muids de blé dont fut caution Guillaume de
Brave, chevalier. » A part une légère erreur sur le nom du
garant qui est Jean de Brave et non Guillaume, et celui du
principal intéressé qui est Henri, ce que dit Tabbé Lebeuf
est exact. Mais ce qui a passé inaperçu à Tauteur de Y Histoire ,
du diocèse de Paris, c'est l'existence, dès cette époque, de ;
deux curés à Brie, bien qu'il ne soit question que d'une église .
paroissiale. Cette singularité a bien été mise en lumière par
l'abbé Lebeuf, mais au XIV' siècle seulement,à propos dw
testament de la reine Jeanne d'Evreux en iSyi). . .
Il est hors de doutç que le fait existait au XIIP siècle. ^Le ■
passage de la charte de 1248 relatif à l'engagement d'HeDrï
d*Attilly, au sujet de la paroisse de Brie et de ses curés (dictis .
preshyteris) est significatif. Je conviens toutefois qu'il
appelle peu l'attention, mais il est singulièrement fortifié par
d'autres documenta de la même époque. 11- en est un, en
particulier, qui est, sur ce point d'une nette té. parfaite: c'est
une vente faite, le i" mai i235, à l'HOtel-Dieu de. Paris.- II
semble bien, à le lire, que cet acte est le.complément de.ceiui
que je signalais plus haut, dans lequel apparaissait le corps
des boitrireois de Brie. Aussi bien est-il nécessaire de les
examiner l'un et l'autre car ils fournissent aussi, tous deux,
leur contingent à la topographie locale (i).
Le titre qui porte la date du V mai i235 débute ainsi :
(( Omnibus présentes litteras inspecturis, ofhcialis Johannis ecclesie
Parisiensis archidiaconi eternam in Domino salutem. Notum facimus
quod ma^islcr Pctrus presbiter et Galterus, curati ecclesie de Bria
et Johannes de Capriaco prourator parrochianorum dicte ecclesie,
coram nobis recognoverunt se vendidisse et quitasse pro undecim
libris parisiensium rcctori et fratribus Domus Dei Parisiensis quara-
dam pecie terre arabilis site, ut dicitur, apud Brayam in territorio .
quod dicitur Rivus Berte.... ».
(I, Archives de IHôtcI-Dieu de Pa:is ^11^7-1500; publiées par Léon Btièle et Tmest
Coyeci]ue.
IjS HISTOIRE DE I.A VILLE
« A tous ceux qui verront ces présentes salut éternel, dans 1
Seigneur, de l'official Jean, archidiacre de l'Eglise de Paris. Nou
faisons savoir que maître Pierre, prêtre, et Gautier, curés d
l'Eglise de Brie et Jean de Chevry, procureur des paroissiens de Is
dite Eglise, ont reconnu devant nous avoir vendu, et être payés pai
onze livres parisis, au recteur et aux frères de la Maison de Dieu de
Paris une certaine pièce de terre arable située, comme il est dit,
auprès de Brie, dans le territoire appelé Ru Berte... »
Telle est la traduction littérale. Les deux curés de
l'Eglise de Brie sont indiqués, ici, par leur nom, il n'y a pas
de contestation possible. Il est à remarquer toutefois que
l'un est qualifié : maître et prêtre ; tandis que, seul, le
nom de l'autre ligure sans aucune qualité ou titre ; mais, à
tous les deux est donnée la désignation de curé.
Rapprochons ce document de celui qui le précède, à la date
de mars i235.
Ce dernier est ainsi rédigé dans son préambule :
(( Universis présentes litteras inspecturis, Laurencius, capellanus
de Brava, salutem, in Domino. Noveritis quod in nostra presencia
constituti burgenses de Braya, et precipue procuratores ecclesie
Braiensis,recognoveruntcoram nobis quod gratam etratam habebant
venditionemquam Albericus le Klament fecerat fratribus Domus Dei
Parisiensis de quodam pecia terre site apud Ru Berte... >
« A tous ceux qui verront ces présentes, Laurent, chapelain de
Brie, salut dans le Seigneur. Vous saurez qu'en notre présence
comparurent les bourgeois de Brie, et principalement les procureurs
de l'Eglise de Brie, qui reconnurent devant nous avoir pour agréable
et ratifier la vente que Aubry Le Flament a faite aux frères de la
Maison de Dieu de Paris d'une certaine pièce de lerre, sise auprès de
Ru berte.. . »
Il résulte de ces deux actes qu'il existait à Brie au \\\V
siècle trois autorités ecclésiastiques : deux curés et un
chapelain. C^'est à dessein que j'ai mis en parallèle le pluriel
employé dans le premier document, et le singulier employé
dans le second. (>e dernier exprime fort clairement qu'il y
avait à Brie un seul chapelain et non un autre. A mon sens,
ce chapelain serait celui du seigneur de la ville de Brie, le
DE BRIE-COMTE-ROBERT IJÇ)
chapelain de la chapelle Saint-Jean, que des documents
ultérieurs nous diront être fondée de temps si ancien que les
titres de fondation n'existent plus. Quant aux deux curés,
leur existence dans la paroisse unique de Brie s'explique
plus aisément après ce que nous connaissons de la division
du terroir entre deux seigneurs égaux, ou paraissant tels, en
autorité, et ce que nous venons de voir de la constitution d'un
corps de bourgeois.
Il n'est pas difficile d'imaginer que l'Eglise pour ses liâtes,
pour ses serfs, pour ses sujets en un mot, avait une
chapelle, et, en même temps, que les marchands, la frairie
flui dut, dès l'origine, se constituer autour du marché, en
avaient une autre. Que cette dernière fut devenue Téglise
paroissiale, cela ne peut paraître surprenant. Soutenue,
administrée par des habitants riches, s'entendant en affaires
et étroitement unis dans une pensée de jalouse indépendance,
cette Eglise devait primer l'autre bien plus faite pour les
serfs agricoles du Chapitre de Paris, réduits, par leur état
s^^cial même, à une vie miséreuse et à la pauvreté. Delà la
Pï'êciominence d'une Eglise sur l'autre, qui devait se terminer
P^^ la décadence, l'effacement de cette dernière jusqu'à son
absorption par la paroisse triomphante. Nous verrons alors,
P*^s tard, les deux curés se partageant la nef de l'Eglise prin-
^^Pale, devenue l'unique Eglise du lieu, en dexire et en
^^nestre portion ; nous verrons le temporel de la portion
^^présentant l'antique chapelle réduit à une portion si con-
S'ï^Vie qu'il faut confier au titulaire l'administration de la cure
^^ Grégy ; nous verrons, enfin, cette dernière portion s'éva-
^^uir totalement et les deux cures n'en plus ftiire qu'une
^^ulc.
Mais ce qu'il y a lieu de retenir à l'époque où nous sommes
^e cette histoire, c'est que, dans la paroisse, deux lieux de
tarières existaient ayant chacun leur curé, car il n'est point
encore question ni é^dextre ni de senestre portion, et que,
cJans la tour Saint-Jean, il y avait une chapelle seigneuriale,
desservie par un chapelain. Les faits nous ramènent ainsi
l80 HISTOIRE DE LA VILLE
aux déductions que Ton a pu lire dans le premier chapitre^
leur apportant une démonstration plus solide que le raison
nement.
Il importe maintenant de revenir aux deux actes précité
qui vont nous fournir un éclaircissement sur la topographi
locale.
. Les deux pièces de terre dont il est question sont, nous
est-il dit, situées au rû ou rue Berte. Ces deux pièces n'en
formaient évidemment auparavant qu'une seule. L'acte de
vente du i" mai I235 dit, en effet :
(( Cujus terre medietas ad dictos curatos nomine presbiterii sui et
alla medietas ad fabricam dicte ecclesie (Braiensis) ex testamen:o
Ilerbertis militis spectabat... b
♦ De laquelle terre la moitié appartient aux dits curés à cause de
leur presbytère et l'autre moitié à la fabrique de l'Eglise (de Brie)
par le testament d'Herbert, homme d'armes... »
Dans l'acte de mars rj35, on lit :
«... Quam peciam defunctus, Ilerbertus, chevaliers ad opus
fabrice ecclesie Brayensis misericorditererogavit. . . b
»/... Laquelle pièce défunt Herbert, chevalier, légua pieusement
aux œuvres de la fabrique de l'Egiise de Brie... »
II est évident que la pièce vendue le r' mai I235 est celle
qu'Herbert donna, par testament, aux deux presbytères,
représentés par les deux curés et celle, vendue en mars de
la même année, provient du don testamentaire fait par le
même Herbert à la fabrique. L'une et l'autre devaient être
d'égale valeur puisque le défunt avait partagé sa propriété
par moitié entre les deux ayants droits après sa mort. Je
i*emarquerai que l'une, celle des curés, se vend onze livres
parisis, et que l'autre, celle de la fabrique, est achetée cent
dix sols parisis (r). D'où il faudrait conclure, d'après l'éga-
(l) La quittance de cette somme est du samedi vei'le du Jour des Rameaux, 51 mars I2îs.
Elle fut reçue par Guillaume, dit de Mescrille, et Aubry le Flamand. Tous deux s'engageaient
à restituer la somme si le prêtre et les paroissiens de Bric ne ratifiaient pas la vente avant
l'Ascension. Il semblerait d'anrès ce qui est dit ici que des deux curés de Brie, il n'y avait
quun prêtre ; l'autre ne devait être qu'un administrateur, un chargé de soins, un curatus. C>st
ce que j'ai fait lemarquer plus haut.
bP. nRlE-COMTÈ-ROBÈRt l8l
lité d'étendue et de valeur, que la livre parisis valait, à cette
époque, dix sous parisis.
Il reste encore un point sur lequel j'appellerai l'attention.
Beaucoup se demandent aujourd'hui quelle est l'origine de
l'appellation Rubcrtin donnée à ce coin du territoire briard.
Il semble que les actes ci-dessus en expliquent l'étymologie.
Rue ou Ru Berte, écrivait-on au XIIP siècle, avec cette
observation qu'il faut prononcer Derté. Dans d'autres actes
Ju même temps, nous trouvons le même mot orthographié
« Huberteim, Rubertain » probablement résultat de la pro-
nonciation locale de Berté, en allongeant sur Vé final. Je
^'errais assez bien dans Ru Berté, Ru Herberte, la première
'\^"'Iabe ayant disparu simplement par euphonie. Le chevalier
^'c^rbert dont il vient d'être parlé devait avoir une certaine
"*'»toriété. Sa libéralité envers l'Eglise et les curés justifierait
assez qu'on ait donné son nom au ruisseau qui coule à
travers la dépression de terrain où étaient ses propriétés.
l^ans les documents analysés ci-dessus, une particularité
" ^Ura pas échappé au lecteur. C'est l'intrusion de l'Hôtel-
^ieu de Paris dans les propriétés foncières de Brie. Ce
^*>Uvement est sans doute antérieur au XIIP siècle et
^ explique assez par les possessions du Chapitre de Paris
^^r le territoire briard. Il indique d'autre part quelle devait
^^î'e la richesse du pays, tant au point de vue agricole qu'au
P^'^int de vue commercial, puisque, du dehors, des adminis-
^^utions, généralement jalouses de leurs intérêts, comme le
^ -hapitrc et l'Hôtel Dieu, y venaient apporter leurs capitaux.
L'Hôtel-Dieu de Paris constitua d'ailleurs les éléments d'un
^uubourg qui prit le nom de l'hôpital parisien : Saint
Christophe. II avait là une maison, dite la maison de Saint
<i2lirislophe ; la ferme actuelle qui porte ce nom occupe
probablement l'emplacement de cette maison. Autour de cet
immeuble il y en avait d'autres, appartenant à divers pro-
priétaires ; quelques-uns étaient même mitoyens avec la
maison de l'Hôtel-Dieu. De cela le sentiment se dégagera
aisément en lisant un acte tel, par exemple, que le suivant •
l82 HISTOIRE DE LA VILLÈ
Une difficulté s'était élevée entre le maître et les frères
la maison de Dieu de Paris, située devant l'église majeure, ( ^
et Herbert le Couturier, de Brie « inter magistrum et fratr^
Domus Dei Parisiensis site ante majorem ecclesiam
Herbertum Costurarium, de Braya. d
Idem Ilerbertus dicebat quod gutta cujusdam domus qua
magisteret fraires edificaverant apud Brayam cadebat super quanB-
dam domum dicti Ilerberti contiguam mûris dictorum magistri et
fralrum in ipsius Ilerberti prejudicium et gravamen. ..
if € Ledit Herbert disait que les eaux qui tombaient d'une maison,
que le maître et les frères de TMôtel-Dieu avaient construite auprès
de Brie, tombaient sur une maison appartenant au dit Herbert,
contigtke à la précédente, lui causant préjudice et incommodité ».
L'acte, après avoir exposé les griefs d'Herbert, énonce
l'explication des administrateurs de l'Hôtel -Dieu. Il en résulte
que la maison de l'Hôtel-Dieu était construite avant celle du
préopinant, et que les eaux de cette maison tombaient alors
sur une borne placée contre les murs de l'Hôtel-Dieu. Herbert
a fait bâtir sa maison à la place de cette borne ; c'est à ses
risques et périls. C'est devant l'ofticial de la curie de Paris
que les deux adversaires exposaient leur dire. L'aflaire se
termine par une transaction. Heureux temps où les questions
de mur mitoyen ne soulevaient pas d'âpres colères et de
vindicatives, en même temps que très coûteuses, procédures !
Et l'acte nous donne tout au long cette transaction que je
rapporterai dans toute sa saveur.
« Predictus Ilerbertus vult et concedit quod gutta dicte domus
cadat super domum suam in perpetuum quam habet ibi modo, et
etiam super alias domos, si alias ibi editicaverit, de novo cadat gutta
dicte domus et aliarum domuum, si quas ibi edificare voluerint dicti
fratres... »
« Ledit Herbert veut et accorde que les eaux de la dite maison de
riIôtel-Dieu continuent à tomber i perpétuité sur la demeure qu'il a
en ce lieu ; et même s'il fait élever au môme endroit d'autres maisons,
(I) On sait que l'hôpital Saint Christophe, à Paris, était en face l'église Notre-Dame.
DE BUIE-COMTE-ROBERT l83
il consent à ce que celles-ci reçoivent toutes les eaux qui tomberaient
de toutes les maisons que les frères de 1 IIôtel-Dieu pourraient
s aviser de construire ! . . . »
On n'est pas de meilleure composition, et Ton ne saurait
reprocher à Herbert le Couturier de s'être montré intraitable.
Cepondant THôtel-Dieu veut bien lui faire à son tour une
concession :
« A^lagister et fratres concedunt quod liceat ipsi Herbcrto crescere
domxxm suam quando voluerit edificare juxla murosdomus sueusque
3d V i sm^ ita quod nec lapsis aliquis nec aliquid lignum domus quam
ipse cditicaverit ponatur in domus dictorum (ratrorum, nec ipsa
donrà VIS excédât guttam domus ipsorum fratrorum... »
• Le maître et les frères (de TIIôtel-Dieu) accordent audit Herbert
1 au tiorisalion d accroître sa maison quand il voudra construire contre
les rriurs de sa maison jusqu'à la voie publique, mais de façon que
m >A r^e pierre, ni une pièce de bois, soit engagée dans le mur de 'a
n^a*5^on des dits frères, ni que la maison ainsi construite dépasse la
chiit^ des eaux delà maison des dits frères... »
^-^n appréciera, peut-être, que les concessions obtenues
P^^ Herbert le Couturier étaient de minime importance,
"^^^is il s'en contenta, à ce que nous dit l'acte et peut-être en
cel^X lit-il preuve de sagesse. X'eut-il pas risqué en allant
P^'-^ 5S loin de voir sa maison réduite à la borne, dont les frères
^^ 1 "Hôtel-Dieu signalaient l'existence avant que leur voisin
^'^t songé à édifier son immeuble.
-^\. en juger par les actes qui nous restent, ce coin de Brie
^^"^^ait être particulièrement animé. La maison d'Herbert le
^^^Vjturier n'était pas la seule qui s'élevîit à côté de celle de
l'Hotel-Dieu.
Var son testament de 1271, Marotte de Rrie, dite la
^* >viquesse — c'est-à-dire fille ou femme d'un nommé Bouqué
^^U Bouquet — légua à l'Hôtel-Dieu de Paris une maison et
^n arpent et demi de terre à Brie « tenant d'un côté à la
t^aison et aux terres de f Hôtel-Dieu et d'autre part à la
maison d'Héloïse la Pichonarde(i). 11 semble cependant que
ce legs fut l'objet d'une contestation entre l'Hôtel-Dieu et
[l'j La Pichonarde rappelle le mot languedocien pichoune, pour exprimer la petite filU.
18-1
lilbTulltE DE L.\ VILLE
■tlE imiE-COMTE-ROnEIiT
, jra ni p l p.
l86 HISTOIRE DE LA VILLE
probablement les fils de cette Marotte. Un acte de 1283 nous
apprend, en effet, que « Pierrot et Jean not Bouquet se sont
désistés de leurs prétentions sur une maison appartenant à
THôtel-Dieu, située à Brie, rue Chantepie, joignant d^ine
part à la maison appelée Saint Christophe, qui est à V Hôtel-
Dieu et d'autre part à la Pichonarde, en la censive de Jean
de Laval. »
Ce dernier acte a pour nous son importance puisque non
seulement il prouve, commeceux qui précédent et ceux qui
vont suivre, l'existence d'une agglomération d'habitations
sur ce point mais il contribue à fixer l'emplacement de la
maison de l'Hôtel-Dieu — qui a gardé son nom de Saint-
Christophe jusqu'à aujourd'hui, et nous fournit la dénomina-
tion de la voie le long de laquelle étaient bâtis ces immeubles.
La rue actuelle de Saint-Christophe portait au XIII' siècle le
nom de rue de Chantepie (i). Nous y trouvons, déplus, le
nom d'un autre magistrat de Brie ; la menace d'excommuni-
cation, lancée par l'évêque de Paris et que j'ai rapportée plus
haut, nous avait donné celui de Simon de Cossigny, bailli,
en I23c); l'acte précité dit qu'il fut passé devant Baudouin
de Villiers, garde du baillage de Brie (2).
Citons encore dans l'agglomération de Saint-Christophe,
une autre maison qui fut la propriété de Raoul Cochet et
que sa fille, Erembourg, nous dit un acte de février 1242,
vendit à l'Hôtel-Dieu de Paris pour soixante sous parisis.
Puis, la grange de l'Hôtel-Dieu contre laquelle était bâtie
une masure et ses dépendances qui appartenaient à Raoul
Bienvenu. Son fils, également nommé Raoul et sa femme
Pétronille vendirent le tout, en décembre 1248, à l'Hôtel-
Dieu de Paris pour treize livres parisis. Mais, par le même
(1) Dans le Cartulaire de N.-D. de Paris, il est question d'une famille de Chantepie. En iloj,
on trouve : Maria et Petrus de Chantepie ; en juin 1258 ; Robertus de Chantepie et Hou-
doninus de Chantepie ; Mathilde, veuve de Dyonisius de Chantepie, vend le 29 juillet 1277, à
l'Eglise de Paris, une maison proche Saint-Cloud. Cette dernière circonstance laisse supposer
qu'il ne s'agit pas des Chantepie, de Brie. Le nom de lieu, Chantepie, est du reste assez
commun en France.
(2) Ce Baudouin de Villiers est peut-être le successeur de Simon de Cossigny, car ce der-
nier, vivant encore en 1261, ratifiait le don fait par Marguerite de Brie, sœur de l'Hôtel-Dieu
de Paris, audit Hôtel-Dieu de sept arpents et demi de terre.
DE BRIE-COMTË-ROBÈRt 187
iacte, ils s'engageaient, au cas où quelqu'un viendrait à faire
valoir des droits sur la dite masure et ses dépendances, à
rembourser au maître et aux frères de l'Hôtel-Dieu soixante
sous parisis, c'est-à-dire, au décompte que nous avons eu
l'occasion de faire plus haut, un peu moins de la moitié de
ce qu'ils avaient reçu ! La singularité de cette clause laisserait
supposer que les vendeurs avaient, d'un autre côté, fait
d'abondantes aumônes à la maison hospitalière.
Il serait presque inutile de parler d'une autre maison,
contiguë, elle aussi, à la maison de FHôtel-Dieu pour prouver
l'existence et l'étendue du faubourg de St-Christophe à cette
époque, si l'acte qui en fait mention ne présentait pas une
particularité à noter. L'immeuble dont il s'agit avait été légué
à riIôtel-Dieu par un certain Manessier (i), avec plusieurs
arpents de terre. Un document de février 1287 dit, en elTet,
que Jean de Brie, forgeron, Anseau de la Borde, Raoul
Borobtre et Jean Baillane reconnaissent que Manessier de
Brie a légué à l'Hôtel-Dieu trois arpents de terre labourable,
situés au terroir de Brie, au lieu dit Niverin (il m'a été
impossible d'identifier ce nom de lieu) et la moitié d'une
maison située à Brie, contiguë à la maison appartenant à
THôtel Dieu. Il ne faudrait pas, toutefois, supposer que les
choses se soient passées aussi placidement. Si, en 1287, les
personnages cités semblent d'accord avec l'Hôtel-Dieu, deux
ans auparavant ils semblaient l'être moins. Une contestation
assez bizarre p'éleva entre eux d'une part, le frère Baudouin,
de l'Hôtel-Dieu de Paris, et le curé de Brie, de l'autre (2).
C'est, du moins ce que nous dit une charte du 6 février I235
(I ) Manessier ou Manassé, nom juif assez commun à l'époque.
(2) .... et le curé de 'Brie, de l'autre. Cette expression "n'enlève rien à ce que je disais plus haut
de Texistence avérée de deux curé* à Biie. J'ai déjà fait remarquer qu'on donnait à l'un le
titre de maître et la qualité de presbiter (prêtre), tandis que le nom de l'autre n'était ni précédé,
ni suivi d'aucun titre ou qualité ; tous les deux toutefois étaient avoués comme curati, curés,
Ue l'église de Brie. Cette désignation devait s'entendre, Je l'ai dit, dans le sens d'administra-
teur. Il n'y avait qu'une paroisse et conséquemment un seul curé, prêtre, ayant le spirituel et
le temporel de la paroisse. L'autre, curatus, n'avait que le temporel d'une partie de la
paroisse. Plus tard, et peut-être dès cette époque, ce dernier fura fus fut un ecclésiastique, un
clerc, comme on disaft alors, ce qui a établi 'a confusion dans laquelle est tombée l'abbé
Lebejf qui voyait lorsqu'il n'y eut plus qu'un seul curé, au commencement du XVI« siècle, la
fusian de deux paroisses en une seule.
iSH HIStOIRi: DE LA VlLLÈ
qui nous rapporte, avec une concision et sous une form(
dignes de remarque, l'objet de la contestation. J'en donne,
ici, la traduction, aussi littérale que possible.
€ Devant ddus (l'acte ne dit pas de quelle autorité il s*agit, mais
c'est vraisemblablement l'official de Paris, juge ordinaire de ce;
causes) est venu le procès pendant entre le prêtre de Bric (presbi-
terum de Braia) et le frère Baudouin de la maison de Dieu de Paris^ -^.
d'une part et Raoul Boz Odite (i), Anseau des Bordes (2) et Jean l^^ e
Fèvre (Johannem Fabrum^ (3), d'autre part, l'an du Seigneur miU
deux cent trente quatre le jour de Mars après la purification de l;
bienheureuse Marie, assigné aux parties pour être statué sur leui
différend, le dit jour, les. deux parties étant présentes devant h
tribunal et chacun des sus nommés ayant prêté serment, les susdit*
Baudouin et le prêtre soutinrent que défunt Manessier ordonna ei
voulut par son testament que, de huit arpents de terre situés aupré*
de Brie qu'il disait avoir achetés, deux arpents devaient être venduî
et que la somme résultant de cette vente devait être distribuée poui
lui, Manessier, aux pauvres par les mains dudit Baudouin et dudil
prêtre.
Interrogés sur ce point, lesdits Raoul, Anseau et Jean ont répondu,
qu'ils croyaient cette affirmation exacte.
Alors lesdits Baudouin et prêtre ont déclaré que leurs adversaires
voulaient empêcher la vente de ces deux arpents, ce que Raoul^
Anseau et Jehan reconnurent vrai. »
L'acte pose ainsi la question mais reste muet sur les rai-
sons que pouvaient avoir les trois Briards à s'opposer à la
vente susdite. Furent-ils même admis à les développer > Le
jugement n'en suit pas moins et — j'allais écrire : naturel-
lement — il condamne Raoul, Anseau et Jean auxquels
« défense est faite d'empêcher la vente projetée ».
S'il eut été intéressant de connaître les motifs qui dictaient
l'opposition des trois Briards, il ne nous en reste pas moins
un monument de la justice du XIII* siècle pris sur le vif.
(1) Dans l'acte, cite avant celui-ci ce Raoul Boz Odite est appelé Raoul Borobtre. Je m'en
tiens là-dessus a la traduction et à la reproduction de l'un et de l'autre acte telles que les
donnent Léon Briéle et Ernest Coyecque (Op. cit.)
(2) Sous la réserve de la note qui précède j'observe que cet Anseau des Cordes est aussi
appelé Anseau de la Borde.
,? C'est évidemment le même que celui désigne dans l'acte de 1237 par l'appellation Jean
de Brie, le forgeron.
bË BRIE-COMTE-ROBERT iH)
On peut dire que chacun des raies actes de ce temps qui
nous sont parvenus apportent quelques renseignements
intéressants sur l'époque. Telle est la charte qui enregistre
la vente faite à l'Hôtel-Dieu de Paris, au mois de février I233,
par Guillaume Morins et Alix sa femme, du consentement
de Pierre Morins, de Jean xMorins et sa femme Ameline,
frères de Guillaume. Il y aura lieu de rappeler cette vente
lorsque, dans les chapitres suivants, j'aurai à parler des
Kordes-Morin, dont une est devenue la Borde-Fournier
encore existante.
Cette vente nous livre en outre le nom du prévôt de Brie à
'^'Poque ; il se nommait René de Brie. C'est devant lui que
^comparurent les parties et leurs témoins qui furent : le frère
'^^udouin, dont il est déjà question dans l'acte précédent ;
Guillaume de (îrégy, clerc ; Terric, chapelain ; Guiard
^^rdiers, avec ses fils Mensier et Herbert ; enfin Reynaud
^^ r^icrre, les propres fils du prévôt. Ce dernier — remarque à
'aipQ -«était assisté de maître Pierre et du seigneur Philippe,
P''^tresde Brie « magister Pctrus et dominus Philippus,
P^'^sbiteri de Braia ». Il n'est pas douteux que ce maître
i i^rre, prêtre, soit le même que celui dont il est parlé dans
'^'^^ vente précédente et qui est qualifié de curé, en compa-
P^ied'un nommé Gautier. D'où cette conclusion, en rappro-
^•^eint les actes, que Pierre aurait été appelé à la cure de Brie
^r^rês février 1*233 et avant le i" mai I23.S.
l^e territoire vendu parl'actc précité contenait trois arpents
^Ui furent cédés pour la somme de quarante livres parisis.
^l était situé « versus bordam leprosorum de Braia » vers la
^orde (1) des lépreux de Brie, autrement dit aux alentours
^c Saint-Lazare, au lieu dit Vilers ou Villiers.
Arrêtons-nous un moment sur cette appellation de terroir
qui n'existe plus aujourd'hui ; peut-être se retrouve-t-
elle dans le nom de lieu Saulx ou Sau 1 ces-la- T/V/V/c^ qui est
situé dans ces parages. Mais, en nous souvenant, que quel-
ques lignes plus haut, nous avons rencontré un Baudouin
(I Le nom de borde était donne aux maisons isolées.
ICp HISTOIRE DE LA VILLE
de Villiers, bailli de Brie, il nous faut retenir encore ce nom
de Villiers, car nous y reviendrons au XV* siècle, dans des
circonstances toute particulières. Ajoutons enfin que cette
vente fut ratifiée par Pierre de Brie (i), chevalier, moyennant
douze deniers de cens annuel.
Ce sera également par plusieurs donations ou ventes à
THôtel-Dieu de Paris que nous aurons connaissance d'un
fief totalement disparu depuis longtemps, dont le nom e
remplacement sont à peu près inconnus à beaucoup aujour
d'hui, et qui n'existait plus qu'à letat de masure au XVIII
siècle. Le fief du Breuil —celui dont il s agit — doit remonte
à une date très ancienne.
Nous relevons dans deux actes, datés Tun de mai I23?
Tautre de janvier i236(2) la mention suivante à propos d(^^
pièces de terre : « siiam, in parrochia de Braia, apud viaii^^
que dicitiir vêtus via ^î'olii » ou « sitam in veieri via Brolii »_
Il existait donc, dès cette époque, un vieux chemin, un-
ancien chemin du Breuil (3). Quant au fief lui-même dont
l'existence ancienne est ainsi prouvée, il était à la date indi-
(I ) Je dois mentionner certains documents dans lesquels figurent des individus appartenant
probablement à la même famille.
Tout d'abord une lettre adressée par Alfonse, comte de Poitiers, à ses exécuteurs testamen-
taires ; au nombre de ceux-ci figurait un l^etrus de^'Braya, canonicusparisiensis. (J. I02. Poitou III,
n* 4 original scellé). Cette lettre est datée d'août 1249, à Aiguesmortes
Alphonse, comte de Poitiers, frère de Saint Louis, résidait souvent à Corbeil, ce qui expli-
querait assez ses relations avec la famille de Brie.
Dans deux autres documents, l'un du II mai 1258, l'autre du 12 mai de la même année, tous
les deux datés de Corbeil. apparaît un Anselme on Anseau de Brie, évidemment le même
personnage. Le premier de ces documents est l'instrument de paix entre Saint Louis, roi de
France, et Jacob, roi d'Aragon (J. 389 Aragon II n» 5, original scellé). Parmi les témoins de
l'acte, je relève Anselme de Brie. Le second est le contrat de mariage entre Philippe, fils du
roi de France, et Isabelle, fille du roi d'Aragon (J. 787. Aragon I. n" 8, original scellé — J. 19^
Champagne III, n" 99, copie ancienne). Un des témoins de cet acte est Anscllus de Braia,
Anselmuset Ansellus de Braia sont tous deux qualifiés, miU$.
(2) Le premier de ces actes concerne une donation faite par Jean de Chevry et sa femme
Gile à l'Hôtel-Dieu de Paris. Ils avaient acheté cette terre à Adam dit le Marchand.
Le second acte enregistre la vente faite par Thibaud de Noyer et Héloîse sa femme, Herbert
dit Corberans et sa femme Haïse, d'un arpent de terre, mesuré à la mesure de BnV.pour la somme
de sept livres parisis. Héloîse et Haïse étaient deux sœurs et l'arpent vendu provenait de leur
patrimoine. Les témoins de cette vente étaient, entre autres, Herbert li Maçons de Portes
Odon li Bourreliers.
Il est à remarquer que la vente fut faite devant Godefroy et Lambert qualifiés, tous le*
deux, de prêtres de Brie « presbiteri de Braia. »
(3) Breuil, Broïlum, viendrait d'un mot bas latin, celte corrompu BrajUum^ (?) signifiant bois
entouré d'une haie, peut-être un lieu éc chasse.
DE BRIE-COMTE> ROBERT KJI
cquée la propriété de Richaude ou Richeut de Moncellet.
Tout au moins possédait-elle les terres avoisinant le manoir,
dont il n'est d'ailleurs fait qu'une vague mention dans les
documents que j'analyse.
Richeut de Moncellet disait- posséder, « in parrochia de
Braia versus "Bî'otlum », dans la paroisse de Brie, vers le
Breuil (ce qui peut signifier du côté du manoir du Breuil),
huit arpents de terre arable et « circa dictum Brolium >
viM/oz/rdudit Breuil, quinze sous de menus cens en terres
arables, à cause de son domaine, sur lesquelles terres elle
avait toute justice, comme dame du domaine, et touslecasuel
et revenus qui pouvaient, avec la totalité du domaine, lui
revenir à raison de la seigneurie. C'est là ce qui me laisse
supposer que le manoir était en sa possession.
La dame du Breuil donnait un cinquième des biens précités
à rH<^tel-Dieu de Paris, à titre d'aumône et lui vendait le
restant pour quarante sept livres parisis. La donation et la
vente étaient faites du consentement de ses fils Adam, Jean,
Reynaud, Thibaud, Marie de Bellancourt, Edouarde de
Villiers et de Martin, mari de cette dernière. Elle eut pour
parant Thibaud de Saint port (Sacro portu) — aujourd'hui
Seine-Port — chevalier.
La dame du Breuil avait déjà donnéà l'Hôtel-Dieu de Paris
à titre d'aumcme, ses droits sur la dîme d'un demi arpent de
pré, mouvant du même lief. Mais un de ses fils, Reynaud,
et son gendre Martin , se refusèrent à approuver cette
donation.
Cependant Richeut de Moncellet était en puissance féodale.
Il nous est ainsi donné d'apprendre que le Breuil était mou-
vant de Gile de Rctalle. C'est à ce titre que Gile amortit pour
quinze livres parisis, la vente et donation de sa vassale. La
dame de Retalle agissait en cette circonstance pour ses
Cîafants mineurs Simon et Anceau avec le consentement de ses
i'.utres enfants, Jean, Pierre et Jeanne, celle-ci mariée avec un
nommé Jean. Tous deux déclarèrent avoir reçu, sur les quinze
livres, montant de l'amortissement, la somme de cent sous.
U)2 niSTOlUK DE LA VILLK
Au dessus de Gile de Retalle, enfin, étaient placés féoda-
lement Robert de Servigny (i), chevalier, et sa femme Cécile,
qualifiés premier seigneurs du fief. Ils amortirent la vente et
donation pour neuf livres parisis.
On saisit ainsi sur le fait le mécanisme foncier féodal. Sur
la même terre, un seigneur dominant, un vassal, un arrière
vassal ont des droits et l'acquéreur n'est quitte que lorsque
les uns et les autres sont désintéressés. Dans l'espèce, ici.
nous voyons qu'une vente consentie primitivement pour
quarante sept livres s'est élevée successivement à 71 livres,
soit presque So p. ux) en sus du prix primitif.
On se rend compte, également, de l'inextricable réseau
administratif, financier et judiciaire dans lequel se trouvait
enveloppé le territoire. A côté de l'Eglise, du seigneur,
hauts justiciers, grands propriétaires indépendants, sinon
en querelle, entre eux, se trouvent les féodaux de plus mince
envergure, comme cet Herbert de Ruberte, cette Richeut
de Monsellet, cette Gile de Retalle, et tant d'autres. Ce n'est
pas tout. Sur le territoire même de Brie, des seigneurs du
dehors ont des prétentions à faire valoir, une autorité à
exercer. La réciproque est naturellement vraie. Si un Robert
de Servigny, si un Pierre de Huinsele (2) ou Buisnele ont des
vassaux briards, des seigneurs de Brie en possèdent hors des
limites du sol de Brie. Témoin, par exemple, cette famille de
l^rie dont j'ai eu l'occasion déparier déjà, (^'est ainsi que par
actes de 12.48, Guillaume de Brie chevalier, et sa femme
Marguerite, qualifiée nobilis millier, noble femme, Jean de
Brie et sa femme Jeanne — probablement les deux frères —
ratifient la donation faite par un Renaud-Polin à l'Hôtel-
Dieu de la mr)itié d'une grange, appelée Apollinais, située à
Vert-le-(jrand.
(\) Servigny est peut-i"tre dans la paroisse de Lieusaint. 11 existe encore là une ferme de ce
nom dans la commune.
2) En 1234, au mois de mars, Raoul de la Foret ou du Bois {de Nemore), chevalier et son
frère Adam donnèrent à rHôtel-Dieu- de Paris deux arpents de terre à Bric, au terroir de
Morvilliers. L'amortissement fut consenti par Jean de Buinsele, écuyer, probablement marie a
Isabelle de Lissy. car, en 1249, pour le même acte, intervient Pierre de Buinsele fils d'Isabelle
de Lissy et Jeanne sa femme. Peut-être, comme cria a été propo>c. faudrait-il voir d;ins la
Burelle, hameau de Soignolles. une corruption de Buisnele.
DE BRIE-COMTE-ROBERT ]Ç)3
En synthétisant tous les actes que je viens d'énuméreret
de citer, il est une remarque qui doit être faite : c'est que
tous visent des terres ou immeubles, situés d'abord au dehors
de la ville même de Brie ensuite sur la partie nord du terri-
toire de Saint-Lazare à Rubertin. Nul ne vise cette partie de
la plaine qui s'étend de la route de Périgny et de la rive
droite du Cornillot à TYcrres. Ce n'est pas là évidemment
le liiit du hasard. Puisque ni l'Eglise, ni l'Hôtel-Dieu de Paris
n'acquéraient rien de ce côté soit par don, soit par vente,
c'est qu'ils étaient — et surtout l'Eglise de Paris — déjà
propriétaires du sol. Cette remarque vient corroborer ce que
j'aiditdéjà de remplacement de la terre de «la Bienheureuse
•Marie » dont parle la charte de 1208 et qui appartenait au
^-hapitre de Notre-Dame de Paris. Cette terre s'étendait au
sud de la ville dans la direction de Villemcneuxet vers Grégy.
^^y nous savons que, sur cette terre, existaient des hôtes de
' %lise puisque la charte de 1208 stipule plusieurs réserves
^1 leur égard. Où étaient ces hôtes > Nous verrons plus tard
^^ ils formaient eux aussi une agglomération comme THôtel-
'^U de Paris en avait formé une autour de sa maison de
^^nt-Christophe. J'ai, du reste, dans un chapitre précédent
^*ssé pressentir l'existence de ce faubourg.
^ï ne faudrait pas croire que l'Hôtel-Dieu et l'Eglise de
^ï^is fussent seuls à s'étendre sur le territoire de Brie. Les
^^lig-ieux de Saint-Martin des Champs s'efforçaient euxaussi
^ rnordre à cette riche et belle contrée. Ceux-ci, déjà en
^'-^î^session de Limoges, grâce à Etienne de Senlis, évêquede
*^vis(ii33), de Fourches, par le roi Louis VII (1187), delà
^irrie de Grégy (i i5o) travaillaient à arrondir leurs domaines
^^ côté de Brie. Ils Unirent par prendre pied sur son terri-
^<~>ire dès 1 194, sous l'épiscopat de Manassé, évéque de Paris.
*^ cette date Milon de Courtery et son lils engagèrent à
l'abbaye de Saint-Martin des Champs, pour 120 livres
parisis par an, la dîme qu'il avait à Brie. Cet engagement fut,
peu après, transformé en vente déllnitive, en i itp (i), faite
par Milon, fils, à l'abbaye de St-Victor.
I. AN s. 2142.
n
194 HISTOIRE DE LA VILLE
Nous ne sommes pas au courant des difficultés que l'in-
trusion des religieux souleva ; tout ce que nous pouvons
constater, c'est qu'il s'en produisit car, pour les résoudre,
il fallut qu'un accord fut passé, en 1240, entre les deux curés
de Brie et les procureurs des abbayes qui avaient droit de
dîmes sur le territoire, (i)
Cet accord n'empêcha point l'abbaye de Saint-Victor de
travaillera son extension. Ses efforts paraissent s'être surtout
portés du côté de Villemeneux. Elle rencontra dans Jean de
Villemeneux, chantre de l'église de N.-D. de Melun, dont j'ai
eu l'occasion de citer le nom plus haut, un donateur empressé
ou un vendeur bienveillant ; circonstance favorable pour elle,
puisque ce clerc avait des terres dans les paroisses de Brie,
Mardilly et Evry. Par acte, sous le scel de l'oflicialité de
Paris, daté de 1248, Simon de Vaux, chevalier et Héloyse, sa
femme, desquels mouvaient et relevaient ses terres, permi-
rent à Jean de Villemeneux de les vendre ou de les donner en
main morte, à son gré.
Pareille autorisation fut donnée au même, en I25i, par
Regnault d'Egrenay, chevalier, de qui relevaient les dîmes
que Jean de Villemeneux possédait sur le territoire de Brie. En
même temps, Pierre de Villemeneux, son neveu et Jacqueline,
femme de ce dernier, ratifiaient les dons et ventes consenties
par leur parent, qui ne s'arrêta pas là, puisque, par son testa-
ment, il abandonna encore à l'abbaye de Saint-Victor deux
muids de seigle et d'avoine à prendre sur les dîmes qu'il
possédait à Brie.
Déjà, en 1227, Simon de Cornilluel — probablement de
Cornillot — avait donné à la même abbaye un arpent de pré
situé « m territorio ville minoris, dans le territoire de Villeme-
neux ».
De toutes ces transactions, de ces legs, de ces dons, nous
pouvons, avec une approximation, — j'oserai dire presque
suffisante — nous rendre un compte de la situation territo-
(I) Malingre dit dans son Histoire des Antiquités de Paris, p. 481 : o C'est au frère Anselme de
Saint-Victor, supérieur de l'abbaye d'Hivernaux qu'on attribue, communément, la transaction
passée entre les deux curés de Brie et l'abbaye... Cette transaction est de 1241. »
DE BRIE-COMTE- ROBERT IQS
rlale de Brie. En première ligne, le Chapitre de Paris pro-
priétaire de la partie la plus riche et la plus anciennement
cultivée ; puis le seigneur, propriétaire plutôt nominal ayant
entre ses mains le marché dont la prospérité va apparaître
dans des documents ultérieurs ; après eux les bourgeois,
corps constitué, peut-être plus anciennement établi que les
deux premiers, mais officiellement admis par des chartes et
des titres divers à une sorte d'indépendance et de vie propre ;
concurremment l'Eglise de Brie — la paroisse — avec ses
deux administrations temporelles représentées par deux
curés, dont l'un était toujours prêtre et l'autre pouvait ne pas
l'être. Enfin de gros propriétaires, comme l'Hôtel-Dieu de
Paris, et déjà, probablement, l'Hôtel-Dieu de Brie, un ou
deux seigneurs importants, commela famille de Brie, brochant
sur le tout quelques parcelles du territoire appartenant à
deux ou trois abbayes (i), ou à des seigneurs des environs.
Ce n'est que dans le siècle suivant que vont apparaître des
seigneuries diverses de moyenne importance formées, en
ëri'ande partie, aux dépens du domaine de l'Eglise.
L*évêqueet le Chapitre de Paris se virent alors contraints
^^ démembrer leur domaine et d'en aliéner peu à peu des
Partions importantes, d'où la constitution de propriétés,
jouissant de droits seigneuriaux, dont nous suivrons la pro-
Si^ession.
î^ar deux fois, il nous a été donné d'entrevoir deux magis-
'■^^ts de Tépoque. Ce sont deux baillis ou gardiens du bail-
^^êre, tous deux appartenant au seigneur : Simon de Cossigny
^^ Baudoin de Villiers. 11 ne faut pas attribuer à ce titre
^niportance qu'il prit par la suite et qu'il garda pendant
' *) Parmi ces dernières figurait» comme cela a été dit plus haut, l'abbaye d'Yerres. Celle-ci
'^*sé<iait sur la dîme de Brie ce que lui avait donné Raoul de Chevry, évéque d'Evreux, par
-. *cte dont j'ai, d'ailleurs, rapporté la date et la substance. Mais l'exercice de ses droits ne
Pas sans soulever quelques difficultés avec le Chapitre de Paris qui avait la gouverne d'une
*^ '^ie de l'Eglise de Brie — la partie ecclésiastique, s il est parmis de s'exprimer ainsi. De là,
" accord transactionnel réglant les contestations ; il est de février 1274. L'abbesse d'Yerres
P^^argeait, par cet acte, de recevoir la totalité de la dîme donnée par Raoul de Chevry au
^^*Pttre, à l'Eglise de Brie o presbiteris de Braya », au monastère <* de Footello » comme à sa
P **pre abbaye. L'Eglise de Brie avait pour sa part quatre septiers de blé et d'avoine. L'abbesse,
^ >^oin de son couvent, prenait l'engagement de servira chacun sa rente ou son équiva-
'^^t au cas même où les intempéries, le manque de récolte ou quelque cause que ce soit,
'^'■^uite ou non, aurait détruit ou diminué la récolte.
196 HISTOIRE DE LA VILLE
une assez longue période. L'étendue de la juridiction
dépassait pas le domaine seigneurial et, peut-être, dans J
principe, s'arrêtait-elle aux limites du fief proprement d .
sans s'étendre aux arriêre-ficfs. Au-dessous du bailli était I
prévôt, officier que la charte de 1208 semble désigner pa
ces mots « l'homme du seigneur », d'une part et « fhommc
de l'Eglise » de l'autre, c'est-à-dire le représentant attitré des
deux pouvoirs.
Il y avait donc probablement deux prévôts et peut-être
cette charge, pour la terre de fEglise, s'acquérait-elle à prix
d'argent. C'est ce qui semblerait ressortir de ce texte em-
prunté à Guérard.
(1216.) De ordinatione prepositurarum Parisiensis ecclesie. —
Item magister Petrus Bleseasis reddere tenetur, interposito jura-
mento. LX libras Parisieases, pro emptioae facta apud Brayani,
videlicet XXIX libras rcddendas infra octavas Pentecostes, et XL
solidos circa festum Sancti Domiai et XXIX libras infra octavas
Purificationis
Comme l'exigeait la charte de 1208, le prévôt du seigneur
devait prêter le serment de respecter les droits de l'Eglise.
Il nous est resté une trace de cette formalité dans le
(^artulaire de Notre-Dame (i).
IJnivcrsis présentes Hueras inspecturis offjcialis curie Parisiensis.
salulem in Domino. Noluni facimus qaod, anno Doinini niillesimo
ducenlesimo sepluagesimo secundo, die mercurii post octabas
Purilicalionis bcale Marie Vir^^inis (2), Johanncs dictus Roichefort,
prcposilus de Brava juravit in presencia nostra, in capitulo Pari-
siensi. se servaturum jura ecclesie Parisiensis, que habet in villa de
Brava, prout in instrumento super hoc confecto plenius continetur.
In cujus rei testimonium. présentes litteras sigillo l^arisiensis curie
fecimus sigillari. Datum anno et die predictis.
Nous verrons au chapitre suivant les modifications que
subit l'assiette judiciaire à Brie, pendant le XIV'* siècle.
:,l) Cartitlaire de ÎXûtre-Dilme, I. p. 593.
(2) La fête de la Purification est fixée au 2 février. Il s'agit ici de l'année 1273 nouveau style.
i-COMTL-KOlSI-JHT (!)
CHAPITRE IV
t'n changcnicnt notable se fait, dès les premières années
du XlV" siècle, sinon dès les toutes dernières du siècle précé-
•^■-'"t. dans la situation administrative et judiciaire de Brie.
'-Ile acquiert, enlin, le ranj^ de chàtellenie que lui déniait si
'-'bstind-mcnt le prévôt du nii, â (](irbeil, ainsi que je l'ai
'"''PPorté d'après les Olim.
igS HISTOIRE DE LA VILLE
La date exacte de cette transformation est difficile à préci-
ser. J'incline cependant à croire qu'elle coïncida avec la
modification apportée, à la même époque, au nom de la
ville.
Jusqu'à la fin du XIII* siècle, Brie s'est toujours appelée
Bray, Braya ou Bria, Il n'est pas un document de cette
époque qui porte une adjonction quelconque à cette dénomi-
nation. Au XI V' siècle, seulement, Braya devient Braya-
Comilis-Roberti, ce qui devrait se traduire exactement Braie-
du-Comie-Robert, ce qui est devenu, aujourd'hui, Brie-Comte-
Robert.
Le nom nouveau dut difficilement prévaloir sur l'ancien,
car, môme au milieu du XIV^ siècle, des aveux et dénombre-
ments nomment Brie, Braya, tout court, comme au bon vieux
temps. Braya-Comitis-Roberti demeura probablement pen-
dant de longues années le nom officiel de la ville et l'on peut
imaginer combien les gens du pays durent souvent exprimer
leur mécontentement pour ce changement à leurs habitudes
séculaires et dont l'usage parait, aujourd'hui, si naturel.
Cette considération, à défaut d'autres, légitimerait ce que je
disais plus haut au sujet de la coïncidence entre l'érection
de Brie en chiitellenie et le changement apporté à son nom.
Il y a là un acte du pouvoir autant pour l'une que pour
l'autre de ces transformations. Lorsque Braya devint châtel-
lenie, casiellania Braie ou Braye, on s'aperçut tout aussitôt
qu'il fallait absolument distinguer cette châtellenie d'une
autre, portant exactement le même nom, pour éviter des
confusions et des complications faciles à comprendre. De là
les dénominations : casiellania Braiœ super Sequanam,
(châtellenie de Bray-sur-Seine) et Casiellania T^raix Comiiis
Roberii (châtellenie de Bray-du-Comte-Robert). Si donc le
nom nouveau ne fut pas donné à Brie le jour même où cette
ville fut élevée au rang de châtellenie, il le fut peu après.
Quant â l'époque où eut lieu cette modification elle pourrait,
sans crainte d'erreur trop grossière, être placée vers l'an kmk).
A cette date, la tille ainée de Philippe d'Artois et de Blanche
de Bretagne, que nous avons vue à la lin du XIII" siècle en
DE BRIE-COMTE-ROBERT IQQ
possession de la seigneurie de Brie-Comte-Robert, Margue-
rite d'Artois, se mariait avec Louis de France. Louis était le
frère de Philippe IV dit le Bel, alors sur le trône. Le roi cons-
titua en apanage à son frère le comté (i) d'Evreux, le comté
d'Estampes et celui de Beaumont et Louis de France prit le
nom de Louis d'Evreux. Marguerite d'Artois apportait en
dot la seigneurie de Brie-Comte-Robert. Il ne me paraît pas
douteux que Philippe IV, qui était profondément jaloux de
l'autorité royale et fortement imbu de la supériorité de sa
famille sur la noblesse, ait très facilement consenti à faire du
^^eigneur de Brie, un châtelain, n'eut-ce été que pour sous-
traire son domaine à l'autorité du prévôt de Corbeil. Ce
serait donc, jusqu'à plus ample informé, à la première année
du XIV* siècle — ou à la dernière du XIII% suivant les opi-
•
nions contraires sur cette façon de s'exprimer — en i3cK), en
"^ niot, que Brie serait devenue châtellenic sous le nom de
^^^ya'Comitîs-'I{obertî,
On conçoit le sentiment tout naturel qui conduisit un
^^^ capétien,, son frère et la descendante de princes capé-
"^ns à donner à leur domaine le nom du premier prince de
^^rne race qui en fût le propriétaire. Le frère du roi de
iTance entrait comme châtelain sur une terre que, i5o ans
^^Paravant, le frère d'un autre roi de France recevait en
^Panage. C'était rappeler ce souvenir que de faire de la
^*^àtellenie nouvelle, la châtellenie de Bric-Comte-Robcrt.
J^rie, très fugitivement, avec Pierre d'Alençon, avait vu
^^sserrer les liens qui l'unissaient depuis si longtemps à la
'^niiiie royale ; elle allait par Louis d'Evreux entrer dans le
^^^niaine de la Couronne, d()nt clic ne cessera plus, ou à
P^^ près, de faire partie jusqu'à la veille de la Révolution (2).
Marguerite d'Artois mourut le 24 avril i3i i (3). Son mari,
^^Uis d'Evreux mourut en i3icj. Ils laissaient deux enfants.
''j Le mot comté était autrefois féminin : on disait la comté d'Evreux, la comté i'Etampes, le
"**sculin a prévalu depuis et j'écris en langage moderne le comté d'Evreux, etc., etc.
v^) Il est vrai que de 1170, date de la mort de la reine Jeanne, a 1376 date à laquelle sa fille,
™*nche, fit don de la châtellenie au roi Charles V, la châtellenie ne compta point littérale-
^^^X au domaine royal. Mais elle en faisait virtuellement partie et Blanche, par l'acte de 1376,
n« fit que consacrer cet état de choses.
vî) Elle fut enterrée dans le chœur des Jacobins à Paris,
200 HISTOIRE DE LA VILLE
Le cadet, Philippe d'Evreux, qui épousa Jeanne de France,
fille de Louis X, le Ilutin, devenant ainsi le neveu du roi de
France ; rainée, Jeanne, dame de Brie-Comte-Robert, qui
épousa Charles IV, le Bel ; chose bizarre, cette union faisait
du frère de Jeanne son propre neveu puisque Philippe V,
Louis XetCharles IV, qui se succédèrent sur le trône, étaient
trois frères.
Au moment où s'ouvre le XIV" siècle la future reine de
France allait venir au monde. Elle f^^randit au bruit des
différends entre son oncle, Philippe IV le Bel et le pape
Boniface VIII, des odieuses persécutions des Juifs et de
l'inique procès des Templiers.
Je n'ai point ici il faire l'historique des débats entre la cour
de France et celle de Rome, de l'affaire de l'évèque de
Pamiers, non plus que de l'ambassade et du coup de force
de Nogaret sur la personne du pape lui-même. Ma tiiche est
certes plus modeste. Je me borne à signaler l'attitude singu-
lièrement modérée de Philippe IV et de son conseil envers
Boniface au lendemain de la fatale bataille de Courtrai (ii
juillet i3()2) où le roi perdit son chancelier, Pierre Flote (i).
Aux concessions manifestes de Philippe, le pape répondit
par un langage à la fois hautain et méprisant. « Les excuses
du roi sont frivoles » écrivait-il à son légat, le cardinal
Lemoinc. A l'évèque d'Auxerre, au comte Charles de
Valois, à ses amis et partisans en France, il exprimait, en
même temps, tous ses griefs et exhalait toutes ses plaintes.
Ce fut Nicolas de Bicnfaite (2), archidiacre de Coutances,
qui fut, le i3 avril i'M)[\ chargé de porter ces diverses
bulles de l^onifacc à leurs destinataires.
Nicolas de Bicnfaite arrivait à peine en France qu'un ordre
roval l'arrêtait à Troves, le dépouillait et l'enfermait. Un
changement radical s'était fait à la cour de France, sous
rinllucnce de Cuiillaumc de Nogaret. Le 12 mars r2()3, une
assemblée à laquelle assistait Louis d'ICvreux, frère du roi,
(I; Originairr de l".\u vergue. Flote prit part aux travaux de la canonisation de St-l.ouis. à
Rome (1292 .
2) On verra plus loin, lorsque nous nous occuperons des fiefs, qu'il existait à Brie un ficf
dit des Bienfaite>. Un des boulevards de la ville porte encore ce nom.
DE BRIE-COMTE-ROBERT 201
soigneur de Brie, approuva une requête de Nogaret propo-
SLint d'enfermer provisoirement le pape et donnant au roi
ot: aux cardinaux la facilité d'établir « un vicai»'e de TEglise
i~omaine pour ôter toute occasion de schisme jusqu'à l'élec-
tion du nouveau pape. »
Le i3 juin, alors que Nogaret et les gens du roi étaient en
Italie pour mettre à- exécution les résolutions précédentes,
lc2 comte d'Evreux (Louis, seigneur de Brie), les comtes de
•aint-Pol et de Dreux, Guillaume de Plaisians, chevalier,
nouvelèrent contre Boniface, au Louvre « devant les nota-
fc>lcsdu royaume, ecclésiastiques et laïques, assemblés en
p:>résencedu roi, les réquisitions du mois de mars, et l'appel
i-^u futur concile. » La conséquence de tout ceci fut le coup
cie force d'Anagni qui fit de Boniface le prisonnier du repré-
i=;entant de Philippe le Bel (i) (7 septembre i3o3). Le 11
octobre suivant, Boniface mourut.
Il est incontestable que, dans cette affaire, le seigneur de
lîrie, Louis d'Evreux, ne marchanda pas son appui à Philippe
le Bel. C'est pour nous le seul enseignement que nous ayons
il en tirer ici.
Les différends avec Boniface venaient à peine de se termi-
ner par la mort du pape et l'élection de Bertrand de Got,
c.mdidat français, sous le nom de Clément V(2), ques'ouvrit
le fameux procès des Templiers. Le r3 octobre i3o7, tous
les Templiers de France furent arrêtés, à la même heure, et
les biens de l'Ordre furent saisis, au nom de l'Inquisition,
sous l'inculpation d'hérésie. On connaît ce long procès qui
ne se termina que le 18 mars i3i4 par le bûcher de l'ile des
Juifs, à Paris, où périrent dans les llammes le grand maître,
Jacques de xMolai, et le précepteur de Normandie, Geoffroi
de (]harnai ; on sait avec quelle âpreté, quelle cruauté et
I) On dit quf Boniface, abandonne de tous, attendit les agresscurb, les clés et la croix
dans les mains. Les premiers qui se prccipitcrcnt dans la chambre où il était furent les hom-
m.'s de Sciarra (un des ('olonn », famille, ennemie irréconciliable de Boniface) ; ils accablè-
rent le vieillard (Boniface avait Sh ans de menaces et d'injures; Sciarra voulait le tuer ;
dnpres une tradu:tion célèbre, mais qui nest pas corroborée par des témoignages contempo-
raii.s. il l'aurait soufleté. » M.-(i!h.-V. Langlois, dans VHisloin de France, publiée par M. Lavisse
(t. 111, cliap. 2. p. i()4).
'2 I e s.iccesseur immédiat de Poniface VllI fut Benoit XI ; mais il ne vécut que quelques
mois. Benoit XI u.ourut le y^uillet 1304 ; Clément V fut élu le5 juin 1305.
202 HISTOIRE DE LA VILLE
quels dénis de justice fut poursuivie cette affaire par lee
dominicains, alliés à Xogaret. Sans m'arrêter à ces récit=
douloureux, à ces tortures, à ces échafauds embrasés (i), i
m'est permis de me demander si des Briards n'appartinren
pas à l'Ordre du Temple.
A priori, il semble, à peu près évident, qu'il en fut ainsi
Les Templiers avaient, en effet, depuis le milieu du XIII
siècle, une commanderie à Senteny (2). Il est fort à croire quti
ce voisinage dut provoquer dans le pays des affiliations. Il
est constant d'autre part qu'il est des frères du Temple dont
l'origine semble véritablement briardc.
Dans l'interrogatoire de 1807, je relève notamment urx
Guillelmus de Braie, appelé ailleurs Guillelmus de Braye ;
ce nom, on en conviendra, est fort suggestif (3) à cet égard. A^
vrai dire, rien ne prouve que ce Guillaume de Brie ait été ua
des acteurs de la sombre tragédie de l'époque puisqu'il
n'apparait que comme témoin de réceptions dans l'Ordre,
faite plusieurs années auparavant, mais il me suffit de cons-
tater la présence de Briards parmi les Templiers.
De ce nombre me paraît être également un Jean de Brie,
devant lequel fut reçu un certain Lambert le Flamand.
Peut-être se rappellera- t-on, à propos de ce dernier nom,
que, dans le chapitre précédent, j'ai cité un acte du 12 mars
1235 par lequel Aiibry le Flamand vend une pièce de terre,
sise au Rubertin (4). Il y a là une homonymie qui pourrait
paraître probante pour ma thèse.
(1) Le 12 mai i^io, S4 Templiers, comiamnés par l'archevêque de Seni, furent empilés dans
des charrettes, et biùlcs publiquement entre le Bois de Vincennes et le Moulin-à-Vcnt de
Paris, hors de la porte Saint-Antoine. «Ils souffrirent, dit un chroniqueur contemporain,
avec une constance qui mit leurs âmes en grand péril de damn ition. car elle induisit le peu-
ple ignorant à les considérer comme innocents ». {Histoire de France^ de M. Lavisse, tome III,
livre II, p. 192;.
(2) Senteny. village du département de Seine-et-Oise (canton de Boissy-Saint-Léger), à 8
kil. de Brie-('omte-Robert sur la route de Paris.
(3) Interrogatoire de Robert de Momboin. âgé de 40 ans : <* Dixit per juramentum suum
quod fuit rcceptus in domo de Themis. in ballivio de Prunay, per fratremSymonem de Quinci.
preceptorem dicte ballivic. scxdecim j-nni sunt elapsi, vel circa, presentibus fratribus GuilUlmo
deHraieçX fratre Egidio Monachi ».
Interrogatoire de Nicolas, de Mesnil-sous-Montiérender. 50 ans : « Dixit per juramentum
suum quod XX anni vd circa erunt in fcsto Penthccostes ptoximo futuro.quod ipsefuit recep-
tus in domo de Pusians Nubtus Laudunum, per fratrem Petruni Normaniœ militem, precepto-
rem ballivie Laudunensis. presentibus fratribus GuilUlnio de Brayc, preceptorem de Moisiaco. »
(4) V. p. 178 et p. 180 (jiote;
DE BRIE-COMTE-ROBERT 203
Je serais moins affîrmatif pour d'autres tels que Michaele
de Bria, Godefroi Picard, preceptor de Bria, le mot Bria me
paraissant, ici, plutôt désigner la province de Brie que la
ville de Braye.
Il n'en reste pas moins tràs vraisemblable que des Briards
prirent leur part dans ce drame judiciaire et malheureuse-
ment , selon toute apparence du côté des victimes.
Quant au seigneur, ce môme Louis d'Evreux dont nous
citions le nom tout à Theure, il est fort à présumer qu'en
cette circonstance, il suivit et approuva la politique de son
frère Philippe-le-Bel, comme il semble avoir — chose regret-
table — suivi et adopté cette môme politique à Tendroit des
Juifs.
Pour ceux-ci comme pour les Templiers, la persécution
fut, en très grande partie, dictée par la cupidité. Les uns et les
autres avaient de véritables trésors convoités par le roi et ses
conseillers. Les uns et les autres furent, dans ces tristes cir-
constances, beaucoup plus les victimes de leurs richesses que
delà passion religieuse. On ne songea à faire des Templiers
des hérésiarques que lorsqu'on voulut les dépouiller et à
exciter le fanatisme chrétien contre les Juifs que lorsqu'on
prit la résolution de les spolier.
Bien que durant la moitié du XUV siècle, les Juifs aient été
en différents lieux de France victimes de brutalités et même
de persécutions sanglantes (i), aucune mesure générale
n'avait été encore prise à leur égard depuis Philippe-Auguste.
Au commencement du XIV»* siècle les colonies juives étaient
encore llorissantes: v Elles entretenaient des écoles, et dans
ces écoles, la vie intellectuelle était intense, les luttes des
théologiens contre les philosophes étaient très vives... Les
juifs possédaient de grands biens, et ils avaient entre les
m lins des créances considérables (2) ».
J'ai déjà prouvé qu'il existait certainement une importante
' Treize personnes des deux sexes, pour ne citer que cet exemple, appartenant à la
famille d'un juifdc Troyes, Isaac (Châtelain, personnage riche et lettré, périrent sur le bûcher
le 14 avril 1288.
2 MA. Coville, p ofesseur à 1 Université de Lyon \ Histoire de France, publiée par M. Lavisse,
tJ ..c IV, chap. V. p. 223;.
204 HISTOIRE DE LA VILLE
colonie juive à Brie. La charte de 1208 le dit implicitement
et en même temps elle nous fixe, dans une certaine mesure,
sur l'emplacement de cette cr>lonie. Ce document établit, en
elTet, que la terre de l'Eglise de Paris est interdite aux Juifs :
ceux-ci ne pouvaient donc demeurer que sur le territoire-
appartenant au seigneur. Or, pour qui connaît l'esprit^
mercantile de la race, il est à croire que la colonie juive duti
s'établir aussi près du Marché que possible, et, précisément^
nous avons, là, deux rues, la rue des Fripiers — aujourd'hui
de la Madeleine — et la rue (îraterie (rappelant les regrat-
tiers) — aujourd'hui des Halles, qui semblent avoir été plus
particulièrement habitées par les Juifs. La tradition veut,
même, que ces derniers aient eu leur synagogue sur l'empla-
cement occupé actuellement par la maison Lépagnol. C'est
fr)rt probablement en raison de cette tradition que Ton a
donné le nom de rue des Juifs à la voie qui, jusqu'à la lîn du
siècle dernier, avait été dénommée, rue Boissanté.
« Le -21 juillet umô, tous les Juifs furent arrêtés, leurs
biens et leurs livres de commerce furent saisis d'un bouta
l'autre de la France (i). Un ne sait pas s'il y eut des résis-
tances. On sait seulement que l'opération fut faite tantdans
le domaine royal, que dans les seigneuries particulières, où
les Juifs étaient une proie d'autant plus désirable que,
jusque-là, ilsavaient été exploités avec plus de modération...
Tous les biens meubles et immeubles des Juifs furent rapi
dément inventoriés et mis en vente publique. Quelques-uns
avaient eu le temps de cacher des objets précieux ; la chasse
aux trésors cachés s'ouvrit, et la cinquième partie des trou-
vailles fut promise aux dénonciateurs. Des receveurs
centralisèrent les espèces, l'argent provenant des ventes et
les joyaux d'or et d'argent, coupes, ceintures, anneaux, etc.,
qui furent envoyés à la Monnaie, à l'exception des plus belles
pièces, réservées au roi. Les ventes d'immeubles furent
échelonnées sur plusieurs années, alin de ne pas avilir les
prix.... Plusieurs procès-verbaux d'adjudication existent
(I) On Usa, à rci^ant de> Juifs, du nu'inc procodé qui avait si parfaitement réussi avec IfS
Templiers. On sent, dans la mesure employée, la même main, celle de Guillaume deNogant,
DE BRIE-COMTK-RO!lERT
2.^5
:ncore ; ils font voir que quelques-unes des maisons, des
■écoles, des jardins et des cimetières des Juifs atteignirent un
jîrix élevé.-.. ■> (i).
La persécution ne s'arrcta pa.s là. Snus la pressi'in de la
"bourgeoisie, Louis \ autorisa les Juifs chassés du royaume
par son père à y rentrer. Mais en i32i,le irjjuin, Philippe V
les spolia de la même façon que les avait spuliés Phîlippe-
le-Bol. <i Tous les Juifs du royaume furent pris et emprison-
nés, et leurs biens inventoriés (2). » Seulement cette fois, on
ne se borna pas ù la c.mlisc^ition de ieiirs biens, ils furent
traites cumme les lépreux, dunl ju dirai plus loin quelques
mots.
On peut dire, de la sorte, que si, par une circonstance
exceptionnelle, la cnlnnie juive de Bric échappa d la pre-
mière pruscriptinn, elle ne dut pas échapper à la seconde.
Après i32i, il ne devait plus exister que le souvenir de la
juiverie briardc : c'est ici le lieu de rappeler ce texte
emprunté à un compte de recettes de In reine Jeanne, texte
que j'ai déjà cité.
i«, de M. Uvis^w. Op. cit.
206 HISTOIRE DE IJi VILLE
« Dou louage du cimetire qui fu aus juys à Braye ».
Cette simple phrase n'a-t-elle pas son éloquence ? Ne dit-
elle pas que le vent de la persécution a passé par là ? Après
ce que nous savons des spoliations de i3o6 et de i32i, peut-
il rester un doute à cet égard ? Je ne crois pas que ce soit
possible, et il me semble lire dans ces mots « le cimetière qui
filiaux juifs » comme Tépitaphe de toute la colonie disparue.
Y eut-il des « Lombards » à Brie ? Le souvenir n'en est pas
resté. Le Marché, les nombreuses affaires, les transactions
qui s'y traitaient durent cependant les attirer. Il est possible
néanmoins que leurs agents, sinon eux-mêmes, aient fréquen-
té la place, sans y faire séjour. Etait-ce l'un d'entre eux dont
on trouve, vers 1840, la trace dans les comptes de la reine
Jeanne ?
« Jehan le Cuin, marchant et changeur, qui avoit prins
pieça à droit cens une place vuide contenant le large dune
travée de la halle aus cordonengniers devant la maison au
barbier... pour ediffier massonner et mettre grant amende-
ment.... il sen est alez et ne le scet len ou trouver quil na
rien au lieu ne ailleurs que len sache et si ny fist onques riens
ne paia... »
Ce manieur d'argent, marchant et changeur, qui semble
avoir jeté, en arrivant, beaucoup de poudre aux yeux, promis
pas mal de choses et annoncé autour de lui des projets
quelques peu grandioses, qui disparaît ensuite sans qu'on
sache ce qu'il est devenu, laissant probablement derrière lui
un certain nombre de dupes, y compris le trésor de la reine
Jeanne, a un parfum exotique pouvant permettre de croire,
comme les Lombards, à une origine d'outre-mont.
Quoiqu'il en soit, et précisément parce qu'il s'agissait de
les pressurer, les Lombards furent, eux aussi, tourmentés
sous prétexte d'usure, comme on avait tourmenté les Tem-
pliers sous prétexte d'hérésie, moins cruellement cependant
que les Juifs. Jusqu'au changeur de Charles-le-Bel, le propre
mari de la reine Jeanne, Mâche de Mâches, dont les biens
furent confisqués, en compagnie de beaucoup d'autres
d'ailleurs.
DE BRIE-COMTE-ROBERT 207
Il semblait, en vérité, que les derniers Capétiens, ù. court
d'argent, se soient acharnés à tuer les poules aux (jeufs d'or
quisetaient donné rendez-vous sur la terre de France. F()lie
criminelle et cupide qui n'avait pas même pour excuse la
raison d'Etat ou le bien général, car si les rois mettaient
ainsi à la géhenne les linanciers étrangers ou cosmopolites,
ils molestaient en même temps leurs sujets français par
raltêration des monnaies. Philippe-le-Bel donna l'exemple,
dès 1295; ses fils et notamment Charles-le-Bel, qui fut, par
son mariage avec Jeanne d'Evreux, seigneur de Brie, conti-
nuèrent ses détestables pratiques. Les Valois, successeurs
des Capétiens, ne manquèrent pas aussi d'y avoir recours.
J'aurai à revenir sur ce sujet lorsque j'examinerai les
documents financiers du temps, intéressant Brie.
On voit au milieu de quelles agitations politiques, reli-
prieuses et économiques grandit la fille de Louis d'Evreux,
la future dame de Brie-Comte-Robert qui alkut être reine de
VrancQ. Ce ne fut pas tout, l'n scandale elïroyable éclata, en
i3i4, à la cour de France, scandale dont Jeanne, alors âgée
de 14 ans environ, dut assurément comprendre toute la
portée. Il en faut dire quelques mots ici puisque (Charles-le-
Bel, qui devait être le mari de Jeanne d'Evreux, y fut mêlé.
On connaît,par les romanciersetlesdramaturges, la légende
de la tour de Xesle. Une reine — la légende dit que ce fut
Marguerite de Bourgogne — attirait, chez elle, à la tour de
Xcsle, des étudiants, et, après s'être amusce d'eux, les faisait
jeter à Teau. L'un d'eux, Buridan, parun stratagème échappa
à la mort.
Mais, comme l'écrit M. Langlois, c'est là de la légende. Les
chroniqueurs du commencement du XW' siècle ne parlent
ni de Buridan, ni de la Tour de Xesle, ni d'hommes jetés à
Teau.
Les contemporains se bornent à dire que deux chevaliers
de la maison royale furent accusés d'avoir eu une intrigue
avec Marguerite de Bourgogne et avec Blanche de Bour-
gogne.
ff Interrogés, dit AL Langlois, les deux chevaliers avoué-
208 HISTOIRE DE LA VILLE
rent ; on avait alors une manière d'interroger qui eût forcé
la discrétion du plus galant homme. » Les malheureux furent
écartelés, châtrés, décapités et suspendus au gibet ; leurs
biens furent confisqués. Des complices ou prétendus tels,
nobles ou roturiers, furent, paraît-il, également torturés et
mis à mort.
Marguerite de Bourgogne fut, dit-on, jetée au Château-
Gaillard des Andelys dans une prison glacée qui la tua en
peu de temps (i). Blanche de Bourgogne, femme de Charlcs-
le-Bel (alors comte de la Marche) fut enfermée, malgré ses
protestations d'innocence, elle aussi, au Château-Gaillard, où
elle demeura pendant sept ans. Blanche était la fille d'Othon,
comte palatin de Bourgogne et de Mahaut, comtesse d'Artois.
Première femme de Chaiies-le-Bel, elle s'était mariée en
i3()8, à l\î^e de douze ans. Sa sœur aînée, Jeanne, avait
épousé, en iSoy, Philippe-le-Long. Les deux sœurs étaient
ainsi belles-sœ^urs. Impliquée dans le scandale de 1 3 14, Jeanne
avait été enfermée à Dourdan, où elle resta jusqu'en 1319(2).
En i3iG, pendant que les deux sœurs languissaient en
prison, leur beau-frère Louis X, le Hutin, mourut, laissant
un enfant posthume, Jean I, qui ne vécut que quelques
jours (3). Le bruit courut aussitôt que Louis X avait été
empoisonné. Une nommée Lsabelle, de Fiennes, et son fils,
Jean, aftirmèrent que l'empoisonneuse était la comtesse de
Mahaut d'Artois. Ils assurèrent que sur sa demande, ils
avaient fabriqué une poudre « pour tuer quelqu'un » avec
une queue de couleuvre, un crapaud, de la farine et de
l'encens (4). Cette poudre était destinée au roi.
Quant à Jean I", la même comtesse l'avait étoulTé ou piqué
d'une épingle à la tète. Une instruction fut ouverte qui
aboutit â un arrêt déclarant que Louis X était mort de sa
(1) Certains disent qu'elle y fut étranglée.
(2) Ce n'est qu'»i cette date que Jeanne, réconciliée avec son mari, reçut de lut l'hôtel de
Nesle. où veuve, elle résida jusqu'à sa mort. Klle donna par testament cet hôtel à l'Univer-
sité de Paris pour fonder le Collège de Bourgogne, a Voilà, dit M. Langlois, comment la tour
de Nesle a été mêlée, sans doute, à la tragédie domestique de 1314 ».
(3) Après la mort de Marguerite de Bourgogne, Louis X, le Hutin, s'était remarié avec
Clémence de Hongrie, dont il eut Jeanne qui se maria avec Philippe d'Evreux et devint ainsi
la belle-sœur de Jeanne, dame de Brie-Comte-Robert.
(4) Cf. Histoire de France de M. Lavisse. t. III, chap. IV. p. 210.
' DE BRJF.-COMTE-kOBERT 20.^
^ort naturelle. Cequll yade singulier en cette affaire, c'est
^^e cette Isabelle et son 111s paraissent avoir été les agents,
^Plus ou moins secrets », de Charles de la Marche (Le Bel).
Le pape Jean XXII, en effet, « en septembre iSiy, conjurait
Charles de ne pas se servir de gens suspects pour soulever
^G tels scandales. »
On conçoit, après une telle machination dirigée contre sa
'^^^re (i), quels sentiments Blanche de Bourgogne pouvait
Nourrir à Tendroit de son mari. Peut-être, aussi, Charles-le-
^e' était-il aise de provoquer cet esclandre pour faciliter
' annulation de son mariage. Ce qui est certain c'est que en
^->22, Charles découvrit, tout à coup, que « filleul deMahaut
^-f^rtois, mère de Blanche, il n'avait pu, sans dispenses,
^ev'^enir valablement le gendre de sa marraine. » Blanche fut
interrogée dans la chapelle du Château-Gaillard. Elle se
présenta devant les enquêteurs, désignés par le pape, le
^isa.g-^ riant et Tesprit dégagé. « On lui demanda si elle avait
Peiar ; elle répondit qu'elle n'aurait pas c té plus à Taise en la
^"^rnbre du pape. » Mais une autre quetion lui fut posée
qui trahit les préoccupations de son mari : «Ne croyait-elle
pas c^ yg (]h^j-|ç^ cijI; pu trouver un parti plus avantageux
9^ ol le)»» L'interroo-aloire était, au reste, une pure formalité;
'^ ri c::he devait avoir autant de hâte de quitter celui qui avait
^'^'S'^^ une accusation d'assassinat contre sa mère, que
^'*iXi— ]es de contracter une alliance plus avantageuse. A
Z^^^^^<:2 la bulle d'annulation fut-elle lancée (iq mai 1.322) que
^^ ^"^les se remaria avec Marie de Luxembourg, fille de
* 'e 1"*"-^
,. ^*- foreur Henri VII, Quant à Blanche, elle se cloîtra dans
■^^ave de Maubusson, où elle mourut en i326.
Il
Ti'cst pas inutile, même dans une histoire locale, de
r^^C^^eler ces faits bien cju'ils tiennent, de plus près, à l'his-
^^^ générale. Mais leur connaissance sert à tixer les carac-
^^ 5s, à déterminer les situations et à se pénétrer des mœurs
^^mps. En ce qui nous touche, ils ont leur importance
V^^^que, par eux, il estpossibled'avoirsurunefamille, ayant
\ ^ Nahaut, comtesse d'Artois, éttiit la propre grand'tante de Jeanne d'Evreux, dame de
'^'^^ointe-Robert. Il suffit de jeter pour cela un coup d'œil sur la généalogie suivante qui
*^TV\|.g g ^^ retrouver dans ces questions de famille un peu embrojillées. (v. p. 210.)
«4
210
HISTOIRE DE LA VILLE
00
o
•*< eo
■2 s
Q) eo
S «
o
u *c
► a
H
as
ce
<0
3
O
3
09
O
<
•a
s
o
o
ce;
a
o
ce;
H
a
tf
ce
U
OQ
a
O
O)
a:
4-
Clî
o
5
> °
CL, &£
O b
^ 3
OOQ
-Ci O
o >
SB ^ a; .^
O -. O » a> ^
j 3 p-ed —
CQ ©-«-ja
CQ CJ
® >•
5 §dS 2 a
as o 55 c g
?: « ^ 2 o. 9
-< *« u o '^ '-'
w 3 P"- o
1-3 o-^f: —
CQ C^
«4^ u
^ 3J3 ce ^
£ Q-C ^ î^ ^
£ *« X i; ^ -S
a.
1»
CQ
.0
O
I
1 "
<^QQ
Us ^
"53
,2 o
0
a
u
3
<
ce
»
Ci
-OCQ
H
0
C'a
u:
m
0
^1^
CQ
s
0
u
en
"a
co
o
o «
-«^ a
a
ce
•-s
3
O
50
£
ce ^-
-03.2
ce
•CD
o
4-
ce
s
CL
O
:;;, :i: co u w
;j H 3 « o
; = §-§!>
3
o;
> i:
o
■ . ' '- c -Û Ji — ^
-i . Q.eo=: - o
>
.0
o
I
3
> O O
OD CD
a>
cas
n
eu
-8
4-:
"G
'a
c
X
i: rv
CD
C O
U.!^
a
o
ce
-8
I-
O
X
•H
V3
X
r ■y
«ri
►I-
X
o
o
— eo •O --* ©
o 3 ^ Q£ u
-C c * c t-
CC Q. 3^ 0;
X
— X
<yJi bfl
^rt^l ,5? y t£i.^
"^— cJHt3 ^Î5-^
<-2.t^
CXûQ
" ^;i-
r-" ♦* p
, ^ co
o
u
p
s
T3
u
X
ca
o
3
73
S. a 2* 5i
- c «^ 3 «J
— , 1 ^-t oc
nJ ^. a.c
c
O
k.
3
O
23
— C
4-1 •
re fcc5
w '^
S
<. «
X 3 ce 3 = ^ 4, C -
J CT
.JJ
3 ii tlof» C O ,
^ O
f :
• O)
05 =
Ta
c
c
c
p
p,
ce
ce
3-0
es P
ce *
X-o
o
DE i3RIfc:-COMTE-ROni£RT 21 1
joué à Brie un nMe de la première importance, quelques
vues et quelques renseignements propres à permettre d'en
esquisser les individus.
Xous venons de voir, par exemple, Charles-le-Bel se servir
<^c g^ens de bas étage pour jeter à la face de sa belle-mère une
accusation capitale basée sur des opérations magiques,
^^^ut-étre, ce qui est probable, ne crut-il jamais à la culpa-
bilité de la comtesse d'Artois, mais il était de bonne foi en ce
^ui touche les incantations diaboliques. On croyait aux
sortilèges dans les classes de la société qui auraient dû être
les mieux éclairées, et Tesprit reste confondu quand on
retrouve, quatre siècles après, sous Louis XIV, dans le
incme milieu social, la pratique des mêmes absurdités.
Voici, en particulier, ce que Charles IV, alors sur le trône,
écrivait à la date du 5 juillet i326 :
« On a trouvé à Toulouse des images de caractères et de
ligures dont les détenteurs ont été menés en notre prison du
Châtelet, à Paris. Ils ont dit qu'il les avaient fabriqués pour
nouslaire mourir, sur Tordre de plusieurs personnes, entre
autres de notre cher et fidèle conseiller, le seigneur de
Villemur, neveu du pape. Mais, ensuite, ils se sont rétractés.
Il nous plaît de le proclamer. »
Comment s'étonner, puisque le chef de TEtaten était-là,de
cette affaire de Château-Landon qui fit quelque bruit sous
son règne : « Quelqu'un ayant trouvé un chat noir enterré
dans un champ, soupçonna des diableries ; un homme Jut
torturé ; il avoua qu'il avait fait manger à ce chat du pain
trempé dans le Saint-Chrême alin d'évoquer le démon ; il
dénonça un abbé de Citeaux et des chanoines qui auraient
été ses complices... »
Telles sont les mœurs du temps. Avec cette crédulité
poussée à Textrème, développée et encouragée même, par les
agents du pouvoir et les classes dirigeantes, peuvent surgir
le procès des Templiers, la persécution des Juifs, et, pour
brocher sur le tout, le massacre des lépreux qui ensanglanta
Tannée i32i. On accusa ces pauvres malheureux, objet de
pitié jusque-là, d'avoir empoisonné les sources, les vins,
HSTOIRE DE l-\ VILLE
Dt: BRItl-OOMTt-nOBKRT 2l3
fc
\es t>lés (i). Le poison dont ils se servaient était connu,
dvsait-on ! « c'était un mélange de sang, d'urine et d'herbes,
où \\s mettaient macérer des horties. » La Couronne qui
avait torturé les Templiers et les Juifs, pour avoir leurs
richesses, tortura les lépreux pour donner satisfaction aux
terreurs imaginaires du peuple. On brûla ceux qui avouaient,
on brûla ceux qui n'avouaient pas. Le bûcher était la fin de
^Iput, le summum jus de cette société bizarre où s'étalent les
^ scandales les plus révoltants et les défaillances de sens
' ■ moral les plus extraordinaires. Ce serait un spectacle hideux,
sien ne découvrait pas, sous cet appareil social, un fonds
commun de naïveté ingénue qui désarme.
Il ne nous faut pas oublier cependant que ces rois capé-
tiens, au déclin de leur race, tout cruels, tout cupides qu'ils
fussent, tout jaloux de leur autorité et tout imbus de leur
souveraine puissance qu'ils paraissent, ont introduit dans la
vie politique un facteur nouveau, inconnu jusque-là, et d'où
sortira plus tard la Révolution. Timidement, il est vrai, mais
assez fréquemment pour y voir un plan de gouvernement
arrêté, Philippe le-Bel et ses fils firent appel à des assemblées
délibérantes afin de faire ratifier leurs actes politiques. Il se
peut que ces princes aient voulu s'appuyer sur l'opinion du
€ commun » à rencontre d'une noblesse qui s'irritait chaque
jour du grandissement et des empiétements de l'autorité
royale, comme leurs prédécesseurs avaient encouragé les
< communes » contre les seigneurs et barons turbulents.
Qu'importe ! « Ce sont, comme l'écrit M. Ch.-V. Langlois,
ces rois qui ont pris l'initiative de grouper « les ordres » de
la nation en assemblées générales, » d'où sortirent les
« Etats Généraux». Ce sont eux qui introduisirent l'usage
de consulter la nation, usage si complètement oublié et
méconnu par les rois qui suivirent et surtout par les
Bourbons.
Marie de Luxembourg, la deuxième femme de Charles IV,
(i) Sommes-nous bien éloignés de cette époque, où l'invasion du choléra, en 1832, excita
les plus folles divagations ? Le peuple ne crut-il pas aussi, alors, qu'on emprisonnait les sources
et les puits ?...
'114 IllStOllîi: DM LA VILLE
mourut peu après son mariage, en 1324. Charles qui, le I!^
janvier i322, avait succédé à son frère Philippe, mortsan
laisser d'enfants mâles, voulut se remarier. Encore san
enfants (i), il se berçait de l'espoir d'avoir un héritier qui
continuât sa lignée. Cette fois, il porta ses vues sur sa-
cousine-germaine, Jeanne d'Evreux, dame de Brie-Comte-
Robert (2).
Jeanne avait perdu sa mère le 24 avril i3i i et son père en
1319. Elle était donc parfaitement maîtresse de ses actes;
sans doute elle aima son mari ; elle garda au moins durant
son long veuvage, un respectueux et touchant souvenir d^
Charles dont elle honora, en toutes occasions, la mémoire. (3^
(1) V. plus haut le tableau généalogique, p. 2lo.
(2) Sa première femme, Blanche de Bourgogne, accoucha en prison au Château-Gaillard •
d'une fille qui mourut aussitôt et fut enterrée à l'abbaye de Mauhusson où Blanche finit ^«r
jours. Sa seconde femme, Marie de Luxembourg eut un fils qui ne vécut pas.
(j) Jeanne d'Evreux fonda, à l'abbaye de St-Denis, après la mort de son mari, un services:
funèbre solennel pour lequel elle fit des donations importantes. L'inventaire du Cartulaire <^^
l'abbaye (A N. L L 1191 f* 397) contient à eet égard deux lettres intéressantes. Cesde**^-
lettres sont attachées ensemble sous un même contre scel :
(( La première est une confirmation par Jeanoe, royne de Frao^^
et de Navarre d'une part et Gilles, abbé et le couvent de Saint-DeO-*^^
de la donation naguère, faite par la dite dame Royne à la d»^^ ^
abbaye, du temps de Tabbé Guy, dune chasse d'argent doré pes^ •^^
environ 53 marcs avec toutes les saintes reliques qui sont deda ^^^ t.
savoir : une petite croix d'or dans laquelle il y a de la vraie croix
un petit tableau d'or à petites pierreries où il y a destiltresattach
la croix derrière le chef de Notre Seigneur et une petite couron
d'or à menues pierreries où il y a une épine de la sainte cojron
de Notre Seigneur.
llem douze petites bouteilles de cristal garnies d'or en chascu
desquelles il y a des reliques savoir : du précieux sang, de s
cheveux, de ses langes dont il fut enveloppé dans son enfance, de !
robbe de drap dont il *ut ceint en la Cène, de l'éponge dont il fi
abreuvé en la Croix, de son suaire, de la pierre du Saint Sépulcr
de la pierre du mont Calvaire, du lait de Notre-Dame, de ses couvres
chefs et du chef de Saint- Jean-Baptiste.
A la charge par les dits abbés et religieux de certaines prière
pour le repos de l'âme du défunt roi Charles, son mari, et elle Àiinuir
les lettres qui en avaient esté pour lors passées et accordées par bon
avis et délibération en Chapitre par le dit abbé Guy et le couvent
lesquelles n auraient pas lars été par eux grossoyées et scellées dont 1
dit abbé Gilles ayant été informa par la relation du dit abbé Guy«^
son prédécesseur, et le couvent, ils se sont obligés de célébrer ^
perpétuité et solennellement 1 anniversaire du dit seigneur ro^
Charles, le second ou troisième jour avant la Chandeleur et de fair
mémoire et oraison de lui chaque mois en faisant le service du ro
hË BRfE-dOMYÉ-t^OBÈkt 2l5
11 fallut une dispense du pape pour que ce mariage put se
célébrer, en raison des liens de consanguinité ; elle fut
accordée parle pape Jean XXII à la date du 21 juin 1324. Le
ïTiariage eut lieu en i325, mais au moment du couronnement
^G la nouvelle reine, on s*aperçut qu'une formalité avait été
^^nnise, pouvant entraîner la nullité du mariage. La céré-
'^o nie avait eu lieu sans publication préalable des bans. Il
fallut que Jean XXII confirmait, à nouveau, la première
^'^ p3en.se par une seconde lettre du 5 avril i326.
J<2anne d'Evreux fut alors couronnée reine de France le 1 1
'^^ î i326, le jour de la Pentecôte.
F^ar le testament de Louis d'Evreux, son père, elle reçut
^'^ <iot 700 livres de rente et une somme de 20.000 francs une
^^^i 5^ payée. Telle était la dot d'une reine au commencement
^^^ JCIV* siècle. Il est vrai qu'il faut y ajouter les terres et
^^^ ^maines parmi lesquels la terre et la seigneurie de Brie-
mte-Robertqui, quoiqu'on en ait dit, n'était pas comté.
^^ 'T ce mariage, la seigneurie de Bric-Comte-Robert revenait
■'' "=» Couronne, et on peut, dès cet instant, la regarder comme
^ "^^ Robert et des autres rois, fondateurs de la dite abbaye, et des
^^"^«urés en dépendant deux messes pour le repos des âmes desdits
^^^ loueurs roi et royne par chacun an pour lesquels elle donne treize
^^""^ l'es tournois de rente amorties au profit des charités à la charge
^^ faire annuellement l'anniversaire de la dite dame royne après son
^cès au jour qu'il échoira pour Tacquit desquelles deux messes
Y^^^r semaine, qui se doivent célébrer dans la chapelle Saint-Jean
^Ivangéliste, elle donne cent livres tournois de rente amorties au
^^ofit des officiers de garde de la dite église, au maître des autels
^ ^rcelle, chef cœur et pour l'entretien des ornements et d'une lampe
^^ns ladite chapelle et du luminaire de cire pour la célébration des
^ites messîs
Item cent sols tournois de rente pour ceux qui serviront les dites
^t\esses le tout montant à sept vingt seize livres de rente amortie
assise sur les revenus contenus en autres lettres de la dite dame
ï'oyne laquelle donne encore aux dits abbés et religieux une image
^e Notre-Dame d'argent doré, pesant 36 marcs et 6 onces, qui tient
Une fleur de lys d'or garnie de pierreries où il y a de son lait, de ses
cheveux et de ses couvre-chefs.
Item une image de Saint-Jean l'Evangéliste qui tient une de ses
dents.
Item une couronne d'or à 8 fleurons dont les principales pierres
du corps sont saphirs et 8 tranches de perles, chacune de 9 perles et
un balay au milieu et sont les fleurons chacun de 4 balays en un
l 2r6
llîSToïKl-: ni; i.A
VII .i.r;
^
IHfIS»!
^gjn 1
'IjMJBii fl^^l
Bu
J^B
H r
^^M^^^EI^
HwiIl (|I
<
I^^H
^i^^
^ 1
B^H
Bl
S"-
1 i
m
i,
E 1
^^■^ ni"
^H
K'i!
'4
r ^
k-?n^^^^^K||^
s
i
i
à
2ift HtsTomÈ hE t.A Ville
conséquent son fils, ne pouvait par coutume succéder ^^^
royaume de France. » C'était du même coup ouvrir Tacc^ ^"
sion au trône à Philippe de Valois, fils de Charles de Valoi ^'
neveu de Philippe-le-Bel et cousin-germain des trois derni^ ^^
rois décédés. Philippe fut proclamé régent.
Le Vendredi-Saint, i" avril i328, (nouveau style), Jean r^^ c
d'Evreux, veuve de Charles IV, accouchait à ChâteauneuJ '•
près d'Orléans, d'une fille qui reçut le nom de Blanche. DeuJ ^
mois après, le 29 mai, le régent était couronné à Reims. E ^
règne de Philippe VI, de Valois, commençait.
Le nouveau roi était deux fois le cousin germain de Jeann ^^
d'Evreux, fille de son frère Louis et femme de Charles IV, I ^
Bel, fils de son autre frère Philippe-le-Bel. Son premier soin ^
en prenant le sceptre, fut de donner à la maison d'Evreux: ^
qui avait failli faire souche de rois, un dédommagement ^
Jeanne, comtesse d'Evreux : à Philippe, son mari, il aban^
donna le royaume de Navarre d'où nous verrons sortir, sou^
peu, Charles-le-Mauvais, roi de Navarre ; à Jeanne d'Evreux^
sœur de Philippe et veuve du roi défunt, il donna les comtés
d'Angoulême, de Mortain et quelques rentes. (i) Un document:
nous dit qu'il fit plus. C'est « la confirmation, par Philippe
de Valois, de la promesse faite à Marie et à Blanche, filles de
Charles-le-Bel de mille livres tournois et d'une rente de
mille livres, en exécution de l'arrangement pris avec la reine
Jeanne, veuve de Charles-le-Bel, relativement à la succession
du royaume de Navarre (2). » Ces compensations accordées,
Philippe annexa définitivement à la couronne de France la
Champagne et la Brie (3).
(1) Le douaire de Jeanne d'Evreux montait à 16.000 livres tournois de rente annuelle. Une
partie était assise sur Château-Thierry et sur d'autres domaines compris dans le Valois
(A. N. — K. 41 n» 2).
M J. Viard, dans son ouvrage Us Journaux du Trésor de Thilîppe VI, de 'Valois (Paris, 189g,
p. 29 j publie le fragment de compte suivant : « Cepimus super Regem, sic : Decanus Parisiensis,
dominus Amisius de Aureliensis, pro expensis per eum factis pro eundo in Briam, pro assisia
dolis domine Johanne de Ebroycis, per Xll dies, pro harnesio preparando et locagio equorum,
partes in cedula curie, 24 1. 18 s. p. et tradidit compt. 55 1. 2 s. p. (Juillet IÎ29). » M. Viard
ajoute en note : « Voir sur Amis d'Orléans: GalUa Christiana t. VII col. 208-209 î «t sur sa com-
mission avec Philippes de Passelières pour l'assiette du douaire dejeanne d'Evreux : A. N. —
KK. 3, fol. 8. >>
(2) Cette pièce est aux Arch. Nat. K, 42, n» 27 (vidimus de 1350}. Elle est datée du Moncel
18 Juillet 1^4-
(î) Il s'agit ici de la Brie Champenoise et non de la Brie Française. La première avait pour
ville principale Provins; la seconde, Brie-Comte-Robert.
i
-X peine Jeanne d'Évreux fut-elle couronnée reine dô France
^ï^'une assez grosse difficulté s'éleva entre elle et l'évéque
^^ Paris, au sujet de la terre de Brie-Gomte-Robert. J'ai déjà
^r^guement parlé des droits féodaux que le Cha()itre de
^^'T'is avait sur cette terre, et, cherchant à remonter à leur
^^igine, nientionné le testament d'un comte carloVingien,
'^'^ "tienne, qui aurait pu — je crois même qu'on peut être plus
^* t irmatif — transmettre au Chapitre de Paris tous sâs droits
^^ suzeraineté sur ce coin de la Brie. Il est certain que tous
*^s seigneurs de Brie, depuis Robert jusqu'à Jeanne d'Evreux
^He-même, devaient rendre foy et hommage à l'évéque de
ï^^ris. Aucun jusque-là n'avait opposé la moindre objection
^ cette obligation féodale, si humiliante qu'elle fût. Les
^réres ou fils de roi n'avaient, durant les siècles qui venaient
de s'écouler, osé s'insurger. contre cette formalité, une des
bases, d'ailleurs, de la société féodale et des rapports entre
Vassaux et suzerains. Mais lorsque Jeanne monta sur le
#
trône de France, lorsqu'elle fut ointe par l'Eglise elle-même,
elle se considéra comme investie d'un caractère auguste qui
ne lui permettait pas d'aller plier le genou devant son suze-
rain et lui réciter humblenient la formule consacrée. Elle
résista.
Fort probablement, tant qu'elle partagea le pouvoir royal
sivec son mari Charles IV, l'évéque de Paris n^exigea pas de
Jeanne, reine de France et de Navarre, l'aveu qu'elle lui
devait comme dame de Brie-Comte-Robert. Mais il dut
revendiquer ses droits aussitôt que la mort du roi fit de
Jeanne une reine douairière. Celle-ci ne jugea pas que la
majesté royale, dont elle n'avait pas cessé d'être investie, pût
îiccéder aux demandes de l'évéque. Ce dernier, alors
Guillaume de Chanac(i), lînit par consentir à une transac-
tion, dont Guérard, dans le Cariulaire de Notre-Dame de
Paris, nous a conservé le monument (2).
0
C'est tout d'abord une lettre de Jeanne d'Evreux dont
suit la teneur :
1) Guillaume de Chanac naquit vers 1249 à Allas^ac '^Corrèze). En 1332, il .'ut appelé à
l'évéché de Paris. Il mourut en 1348, à un âge e.xtrémement avancé, comme on voit.
(2) T. III, p. 313.
HlSÎOlRE DR 1.A VlLLK
DK BPIE-COMTE-ROBERT 221
Jehanne, par la grâce de Dieu, royne de France et de Navarre à
tous ceulx qui ces présentes lettres verront, salut. Comme question
ou débat feust meuz entre Nous, d'une part, sur ce que ycelui
evesque requérait, ou nom et pour lesglise de Paris, avoir hommaige
de nous pour raison de nostrechastel et chastellenie de Braye-Comte-
Robert, et que nous li feissions le dit hommaige en nostre propre
personne, si comme nostre très cher seigneur et père que Diex
absoille,et nostre cher et amé frère, roi de Navarre et comte d Evreux,
et nos prédécesseurs l'avoient faict,au temps qu'ils estoient seigneurs
du chastel et chastellenie dessus dicts, nous disans et opposans que
pour cause de la dignité et majesté royale, nous nestions tenue à
faire ledict hommaige en nostre propre personne, mais à bailler
homme seulement lequel nous lui avions offert piéça et offrons en-
core à bailler; saichent que pour bien et paix et pour eschever plais
et contens, avons, sur ce, traité et accordé ensemble en la forme et
manière qui s'ensuit : c'est assavoir que Nous, par la teneur de ces
présentes lettres, confessons et recognoissons que nostre dict chastel
et chastellenie de Braye sont tenus en foy et hommaige du dit evesque
de I^aris, pour raison du dit evesché, et que nos hoirs et successeurs
qui auront, doresnavant, au temps à venir, la seigneurie du dit chas-
tel et chastellenie de Braye, seront tenus à faire le dict hommaige au
dict evesque et à ses successeurs evesques de Paris Et, parmi cesi
accord, le dict evesque, ou uom et pour cause de la dicte esglise de
Paris, comme dict est, a volu, accordé et se consent que Nous, en
Nostre personne, ne faisions hommaige pour la cause dessus dicte ;
ainçois li avons baillé homme, au nom de Nous et pour Nous, pour
faire le dict hommaige et autres devoirs es quiex les seigneurs de
Braye seroient tenus à faire de raison. Lequel homme le dictevesque
a reçeu pour bien de pais, sans que ce présent accord puisse porter
préjudice au dict evesque, ne à sa dicte esglise ne.â nous aussi au
f:mps à venir ou autre cas. Lequel accord nous volons et octroyons
et promettons tenir loyalement et en bonne ioy et non venir encontre
ne faire venir taisiblemcnt (i) ou en appert (2) pour quelque cause
que ce soit dores en avant au temps à venir. En tesmoing de ce nous
avons faict mettre Nostre scel à ces présentes lettres. Donné à Braye-
m
Comte-Robert le XXV'« jour du moys (en blanc (3), lan de grâce
mil CGC trente trois.
A cette lettre qui révèle nettement que le litige était pen-
dant depuis longtemps, d'où la preuve de ce que j'avançais
I , Vieux mot qui signifie : silencieusement ; à cause du mot qui suit et par antithèse
pourrait exprimer : par voie détournée.
2) Autre vieux mot qui s'écrivait plus judicieusement apert, d& aperiuf, ou\èrt; veut dire
ici : d'ur.c façon ouverte.
(3) Probablement le mois d'avril, écrit Guérard.
222 HISTOIRE DE LA VILLE
plus haut à cet égard, et qui montre aussi les tentatives
de conciliation faites précédemment par la reine, Guillaume
de Chanac réponditle 27 avril r334 par une acceptation pure
et simple.
Guillaume, par la misération divine, évesque de Paris, à tous ceulx
qui ces présentes verront, salut... Nous consentons que nostre dicte
dame ne nous fera mie en sa personne le dict hommaige pour la
cause dessus dicte. Ainçois nous a baillé homme es nom de luy et
pour luy. C'est assavoir Monseigneur Jehan de Soisy, chevalier,
seigneur de Brunoy, pour faire le dict hommaige.
Ce petit incident nous fixe bien sur l'état social de Tépo-
que. Le sentiment religieux, très vivace, n'empêche pas de
parler avec fermeté, voire avec autorité, aux dignitaires
ecclésiastiques. Le pouvoir civil a le sentiment de sa force et
sait le faire prévaloir. Nous sommes loin du temps, évoqué
plus haut à propos de Robert 1 de Dreux, où des moines se
plaignaient au roi de ce que son frère mangeât de la viande
lors de ^on séjour dans les maisons de l'abbaye. Cependant,
les fondatic)ns pieuses étaient toujours aussi nombreuses.
Jeanne d'Evreux, par exemple, au moment où elle s'oppo-
sait, comme reine, à des obligations qui ne lui paraissaient
pas dignes de la majesté royale, posait en i326 la première
pierre de la chapelle de Saint-Jacques-l'Hôpital à Paris (4),
chapelle qu'elle gratifia d'un « doigt de l'apôtre saint Jac-
ques ». Nous aurons d'ailleurs l'occasion de parler de dona-
tions faites par elle à d'autres établissements religieux.
Jeanne d'Evreux appartient, plus peut-être que tous les
seigneurs qui l'ont précédée, à l'histoire locale. Sans doute
nous n'avons pas d'elle les chartes que souscrivirent Ro-
bert II et Robert m, de Dreux, mais il nous reste de son
administration des traces précieuses, quoique malheureu-
sement incomplètes. Tels qu'ils sont, ces documents dont
j'ai parlé déjà dans les pages précédentes, en les désignant
sous le nom de Comptes de la reine Jeanne, nous fournissent
des renseignements qu'il importe de recueillir et d'examiner
à loisir.
(4) Cette chapelle a disparu en 182?. Sur son emplacement $'clèvent 4ts constructions
paiticulieres.
DE BRIE-COMTE-ROBERT
223
Le premier de ces comptes remonte à Tannée où Jeanne
d'Évreux venait de perdre son mari Charles IV. En voici
l'intitulé :
C'est (i) le compte des recepteset des mises de la terre de Brave
Conte Robert et des appartenances dicelle, dès le jour de la Chan-
deleur, l'an CCCXXVII, jusques a la Chandeleur, l'an XXVIII exclus,
tant par Jehan le Cordier, de Braye, receveur d'illeuc par certain
timps. comme par Odart de Laigny, receveur, a présent de très
haute, noble et puissant dame. Madame Jehannc d Evreux, Roinede
France et de Navarre; et compte Ten en recepte le terme de la
Chandeleur l'an mil CCCXXVU et non celui de la Chandeleur l'an
mil CCCXXVIII (2).
Charles IV étant mort le i" février 1828 (nouveau style),
c'est-à-dire le i" février de Tannée 1827 d'après l'ancienne
notation, le compte commence au jour où Jeanne d'Évreux
est devenue veuve, ce qui explique son point de départ, et
l 'intitulé dit en somme qu'il va du 2 février 1828 (n. s.) inclus
au 2 février i32g (n. s.) exclusivement.
Le détail de la recette spéciale à Brie est ainsi établi :
Recepte
Des fours de Braye amoisonnez a Jehan Tirechape de la S. Jehan,
Tan XXVIl a deux ans, pour Ixx livres parisis chascun an a III paie-
menz par an, la Chandeleur, l'Ascension et la Touz Sains : pour ce,
au terme de la Chandeleur, Tan XXVII, par Jehan le Cordier xxiij
livres, vj sols, viij deniers parisis, et tout ce qui s'ensuit a parisis.
Item desdiz fours, pour les termes de l'Ascension, ei de la Touz
Sains l'an XXVIII, xlvj livres, xiij solz, iiij deniers.
Des tonliuz, estalages et pressouer d'itleuc, ad.noisonnez a Raoul
Barat, de la dicte S. Jehan a II ans, pour ex livres chascun an, a III
p<iiemenz par an : pour ce, au terme de la Chandeleur, l'an XXVII,
par le dit Jehan le Cordier, xxvj livres, xiij sols, iiij deniers ;
Item dou dit Raoul Barat, pour les diz tonliuz, estalages et pres-
souer, aus termes de l'Ascension et de la Touz Sains, l'an XXV^III,
Ixxiij livres, vj solz, viij deniers.
Des moulins d'illeuc, tant a yaue comme a vent, bailliez a ferme a
Estienne Rougel et a Jehan Le Vannier, de la dicte S. Jehan a II
ans pour c livres chascun an, pour le terme de la Chandeleu**, l'an
(1) A. N. — KK. 3, f- 17 r.
(2) Une simple observation pour ceux qui ne seraient pas familiarises avec la notation du
temps, à l'époque. L'année commençait alors à Pâques. La Chandeleur (2 février) 1327, de
répoque, était au 2 février 1328 (nouveau style). De même le 2 février 132S est ici pour le
2 février 1329 (nouveau style).
224 HISTOIRE DE LA VILLE
XX Vil, par Jehan le Cordier. xxxiij livres, vj solz. viij deniers
pour les termes de l'Ascension et de la Touz Sains Tan XXVIII, Ix^
livres, xiij solz, iiij deniers.
De la value de xlix arpenz que prez que terres, séans a Brave e^^^^
des corvées d illec. admoisonnez a Adam Le Cordier, dePasques Ta^v: ^
XXVII à IX ans pour liiij livres chascun an : pour la Chandeleu. -•'^
Tan XX\'II, par le dit Jehan Le Cordier, xviij livres, et pour FAscen^ -•"
sion et la Touz Sains, l'an XXX'III, xxxvj livres.
De (i) Tescripture et du scel de Brave, bailliez a ferme a Perrin d^^ *^
Chastres, de la S. Jehan, l'an XX\'1I, a II ans, pour xxij livres, chas — •=^"
cun an : pour la Chandeleur, l'an XX\'ll, par le dit Jehan Le Cor "
dier, vij livres, vj solz. viij (deniers); et pour l'Ascçnsion et la Touzïs^- ^^
Sains. Tan XX\'11I, xiiij livres, xiij solz, iiij deniers.
De la value des champars, droitures, ventes et environ xxxiij solz:^^ ^'
de menu cens qui fu Monseigneur Guy de \'er, tout ce admoisonné^^ -*'
a Perrin de Chastres et a Jehan Clichier, de la S. Jehan, Tan XXVll I ^
a 1 an, pour c livres Tan : pour ce. aus termes de la Chandeleur. VanMTM.
XX\'1I, et de l'Ascension, Tan XXVI 11, sccont et darrenier tiers, Ixvj i ^--^
livres, xiij solz, iiij deniers. Et sont ces choses, exceptez les dizcens, .^ ^^
admoissonnée de novel avec le baston de la prévosté.
De la despoillede v arpenz et demi de prez,seanz a Braye, pour la
fennoison, l'an XXVIl, au terme de la dicte Chandeleur, vendue a
pluseurs personnes, par le dit Jehan Le Cordier, ex solz ;
hem, de la despoille de iiij arpenz de préz illeuc, louez à Pierre de
Bonbon, chastelain de Braye, pour la dicte fennoison, fan XXVll,
par le dit Jehan Le Cordier, a ce terme, Ixiiij solz;
[2) lient, de la value des diz préz, pour la fennoison. Tan XXV^III :
néant cy, quar il ont esté levé et despensé par Madame.
De la value de v quariierà, que pré que terre, séanz vers le moulin
de Cornilleau admoisonnez a Julien Leberchier; a ce terme, pour
l'an, par le dii Jehan Le Cordier, xxiiij solz.
De la value de Tyaue aus foulons a ce terme, pour l'an, par le dit
Jehan Le Cordier, xx solz.
Dou louage du cémelire que fu aus juys, a Braye, et d'une mé-
sonete qui est dedenz. que tenoit JehanninGramillet seur(3)ran feni
a la Saint Remv CCCXXVIII, xxiv solz.
^0 A. N. — KK, 5 f 17 V.
f2)lci se trouve dans le manuscrit, en note marg'nale, l'indication suivante : « De cetero
reddimus in precio et recuperantur in misia. »
(î) Peut être faudrait-il lire sieur pour scieur. 11 se pourrait, puisque nous sommes dans un
pays agricole, que ce Jehannin Gramillet fut un scieur de blés. Pour cette defnière profession.
on disait simplement scieur.
Ni le scieur ne va taillant
Tant de moissons, lorsque nous sommes
En este, aue toi bataillant
Tailleras ae chevaux et d'hommes.
(Ronsard, Œuvres, 446 éd. in-fol. XVl- s.)
DE BRIE-COMTE-ROBERT 22D
Des cens receus a Braye, a la Saint Remy, l'an XXVIII, Ixviij
livres, xj sols, x deniers.
Des cens d*illeuc qui fu Monseigneur Guy de Ver, a ce jour, xxxiv
solz, vij deniers.
Des cens d'illeuc. Tandemain de Noôl, Tan XXVIII, xxxiv livres,
xiij solz, viij deniers pog(ois).
Des los et ventes des diz cens, dont les parties s'ensuient, vj livres,
iiij solz, iiij deniers. C'est assavoir : primo, de Hébert llermant, pour
les sostes (i) d'unne meson partie entre lui etPerrin aus Brebiz, son
serourge, (2) qui montèrent xiiij livres, pour ce xxiij solz,iij deniers;
de Jehan Judas, pour demi quartier de terre acheté de Aliaume le fil
Preudecorps le pris de xlv solz, vente de ce, iij sols vij deniers;
ilem par la main Estienne Rogel. iiij livres, xvij solz, vj deniers.
Des esploiz de la prévosté de Braye, par la main Estienne Rogel,
garde d'icelle, depuis la Chandeleur l'an XXVII jusques a la S. Jehan
Baptiste fan XXVIII, vj livres, iij solz, iij deniers.
De la vendue d'un torel qui estoit de la Maison-Dieu, fourfait pour
ce que il vouloient queil feustbancierfsi'cjliquiexfu condampnez par
l'agent de Madame, vendu par ledit Estienne Rogel a Estienne Thi-
baut, Ix solz.
//em, de la value de la dicte prévosté, ensemble la value descham-
pars, des droitures, ventes menuz. l'eaue le Conte dicte Verrenelles,
tout ce admoisonné a Jehan Gerboust le juenne, de la dicte S. Jehan
l'an XXVIII jusques a II ans, pour viij»" x livres chascun an a III
paiemenz : pour le premier tiers dou premier an, au terme de la
Touz Sains l'an XXVIII, Ivj livres, xiij solz. iiij deniers.
Des cens des terres qui furent Alain de Lembale, a la Saint-Rémi,
iiij solz.
Delà value de la tuilerie Madame, pour Tan X.W'llI, 1'^ de luiile,
pour ce XX solz.
Summa de Braye : vj*^ xiij livres iiij deniers poug(ois).
Despense
sur la dicte recepte de Braye et ses appartenances.
Primo, A Braye, Rentes a héritage pour le dit temps :
Aus chanoines de Saint-Thomas dou Louvre de Paris pour leur
rente aus termes de l'Ascension, de la Saint-Remi et de NoCl, xxxv
livres (3).
(0 J'ai scrupuleusement respecté l'orthographe, les abréviations et signes de ce compte,
me réservant de reproduire les autres en Tangage moderne; les sortes veut dire peut-être:
les hôtes, c'est-à-dire, les locataires.
(2) Beau-frère.
fV J'ai dit. plus haut, que Robert I, de Dreux, avait fondé l'église et chapitre de Saint-
Thomas du Louvre, en leur constituant des rentes sur la dime de Brie. Cette rente fut
amortie par Robert 11, de Dreux, et sa femme. Yolande de Couci. ainsi que cela résulte d'un
vidimus de la chambre des comptes de Blois de 1400. Un arrêt du Parlement du A février 1453
fixe bien à 35 livres parisis le chiffre de la rente allouée au dit chapitre, mais Ta partage en
deux termes (20 I. a Sainl-Rcini et 15 à Noël) au lieu des trois que blipulcnt les lom, lc> de
la reine Jeanne,
1")
2'2b HISTOIRE DE LA VILLE
Aux dames de TAmour Dieu, de Croissy, pour leur rente au terme
de la S. Remv Tan XXVIII, 1 livres.
Aus moines de la Ville Nueve, en Bretaigne. pour le terme de
NoCl de l'an XXVlll, iiij«« livres.
Aux Cordeliers de Saint-Marcel de lez Paris, pour leur rente au
terme de la S. Jehan Baptiste (l'an XXV^III), xij livres.
A Denise dou Noier, pour le cens dou jardin assis lez le vielz
gué (i), pour la S. Remy l'an XXVIII, iij deniers obole.
A Simon de Laval, pour le cens du dit jardin, à ce jour, iij de-
niers obole.
A Jehan Chevry, pour le cens dou moulin de Cornilleau, à ce jour,
iij solz, vj deniers.
A Saint Ladre de Braye, à ce jour, iij solz, vj deniers.
Summa : viiij"" xvij livres, vij solz, vij deniers.
Charges a vie
A Pierre de Bonbon, escuier, qui fu chastelain de Braie, qui prant
par an xxiiij livres à lïl termes : pour ce, aus termes de la Chande-
leur 1 an XXVII, par Jehan le Cordier. de l'Ascension et de la Touz
Sains, l'an XXVIII, par Odart de Laingny, xxùij livres.
Ouvrages a Braye
Pour réparacions faites en l'ostel de Braye par Jehan le Cordier,
dont li diz Jehan a rendu les parties oies et examinées, par devant
Madame et nos seigneurs oyens lez comptes, cxix livres, vj solz, viij
deniers.
flem, pour I*^ de tuille prinze en la tuilerie de Braye par monsieur
Jehan Lange, convertie en la couverture de l'ostel de Braie, xx solz
par la relacion doudit monsieur Jehan.
lient, pour réparacion faite es fours de Braye et ou pressouer dont
les parties s*ensuient, vj livres, viij solz. vj deniers. C'est assavoir :
premièrement pour vij setiers de plâtre ach(etés) de Colin des
Préaux, converti en la réfection des cheminées des diz fours, et a
afaitier yceus, pour setier iiij solz : xxxiij solz ; — item^ pour salaire
de Jehannin Oudet, maçon, a ce faire entasché, (2) xiij solz; — i7em,
pour I'*^ mille (sic) de tuille et vj noes ach(etées) de Jehan Chalibert,
a recouvrir les diz fours, xxvij solz; — lient, pour II1<^ et demi de
(1) Il n'est pas douteux que ce jardin fût situé à Brie, bien que cela ne soit pas explicite-
ment dit. Reste à savoir ou était le vUl gué, par opposition évidemment avec le nouveau. Ce
dernier doit-il s'entendre liu gué qui a donné son nom à la rue appelée aujourd'hui rue Gam-
bctta ? J'incline a le croire. Ce gué dut être ménagé ou approprié pour permettre l'accès
direct de la place du Marché, en passant sous les murs du château. Le vieux gué devait être
plus bas, soit sur la rue de la Grenouillère, soit sur la rue des Tanneries. A mon sens, je
crois que le gué neuf (xxX. créé ou aménagé lorsque se firent les murs de la ville. J'y reviendrai
en parlant de la construction de ces derniers.
(2) Pris à la tache.
DE BRIE-COMTE-ROBERT 227
,4
late à ce ach (été) de Robin TEspicier, vij solz ; — i/ew, pour II** et
demi de clou a late a ce ach(etès) de Pierre le Page, chascun mille v
solz : xijsolz, vj deniers; — i7em, pour mestre en euvre la dicte tuille
à recouvrir les diz fours et recerchier, par Jehan Poincart entasché,
xix solz : tout ce fait par Jehan Tirechape, fermier des diz fours.
Item^ pour faire une escroe nueve au dit pressouei et appareillier
la viz dicelui par Régnant Traquant et Jehannin Briquet, charpen-
tiers, par III jours, pour chascun iiij solz pour journée et despens,
valent xvj solz. (sic) ii).
//ew, pour le merrien a faire la dicte escroe, acheté de Jehan de
Mendres, iiij solz.
//em, pour II bandes de fer a lier la dicte escroe, ij solz.
Summa : vj" vj livres, xv solz, ij deniers.
Autre despense
Pour le louier de la granche que Robert Le Cordier tient, qui est
devant le chastel, retenue pour Madame, pour faire estables, pour
demi an commençant à l'Ascension, CCCXXVIII, xx solz.
Le compte contient en outre la recette provenant des
domaines et seigneuries « rccepte du fié de la terre de la
Queue en Brie mouvent du chastel de Braye (2) et la Des-
pense à la Queue. » Commencé au folio 17 recto, il se ter-
mine au folio 18 verso du registre grand in-folio (parchemin),
comme il suit.
Pour argent que doit Jehan Le Cordier seur la recepte et des-
penses faites par lui en la terre de Braye par certain temps, de toute
laquelle recepte le diz receveur se charge cy dessus, et les a compté
par devant noz seigneurs li diz Jehan Le Cordier pour plus reccu
que despendu par le dict Cordier : Ixxiiij livres, viij solz, vj deniers.
Ces comptes furent oiz et clos le xxvj« jour de may l'an
(1) Il y a la une erreur matérielle de compte qui a échappé aux vérificateurs de la reine
Jeanne et que certainement le rédacteur ne s'imaginait pas devoir être relevée cinq cent
soixante-treize ans après. Chacun des ouvriers recevant pour son salaire Journalier 4 sols, la
dépense totale pour les trois journées de travail devait être de 24 sols ou une livre quatre
sols. Il est à croire que le rédacteur a inscrit à tort III journées de travail au lieu de II.
Remarquons, en passant. le salaire d'un ouvrier charpentier qui est de 4 sols par jour.
(2) Table du transcrit des dénombrements des fiefs tenus de Jeanne Roine de France et de
Navarre a cause de son cha.>tel de Brie Conte Robert commencé en l'année 1343 et finie en
l'année 1351 (d'après la fête de la Penthecète 154?). [A. N. K, 1058.]
Corquetaine, dit la Grand'Cour; La Bortie Fournier ; La Queue en Brie; Grisy et la cha-
r telle Saint-Martm ; ville de SouignoIIes ; ville de Mendres; Leschielle de la Queue; Brulays
es Corquetaine; les Bordes Maulavèes; ville de Champigois; Nandy et Bohay; Courbéart;
la Grosse Borne au tenoir de > andy : Montreuil près le bois de Vincennes; la Grange de
Pontaux: Roisy; Grisy et Rétale* la Noue de Friadel ; Mendres; Pontaux ; Chcvcnier et
autres: Susey, forest de Rouget; Pompisteul; Villers-le-Rigault; Maupertuis ; Charenton ;
Cully ; Bonneul; Dambevoille.
228 lIISTOIUt: l)l£ L\ VII.I.E
CCCXXIX à Béquoisel en la présence Madame la Roine monsieur
de Bouville, monsieur Jehan de S. Just maistre Simon de S Clost,
monsieur Jehan Lange et maisire Menry de Dompierre, Michiel
Pasmé et Gautier deBiau.(i)Et ainsis sera trouva escript de la main
maistre Henry de Dompierre ou roule retenu par devers la court
pour Madame.
Nous avons ainsi, pris sur le vif, un exemple de la compta-
bilité d'un domaine aussi considérable que celui de Brie-
Comte-Robert. 11 n'y manque même pas un changement de
comptable. 11 est, en ellVt, facile de voir que Jehan LeCordier
cessa ses fonctions entre le mois de février et rAscension ;
nous savons, même, d'après ce qui précède, qu'il lui restait
en caisse soixante-quatorze livres, huit sols et six deniers,
somme dont son successeur prend la charjje. Quant à Tapu-
ratinn du compte annuel, elle ne se fait point attendre.
L'exercice, — c'est l'expression dont nous nous servons
aujourd'hui — clos le premier février inclus, est examiné le
20 mai suivant, en une séance S(»lennelle, que ne dédaignait
pas de présider la reine elle-même, tenue dans une des rési-
dences favorites de Jeanne d'Évreux, à Hecoisel ou Becoi-
seau (•2).
L'intérêt de cette comptabilité en ce qui touche Brie
n'échappera à personne. Les éléments constitutifs de la
recette y sont nettement établis. Ce sont : les fours (les fours
banaux), les tonlieux (;>), les étalages (4), le pressoir (pres-
soir banal), les moulins (tant à eau comme à vent), les terres
et prés, l'écriture — nous dirions le yrcH'e — et le scel — ce
qui pourrait s'appeler l'enreg-istrement — les champars (5),
I ■ II existe à Sentcny, village ile Seinc-et-Oise, à S kil. de Bric-Comte-Robort. un écart
qui s'appelle le hameau' de BiaVi.
'2, Hecoiseau, hameau et château appartenant à M. Jos-^eau. situé sur le territoire de la
commune de Mortccrf canton de Rozoy-cn-Brie;. « L'édification du château de Bécoiseau
e>t attribuée a la reine Blanche, mère de saint Louis... devenu château royal par le mariage
de Jeanne de Navarre avec Philippe le Bel. Bécoiseau reçut en mai, en juillet et en octobre
150S. puis du 17 au 20 novembre 1508. la visite du roi de France... Jeanne d'Evreux, veuve de
(Charles IV, de 1^38 à ij^h vint résider à i-écoiscau et data de ce château des lettres et des
titres... » Promenade à travers la vdllcc du Grand-zMorin, par M. Georges Husson, Paris, l89>,
in-8^
O) Droit de place sur le marché.
4 Le mot s'explique de lui-même : c'est le droit perçu bur les marchandises étalées devant
le.s echopes.
S) il i*i>ut entendre ici le champart seigneurial, c'est-a-dire une sorte de surcens donnant
au seij;neur di{)it sur une partie dc> fruits de la terre.
IXTÉKIKL'R DE LECIISE DE BRIF-COMTE-ROSKRT
(Nef Inlérale mCriciioOiile )
DE BUIE-COMTE-ROBERT 2^1
/^^vtures (i), ventes, cens (2) et menu cens, l'eau aux foulons,
^^cien cimetière des Juifs, les exploits — nous dirions, dans
^^ certaine mesure, les amendes — de la prévôté, les lods
^^ Ventes (3), Veau le Conte dite Verrenelles,
J"ai souligné à dessein les objets de cette assiette fiscale,
^P^éciaux à Brie ; les autres sont de perception générale dans
^* >utcs les seigneuries et châtellenies. Dans les pages précé-
dantes, nous avons vu ce qu'il fallait entendre de Teau aux
foulons, de l'ancien cimetière des Juifs et même de l'eau le
Conte, dite Vernelles. Il n'y a pas lieu d'y revenir. Il va sans
dire que les recettes ainsi eflectuées étaient essentiellement
Variables. Le compte de Tannée i329-i33o (nouveau style)
nous apprend, par exemple, que les fours affermés à Jehan
Tirechape pour soixante-dix livres le furent ensuite à Jehan
Le Vanier et à Jehan Gale pour cent dix livres.
Le fermage des tonlieux, tout en restant dans les mains de
Raoul Barat, au renouvellement du bail, fut porté de cent
dix livres à cent vingt-cinq.
Le fermage des moulins passa de cent à cent quarante
livres.
Par contre, la valeur de récriture et du scel descendit de
vingt-deux livres à dix-huit.
Ces variations s'expliquent assez facilement par elles-
mêmes ; nous verrons plus tard, tant pour les recettes que
pour les dépenses, d'autres variations se produire par l'alté-
ration des monnaies.
Mais aux recettes de fond, il s'en ajoutait d'autres. J'enre-
gistrerai, de ce chef, dans le compte de 1 829- i33o l'article
suivant :
De Jehan le V annier, de Braye, pour une amende d'un appel dont
il dechci contre Jehan Chevalier, Ixs(ols).
Pareillement dans le compte de l'année i33o-i33i, je relève
les articles ci-après :
d] Redevance en nature ou en espèces due par le tenancier à son seigneur.
(2) Redevance en nature ou en argent due par le roturier à son seigneur.
(5; Ces deux mots inséparables représentent les droits seigneuriaux perçus sur les muta-
tions foncières.
2.V2 ÎMSTOrRK DR LA ViLLK
Amendes grosses a Braye :
De maistre Jehan Dechanps, doyen de Sens, pour uûfc amende
tauxôe contre lui à cau^^e de ses neveuz par la gent du Cdilsëil
Madame le 111= jour de marz CCCXXIX (1330 nouveau §tyle) à
Hraye, pour plusieurs excès, Ixx l(i\Tes) parisis, moienne monnoie,
valant à fort monnoie xlvj l(ivres), xiij s(ols). iiij d(eniers) (i).
De Rolant Dechanps, escuier. pour une amende tauxée contre lui,
ïe dit jour, par la gent dou Consueil Madame, pour plusieurs excès,
Ix l(ivres) parisis, moienne monnoie, valant à fort monnoie xl l(ivres)
parisis.
De Guiot Dcchamps, escuier, pour une amende tauxée contre lui,
le dit jour, par la gent dou Consueil Madame, pour plusieurs excès,
l l(ivres) parisis, moienne monnoie, valant à fort monnoie xxxiij
l(ivres), vj s(ols) viij d(eniers).
Quels étaient les « excès » dont s'étaient rendus coupables
les neveux du doyen de Sens pour s'entendre infliger d'aussi
i^rosses amendes? Le compte d'Oudart de Lagny ne le dit
pas, mais ce qu'il dit explicitement c'est que Toncle de ces
jeunes écervelés, qui évidemment ne prit aucune part à leurs
fnlies, fut tout simplement déclaré ce que nous dirions au-
jourd'hui (« civilement responsable » Du reste, le doyen de
Sens et ses neveux bénélicièrent de l'indulgence de la reine
Jeanne, car au compte des dépenses de la même année, on
trouve ce qui suit :
Autre dcspcnse extraordinaire à Brave, en dons et grâces faiz par
Madame :
Pour don fait par Madame, à ceste foiz, à maistre Jehan de
Champs (2), doyen de Senz, en admenuisement delxv livres parisis,
moienne monnoie. deuz pour une amende tauxée contre lui le 111*
jour de marz (XCXXIX, toute la dicte somme rendue en recepte par
le receveur cy-dessus, cy comme dou don il appert par lettre
Madame, donnée le premier jour de may CCCXXX rendue à court :
pour ce XXX l(ivres), moienne monnoie, valans à fort monnoie xx
l(ivres).
L'amende des deux ne\eux du doyen de Sens était, par la
même décision, diminuée de moitié. Chose bizarre, l'année
suivante, ces deux jeunes gens subissent une nouvelle con-
(i) J'expliquerai plus loin, en parlant de l'altération des monnaies, ce qu'il faut entendre
par : moyenne et forte monnaie.
2] ('hamp-i-sur-Mnine. canton de I agny '^Seine-et-Matne).
hk BRlk-COMTk-UOBtUT 233
damnation, car il ne semble pas douteux que Tarticle qui va
suivre leur soit applicable.
Mad(ame) Jthanne Deschamps. Simon Roulant et Guiot ses en-
fans pour plus' ieurs I excds et abus dejustice arres( ?) et prisons brisiées
et autres forfaitures, désobéissances et malfaçons, plusieurs pour
tout xij XX l(ivres).
Le compte de i33i-i332 nous fait part des méfaits repro-
chés à ces écuyers turbulents qui, cette fois, ont associé
leur frère à leurs actes délictueux et ont en même temps
attiré sur leur mère la sévérité de la cour seigneuriale ; mais
il nous dit aussi, à Tarticle des dépenses, que les amendes
prononcées contre les délinquants furent encore en partie
enlevées à la demande de «Climentede Saint-Fremin, d'Aaliz
deCourtcbraye, de Katcrine desLogesetdWalizdeChastres,
nourrices de mes jeunes dames (r). » L'examen de cette
partie des recettes n'est pas sans intérêt puisque, par elles,
il nc^us est possible d'entrevoir un coin de la vie civile du
XIV" siècle qui ne paraît pas, en somme, diderer beaucoup
de la nôtre, au moins en ce qui touche les délits et contra-
ventions.
Voici, piar exemple, Pierre de Courceaux, auquel une
amende de soixante livres est inflig-ée pour <x villenie ditedou
prévost ou de son lieutenant ». On dirait vraiment un écho
judiciaire détaché d'un journal contemporain, et ce qui accen-
tue encore Tanalogie, c'est que le condamné porte deux sur-
noms « et y est dit, pour la dicte amende, de Pierre Potelée
qar il a ij seurnoms Potelet et Courceaux ».
Du même coup, nous voyons comment sont désignés les
g-ens. Le nom de celui qui nous occupe est Pierre; mais
pour le reconnaître d'une foule de Pierre comme lui, on lui
c'(>nne un ou plusieurs surnoms tirés soit du lieu d'origine,
Soit de quelque particularité relative à l'individu. Dans l'es-
pèce, Pierre était désigné sous le nom de Courceaux, proba-
blement parce qu'il sortait de ce hameau (2) ou de Potelet,
vraisemblablement parce qu'il était d'honnête corpulence (3).
(1) Marie et Blanche, la seconde fille posthume de Charles IV le Bel et de Jeanne d*Évreux.
(2j Courceaux, hameau et ferme de la commune de Mcntereau-sur-le-Jard, canton nord de
Melun.
(3; Potelet est un diminutif de potelé, qui veut dire gras, grassouillet.
234 HiSTomn nn la viLLt^.
Un procédé analogue a fait donner son nom au person-
nage suivant que je trouve dans la liste des condamnés de
Tépoque : « De Guillot le Lavandier, qui pour I faux appel
contre Gilebert Agnier devoit Ix s{ols). » Mais, nous dit le
rédacteur du compte, le trésor de la reine Jeanne n'encaissa
qu'une partie de l'amende, « quar il est fuitiz (en fuite) et
n'i troive Ten que penre (et Ton n'y trouve que prendre) fors
que seulement xv s(ols) que li prévos de Brave en renten
son compte de ses expiez contenus en I roulle. »
Cette amende de Ix solz était la taxe ordinaire (i) du
faux appel (2). C'est ainsi qu'aux assises (3) « commanciées
le mardi après la Touz Sains (XCXXX » furent condamnés
Guillot le Lavandier, ci-dessus nommé et avec lui : Pierre de
Chastres pour un faux appel contre Pierre Gileboust; Jehan-
nin Lescot contre ^imari (sic) pour Simon Poingnart; Jehan-
nin Fouée contre Pierre Leconte ; Nicolas Repost contre le
prévost de la Queue. De même aux assises « illeuc comman-
ciées le vendredi après Lœtare Jérusalem » fut condamné
à la même amende et pour la môme cause : Jehan Lescot
contre Simon Poingnart, alTaire dans laquelle on reconnaîtra
sans peine Jehannin Lescot et Simart Poingnart. Preuve
nouvelle de l'extrême facilité avec laquelle les noms étaient
dénaturés, même dans les actes publics.
Du reste, ces amendes pour faux appel étaient rarement
maintenues, il le semble du moins. Pour les condamnés dont
(l) Ceci est dit explicitement dans un article des comptes, a De S«mon Poingnart de Pre-
gny, escuier, qui pour l'amende d'un faulx appel dont il déchus contre Pierre le Sauvage et
sa f&me, estoit mis en debte et bailliez à exploitier de Ix livres parisis. laquelle amende ne doit
monter que Ix sols pour la coustume. si comme il dit. et de ce st- doit li batUiz enformer (sic). Receu
de ce, par la main dou dit sergent auquel li receveur avoit commis à lever la dicte amende :
xl sols parisis et du seurplus néant à présent, quar li diz sergens n'en n'a (sic) peu plus exploi-
tier jusques à ores, si comme il dit. Et sera rendu es comptes ensuivans le seurplus en ce qui
en pourra venir. » Pregny est probablement, ici. pour Perigny. village de Seinc-ct-Oise à
S kilomètres de Brie-Comte-Robert.
.2) Le faux appel indique, par son appellation même, la matière ainsi jugée. Il s'agit bien,
ici, d'un appel d'un jugement ou d'un arrêt antérieur, soit civil, soit criminel. Les exemples
que je donne en sont la preuve, puisque après des causes incontestablement civiles, il est
question d'un appel contre le prévôt de la Queue, c'est-à-dire contre une de ses décisions.
(5) II s'agit ici des « petites assises» qui se tenaient assez fréquemment. Fhilippe-le-Bel
avait même fixé un délai de deux mois entre chaque session. Les a grandes assises » ne se
tenaient qu'une fois l'an. L'étendue de la juridiction des assises de Bric-Comtc-Robert était
celle du domame dont nous avons déjà eu un aperçu (V. note p. 227).
HE BRIE-COMTE-ROBERT 235
je viens de donner la liste, nous trouvons les remises sui-
-vantes :
Pierre de Chastres, le premier, est complètement exo-
néré.
Pour quitance faite par Madame à Pierre de Chaslres, de h s.
d'une amende des esploiz du baillif readue toute en recepie cy
devant sus Braye. quittez par Madame au rapori de Monsieur Guy
Poitevin, Monsieur Jehan Lange et maislre Henri de Dompierre. si
comme il appert au dos de sa supplication, scella du scel de mon-
sieur Jehao Lange et seigniée de la main du dit mcstre Henry,
escript XV jouis (xicj en may, l'an WXI, rendue à court : pour ce,
W S(0l3).
LA REINE JFANNF DEVREUX
(d'après son tombeau à Saint-Denis)
Jchannin l'ouce, un autre des condamnés ci-dessus, est
exonéré pareillement de moitié de stin amende <■ par lettre
de grâce de Madame, donnée à Braye, X' jour de février
CCCXXX, rendue â court ».
Après la débonnaireté témoignée par la reine Jeanne en-
vers les turbulents écuyers Deschamps, cette modération
dans la perception des amendes surprendra peu. lilles'e.verce
d'ailleurs à peu prés constamment pour d'autres cas.
vzarr D± Flandres.
- :i:: iaite a
z:rv.uj
.4- ■
;: 3 -Ma
1 -•
fjTtî Tir C
^r:r . =i-^ >:œ "i*^
^ X
•iT"^--
^wirr ; ;-" ar -
-î...-*--:
r- .T :. .- -rT--.Tr ^"r . •mr^'
— 1-
.. P^.^,
''w' :> ^— ,T.r— l...-*— -i^-"-'* . - ,. ;. Jrrr,
DE iJRIL-COMTE-ROlîlikT 287
A ces recettes correspondept en dépenses des sommes
égales, la reine Jeanne ayant fait aux intéressés remise de
ses droits seigneuriaux. Tels, par exemple, Jehan de Citery,
par lettre « donnée le V^^ jour de décembre l'an XXX »;
Guillaume de Meulan qui, sur les cent livres auxquelles il a
été taxé, n'est plus appelé à en payer que vingt « fait ce don
par lettre de Madame, donnée à Braye le III' jour de mars
CCCXXX, rendue à court » . Jehan le Cordier obtenait, sur sa
taxation, une diminution de dix livres, « par lettres données
a Braye-Comte-Robert^ XI jours (sic) de février. Tan XXXI et
en même temps la permission de ne payer sa dette envers le
lise seigneurial qu' u au terme de Pasques Tan XXXII. »
C'est en vain, par contre, que nous chercherions une
remise quelconque de peine pour un condamné aux assises
tenues à Brie le jour de feste Saint Père et Saint Pol, apos-
tres. Si minime que fut Tamende, elle dut être intégrale-
ment acquittée. Il est vrai qu'il s'agissait ici d'un filou, d'un
grec, nous dirions aujourd'hui, bien qu'il ne fut pas ques-
tion de cartes. Simon Ducé, c'est le nom du condamné,
pratiquait l'art de gagner au jeu et même au jeu de
boules (i).
Simon Ducé. pour ce qu'il déçut (trompa) ea son hostel et en sa
taverne Pcrrin. dit le chastefain de Braye et gaaingna grant foison
de son argent à boules plomdes et fausses : pour ce Ix s(ols).
La même sévérité était employée à l'égard de ceux qui
avaient succombé pour faux appel à l'encontre d'un agent de
l'autorité. On lit par exemple dans le compte de i332 l'article
suivant :
De Nicolas Report (un des condamnés des assises précitées) qui
doit de pieça pour Tamende d'un appel dont il dechey contre Adam
Froier (prévôt de la Queue) Ix sols parisis. Reçeu de ce, par la main
Jchannot le sergent de Bra^^e xxx sols et dou seurplus néant à pré-
sent, quar li diz Jehannoz, à qui li receveur avoit commis la dicte
amende à esploit(ier) n*en a peu plus esploitier jusques à ores si
comme il dit; et sera rendu es comptes ensuivans li seurplus ou ce
ce qui en pourra venir enz. »
(I) Le |eu de boules était en honneur à Brie. Le Boulery, emplacement particulier à ce
jeu, était situé vers la petite église Notre-Dame, sur ce que nous appelons aujourd'hui la
place Gautier.
238 HISTOIRE 1)1-: LA VILLE
On se rend compte déjà, par Taperçu qui précède, du
mécanisme judiciaire de l'époque. La juridiction première
est celle du prévôt. Au-dessus est celle du bailli qui a con-
naissance des appels contre les jugements de première ins-
tance, qui prononce sur l'application des droits féodaux « i »
et sur les causes civiles qui lui sont soumises. Le prévôt
répondait en conséquence au juge de paix de nos jours.
Aussi ne trouvera-t-on pas mauvais que je reproduise quel-
ques-unes des affaires qui s'y jugeaient. J'en emprunte
le détail au compte de l'an « feny à la Chandeleur
C(:cxxxin.2))).
De Pierre llanncqucl, commis du receveur à lever certains esplez
de la prevosté de Hrayc, du temps Jehan Chevry, j:idii garde de la
dicte prôvosté, que li diz Jehan deust avoir esploitiéz à son temps,
dont les parties sont escriptes cy après : xxiij livres iij deniers,
valent tournois xxviij livres xv sols iij deniers ob oie) poug eoisi.
Ce sont les parties des esplez de la prévosté de Braye par Jehan
(>hevry. garde d ycelle depuis la Chandeleur l'an XXII (3) jusques
à la Saint Jehan ensuivant dont mcncion est faite cy devant.
■ I ; Hn voici un nouvel exemple tiré des mêmes comptes et qui, pour ne pas toucher direc-
tement à Brie mérite cependant d'être rapporté. Dans les rachas et (juins deniers de 1353.
on lit .
I)e Artus de l'ommeuse nous aurons occasion de parler de ce personnage à propos de
Villemeneux), escuier. pour la finence du rachat de U terre de Nandy, qui venue est et des-
cendue a Perrot de Poency. escuier. fil jadiz tVu Guillaume de Poency par la mort et succes-
sion de !a mère dou dit I*errot, sœur du dit Artus, douqucl Perrot li diz Artus a le bail ou la
garde, fine par le baillif Madame ex sols.
De Denise Le Mire, p«ur le quint denier de la terre qu'il a achetée de la demoiselle de La
Tour de Boullancy, séant a Beauvcoir en Moucien (Multien';, et est tout en terre arable, le
pris de ix ^^ vj livres, vj sols tournois . pour le quint denier de ce xlvj livres, xj sols vj deniers
tojrnois valent à paris s xxxvij livres vj sols ij deniers obole. (Cet exemple prouve que. au
moins pour la se gneurie de Brie, le quint était calculé sur la valeur de la livre parists. mais
payable au fisc seigneurial er. monnaie tournois.)
De Jehan Moinart qui pour le rachat denviron viij livrées apar de terre assise à
Namdy que il tient à cause de demoiselle Jeanne, famé jadiz de feu Regnaut de Konville,
escuier, faine a présent du dit Jehan Moinart, devait xij livres, qua', pour ce que li diz
Jehans n'est mie noble, li rachat est ticrciéz. si comme le bailliz de Madame dit: receu de
ce viij livres et du seurplus néant a présent, quar ou roulle du baillif des finances des rachaz
et quins deniers finez par lui est contenu et dit que li diz Jehans ne soit contraint des iiij
livres jusques l'en ait parlé a .Madame et de la volonté Madame suz ce n'a depuis li bailliz
rieii certifié au receveur. Si en soit oïdené et commandé ce qu'il plaira qu'il en soit fait,
quar li receveur n'en peut riens lever pour la cause dessus dicte se il n'en a commandement
de Madame ou certification dou baillii. » Voila un point de droit féodal qu'il était intéres-
sant de relever.
:2) A. N. — KK ^ f iSi.
i?) L'original porte bien XXII. Si ce n'est pas la une erreur pour XXXll, il faudrait
admettre que Jehan de Chevry, prévôt de Brie, n'aurait rendu ses comptes que dix ans
après, puisque la mention n'en est faite qu'au détail des recettes de l'année finissant à la
Chandeleur XXXill. Si c'est une erreur, le mot jadis s'explique diflicilement.
DE URIE-COMTIMIOBEKT 23()
T^rimo. De Pierre Iloquerel. pour defr(aut) de gagetnent et une
amende de fausse clameur pour Marguerite La Quionne qui val
(oient) X sols, receu de ce vij sols.
De Gilei Langles. de Mandres. qui devoit xvj sols de ij amendes,
l'unne de defT(aut) de gagement et 1 autre de nit ataint, receu de ce
ix sols.
De Ancelet de Magdelene qui devoit vij sols vj deniers parisis
pour deffaut de gagement pour Jehan Le Crespe, receu de ce iij sols.
De Simon D qui devoit xv sols pour ij amendes pour Per''in
Fendicet, l'unne pour main mise à la famé du dit Perrin et l'autre
d'un ny ataint. receu sus ce viij sols.
De Perrin Monceron qui devoit xv sols pour 1 homme de hors,
pour main mise et pour I ny ataint ; receu de ce vij sols vj deniers.
De Gilet le Bergier qui devoit vij sols vj deniers pour deiïaut de
prueuve contre Jehan de Chastres, receu sus ce iiij sols j denier.
Dou maire de Monsterel (i)pour amendes quil avoit receues en la
dicte ville, xx sols.
D un homme de Monsterel pour certain héritage avenu à iMadame
par aventure de nouvel, qu'il tient à rente ou à cens, v sols.
D un homme estrainge qui avoit fait semondrc Guillaume Morel,
qui se dôlessa de sa prueuve et ne vost rien prouver et devoit pour
ce ij sols vj deniers. Receu de ce ix deniers.
Dou vallet Jehannin Cordier pour ij niz aconsuiz, xv sols.
De Olivier Le Breton pour I fausse clameur pour Perrin Labbé,
ij sols vj deniers.
De Perrot Mellée. de Varennes,(2)pour deffautde prueuveet fausse
clameur contre Jehannin Le Mercier, x sols.
Dou vallet Simon de Laval qui devoit vij sols vj deniers pour main
mise à I vallet de Ferriéres. Receu de ce vj sols iij deni'^rs.
De Jehannin Carin qui devoit pour main mise à Loys Le Ca-
vec(ier) et pour I ny ataint xv sols. Receu de ce xij sols vj deniers.
De Pierre \'arée. qui devoit xxx sols pour iiij amendes pour def-
faut de gagement. Receu de ce xxviij sols.
Item. De Jehannin Monceron pour deffaut de gagement envers
Jehan de Grantviller vij sols vj deniers.
De Auberi de Pontillois pour II gagemenz irespasséz envers Jehan
Chevalier et Jehan de S. Omer, xv sois.
De Hébert Rive pour I ny aconsui contre Jehan Lescot, dont
l'amende vaut vij sols vj deniers Receu de ce iv sols.
Dou serourge Perrin Monceron qui devoit vij sols vj deniers pour
main mise à 1 homme de hors Receu suz ce vj sols.
(I) Montreuil-sous-Bois (Seine).
(2; Varcnncs, village de Scinc-et-Oise, à 5 kilomètres de Bric-Comtc-Robcrt.
240 IIISTOIKI; DB LA VIl.LK
De Gilebert Caquier pour fausse clameur contre Teveoin Hasart,
ij sols vj deoiers.
De BeloD le Ribaude. d'une Tausse clameur pour Gilebert Caquier,
xjsols vj deoiers.
II n'est pas entré dans ma pensée, en reproduisant ces
divers documents, d'étudier l'orpanisation judiciaire de
l'époque. L'n tel travail a été abordé maintes fois et, d'ail-
leurs, sfirtirait du cadre de celle histoire. Je n'ai eu d'autre
but que de permettre au ktleur de jeter un coup d'œil sur
PLAN DE [.EMI'LACEMENT
occupé aujourd'hui par la Place Gauthier
les prétoires de la seigneurie de Brie-Comte-Robcrt. sur les
causes et les alïaires qui s'y jugeaient et en même temps de
se rendre compte de la sévérité des condamnations et de la
bienveillance avec laquelle, en général, étaient traités les
délinquants.
Ceci dit, je reprends l'examen des comptes de la reine
Jeanne en ce qui touche beaucoup plus directement la ville
et SCS habitants.
Je n'insisterai pas sur les articles de recettes que j'appel-
DE BRIE-GOMTE-ROBERT 24 I
lerai Je fondation. Tels ils sont exposés dans le compte de
Tannée kv28 que j'ai reproduit ci-dessus, tels nous les
retrouvons dans les années subséquentes. Mais à ces
articles s'en joignaient d'autres qu'il nous faut mettre en
lumière parce que nous y retrouvons des renseif^nements
utiles.
Ainsi dans le compte de kv2()-i33(), se trouve sous la
rubrique u Rachaz à Brave » la mention suivante :
De Simon de Vernoil, escuier, pour le rachat de la terre qui fu au
Hrelon de Brave, à lui appartenant à cause de demoiselle Margue-
rite la Bretonne, sa famé, la finance de ce faite en quaresme
CCCXXIX auz gens de Madame, si comfme) il appert par lettres de
Madame, données le i" jour de mars CCCXXIX, viij livres, ij sols
parisis, moienne monnoie courant ou dit temps, et viij muis, iij
mines de grain, à la mesure de Braye, les ij pars froment, la tierce
avoinne, tant pour le marc d'argent comme pour autres choses,
vendu le froment au pris de ix sols parisis moienne monnoie. le
setier, et l'avoinne ix sols vj deniers parisis, fort monnoie. chascun
setier : vaut pour tout le dit rachat, tant en argent comme en grain,
avaluô à argent sur les parties dessus dictes, la moienne monnoie
avaluée à fo t, pour ce et pour tout xl livres, vj sols, ix deniers fort
monnoie; senz ix livres sur iiij arrière fiez, lesquelles ix livres Ma-
dame li a quiliez de grâce especial par la ditte lettre.
J'aurai, en parlant des liefs, à m'occuper du Simon de
Verneuil dont il est question et je rappelerai le passage qui
le concerne. Retenons le prix du setier de froment, à la me-
sure de Brie, ainsi que celui de l'avoine. Le premier valait,
nous est-il dit, 9 sols parisis, moienne monnoie; la seconde
9 sols, G deniers, fort monnoie, 11 nous faut, ici, ouvrir une
parenthèse pour expliquer ces expressions, et en même
temps d'autres déjà rencontrées dans les évaluations moné
laires qui précèdent. J'ai déjà dit que Philippe-le-Bel avait
essayé de trouver une source de revenus pour grossir le
Trésor roval, à sec. dans rallérali<»n des mcmnaies. Ses lils
ne manquèrent pas à la tradition paternelle ; ce moyen de
gouvernement fiU plus cyniquement encore employé plus
tard par les \'alois.
(]e n'est ici ni le lieu, ni le moment de faire un historique
2_|2 HISTOIRE DE 1^\ VILLE
des émissions de monnaie alTaiblie, des retours brusques au
régime de la « bonne monnaie forte » ou « monnaie de Saint-
Louis ». La chose est du reste difficile, car « Thistoire des
monnaies rrivales, de i3c)6 a Tavènement des Valois, n'est
pas connue avec précision mi ». Mon intention d'ailleurs
plus modeste, est d'apporter à l'étude des monnaies du
XIV' siècle la part contributive fournie par les documents
que j'ai trouvés aux Archives nationales. Nous y voyons
qu'en ilvjq \'Xm} la monnaie parisis se dirisait en forte,
moyenne et faible monnaie. Le rapport entre ces monnaies
est donné par les comptes en divers endroits.
On y lit notamment que ùj livres parisis. « moienne mon-
naie y>, en valent 40 « J fort monnaie». C'est le rapport exact
de 3 à 2.
Ailleurs, il est dit que 8 livres parisis « fiieble monnaie »
valent « à fort monnaie» 4 livres. Rapport exact de 2 à i (2..
Il s'en faut, toutefois, que les compljcations monétaires
s*arrétassent-là. A côté de la monnaie parisis, il y avait la
monnaie tournois qui, elle aussi, se divisait en monnaie
forte et mr)nnaie faible. Toutefois les tournois forts n'appa-
i\; M. Ch.-V. Langlois. professeur à l'Université de Paris, dans V Histoire de France de
M. Lavisse (III, chap. v. p. 257).
'2) En tenant compte de ces constatations et en nous reportant aux chiffres indiqués ci-
dessus pour le prix du setier de froment et du setier d'avoine, nous obtenons le prix de cha-
cune de ces denrées à monnaie égale.
I.e setier de hic vendu 9 sols parisis. moyenne monnaie, vaut en forte monnaie 6 sols ; le
setier d'avoine, dans ia même monnaie la forte), se vend 9 sols 6 deniers. Si nous comparins
ces cours a ceux d'aujourd'hui, nous voyons que la même quantité de froment (un setier
se vend environ 23 francs — pour employer un chiflVe rond — et le setier d'avoine se vend
54 francs.
Au XIV» siècle, le rapport entre les deux denrées était de 24 à 58; actuellement il est de
2) a ^4: il est resté, a peu de choses prés. le même.
Quant a la valeur comparée des monnaies, elle serait, en se servant du prix du froment
comme base, comme 1 est à 83. c'est-à-dire qu'un sou parisis de l'époque (régulièrement la
vingtième partie de la livre) vaudrait 4 fr. IS de notre monnaie.
Mais il ne faut pas prendre a la lettre cette donnée. Le prix du blé est soumis à l'interven-
tion de tant de facteurs divers qu'il faut être prudent dans ces sortes d'évaluations. En
France, par exemple, il est soumis à un pours fictif à cause des droits protectionnistes : en
faisant abstraction de ces droits, l'équivalence entre le prix du 14» siècle et le prix actuel
tomberait aussitôt de i 8? à 1,50. Il importe aussi de tenir compte de causes diverses, tant
du côté de la production que du côté d« la consommation, qui peuvent modifier les prix du
moment et interdire par suite une con|paraison absolue entre la valeur des monnaies du 14»
siècle et actuelle, en >e >crvant du prix du blé comme point de départ.
DE BRIE-COMTE-ROBERT 243
naissent dans les comptes que j'examine qu'en i329-i33c^. Il
semble, à étudier les termes de comparaison, que la relation
entre la monnaie parisis et la monnaie tournois ait été de
I 2^ à 1. Cette proportion reste assez constante; elle n'existe
plus pour les cas où apparaissent les pougeois ou picta-
vines, les oboles tournois, les oboles parisis. Chaque fois,
au reste, que j'ai à citer un article en recettes ou en dépenses,
je donne les indications de monnaies portées au compte.
Alais on se rend compte, avec cette multiplicité de mon-
naies, accrue encore par le taux d'émission arbitrairement
variable, des troubles profonds que ce système économique
dut jeter dans les relations non-seulement commerciales,
mais les plus simples de la vie sociale (i). Je n'ai pas à y
insister davantage et, sous le bénéfice de ces observations,
je continue Tcxamen des recettes qui peuvent nous fournir
quelques indications sur l'époque.
l'n détail nous est révélé ainsi, au sujet de l'un des séjours
de la reine Jeanne à Brie. Voici l'article que je rencontre
dans le compte de i33r).
De la value des xj arpeoz de préz madame à Braye, de la fenoaison
CCCXXXVl, doût l'en faucha et coatira ea la maia de madame par
Pierre FrançoySi chasielain d'illeuc x arpenz et demi où il ot xiij
charretées de foins mis là en garnison pour madame en son hostel,
qui lors faisoit son séjour à B^aye, prisié l'arpent xl s(ols) et en
autele valeur repris par le receveur sus madame çn despense cy-
dessous pour garnison, pour ce xxij l(ivres) dont il dut pour les
fraiz de lauchier, contirer et mettre en grange les x arpenz et demi :
Ixxvj 8(ols) vj dfeniers). Demoure pour la value dte la depoille des
diz préz pour cest an : xviij l(ivres), iij s(ols). vjd(eniers).
Cet article se complète par un autre incorporé aux dépen-
ses, ainsi que l'annonce, du reste, le rédacteur.
Despense extraordinaire. — Garnisons illeuc : ...Pour la value
de la despoille des xj arpens de préz madame à Braye en l'an XXXVI,
tant du foing creu en x arpenz et demi des diz préz, fauchié, fenné,
(il L'imbroglio monétaire était tel que le rédacteur des comptes def n29-nio. parlant de
Tétat des moulins à eau, écrit : « Testât ou il estoient, quant il furent bailliez, fu prisiez
xxxij livres, x sols, monnoie lors courant. »> La convcrMon en tournois ou en forte monnaie
n'est même plus indiquée, tant les variîitions devaient modifier chaque fois la valeur du
munéraire.
*2^^ IIISTOIKK bt: I-A VILLE
et mis en granche à Braye pour la garoisoa de l'ostel madame,
comme de lerbe de demi arpent des diz préz, prinsc pour faire
jongiée en Tostel de madame, qui lors faisait son séjour à Hrayc.
prisié Tarpent, miz dedans les fraiz que les x arpenz et demi coustd-
rent à fauchier, fenner et mettre en granche dont les parties sont cy
après (i), xl s(ols).
Je d( »nne en m »tc, ci-dess( >us, à titre de document ciimparatif.
les dépenses Inurnies par le compte en ce qui touche cette
réc(»lte, je me demande, ici, à quoi correspond la j«.mchcc
d'herhes *.< faite en Thostel « de la reine.
(Certes, la présence de Jeanne, à lirie, est plusieurs fois men-
tionnée dans les comptes « le XXVII* jour de février Tan
XXX Je XI février Tan XXXI, le X' jour de janvier Tan XXXIl,
le Xllir jour d'avril Tan AK^C^CXXXIII, etc., etc. » : il n'est
aucunement question, à ce propos, de jonchée d'herbes. Il
faut donc qu'une circonstance particulière provoquât cette
action inusitée. Il me parait uMlede rappeler, ici, qu'à l'épo-
que de la Saint-Jean, la coutume était, outre les feux, si con-
nus, de la Saint Jean, de joncher d'herbes odoriférantes les
planchers des maisons. II y avait dans cet usage, comme dans
beaucoup d'autres, un mélange de superstition et d'hygiène.
Les herbes de la Saint-Jean (2) étaient considérées comme
douées de propriétés magiques, ayant leur intluence heu-
reuse sur le foyer et les individus: en réalité, leur épandage
sur les planchers, leur ./oz/cZ/t'É?. pour employer l'expression
Il Vt)ici comment scxpriment les comptes au sujet de ces frais.
**('/e>t assavoir pour fauchier. fenner, cnniurler mettre en meule) et mettre en granche en
lan XXXVI le foinj; «.les x arpon> et demi de pré de prcz fs/Vj madame à Brave, par Pierre
Fran(;ovs. cliastelain dilleuc . primo, pour fauchier par |ehan le fauchvur de Braye. iij sols
larpent. val ent, xxj sols vj denier» : lUm pour espendre. fenner. mettre en mûrie sic par
le dit f.iuclieur entaNche la la tache ou a forfait) xxij sols : item pour amener le dit foing de>
préz a roslfl par \v>, voitures de St. ('hîi>tophe et y «)t xiij charretées de foing, xvj sols : item
p<»ur avde> a chaisier les charretes et mettre en granche le dit foing. vij sols. Summa (total
Ixxvj ï.(»l> vj deiiier> parisis.
Les prix ci-ilessus étaient du reste, comme au;ourd'lnii. variables. Pour Tannée lî»t). par
exfmple. le fauchai»»- coûtait S >ols l'arpent. Aujourd'hui se travail se paie de 7 a 8 francs
l'arpent, suivant le cas.
le compte de n2t) nous dit en outre que «pour fenner »\ on donnait 5 sols () denier^
l'arpent In homme, employé pendant trois jours et demi à aider a charger le chariot, rtait
payé, en totalité. ^ sous. 4 deniers. Le produit de cette année fut de 22 %* chariotées de foinj;.
prisiee la <;haiiole.' xx sols»». Hn l>>2. la récolte fut île 24 charretées.
2 11 «si risle, dans la lan<j;u«*. comme un reflet «.le cet usai;e dans l'expression très courante
w l«»ules Us herbes île la Sainl-|ean »v
DF nÙIE-COMTE-ROHERT '2^?^
des comptes de la reine Jeanne, devait contribuer à assainir
les appartements. Les feux de la Saint-Jean avaient bien
pour but de purilier l'air des lieux habités !
La reine Jeanne faisait donc son séjour à Brie, cette
année, à l'époque de la Saint-Jean, c'est-à-dire aux environs
du 24 juin ; c'est, en réalité, ce que nous apprend le rédac-
IciM' des comptes par le détail que nous y relevons.
Les arpents de prés d(»nt il est question ici sont les prés
qui s'étendent le long du ru Bertin, qui portent encore le nom,
dans les lieux dits, de prés du Roi, Ils étaient administrés
directement, comme on le voit, par le châtelain — nous
pourrions dire l'intendant — de la reine. 11 en existait d'au-
tres plus éloignés « séanz vers le moulin de Cornilleau » qui
n'étaient pas toujours pour le trésor de la reine d'un heureux
profit. Nous lisons en effet dans le compte de i333 :
De la value de v quartiers, que pvùz que terres, séanz vers le mou-
lin de Cornilleau (i), que Julien le Bergier souloit tenir et les print
de piév'a avant ce que Oudars fut receveur. De ce néant, pour cest
an, quar il n'a riens ne n'y iroive l en que penre, cors ne biens ; et
pour ce deffaut a il receveur baillié de nouvel le dit héritage à rente
ou ferme à personcs plus soullisans; si en rendra l'en es comptes
ensuivans le prouffît pour le temps à venir.
Le rendement de ces cinq quartiers n'était pas considé-
rable, puisqu'il n'est porté en recettes que 24 sols par an,
mais il n'en reste pas moins acquis, d'après ce qui précède,
que le fermier s'était trouvé dans l'impossibilité de les
payer et avait pris la fuite. Ceci nous amène à parler du
moulin de Cornilleau, d'abord. En 1329, son état témoignait
de sa vétusté, d'après le texte ci-après :
Pour appareillier et mestre en estât le moulin de Cournilliau (sic^
qui par deffaut de soustenence et réparacion estoit oiseus et ne povoit
niosdre ouquel moulin Madame a les H pars et Jehan Le Cordier la
tierce : pour plusieurs missions cheues en ce dont les parties s'en-*
( I , Orthographié en d'autres parties des comptes : Cornigiiau.
246 HISTOIRE DE LA VILLE
suient cy après, à la part de Madame, iiij livres, xvij sols, vj deniers
obole (i).
Le moulin fut évalué et estime en i31>o, < vers environ la
Saint-Remi », vraisemblablement une fois les réparations
exécutées. Il fut « prisié, sur le tout », xiij livres, x sols forz
parisis. » Le salaire des experts « de ceux qui prisièrent
Testât dou dit moulin » s'éleva à 4 sols, 4 deniers (2).
Nous avons vu qu'en i32() « Testât des tnouHns à eau,
quand ils furent baillez à ferme à Jehan Aiilet et à Tirechape,
fut prisié xxxiij livres, x sols, monnoie lors courant». Le
salaire des expers fut de « v sols fueble monnoie, valans à
fort monnoie ij sols, vj deniers, que payèrent les dits fer-
miers. » Cet extrait du compte de la reine Jeanne est un
argument en faveur de la thèse que je soutenais plus haut,
relativement à Texistence, autrefois, de plusieurs moulins
sur ce point (3), puisque Testimation du moulin de Cornillot
est l'objet d'un article spécial. Je trouve, déplus, dans les
extraits suivants, l'indication de Tcxtrême ancienneté des
travaux hydrauliques exécutés pour ces moulins.
Mentionnons d'abord des répa'ations faites en i33o par
les fermiers « à la chaussée devant la borde des diz moulins »
et s'élevant à 4 sols. Ce n'est là qu'un détail. En i332, nous
rencontrons l'article suivant :
(1) Je crois utile de donner le détail des réparations effectuées ù cette époque, d'après les
comptes que j'ai sous les yeux.
*i Parties des missions faites pour le moulin de Cornilliau rapareiller. dont mention est faite
cy devant.
Primo pour le merrien à faire enchevestures, esselles pour le channel et pour les portes des
esclottoies. pour uns pangnous neuf, vj fors esselles à soustenir le molage dou planchié et
pour les cingles à cingler le channel : pour tout livré sus le leu, entasché par Jehan de
Mendres, charpentier, xl (40) sols.
lum pour mettre en œuvre le dit merrien, emboitier l'arbre, restreindre la roue et mètre le
moulin à voie, entasché par le dit charpentier, xxx (y)) sols.
Item pour XI' de clou, à cingler et restoindre la roue, ix (9) sols.
Item pour I fer, une paletc et uns toreillons nues à ce, prins de Robert le févre, xxx (50) sols.
Item pour une scrreure, I pelle garni pour le dit moulin, v (5) sols.
item pour couvrir la meson dou moulin par Gilet le couvreur, entasché, xij (12; sols.
Item pour glui à ce, par Jehan le cordier, xij (12) sols.
Item pour teille et glaons à ce, iiij (4) sols.
(2) Le moulin de Cornilleau, Cornillot est aujourd'hui la propriété de M. Thibault. Le
moulin proprement dit, n'existe plus.
(5i V. page 80.
DE BRIE-COMTE-ROBERT 247
Pour refaire I taluz de pierre seiche contre la chauciée de l'esclusc
des moulins à yaue Madame à Brayé et pour le délivrer de la
scmainne après la mi août Tan XXXII par Guillaume Piquart, maçon
Madame: c'est assavoir pour Jehan Gouas et Jehan Luquas, maçons,
à ce U jours chascun, pour chascun ij sols par jour et pour 1 ayde à
les servir par ces H jours, x deniers par jour, valent pour tout ix
sols, viij deniers.
Ces travaux d'entretien ne diraient rien si dans le compte
de i336 nous n'avions la trace de réparations plus impor-
tantes. Celles-ci touchent au canal qui conduit les eaux aux
moulins et dans le détail qui va suivre on sent que ce canal
devait à Tépoque être extrêmement ancien, puisqu'il était
presque hors de service. On sait le soin minutieux que l'on
portait alors aux travaux en général, la solidité avec laquelle
ils étaient façonnés, surtout en hydraulique où les anciens
étaient passés maîtres. 11 fallait donc que le canal d'adduc-
tion des eaux fût de date bien reculée pour être aussi en-
dommagé que l'indique l'article suivant :
Pour rappareillier et mettre à point les channieux (pluriel de
channel(i) des moulins de Braye par Guillaume Piquart, maçon
Madame, environ la Saint Marc évangéliste, l'an XXXV^I : c'est
assavoir, conreer (2) de bon conroy l'entrée de la dicte channel, cest
chaucier la terre dessouz la channel tout au lonc pour veoir par où
les galeries ou auges s en aloient et remettre bonne gloise et bonne
terre et bon conroy encontre la dicte channel; pour assembler Tare
qui est dessouz la dicte channel (3) faire les II taluz de pierre et
fonder à vif fons ; maçonner de pierre et de mortier de chaux ;
gazonncr encontre la chauciée de costé les taluz afin de mieux tenir
la terre encontre la dicte channel; mettre à point la channel qui
aboivre le moulin dessus, qui s'en aloit. et la conréer en tele manière
que elle tcnist yaue : pour tout ce faire dont les parties faites et
gouvernées par ledit Guillaume Le Piquart sont contenues en une
rédule scellée dou scel dudit Guillaume rendue à court, et en a reçu
les deniers du receveur : viij livres, iiij sols, x deniers.
(1) Nous avons encore, dans la langue, le mot chenal qui se rapproche du mot canal. Il y avait
donc plusieurs canaux ; probablement autant que de moulins.
(2) Nous disons aujourd'hui : corroyer, revêtir de conroy, c'est à dire de terre argileuse et
imperméable.
O) Il est à retenir que, d'après cette indication, le fond des canaux amenant l'eau aux
moulins était en maçonnerie.
24^^ HISTOIRi: DE LA ViLl.È
On en amvicndra : il sairit bien d'une véritable réfection
de tout le système hydraulique actionnant les moulins, et
cela me semble justifier ce que j'en disais plus haut.
Du reste, les comptes de la reine Jeanne nous révèlent u ne
administration sévère et jalouse de restaurer ou de c^^ms-
truire suivant les nécessités. C^'est ainsi qu'il nous faut enre-
ij^istrer, à coté des réparations considérables faites aux
canaux ou aux bâtiments des moulins à eau, celles qui inté-
ressent le moulin à vent (i). Il nous est resté des réparations
faites à ce dernier le détail suivant dans le compte de i33o :
Pour 1 arbre achaté de Tabbesse d'Ierre. estant au bois sur le pié,
à faire le fust d'uaae aubaleste au moulin à veut de Braye, laquelle
estoil brisiée, par Jehan le Cordier, de Braye, Ixx sols.
lieni. Four abatre le dit arbre ou bois de la dicte abbesse, char-
penter, aquarrir et aidier à chargier de son corps et pour abatre ou
bois de La Leschière (2) les armeures pour la dicte aubaleste et les
paliers, le tout fait par Jehan de Mandres, charpentier, xx sols.
Ilem. Pour amener du bois de la dicte abbesse au leu (Heu)
l'arbre dessus dict par Adam le Cordier entasché, xxviij sols.
liem. Pour amener dou bois de La Leschiôre sur le leu le mer-
rien dont Tenfist les armeures et paliers dessus diz, par le dit Adam,
entasché, x sols, vj deniers. •
liem. Pour 111 pièces de merrien d'érable à faire les rouliaux ou
dit moulin achetées de Jean Gerboust, xij sols.
liem. Pour salaire de Jehan de Mendres, charpentier, à faire les
diz rouliaux et monter et faire le paalier et la chaiére et tourner la
queue dou moulin, le tout fait en tasche par le dit charpentier,
1 (50) sols.
Ilem. Pour III chevilles de fer à coudre les rouliaux, II lians de fer
à lier la dicte aubaleste et XII alemelles de fer à la ferrer, pour tout
ce acheté de Robert Le Fôvre, xviij sols.
(1 ) L'emplacement du moulin à vent est connue de tout le monde. Il était sur le point le
plus ^levc du pays, à la cote 104 indiquée par la carte d'Etat-major, au-dessus de la Sablière.
Sur ce point se dresse aujourd'hui le réservoir des eaux alimentant la ville et le chalet
récemment construit par M. Victor Mercier. Le moulin à vent, la Tour de pierre, comme on
l'appelait au 18" siècle a été démoli il y a peu d'années. Les pierres ont servi, en grande partie, a
construire la grange de M. Derroubaix. à l'angle de la porte des Fontaines etdu boulevard de>
Fossés.
« Michel Hoube prend à bail le 24 février 1719 du sieur de Mesme, seigneur engagiste
du domaine de Brie, le moulin à vent, appelé la Tour de Pierre, une maison joignant couverte de
chaulme. etc.. » (Acte de Saint-Len, notaire a Brie-Comte-Robert — Archives notariales de
M'" Camus).
(2; Le bois ou forêt de la Léchelle,
\w. ii[(ii:-ci'>.MTi:-H(>
SCEAUX DE LA REINE JEANNE O'EVREUX
A iltjrlie :
lecu de Krant
A srneMre :
10HANNA [>E[ GSAC NA FRANGE ET NAVARRI-,
Johanna Dei gratia reijiua Fraude el Nacarit
Appi-n.fu lu don Jp Mi joyaut fait p.r U Rïinf aun CamifS itc Pariî pour la conîtruet
t (iTRASIGILI V ; lOHAWK :
UM GHA .HHilSK.R~i:iH
HT . \AVARRK.
^ l,r «igiw l(]oh.nn.) entr
200 HISTOIRE DE LA VILLE
Iletn. Pour refondre et reforgier le grand fer du dit moulin par le
dit Le Fdvre. Ix sols.
llem. Pour chômage du dit moulin par II mois qu*il a esté oiseus
pour les ouvrages et reparacions dessus dictes, par lequel temps il
peust avoir gaingnié pour les fermiers d*icelui, I mui de bl6 selonc
leur ferme et selonc se que trouve a esté par le receveur, en soy en-
f jurmant, de ce : pour ce, Ixxij sols.
Au compte de i332, nous trouvons également la mention
suivante :
Pour I rouet tout neuf mis au moulin à vent de Brave pour ce
que li viez estoit usez et despéciéz. baillié en tasche à faire à Jehan
Briquet de Braye et livrer au sien merrien, à ce et tout quérir par
lui et rendre tournant, viij livres.
Il n'était pas inutile de reproduire les détails de ces répa-
rations. D'abord, ils apportent leur contingent de renseigne-
ments sur la vie de l'époque et fournissent, comme ceux qui
ont précédé et ceux qui suivront, des indications précieuses
sur le prix des choses courantes du temps, sur les salaires,
sur les dénominations techniques. Ils nous disent ensuite
l'état des lieux, nous permettant de sonder le passé des ins.
lallations d'utilité générale et d'en déduire, en quelque
sorte, le degré de prospérité et d'importance du pays. De
ces foulons, dont il est parlé même brièvement, de ces
moulins, comme des halles que nous allons voir, du pressoir
dont il va être question, de toutes ces choses disparues,
oubliées presque, se dégage inévitablement le sentiment
que Brie était sinon la capitale de la Brie française, comme
on l'a écrit, au moins son centre économique incontesté,
comme elle était son centre judiciaire et seigneurial. Il n'est
pas trop des documents que j'examine ici pour établir cette
aflirmation, si on ne voit cette ville qu'à travers sa situation
présente.
Le laconisme, si excessif qu'il soit, des comptes que je
reproduis, nous initie aussi aux vicissitudes que traversa la
région à l'époque où en est arrivée cette histoire. Nous en
retrouverons d'autres preuves au cours du récit, mais j'en
recueille une, à propos des moulins, et je l'enregistre aussitôt.
.1 '
DE BUIE-COMTE-ROBERT 25 1
Quelques mots sont cependant néessaires. Sans vouloir faire
un cours d'histoire générale, il importe de dire que le
XIV® siècle vit commencer l'interminable et néfaste période
qu'on a appelé la guerre de Cent ans. De i337 à 1453, la
France s'est débattue contre l'étranger et contre elle-même,
secouée par des dissenssions intestines et des luttes sociales.
Est-il besoin de dire que la guerre contre les Anglais, comme
les guerres civiles, acquirent plus d'intensité autour de la
capitale du royaume, accumulant dans ses environs toutes les
hideurs qui sont, hélas! Tenvers funeste de la gloire militaire r
Xous aurons plus d'une fois à parler de ces faits ; constatons
déjà, par les comptes de la reine Jeanne, l'état profondément
troublé du pays. La sécurité était si précaire, à quelques
cents mètres des murailles, qu'on ne put, même, en plusieurs
circonstances, se servir des moulins dont je viens d'énumérer
les réparations. Si peu éloignés qu'ils fussent de la ville,
celle-ci se trouva, plusieurs fois, nous en avons la preuve,
dans la nécessité de rompre toutes communications avec
eux ; il y avait danger à aller aux moulins à eau, distants de
quinze cents mètres à peine, comme au moulin à vent situé
à moins de mille mètres. Il fallut, en effet, pour suppléer aux
moulins de l'extérieur créer un moulin dans l'enceinte même
des murailles. Deux lignes d'un compte nous le disent, mais
avec éloquence !
C'est ainsi qu'on lit ce qui suit (i) :
Autre recepte a Braye du molin à chevaux.
De la value du molin à chevaux qui a esté faiz à Brave pour les
g^uerres. assiz dedans le viez moustier. Nient ce qui est louéavecques
les autres molins et si ne faict nient que a besoing.
Donc création spéciale nécessitée par les guerres et fonc-
tionnement intermittent, quand le besoin oblige de recourir
à ce moulin de fortune. A cette constatation, il faut en
ajouter une autre dont l'intérêt ne saurait échapper.
C'est dans le riez moustier, c'est-à-dire dans la vieille
église, que fut établi le moulin à chevaux. Pour la première
I ) A. N — K K, 4 f» 56 verso.
252 HISTOIRE: DE i.A VlLLÈ
fois, un document établit nettement l'existence de ce lieu de
prières dont j'ai déjà parlé à plusieurs reprises ; il y a lieu
de considérer qu'il nous est indiqué, ici, comme étant déjà
ancien, bien qu'on puisse, dans une certaine mesure,
regarder cette expression riez moustier, comme loirique,
pour distinguer ce monument de l'église voisine qui était,
dès lors, le moiistier neuf; cette remarque trouvera sa place
lorsque je m'occuperai de l'église Saint-Eti-enne.
Nous observerons que, pour l'intérêt public, on n'hésitait
pas, dès cette époque, à désaffecter un édifice religieux, car,
de toute évidence, le vîez moustier ne put servir au culte
pendant cette période. Il fut cependant plus tard, rendu à
sa destination, comme nous le verrons par la suite. Quant
à la situation du viez moustier nous pouvons la préciser.
Cette église, indifleremment appelée la vieille ou la petite
église (i), était dédiée à Notre-Dame. Elle s'élevait, comme
(i) <t ...Item unes autres lettres faictes et passées sous le scel du dit Bray le deuxiesme jour
du moy de février lan mil quatre cens soixante et sept signées J. de Laval, en quoy appert
Marguerite femme de feu Alain Lenfant, en son vivant vigneron, demeurant au dit Bray os
nom et comme exécuteresse du testament du dit Alain Lenfant, avoir ceddé transporté et
promis garantir à la dite Eglise (l'église St-Etienne) la somme de trente deux sols parisis de
rente annuelle perpétuelle à prendre et percevoir par chascun au an jour de Saint Martin
diver (sic) sur une maison couverte de chaulme, assis devant la pttite égide du dit Bray
tenant d'une part la grand rue et d'autre part aux murs de la fortiffication de la ville du dit
Bray. »
« A tous ceulx qui ces présentes verront, Jehan de Villeneur prévost de Biyc-Conte-Robert
et Michel de Buz garde du scel de la dite prévosté, salut. Scavoir faisons que par devant
nous, garde du dit scel des sus nommé de par monseigneur le duc d'Orléans, de Milan et de
Valois, conte de Bloys, de Paris et de Beaumont, seigneur d'Ast et de Coucy, vint et fut
présent en sa personne Jehan de la Forge, tonnelier, demeurant k Grisyl equel âc bonne volonté
à ce non contrainct recogneut et confessa avoir renoncé et renonce par ces présentes à tout
et tel droit portion, nom, raison, action, cens, saisine, seigneurie, propriété, possession et
autre droit généralement quelconque que icelly Jehan de la Forge a et peut avoir, peut ou
pourrait demander et réclamer ores et pour le temps a venir et ce sur une maison couverte
de chaume, court, aisance, lieu, pourprins et accint ainsi que le tout se comporte séant au
dit Braye en la rue aux frappiers droit et à l'oppositc (en face) du petit moustier du dit lieu de
Uraye, tenant d'une part à la dite rue aux frappiers et d'autre part aux murs de la fortiffication
de la dise ville de Braye. aboutissant d'un bout à Jehan Aubin à cause de sa femme et
et d'autre bout à une place et maison qui fut Jehan de Courdon, mouvant de mondit seigneur
le duc d'Orléans...» (28 août 1483). Le 19 décembre 1484, a Jehan Serbonne l'aisné, vigneron,
demeurant au dit Braye-Conte-Robert... gonfesse avoir pris et retenu à tiltre de cens... de
Michel Maillet ou nom et comme mareglier de l'église parochial Mons. Saint-Estienne du dit
Braye... une maison contenant deux travées... séant au dit Braye devant le Boulery, qui naguère
fut à Jehan de la Forge et paravant à Alain Lenfant, depuis appartenant à ladite fabrice,
tenant d'une part à la rue aux frapiers, d'autre part aux murs et fortifficacion de la ville,
aboutissant d'un bout à Jehan Aubin à cause de sa femme paravant femme de feu Alain
bt BRIE-COMTE-ROBERT 2b3
rindique le plan que Ton trouvera plus loin, sur la place
appelée aujourd'hui place Gauthier, parallèlement à l'église
Saint-Etienne et tenant par son chevet aux maisons dans
l'une desquelle se trouvait l'école, de là le nom de place de
r ancienne école, qui fut donné à ce coin de la ville lorsque fut
démolie l'église Notre-Dame et disparut le cimetière attenant.
Il est singulier que l'abbé Lebeuf, d'ordinaire mieux ren-
seigné, ait pu écrire à ce sujet : « Les anciens prétendent avoir
«»uï dire à leurs ancêtres que dans la place qui est au cou-
chant devant lagrande église d'aujourd'hui, (ce qui est inexact
car cette place serait alors le parvis Saint-Etienne et non la
place Gauthier) il y avait autrefois une autre église parois-
siale avec un cimetière contigu. Ils ont vu l'un des deux
pignons encore existant, avec une maison aliénant dile Van-
cienne école,.. Des titres, anciens déjà d'un siècle, parlent de
maison tenant à l'ancienne église, une ruelle entre deux... On
ne se souvient pas de quel saint cette vieille église portait le
nom. L'abbé Chastelain (Voyages 7nanuscrils) marque dans
le détail qu'il fait des églises de cette petite ville : Une 1res
ancienne chapelle ruinée, près le cimetière qui joint la
paroisse. »
Cette tradition, à laquelle l'abbé Lebeuf fait une simple
allusion était cependant bien vivace puisque, vingt-cinq ans
après lui, je la retrouve, fort nette, dans un inventaire des
titres, papiers, etc., appartenant à l'église Saint-Etienne,
I. enfant et d'autre bout aux hoirs feu Jean de Courdon, mouvant de mons'le duc d'Orléans. *♦
Archivei communales de Brie-Comte-Robcrt). 11 s'agit évidemment, dans ces trois docu-
rn:rnts de la même maison que l'on désigne tantôt comme placée en face de la petite église
1j petit moustier , tantôt devant le Boulery. D'où cette conclusion que le Boulery touchait
1 I petite église, comme l'inilique le plan, page 240.
hntin le ig décembre 1579. Jean de Beaurouvre, clerc de la prévôté de Brie-Comte-Robert.
rw"(;oit des lettres passées par w Regnault de Bréban exécuteur testamentaire de feu Godefroy
lie Faignëres, jadi> escuier. délaissant .i la dite Eglise (St-Etienne) demi arpent de terre pou»"
foniposicion faite aux marriglier «t paroissiens de la dite église et fabricc du dit braye de la
tbusse et enterrement d'ycelluy Godefroy qui seroit inhumé au pttit moustier, devant lostcl (Àc)
Notre Dame. » *
D'autre part, on lit dans les archives de letat-civil de Brie-Comte-Robert, à la date du 4
octobre 1565 : a ...Geneviève Duchemin, femme de François Flanche, veut être inhumé au
p^'tit cymetière de la petite église (?<Qotre-^ame. »
Nous voyons, par ces citations diverses, que le \iei et le petit moustier. la petite église
et lVçli>e Notre-Dame sont une seule et même chose.
2D4 HISTOIRE DE LA VILLE
dressé le 28 octobre 1774. Voici ce que contient, à ce propos
ce document : « Il paroit qu'il y avoit, au pardessus de la
grande Eglise qui subsiste, une petitte Eglise que la tradition
nous apprend avoir été située dans la place Saint-Etiennt. (i 1 »
Il ne peut, donc, y avoir aucun doute sur l'existence, le
vocable et remplacement du riez moiisiier.
L'examen du plan (v. p. 240) fournit l'indication de la
disposition des lieux, L'église Notre-Dame, la petite église,
n'est séparée de l'église Saint-Etienne que par une rue, la
rue du Mousticr (2), aujourd'hui rue de l'Eglise ; à côté est
le Boulery, « D'une place que l'on dit le bouleri auprès lu
viez moustier ; d'une place vuide séant au bouleri devant le
viez mousticr » dit, en deux articles dilïércnts, le compte du
douaire de la reine Jeanne, de 1364.
Le Boulery est évidemment le jeu de boules ; mais, d'après
ce qui précède nous voyons que les seigneurs ne dédaignaient
pas de faire état dans leurs recettes du produit d'un impôt
prélevé sur les amusements du peuple. Le même compte, en
elTet, porte un autre article afférent à la quillerie, (3)
« De la valeur de la quillerie de Braye que Guillaume le
Reconnuel tenait laquelle les hoirs du dit Guillaume tiennent
à présent... De la value d'une place à prendre qui souloit
estre louée pour jeu de quille. Nient qar l'en ne venne qui la
la veille louée. »
Ici, ijne remarque s'impose. Comment se fait-il que ces
éléments de recettes fie figurent pas dans les comptes précé-
dents } Il n'est pas possible d'admettre que le jeu de boules
et le jeu de quilles fussent devenus subitement des distrac-
tions courues des habitants. Si, d'autre part, la coutume
était ancienne, croit-on que les administrateurs du douaire
(I; Ce nom a été quelquefois donné à la place Gauthier. Le parvis Saint-Etienne s'appdait
place du Moustier.
(2) Il est à présumer que cette portion de la rue du Moustier devait être, à l'époque»
uniquement réservée aux piétons. Les charrois allant ou venant à la porte du Moustier
devaient passer soit par la rue des Frapiers, soit par la rue des Piliers.
(3) Il s'agit ici du jeu de la quille au bâton, que nous verrons, plus tard, installé sur la place,
appelée aujourd'hui, place des Minimes. Peut-être la quillerie occupait-elle, déjà, cet emplace-
ment.
DE BRIE-COMTE-ROBERT 255
de la reine Jeanne soient restés si longtemps sans en retirer
profit > L'explication me parait assez simple.
J'ai déjà dit que le territoire de Brie, de la ville même de
Brie-Comte-Robert, se partageait entre le chapitre de TEglise
de Paris et le seigneur. J'ai laissé pressentir que, peu à peu,
l'Eglise de Paris aliénerait les biens qu'elle possédait dans
et autour de Brie. En attendant que la chose se vérifie pour
les propriétés ecclésiastiques devenues fiefs particuliers,
constatons que, par une extension naturelle, le seigneur de
Brie s'annexait, dans la ville, le domaine du Chapitre. C'est
ce qui résulte du contrat d'échange suivant publié par M.
J. Viard, dans un ouvrage récent (i).
Philippe, par la grâce de Dieu, roy de France, savoir faisons à tous
présens et avenir que nous avons veu unes lettres scellées des sceaux
de nostre chiére dame et cousine la royne Jehanne de France et de
Navarre et de noz bien amez le doien et le chapitre de Nosire Dame
de Paris, desquelles la teneur est telc.
Jehanne, par la grâce de Dieu, royne de FVance et de Navarre et
nous, doyen et chapitre de léglise de Paris, savoir faisons à touz
présens et avenir que nous, pour granz et évidenz proffiz, avons
entre nous escangié (2) et permué certaines lettres et rentes que
nous avions eu lieux ci-aprés esclarciz (3), en la manière qui s'ensuit.
C'est assavoir, que comme nous, royne devant dite, eussions de
nostre conqueste en la ville de Dampmari de lez Lagny sur Mar-
gne (4), ou terrouer et appartenances delà dite ville, certaines renies
et revenus, assises tant en terres, préz, vignes, deniers, justice
moienne, basse, fiez, hommaiges et autres choses que nous avions
achetées de monsieur Symon de Ilautevenz, chevalier, et de sa
femme, ainsi comme es lettres du dit achat est plus à plain contenu,
1) M. J. Viard, 'Documents parisiens du règne de T'hiUppe VI de Valois ; A. N. (J) 75 n* 435.
1) Hchangc.
.V; ExpliquéN, détaillés, indiqués.
4 1 D.impmart est une commune de l'arrondissement de Meaux située à ? kilomètres de
Lagny, son chef-lieu de canton. M. Lhuilier, dans l'Almanach Le Blonde! (1891. p. IIÇ) a
ni'ïntré que trois seigneurs principaux se partageaient ce territoire : l'abb*; de Lagny, le roi
et l'iigliie de Paris. Par l'acte que M. Viart publie, on coit que Jeanne d'Evreux avait acquis
cette demi Te part de seigneurie de Simon de Hautevenz, chevalier, pour la céder à l'Eglise
d; Paris. L'acte ci-dessus estime à 83 livres parisis de rente par an le revenu de cette part de
seigneurie au XIV» siècle. Au XV», nous dit M. Lhuilier, le revenu était de 200 livres, d'où
il fallait déduire le gro.> payé au curé, en grains et en vins.
250 HISToiRi: \)E LA VILLE
tout tenu en foy et hommai^e du roy notre sire ; lesquelles rentes
ont ait prisiécs et estimées par de bonnes gens, cognoissanz et
esprouvez en teles choses, à quatre vins trois livres parisis de renies
par an ; et les dits doyen et chapitre eussent, en notre ville de
Braye-(vOmte Robert, certaines rentes admorlics appartenanz à
l'ofHce des heures de la dite église ; c'est assavoir : un four bannier.
le minaige, le tonluy, molles, creus, genz, justice et autres choses
qui semblablement ont été prisiées et estimées par de bonnes genz
saiges et expers en teles choses à cinquante cinc livres parisis de
rente : et lesquelles rentes yceulx doyen et chapitres nous ont
baillées et transportées en nous par tiltre d'eschange Nous, en
recompensation de ladite rente, leur avons baillé et transporté,
baillons et transportons en eulz perpétuellement à cause du dit
eschange cinquante et cinq livres parisis de la dite rente que nous
avions en la ville de Dampmart.
Promettons la dite terre et rentes faire admortir par le roy en tele
manière que les diz doyen et chapitre les puisse tenir à touz jours
mais franchement et paisiblement, si comme la terre qu'ilz avoient
en la dite ville de Braye, ils ont touz jours tenu et tenoient franche-
ment comme admortie
Ce fu fait et donné à Bray Contre Robert le Vl*" jour de juing l'an
de grâce mil ccc quarante six (i).
(^e document, en confirmant tout ce que j'ai dit, au sujet
du partage du territoire de Brie entre le seigneur et TEg-lise
de Paris, fournit la date exacte de la dispariti(jn de ce
dualisme, et il explique en même temps pourquoi les admi-
nistrateurs du douaire de la reine Jeanne font état, dans les
c
recettes, du produit du Boulery et de la Quillerie, d<.)ut il ne
disaient mot auparavant. La meilleure preuve de ceci est
dans le compte de i3(J4 dont nous avons déjà parlé. Compa-
rons sa rédaction, pour un de ses paragraphes, avec celle
d'un compte antérieur. Xouslisons, dans ce dernier, à propos
des fours : « des fours de Braye. de la value des fours de
Braye ». Dans le C(;)mpte de k^0_|. ce même article est ainsi
libelle : «< de la value des i^rans foLirsde braveet deshanniers
qui sont a madame et qui auparavant furent aux doyen et
chapitre Xostre Damede Paris. » Si donc aux comptes de rSiq,
il est ajouté dans le chapitre des recettes, les fours ban-
I \.c vivlinius \\c Philippe VI est date du bois de Vinceiines, le :o juillet l 540.
DE BRIE-COMTE-ROBERT 267
niers (i) aux fours seigneuriaux (2), par suite du contrat
d'échange entre la reine Jeanne et le Chapitre de Paris, on
peut dire que les articles concernant le Boulery et la Quillerie
y figurent pour la même raison. Les droits provenant de ces
jeux appartenaient auparavant au Chapitre cornme le sol sur
lequel ils étaient pratiqués ; par le contrat ci-dessus, ils
étaient devenus la propriété du seigneur. Nous verrons la
même chose se produire pour le marché qui se tenait sur la
place, appelée successivement: place du marché aux pou r-
ceaulx, place royale et aujourd'hui place de riIôtel-de-Ville.
11 nous est ainsi possible de nous rendre compte de l'étendue
et de la position respective des propriétés du seigneur et du
Chapitre de Paris, à Tintérieur même de la ville.
Une chose apparaît, en tout ceci, indiscutable : c'est que
si les fours ne furent pas, tous, dès l'origine, la propriété du
seigneur de Brie, on n'en saurait dire autant des halles et du
pressoir banal. Là, on rencontre, dans les comptes que
j'analyse, des détails significatifs. Dès 1327, des réparations
sont faites à ces deux établissements ; nous l'avons vu pour
le pressoir (v. p. 226). En i33o, le pressoir, déjà vieux, néces-
site l'exécution de nouveaux travaux.
Ouvrages à Braye en cas de nécessité (3) :
Pour descendre et mètre jus la taille de la maison du pressouer
de Braye à ce que l'en peust remetre à point les chevrons de- la dite
maison, là où mestier estoit, et ycelle maison relater et recouvrir
(1) Ces fours banniers, appartenant à l'Eglise de Paris, étaient situés non loin de la porte
du Moustier. Il est à peu près certain que le nom du fief du Four n'a pas d'autre origine.
Le fief du four assis sur les fossés de^rye, dit un aveu du 26 février 1^1, comprend... une place où
jadis pouvait être le four bannier de ce fief assis sur les fossés de Brie près la porte du
Moustier, etc., etc., et dans un acte du 3 janvier 1649, dressé par Dooguet, notaire à Brie,
( \rch. notar. de M* Camus), on voit que Marillac loue à Jean Le Cac, maître maféchal, une
maison sise aux faubourgs de Brie appelée la maison du Four, proche la porte du Moustier...
(2) Le four seigneurial était à l'origine, amsi que je l'ai expliqué (p. 103) en face du
château, dans la rue appelée aajourd'hui rue du Marché. Voici une déclaration du 29 juin
1488 que Ton trouve aux archives communales de Brie-Comte-Robert: « Jehan Germain,
praticien en court d'église à Paris, fils de Charles Germain, bourgeois de Paris, et Marguerite,
sa femme, sont propriétaires d'un tiers, par indivis, d'un jardin, maisures et bien assis devant
le chasiel, tenant d'une part aux foussez et d'autre part aux vielz fours et pladoye du chaste). ^
Il ne saurait y avoir de doute sur cet emplacement car la déclaration précitée lui donne
comme détenteur « Casin Richard et sa femme » dont le jardin attenant était, à la même
date (15 octobre 1420) aasssis en la rue du Lhastel, aboutissant à la rue qui descend à la porte
des fontaines.
(3) Nous pourrions traduire . indispensables.
»7
26l> histoire de la ville
les 26 étaux. Cette remarque a son importance lorsqu'on sait
avec quelle méticulosité procédaient les gens de l'époque.
Il en est de même des étaux à drapiers. Il est parlé de six,
refaits à neuf ; il en existait peut-être d'autres.
Ces chiffres sont à méditer. Je sais bien qu'il ne faut pas
entendre le mot étjl comme désignant absolument une bou-
tique particulière. Un étal était autrefois une longue table
sur laquelle étaient exposées les marchandises en vente dans
les marchés. Le même industriel pouvait donc avoir en sa
possession plusieurs étaux suivant l'importance de ses affai-
res. On ne peut donc pas dire de ce qu'il y avait au moins
vingt-six élaiix de bouchers, qu'il y eut, à Brie, au 14* siècle,
au moins vingt-six commerçants en boucherie. Ce ne m'en
paraît pas moins un indice du développement considérable
de la ville de Brie à cette époque. La Grande Boucherie de
Paris (i) ne comptait que 3 1 étaux, au i3' siècle (2); sur la rive
gauche de la Seine, au bourg Saint-Germain, il n'y avait que
19 étaux. Il est vrai que le dauphin Charles autorisa l'établis-
sement de six étaux près la porte Baudoyer, que les Tem-
pliers avaient deux étaux, Tévêque de Paris, un étal, et qu'il
faut tenir compte des boucheries peu importantes de Sainte-
Geneviève, du Petit-Pont et du bourg Saint-Marcel. Il ne
parait pas que le nombre des étaux de bouchers à Paris
dépassât à l'époque lechiffre d'une centaine. Dulaure estime,
d'après un manuscrit de Philippe-le-Bel, la population pari-
sienne y compris les faubourgs à 49,1 10 habitants (3). Il est
entendu que ce chiffre n'est qu'une approximation, peut-être
exagérée. Réduisons-le à 40,(:kX). En raisonnant toujoursavcc
une approximation relative, nous aurions ceut étaux de bou"
cher pour quarante millésimes. Brie Comte-Robert comptant,
nous venons de le voir, au minimum vingt-six étaux, sa
population au 14" siècle — faubourgs compris — devrait pro-
portionnellement être évaluée à io,40(::) âmes, en s'en tenant
(I; Elle était située au nord du Grand Chàielct, et désignée aussi sous les noms de Bouche,
rif Saint-Jacques, du Grand Chatelet et de la porte de Paris.
(2) Les étaux de la Boucherie St-Jacques appartenaient à dix-neuf familles de bouchers en
1260 (Larousse 1.
(3) Histoire de Paris, tome III, p. 252.
DE BRIE-COMTE-ROnEnT 26 1
i restimation la plus faible. Je n'hésite. pas à dire, qiie, Brie-
IIomte-Robert eût-elle atteint à cette époque un degré de
;>rospérité inouï, il serait excessif de lui attribuer, à une date
quelconque de son histoire, un tel chiffre de population.
Mais, il ne faut pas oublier que cette ville était le centre éco-
nomique du pays, qu'il s'y tenait des marchés d'une impor-
tance considérable autant comme affaires traitées que comme
Liftlux de population, que vraisemblablement toutes les
paroisses environnantes y venaient s'approvisionner, qu 'enfin
le séjour de la reine Jeanne devait entraîner celui d'un certain
nombre d'officiers et de serviteurs, dont il faut tenir compte.
Le nombre considérable des étaux me paraît devoir être
retenu surtout comme une preuve de l'activité commerciale
de Brie, de son développement et de sa richesse relative. Car^
il ne faut pas s'y tromper, les halles devaient être très fré-
quentées et il devait s'y réaliser de grosses affaires.
La recette de i364 nous donne une indication dont il faut
tenir compte dans une certaine mesure. On y lit :
De Deoiset Saoulet, tondeur (i), pour une travée en la halle aux
merciers de les Hostel Dieu et autres aisemens. . . pour xxx sols par
an, paiables à II termes, etc. etc.
Le loyer des seize étaux de boucher du bourg Saint-Ger-
main, à Paris, s'élevait à 20 livres parisis en 1374 (2), c'est-à-
dire que le loyer de chaque étal était de 25 sols. Sans faire un
rapprochement trop immédiat entre la citation ci-dessus et la
donnée qui nous est fournie sur le prix de location d'un étal
à Paris, nous voyons cependant que la valeur locative de l'un
et de l'autre était presque équivalente, en négligeant la diffé-
(i) Il s'agit ici assurément d'un tondeur de drap. Les halles de Brie abritaient donc d'autres
corps de métier que ceux énumérés dans le compte de n30 que j'ai donné ci-dessus. Elles
devaient, en réalité, servir à tous les corps de métier. Les tondeurs de drap ne pouvaient,
suivant les usages de l'époque, être mêlés aux drapiers qui font partie de l'énumération de
Ï3Î0.
« Que , aucun des diz mestiers de parmenterie et tondeurs de draps a seque table ne
s'entremettent de vendre ne acheter drap » dit l'Ordonnance de 1409. Il leur était donc
assigné une place spéciale et. à raison même de leur travail ce n'était pas un étal qu'ils '
occupaient, mais une travée, c'est à dire l'espace nécessaire à leur industrie. D'où cette
conclusion que leur halles ne servaient pas uniquement de magasin de vente, mais de centre
industriel autant que commercial.
(2) Essai sur l'organisation de l'industrie à Paris aux Xlll' et XIV" siècles, par M. Gustave Fagniec.
2(W
IlISTOtRK DE LA VII.LE
rencc en faveur de l'état de Brie. Il existe, à coup sûr, une
relation naturelle entre la valeur locative, l'achalandage et le
bénéfice qu'en peut retirer le marchand. La remarque con'
duirait en conséquence à regarder un étal de Brie-Comte-
Robert comme égal en importance à un étal de Paris. La
constatation méritait d'être laite si l'on songe à la difTérence
entre les deux villes, l'une capitale du royaume et l'autre
chef-lieu d'une simple châtellenie. Elle me parait tout en faveur
de l'extension commerciale prise alors par Brie et dont rien,
aujourd'hui, même de loin, ne saurait rappeler le moindre
souvenir.
PLAN DE LEMPLACEMENT DES HALLES (i)
occupii aujourd'hui par dus maisons particulières
L'emplacement des Halles à Brie est bien connu. Il est
limité aujourd'hui par la rue des Halles, qui s'appelait rue
Graterie. par la rue de l'Eglise, qui portait le nom de rue du
Moustier, par la rue des Canettes, la place du marché et la
DE BRIE-COMTE-ROBERT 203
place des Halles qui touche à l'ancien Hôtel-Dieu. Ce serait
de ce côté que se trouvaient, d'après la citation empruntée
aux comptes de i364, la halle aux merciers et le tondeur
Deniset Saoulet. Il semblerait que les savetiers occupassent
l'extrémité opposée de l'ilot de maisons et j'incline à croire
que la rue des Canettes portait jadis le nom de rue aux Save-
tiers (i). La halle aux « cordouengniers » (2) ne devait pas
être très éloignée de là (3) car, si les métiers étaient corpora.
(1) Aux archives communales, dans un Inventaire des titres de l'église Saint-Etienne , il se trouve
l'indication suivante :
« Denis du Quarrefour. comme cousin et lignager de Denison, veufve de Denisot Char-
tillier, déclare lui avoir esté adjugé par retraict lignager la somme de trente-quatre sols
parisis de rente à prendre sur une maison couverte de thuilles au dit Braye en laquelle y a
deux yiseues l'une en la rue Graterie et l'autre sur la rue aux Savetiers tenant d'une part à Denis.de
Quarrefour et d'autre part à Maistre Jehan de Tournes et à Huguenin Chartier que puis en
four en ça Jehan Tournier. boulangier... » (23 juin 1455).
Un titre de la même époque et puisé à la même source parle de la maison « que tient
Denis dû Quarrefour ». voisine de celle dessus, en ces termes. « iMaison du coing de la rue
du Moustier qui fut Jehan Houdes qui tient de présent Denis de Quarrefour à cause de sa
femme tenant d'une part à la rue Graterie d'autre à Henri Berchemont, d'un bout à la rue
du Moustier... v
Il n'y a pas à s'y tromper. C'est la maison appartenant aujourd'hui à M. Lepoivre, ban-
quier, et où se trouve la charcuterie de M. Pigoizard. Elle est clairement désigné dans le
Tableau indicatif du plan de Brie-Comte- Robert dressé en 1736 (Archives départementales de
Seine-et-Marne), comme il suit.
« A Jean Dufrène une grande maison et une petite cour faisant l'encoignure des rues
Corbillon et des Halles. » Cet immeuble se trouve affronté par deux autres, désignés ainsi :
A A Louis Landry, une maison et partie d'une petite cour tenant a (celle ci-dessus) et sur la rue
des Canettes. Une maison à la veuve Blacet et partie de la petite cour ci-dessus, aboutissant à la
ue des Halles. »
La maison de Louis Landry se trouvait donc par la cour commune avec la maison Blacet
avoir deux issues, une sur la rue des Halles (Graterie), une autre sur la rue des Canettes. Elle
touchait également à la maison, la grande maison, de Dufréne. Elle répond, en conséquence,
à toutes les indications que les documents antérieurs de trois siècles nous apportent et on
peut, sans crainte de se tromper, l'identifier avec la maison c en laquelle y a deux issues 1»
dont il est question plus haut.
11 suit de cet exemple que la rue des Canettes a, jadis, porté le nom de la rue aux Savetiers,
d'où je suis en droit de conclure que les étaux de savetiers se trouvaient situés dans cette
partie de l'ilot des Halles.
(2) Ce mot qui désigne les cordonniers s'écrivait aussi « cordouaniers ». H est ainsi ortho-
graphié dans le Livre des métiers de Boileau, p. 227, par exemple. On remarquera que dans
rénumération des étaux à réparer en 1330, ceux des cordonniers ne figurent pas, bien qu'on
y parle de ceux des savetiers, des mégissiers et des tanneurs. Ceci n'est qu'une occasion
nouvelle d'établir la diversité de toutes les industries établies dans les halles.
f Vi On pourrait, en quelque sorte établir l'ordre dans lequel étaient placés les différents
métiers dans les halles de Brie en se servant de l'énumération des étaux à réparer, telle que
Je l'ai donnée d'après le compte de 1330 et en prenant pour point de départ les savetiers,
après ce que je viens de dire, d'après les textes, au sujet de l'emplacement. 11 est fort pro-
bable, en effet, que le rédacteur du compte de 1330 n'a pas inscrit au hasard la liste des
étaux à réparer ou pour lesquels les réparations étaient effectuées. 11 avait sous les yeux et
copiait, fort probablement, un mémoire de travaux, et il est à présumer que ce mémoire avait
été relevé méthodiquement par le charpentier chargé des réparations.
Reste à savoir, en suivant l'énumération susdite, quelle direction il faut prendre. A cet
2()4 HlStOIRK nn LA VfIJ.F
tivement distincts, et séparés, on doit bien supposer que, sous
le même toit, ils devaient sinon se confondre du moins se
rapprocher suivant leurs affinités, et de même que le compte
de i33o nous parle des étaux au pain, on pourrait désigner
sous le nom d'étaux au cuir ceux qui groupaient les indus,
triels travaillant ou débitant cette denrée. Un article du compte
des recettes de i3G4, article que j*ai déjà cité (i ) nous révèle
l'existence de la halle aux cordonniers dans les termes
suivants :
De Jehan Le Cuin, marchant et changeur, qui avoit prius piéça à
droit cens, une place vuide contenant le large d'une travée de la
halle aux cordouangniers devant la maison au barbier (2), pour
édiffier, massonner et mètre grant amendement... L'en a trouvé qui
ont pris la place.
Nous ne devons pas oublier que cet article est de i364, et
il est peut-être l'indice d'une tranformation qui se fit à cette
date dans Tassiette commerciale de la ville. L'ensemble des
recettes provenant de la location des halles est compris sous
la rubrique « Tonliens, estalages » dans les comptes de la
reine Jeanne. Or, il est à remarquer que le produit des
« tonlieus et estalages » qui était de iio livres en 1327, ^^
1 15 livres en i33o, était descendu, en i333, à 1 1 1 livres et en
i336, à 87 livres. Il est à présumer que ce fléchissement des
recettes est dû en grande partie aux halles. Celles-ci devaient
égard, je fais une réflexion ; il apparaît, d'après les comptes, et notamment d'après un texte
que je cite plus loin que la halle aux bouchers fut voisine de celle des merciers laquelle,
nous le savons, était près de l'Hôtel-Dieu. il me semble que de la rue aux Savetiers (la rue
des Canettes) à l'Hôtel-Dieu, en passant par la place du Marché, l'espace eut été insuffisant
pour contenir tous les corps de métiers énumérés au compte de 1550. C'est la seule raison
je l'avoue, qui me décide à adopter la marche suivante :
Partant de la rue des Canettes (aux Savetiers), je me dirigerai par la rue de l'Eglise (du
Moustier) et des Halles (Grateriej vers l'Hôtel-Dieu. En supposant que les étaux se distri-
buaient dans l'ordre indiqué parle compte de 1350 : savetiers, tanneurs, mégissiers, bou-
langers (vente de pain), drapiers, fripiers, bouchers, ces derniers seraient donc placés, à peu
près, à l'angle de la rue des Halles et de la place du même nom. En retour, sur la place du
Marché, les merciers qui, à cause de l'extrême diversité des marchandises dont ils avaient le
monopole, devaient occuper un grand espace sur la place du Marché, touchant peut-être aux
cordonniers, dont les étaux, sans doute, étaient voisins de ceux des savetiers.
(1) V. p. 206.
(2) Bien que cela soit connu, il n'est pas inutile de rappeler qu'à cette épopue les barbiers
exerçaient la chirurgie. C'est dans ce sens qu'il fant entendre la profession de barbier
indiquée ici. Mais il faudrait croire qu'il n'y avait pour toute la ville qu'un seul barbier-
chirurgien : c'est du moins ce que semble dire la rédaction de cet article.
DE BRIE-COMTE-ROBERT 265
être fort anciennes ; leur état de délabrement le prouve. Nous
avons vu les réparations indispensables qu'exigeaient la
plupart deèétaux. En réalité, vers le milieu du 14* siècle, cet
amas branlant d'édifices en bois, vermoulus et pourris qui se
dressait là fort probablement, depuis Robert I, lui-même,
était condamné à disparaître.
C'est là, suivant toute apparence, ce qui explique la place
vuide contenant le large d'une travée de la halle aux cor-
donniers sur laquelle un changeur s'était engagé à bâtir
une maison en transformant ses alentours. Il avait fallu
abattre cette portion des halles si elle ne s'était pas effon-
drée toute seule. Nous avons d'ailleurs un exemple de l'état
lamentable de ces vieilles bâtisses, dans le compte de i332.
Pour descouviir la haie de la mercerie qmjondoit (sic) chargier
la tuille en une charette et entasser ou chastel (i) par Guillot le
Harengier (2) et ses aydes, iiij sols.
//em, pour salaire de la voiture Aubery de Pontilloys a mener ou
chastel en garde la dite tuille, iiij sols.
Pour recouvrir en la haie aux bouchiers là où il convenoit de
nécessité par le dit Guillot Le Harengier et ses aydes, iiij sols vj
deniers.
//em, pour demi cent de late à ce prinze de Robin TEspicier, xviij
deniers.
Ilem^ pour III*^ et demi de clo à latê à ce prins de Pierre de Page,
xvij deniers obole.
//e-m, pour VI chevilletes de fer à atachier la goutiére d'entre la
dicte boucherie et la maison Etienne Rougel (3), vj deniers.
On sent, en lisant ces détails, l'état des bâtiments. Cette
halle de la mercerie qui fond, c'est-à-dire qui s'effondre, qui
s'écroule, ce bâtiment qu'il faut, presque en hâte, décharger
de sa couverture, nous donne bien la mesure de leur
vétusté. Tout cela devait tomber littéralement en ruines,
malgré les réparations probablement onéreuses, dont il nous
est resté quelques traces, ainsi que je l'ai montré plus haut.
(1) Il y avait donc au château, comme je l'ai déjà fait remarquer, un magasin, un dépôt de
matériaux.
(2) Il y avait donc à Brie un marchand de poisson d'eau de mer.
(3) Dans le compte de ipy quf j'ai publié in extenso ci-dessus, il est question d'un Etienne
Rou^^el comme fermier, avec Jean Le Vannier, des moulms de Brie ; ce doit être le même.
266 HISTOIRE DE LA VILLE
D'autre part, ces halles vieilles de deux siècles, tout au
moins, ne répondaient plus, peut-être, aux besoins du mo-
ment. Les commerçants et les industriels qu'elles abritaient
devaient s'y trouver trop à l'étroit. Ci on y comptaitau bas mot
26 étaux de bouchers et 6 étaux de marchands drapiers com-
bien n'en fallait-il pas pour les autres professions, pour les
boulangers par exemple, pour les tanneurs, pour les cordon-
niers, pour les tondeurs de drap, etc. Il avait très certaine-
ment été nécessaire de donner aux intéressé? la permission
de s'établir ailleurs. Dans tout les cas, il parut plus raison-
nable, les bâtiments n'étant plus tenables, de céder le sol
et de laisser des particuliers élever à leur place des immeu-
bles à leur usage personnel. Le fisc n'y perdait rien, cela va
s'en dire ; il consolidait en somme le capital dont il n'avait
que la rente. Il semble, d'ailleurô, que les acquéreurs ne
manquaient pas ; je n'en veut pour preuve que le témoi-
gnage de l'un des comptes précités, à propos de ce changeur
qui avait pris la fuite abandonnant une travée des halles à
la place de laquelle il devait élever une maison. « L'en a
trouvé, dit le compte, qui ont prins la place. » Au surplus,
comme nous aurons l'occasion de le voir au siècle suivant
tout cet ilôt fut rapidement bâti et les anciens étaux rempla-
cés par des constructions dont quelques-unes se sont
perpétuées jusqu'à ces dernières années.
Ce n'était d'ailleurs pas seulement une raison financière
qui faisait abandonner les vieilles halles. Dans les siècles
antérieurs, les corps de métiers formaient des corporations
indépendantes, libres de toute attache avec le pouvoir. On
sait que Louis IX eut la pensée de mettre la main sur ces
associations, dont certaines étaient devenues très puissantes.
Il y avait là une idée politique tout autant qu'une combi-
naison fiscale. Ce fut Etienne Boileau, le prévôt des mar-
chands de Pans, qui se fit l'agent et l'instrument du roi pour
réaliser ce programme. Une transformation dans toute l'or-
ganisation économique devait s'ensuivre. Les corporations,
désormais soumises au pouvoir royal, enserrées dans des
règlements étroits et méticuleux, tels que nous le révèle Iç
DE BRIE-COMTF.-ROBEHT 267
Livre de métiers, ne présentaient plus les dangers du passé.
Elles faisaient leur propre police, surtout au point de vue
professionnel Les revenus qu'en tirait le fisc se percevaient
plus facilement puisque chaque association avait des agents ,
responsables en quelque sorte, vis à vis le pouvoir,
On comprend qu'avant le 14"'* siècle, c'est-à-dire avant
l'organisation en corps régulièrement autorisés des métiers,
le seigneur de Brie ait voulu pouvoir exercer une surveil-
lance facile et par suite active sur les marchands de la ville.
De là la création des halles. Le seigneur avait ainsi sous la
main tous ces négociants, tous ces industriels, faibles par
eux-mêmes, mais forts par l'association à laquelle ils appar-
tenaient et dont les ramifications s'étendaient au loin. Il
pouvait non seulement avoir l'œil sur leurs agissements,
mais aussi sur les denrées qu'ils débitaient, sur leur qualité,
sur les poids dont ils se servaient. La police de cette popu-
lation, portée à l'indépendance, était simplifiée par sa réunion
dans un même lieu tout autant que l'étaient la connaissance
et la répresssion des délits professionnels.
Lorsque les corporations se trouvèrent réglementées,
enfermées dans le code étroit de prescriptions particulières à
chacune d'elles, privées de l'indépendance qui les rendait
auparavant si difficiles à surveiller, le groupement des com-
merçants et des industriels devint moins utile ; les halles,
telles qu'elles existaient depuis plusieurs siècles, n'avaient
plus aucune raison d'être. Cela explique pourquoi le sei-
gneur se résolut à les abandonner.
D'ailleurs l'intérêt économique qui avait dicté au seigneur
de Brie l'établissement des halles venait de disparaître. Si on
se reporte à l'existence de deux marchés, l'un appartenant
au seigneur, l'autre à l'Eglise, marchés tous les deux voi-
sins, on comprend très bien que le seigneur ait élevé les
halles pour attirer à lui les marchands dont il tirait profit.
C'est dans ce but qu'avait été créée la Maison de Dieu ; c'est
dans ce but aussi que des magasins, des étaux furent établis
ou ouverts. N'était-il pas d'une bonne politique pour le sei-
gneur de faciliter l'accès de son marché, de mettre à la dis-
268 HISTOIRE DE LA VILLE
position de ceux qui le fréquentaient des locaux pour abriter
leurs marchandises et pour y demeurer même quand il était
nécessaire. Mais cette rivalité tomba le jour où FEglise de
Paris abandonna à la reine Jeanne ses droits et propriétés
dans la ville de Brie. J'ai reproduit cet acte qui marque,
dans ce sens, la transformation complète du commerce et de
rindustrie briards. Après l'échange de iS^ô, il importait peu
que les marchands fussent ici ou là, la ville entière appar-
tenant au châtelain. Celui-ci devait même favoriser leur
dissémination qui lui rendait, dans tous les cas, possible la
vente avantageuse de bâtiments délabrés, d'un entretien
onéreux et qui eussent nécessité une reconstruction totale,
spéculation peut-être hasardée à ce moment.
Ce mouvement ne se fit pas, cela va sans dire, brusque-
ment. Peu à peu, seulement, la transformation s'opéra, com-
mençant d'abord par la rue de l'Eglise et s'étendant ensuite
par degrés vers THôtel-Dieu. De l'établissement important
que furent les Halles, il ne resta plus qu'un coin — celui affecté
autrefois à la mercerie — qui a laissé à une petite place voi-
sine le nom de place des Halles. Aujourd'hui, nous n'avons
de tout cela que le souvenir.
De tous les corps de métier qui avaient autrefois leurs
étaux sous les halles, il n'en est qu'un qui paraît, dans son
exode, avoir conservé une certaine homogénéité. Ce fut celui
des fripiers qui resta groupé dans une rue, longtemps ap-
pelée par la suite, me des Fripiers. Peut-être, cette caté-
gorie de commerçants fut-elle, par mesure de police ou de
salubrité publique, obligée de se loger dans un quartier
spécial (i). Il est à remarquer que ce fût, à Brie, dans une
voie longeant les fortifications, aussi loin que possible du
centre que furent rélégués les fripiers.
Nous sommes ainsi conduits à parler du système défensif
de la ville. Brie-Comte-Robert était, comme beaucoup de
(l) Cette supposition n'a rien d'extraordinaire, a Le fripier, en entrant dans la corporation,
devait jurer de n'acheter des marchandises, ni à des voleurs, ni à des gens mal famés^ ni
à des lépreux ; il ne devait acquérir aucun objet mouillé ou sanglant sans en connaître
exactement la provenance, ni aucun ornement d'église qui ne fût réformé pour cause de
vétusté ».
DE BRIE-COMTE-ROBERT 269
cités OU de bourgs du moyen-âge, une ville fermée. La cein-
ture de ses murailles est encore visible. Sur une grande
partie des fossés, ou sur leur contrescarpe, se sont alignés
des promenades ou des boulevards. La question se pose de
savoir à quelle époque furent construits les murs de la
ville.
Si on s'en tient à la charte de 1208, que j'ai reproduite, il
semblerait que cette construction remonte aux toutes pre-
mières années du XIII" siècle. « Les hôtes de l'Eglise, dit la
charte en question, seront tenus de contribuer, chacun du
sien, dans une mesure raisonnable, à l'édification de la clô-
ture commune de la ville, comme les autres habitants de
cette ville... (1) ».
Si net, si clair que soit ce texte, je ne crois pas que les
murs qui ont enveloppé la ville jusque vers la fin du i8* siè-
cle ait été élevés à la date qu'il paraît indiquer. Il y a à cela
des objections de fait qui méritent d'être exposées.
Le compte des recettes de 1364, dont j'ai plusieurs fois
parlé, contient l'article suivant :
w Des cens de Bray à la Saint-Remy, qui souloient valoir
Ixvij livres t., vix sols vj deniers, et à présent qui sont
appéciûez, pour ce que aucuns héritages qui en dévoient sont
mis es Joussez de la ville et pour autres causes, pour le rece-
veur à Ix livres t., xiiij sols, vj deniers ».
Comment se méprendre à cette citation ? Le rédacteur
écrit en 1364 et parle au moment présent; il indique une
moins value dans ses recettes et en signale la cause la plus
importante, â côté des causes secondaires qu'il désigne d'un
mot. Il est bien avéré qu'un certain nombre d'immeubles
appartenant à la reine venaient d'être emportés par le tracé
de l'enceinte des murailles, car il n'y a pas lieu de croire que
celles-ci aient été élevées sans que le fossé correspondant
eût été creusé.
C'est ce que j'écrivais dans une étude sur le château de
Brie-Comte-Robert (2).
(ij V. page 118.
(2) Op. cit.
270 Histoire: de la ville
« ...Donc, en i364, des héritages, des biens, frappés jus-
que-Jàde cens, c'est-à-dire d'un droit féodal, disparaissent
parce qu'ils sont mis ès/osse^i, c'est-à-dire incorporés aux fossés
de la ville. N'est-ce pas une preuve sans conteste que, dans
la seconde moitié du XIV* siècle, on s'occupait de creuser ces
fosses et, par voie de conséquence, d'en construire les mu-
railles. Où étaient ces héritages? Le document n'en dit rien.
Il importe peu, du reste, puisqu'il suffit d'établir qu'une
partie des murs au moins, ne date que du XIV* siècle ».
Une autre considération milite en faveur de cette asser-
tion. Si l'on jette un coup d'œil sur le croquis représentant
les abords de l'église Saint-Etienne, il est une chose dont on
restera frappé. La façade prtncipale du monument se trouve
placée à une dizaine de mètres, à peine, des murailles, dans
un véritable cul de sac. Il paraîtra douteux que l'architecte
ait ainsi placé l'édifice qu'il avait la charge d'élever. Or, en
1364, l'église Saint-Etienne était de construction toute
récente ; sa consécration, comme nous le verrons plus loin,
datait du deuxième dimanche après Pâques de l'année pré-
cédente.
Dans les comptes que j'ai déjà eu l'occasion de citer, il est
souvent question de viez mousiier, par opposition avec le
moiistierneuf qui venait d'être éditic à son côté. Il ne faut pas
croire, pour cela, que l'église neuve, consacrée en i363,
remontât à quelques années à peine. On mettait longtemps,
alorç, pour édifier un monument de ce genre (i). Mais à coup
sûr, la nouvelle église n'a été commencce ni en 1208, ni
dan$ les premières années du i3*' siècle, époque à laquelle
auraient été construits les murs dont parle la charte pré-
citée. Cette a clôture » de 1208 existait depuis longtemps
lorsque l'architecte de Saint-Etienne traça le plan de son
édiflieeton ne peut lui reprocher de l'avoir placé — l'édifice
principal de la ville autant par son caractère que par ses
(') l^'églisc d'Amiens, comntencér en 1220 ne fut achevée qu'en 1257, c'est-à-dire 37 ans
après. Un incendie l'ayant partiellement détruite, la reconstruction de la partie supérieure
ne fut terminée qu'en 1272. Les tours ne le furent qu'en 1366. Le chœur de la cathédrale
de Beauvais commencé en 1223 ne fut terminé qu'en 1272. La cathédrale de Chartres com-
mencéjp en 1220 ne fut consacrée qu'en 1260. Notre-Dame de Paris, commencée en 1263. ne
vit son chœur terminé qu'en 1285 et en 1295 seulement l'abside et la nef.
bE BRIE-COMTE-ROBERT 27 I
proportions — dans une position manifestement excen-
trique. J'insisterai sur ce point en parlant de Téglise, je me
borne à relever pour le moment cette observation impor-
tante que il n'y a aucune identification possible entre la « clô-
ture » de I2(>8 et les lortitîcations dont les fossés se creu-
saient encore dans les environs de i36o.
Si on ne peut admettre, en effet, que l'architecte de
l'église soit venu buter sa construction contre des murailles,
il est facile de comprendre que la nécessité imposant Tédi-
fication de murs défensifs, on ait, en donnant à ceux-ci le
moins de développement possible, voulu englober toutefois
le monument religieux dont la ville devait s'ennorgueillir,
et en même temps, le cimetière adjacent.
Il v eut donc deux ceintures de murailles ; l'une élevée au
commencement du i3* siècle à laquelle on travaillait peut-être
lorsque Robert II signait avec le Chapitre de Paris la charte
dont j'ai donné le texte, l'autre dans le milieu du XIV' siècle.
Celle de 1208, une véritable clôture, se dressa autour de
Tilot Saint-Jean. Elle laissait en dehors le marché, l'hôpital,
les églises et les habitations éparses. C'était surtout une
place de refuge en cas d'alerte. Du reste, à l'époque où on y
travaillait, le pays était dans une période de tranquilité
relative, surtout après le^ terribles convulsions des siècles
précédents. Tout au plus, le seigneur avait-il à mettre en
sûreté ses approvisionnements, ses hommes d'armes. Rien
n'exigeait que Brie s'enveloppât d'une enceinte fortifiée.
Nous verrons un peu plus loin, au reste, que sur l'ilot Saint-
Jean, devenu plus tard le château, existaient des habitations
particulières dont les occupants furent expropriés.
Tout autres furent les fortifications du XIV'' siècle dont
on peut fixer la construction vers i35o. A cette date la
guerre de Cent Ans venait d'éclater, et, dès ses commen-
cements, elle mit le pays Briard dans la plus fâcheuse posi-
tion. Après les désastreuses batailles de Crécy (1346) et de
Poitiers (i356), des troubles suscités par Charles-le-Mau-
vais, roi de Navarre (i), vinrent bouleverser Paris et ses
environs.
^l) Il était le neveu de Jeanne d'bvreux, dame de Brie-(3omte-Robert. (Y. le tableau
généalogique p. 210).
2/'^ HISTOIRE DE LA VILLE
Le roi de Navarre ne prétendait à rien moins qu'à la cou-
ronne de France et il trouva des alliés naturels dans ce
parti qui, dès Tavénement de Philippe VI faisait une oppo-
sition sourde à la dvnastie des Valois. « Il semble bien,
écrit M. A. Coville (i), qu'il y ait eu un parti d'adversaires
de la nouvelle dynastie que les trahisons de plusieurs princes
et barons avaient enhardi. Les violences de Philippe VI et
de Jean Le Bon, s'expliquent peut être par l'inquiétude
perpétuelle où les tenaient les agissements d'ennemis ca-
chés. Edouard III (2) était trop un étranger pour être, au
début, le chef de cette opposition ; à partir de i336, au con-
traire, Charles-le-Mauvais, avec ses prétentions à la cou-
ronne, est tout désigné pour ce rôle. Victime du roi Jean à
la suite d'incidents inexpliqués, enfermé dans un château de
Picardie, il peut compter sur l'affection de deux reines de
France, la veuve de Charles IV, sa tante (3), et la veuve
de Philippe VI, sa sœur (4)... Après Poitiers, cette oppo-
sition, sans démasquer encore ses intentions les plus har-
dies, fait grand bruit du mauvais gouvernement. II n'y a
pas, pour les bourgeois de Paris, d'alliance plus séduisante
que celle du Navarrais ».
Le roi de Navarre fut délivré de sa prison d'Arleux dans
la nuit du 8 au 9 novembre i357 ^^' ^^^ ^^ liberté reconquise,
l'opposition aux Valois prit corps. Jeanne d'Evreux se trouva
aussitôt en délicate posture entre son neveu et le dauphin,
tous deux ennemis jurés l'un de l'autre et qu'elle s'efforça,
dés la première heure, de réconcilier. Le 3o novembre iSdj
elle les réunit. dans son hôtel, à Paris (5), et put croire un
instant avoir réuséi ; mais Chaiies-le-Mauvais, associé aux
Anglais, rompit bientôt avec le Dauphin ; ses troupes ra\a-
(1) Hiit. de France publiée par M. Lavillc vtomc IV, livre II, chap. II, p. m).
(2) Roi d'Angleterre.
()) Jeanne d'Fvreux. dame de Brie-(^onite-Robert.
(4) l.^ cérémonie nuptiale fut célébrée à Brie-Comte-Robert.
(5) L'hôtel de Navarre. Dans les comptes de la reine Jeanne de 1552, on trouve à cet égard
la mention >ui vante . vi Au dit monsieur Geufroy (Gcufroy Le Veneur, maître delà chambre
aux deniers Madame) qu'il avoit paiéz certains ouvrages faiz en lostel de Navarre à Paris
Ixxij iiij deniers parisis. L'hôtel de Navarre était situé entre la porte Saint-Germain et Thôtel
de l'archevêque de Rouen.
DE BRlb>COMTE-ROBERT '2^3
lièrent les environs de Paris, et de connivence avec li^tienne
Marcel, le prévôt des marchands, il fit si bien, à Paris même,
que le Dauphin (i), devenu régent du royaume, se vit dans
la nécessité de quitter cette ville. Ce fut alors la guerre entre
les deux princes, dont les armées, malgré leur petit nombre,
n'en firent pas moins beaucoup de mal au pays. A plusieurs
reprises, Jeanne d'Evreux, qui parait s'être montrée très
attachée à la personne du Régent, essaya d'opérer un
rapprochement entre les deux adversaires (2), elle ne put y
réussir et les hostilités continuèrent, même malgré la mort
de Marcel et la rentrée du Régent à Paris.
Dès ce moment, la « Navarrerie », comme on appela la
guerre de Charles-le-Mauvais au Dauphin, devint une
véritable calamité publique. On avait jusque là usé plutôt
des négociations que de la vive force et d'ailleurs la Jacquerie,
dont je vais dire quelques mots, avait attiré un moment sur
elle les coups du régent et du roi de Navarre lui-même. Mais
une fois les Jacques écrasés, la lutte reprit plus violente entre
les Anglo-Xavarrais — carie roi de Navarre avait fait appel
à ses alliés d'outre-mer — et les Français. J'insiste sur ce
point parce que, dès ce moment, paraissent s'éveiller dans le
pays la haine de l'étranger et une vague ferveur patriotique,
inconnue jusque là dans la masse.
11 me faut bien parler, d'ailleurs, de ces faits parce qu'ils
ne sont pas seulement de l'histoire générale, mais parce
qu'ils eurent leur répercussion sur le sol briard.
Le Dauphin Charles était rentré à Paris le 2 août i358,
mais il était comme assiégé dans sa capitale parles Anglais
et les Navarrais qui tenaient tout le pays aux alentours et
notamment, dans la région qui nous occupe, de Lagny à
Melun. Cela suttit à dire que les environs de Brie-Comte-
(1) Le roi Jean avait été fait prisonnier à Poitiers. Le Dauphin, pendant son absence, avait
administré le royaume en qualité de lieutenant de son père. Le 14 mai 1352, on le força à
prendre le titre de régent.
(2) *i La reine Jeanne, veuve de Charles IV (Jeanne, d'Evreux. dame de Brie-Comtc-Robert)
Si peinait pour procurer la paix à ceux de Paris ; mais ils se tenaient hauts et fiers contre leurs seigneurs.
Le roi de Navarre était plus conciliant ou plus hypocrite. La première partie de juillet (I5S8)
se passa en conférences entre lui, la reine Jeanne et le Dauphin... » ;M. Coville dans l'Histoire
de France publiée par M. Lavisse, t. IV. L. IL C. II, p. 158.)
18
274 HISTOIRE DE LA VILLE
Robert, que Brie-Comte-Robert même, étaient au pouvoir
de Charles-le-Mauvais et de ses auxiliaires (i). Toutes les
routes menant à Paris étaient coupées ; les bandes parcou-
raient la campagne, brûlant et pillant tout. Les chemins
étaient si dangereux que les députés aux Etats-Généraux
convoqués le 19 mai iSdq à Paris, ne purent arriver à cette
date. Ils étaient cependant pressés d'apporter au Régent
leur concours pour mettre fm à l'horrible situation du pays.
Ils avaient vu, en quittant leurs commettants, ceux-ci se
mettre partout en état de défense, fortifiant à la hâte les
bourgs ou simplement les églises, battant les alentours
pour donner la chasse aux bandes navarraises. Les Etats
purent cependant s'ouvrir le 25 mai. Ils allouèrent quel-
quels subsides au Régent qui se hâta d'en profiter et d'entrer
en campagne contre « le Mauvais ». Son principal effort
fut dirigé contre la barrière qui enserrait Paris à l'Est (2) et
le siège de Melun commença le 18 juin. Des capitaines
navarrais défendaient la place ; trois princesses de Navarre,
Jeanne d'Evreux, veuve de Charles IV, la veuve de Philippe
VI et la reine régnante de Navarre y étaient réfugiées. (3) Ily
a lieu de croire que Jeanne d'Evreux ne s'était laissée
enfermer dans Melun que pour négocier et amener les
adversaires à faire la paix. Ce qui est exact, c'est que la
paix fut faite, avant que la ville eût capitulée, et signée à
Pontoisc le 19 août.
Si fugitive que soit la trace que Charles Le Mauv^ais
laissera dans ces pages, on doit cependant comprendre
fl) <* La tranquillité dont Paris commençait à jouir, fut rncore troublée par le roi de
Navarre, qui voiant son projet de parvenir à la couronne tombé avec le prévôt Marcel,
voulut s'en venger sur le Dauphin et sur les Parisiens ; il leur déclara une guerre ouverte et
bloqua Paris, en sorte qu'il ne pouvoit plus venir de vivres, ni de la Bourgogne, ni de la
Normandie. Les troupes du roi de Navarre ravageaieut les environs. » (Histoire de la ville de
Paris, t. 11 p. 49, in-i2, Paris 1753.)
(2) Nous avons déjà vu les ertbrts des premiers Capétiens pour dégager leur capitale à l'Est.
C'est toujours de ce coté, en eflet, que se portent les coups lorsque Paris veut se défendre
ou qu'on veul lafi'amer. Nous aurons plusieurs foi> l'occasion de vérifier cette assertion.
(9) Le château de Melun. et par suite la partie de la ville située du côté du Gàtinais, furent
livres aux Navarrais et Anglais par la reine » lanche le 4 août 1558, quatre jours après la mort
d'Etienne Marcel et la rentrée du Régent à Paris ; mais la partie de la ville située en Brie
resta française et messire Jean d'Andrezel était, dès le même mois d'août, capitaine, pourle
régent (Charles V), de Melun et de Brie (I. Rég. 86, 219 — Secousse II, 89).
DE BRIE-COMTE- ROBERT 27D
qu'il joua un rôle considérable et qu'il dût s'entourer de
partisans dévoués. Eloquent, persuasif, habile, ambitieux
et sans scrupule aucun, ce prince entraîna dans ses menées
une foule de gens qui crurent en lui et se laissèrent endoc-
triner par ses promesses. Dans Brie, autour de Brie, il dut
à coup sûr, réussir plus que partout ailleurs. Neveu de
Jeanne d'Evreux, ayant ainsi un accès facile dans tous les
milieux, il ne pouvait manquer d'user du prestige que lui
donnait sa situation privilégiée. Etait-il si difficile de faire
entendre que sa compétition à la couronne avait un appui
plus ou moins direct jusque dans la famille royale? Lui-
même n'appartenait-il pas à cette dernière ? Il est une chose
assurée, c'est que Charles Le Mauvais paraît avoir réussi
au-delà même, peut-être, de ses espérances, et qu'il trouva,
même dans la noblesse briarde, créance plus qu'il ne
convenait.
Dans les notes un peu confuses que Camille Bernardin a
laissées, en vue d'écrire une histoire de Brie (i), j'ai trouvé
ce fragment dont l'origine n'est malheureusement pas indi-
quée.
« Parmi les trois cents personnes à qui le Roi a pardonné
pour le Roi de Navarre tous les maléfices qu'ils ont fait
toute leur vie jusqu'au douzième jour de décembre i36o, on
voit messire Jean, seigneur de Bienfaite... »
Ce seigneur ne fut pas le seul en Brie, si toutefois le ren-
seignement de Bernardin est exact. Il y aurait tout lieu de
supposer, à en croire un historien de Seine-et-Marne, que
Jean d'Andrezel ou d'Andresel suivit la fortune du roi de
Navarre (2). Ce dernier nous intéresse car, paraît-il, il fut
capitaine de Brie.
«Jean d'Andresel, seigneur de Gretz, écrit Félix Pascal»
était capitaine de Brie ; il tomba dans la disgrâce du Roi qui
(D Archives départementales de Seine-et-Marne.
(2) On trouve dans un compte des subsides de l'an 1356, Jean, sire d'Andrezel, chambellan
du roi, mort dès l'an 1367 (Almanach Le Blondel, 1863, p. 102.) Il y eut deux Jean d'Andresel-
|ean d'Andresel, qui nous occupe, était issu d'une ancienne et illustre famille, alliée au XII*
siècle aux Garlande. Il était fils aîné de Jean d'Andresel, chambellan très aimé du roi Philippe
de Valois et fut, à cause de cette similitude de préoom, dit le Jeune, jusqu'à la mort de son
père arrivée entre mars 1343 et février 1347. Il avait deui frères : Aubert et QuilUun^e,
276
IIISTOIUK DE LA VILI.K
le dépouilla de ses biens et il est douteux qu'il les lui ait
restitués en lui accordant son pardon (i) ».
Je ne m'appesantis pas sur le rôle joué par ce seigneur (21
qui ne touche qu'indirectement à Brie pour en arriver à un
seigneur plus local et dont le châtiment fut exemplaire.
Perceval de Pommeuse était un des gros propriétaires du
sol briard. Nous avons eu l'occasion de voir cette famille
citée dans un des comptes de la reine Jeanne (3). Il dut
singulièrement se compromettre, car la peine capitale fut
prononcée contre lui, et en même temps, cela va sans dire,
la contiscation de ses biens. H semblerait que rarrcstati(»n
sinon rexécuti< )n de Perceval de P( »mmeuse (4) ait suivi de très
près la reddition de Melun dont je parle plus haut. On
trouve, en elTet, la trace d'un acte, en date du 2 avril i35<),
par lequel « Aubertd'Andresel, (3) seigneur de Gréez, recon-
(1) Félix Pascal, Histoire de Seine-et-Marne, tome II, p. l(Jo. Cependant, cette venion se trou-
verait, en partie, contredite par le résume ci-apres des lettres de rémission accordées par le
légcnt à ce seigneur.
Lettres de rémission par Jean d'Andrezeî. (Reg. i\x\i\ du Trjsor d:s chartes pièce, n* 75c .
II est dit, dans ces lettres, que Jean d'Andresel, capitaine i;enéral de Brie, avait soudoyé un
certain nombre de gens d'arme.s pour résisler aux An!;laiiet Navarrais ; mais que la supério-
rité des forces ennemies et les grands Irais qu'entraînait la réunion d'un corps aussi considé-
rable l'avaient décidé aie dissoudre et à renvoyer les gens d'. rmes dans leurs garnisons
II avait ordonné, du consentement des habitants du pays, que les gens d'armes seraient payé»
de leurs gage> au moyen d'un subside levé. p?r l'eu, danN le pays de Brie, l'impôt payé par
chaque localité et nt spécialement et liirectement aOecté au payement d'un corps désigne
d'avance. Chaque garnison devait se tenir prête à marcher au premier ordre. On conçoit qu'un
pareil arrangement ait donné lieu a pluNJeui s désordres, a plusieurs violences de la part des
gens d'armes tjuand l'imposition ne leur était pas régulièrement payée. C'est ce qui était
ai rivé à lean de Melun, seigneur de La Borde-lc-Vicomte. et il me parait évident que la lettre
de rémis>ion accordée a Jean d'Andresel devait avoir un semblable motif. (Note du baron
Jérôme Pichon ; correction>et additions du Mcnanier de Paris.)
(2) On trouve au.\ Archives nationales, «section histo ique. série J.) des lettres du ro
Charles V 13(11) a ses gens de comptes, à Paris, et a t«»us autres justiciers et oflîciers. p."-
lesquelles il leur commande de livrer la forteresse île Tournes-en-Fuye, avec ses apparte-
nances, a Jeanne de Maligny. dame de Rochetort. du Puiset et dAndrezel. veuve de leai .
seigneur dudit Andre/.el, chambellan du roi ^il s'intitulait grand chambellan d'Orléana >
et du Valois^ comme ayant la dite forteresse assignée a cette dame pour son douaire. Jean ni*
de Maligny était la 2 femme de Jean d'Andresel. La première était Jeanne d'Arrabley, tîiL*
d'un maître dhôtel du Roi et nièce d'un chancelier de France.
V. V. page 238, note.
\\ Pommeuse est un«' c«>mmune située dans le canton de Coulommiers, à 6 kilomètres ce
cette dernière ville On aura remarqué déjà vi on remarquera par la suite l'afinuence de
seigneurs de (.ou ominiers et des environs a Brie, ('ela ne saurait étonner si l'on songe que
(Coulommiers faisait partie de Iheritage de Charles IV.
7) On a vu plus haut qu'Aubert d'Andresel était frère de Jean, capitaine de Brie et ce
Melun.
DK RRIE-COMTE-ROIÎF.RT
LA TORTE DU MOUSTIER
a, pissage dts piétons. — b. passicr drf voiturn. — e, portion d* terre plein dini I(
fosses, sur lequel s'appuie li passerelFe des piétom. — d, tirre-plein qui reçoit le pont-levi
1, n, n, n, chemin de rondi
créne*ui dei murailles.
278 histoire: de la ville
naît avoir pris en garde, de noble homme Perceval de
Pommeuse, chevalier, seigneur de Poincy (i) et de Belas-
sise (2), la forteresse du dit Belassise, sous le scel du dit
Aubert (3) » .
Un vidimus sous le scel de la Prévôté de Paris, le 18 mars
1376(4), mentionne les « lettres de donation par le roi Jean, au
profit de l'abbaye de Saint-Denis, des terres de Bellassise et
de Poincy et deppendances et autres biens, meubles et im-
meubles qui ont appartenu à feu Perceval de Pommeuse (5),
chevalier, condamné à mort pour ses crimes et biens con-
fisquez au profit du Roi à la charge par les abbés et reli-
gieux de faire son anniversaire par chacun an dans leur
église, dans laquelle le dit seigneur roi déclare avoir esleu
sa sépulture (G), données à LaFère-en-Tardenois le dix-sept
septembre i363 (7) ».
Ces pièces se complètent par lappointemement (8) du
26 février i3()5 « passé en Parlement entre les abbés et le
couvent de Saint-Denis, d'une part, et dame Marguerite
Blainville, veuve de Perceval de Pommeuse (9), de l'autre.
(I) Commune du canton de Meaux, à 5 kilomètres de cette dernière ville.
(2 ) Belassise ou Belle-Assise, aujourd'hui ferme appartenant à MM. Chevallier et Bujon et
dirigée par M. Dolimier, est située dans le hameau de Villemeneux, dont il a déjà été
question, dépendant de la commune de Brie-Comte-Robert.
(î) A.N. (l.L), 1191. p. 637, n" 4276.
(4) Ce passage du vidimus indique que Perceval, s'il fut arrêté en 1359, comme il a été dit
ci-dessus, fut exécuté au plus tard en 1 563.
(5) On a beaucoup parlé des derniers jours de Jean, roi de France. On sait que, rendu à la
liberté par le traité de Brétigny (1360). Jean le Bon décida de re ourner en Angleterre repren-
dre sa captivité et qu'il y mourut le 8 avril 1364. Jean était rentré à Paris de son voyage
d'Avignon en juillet 1363. D'après la date du document qui nous occupe, il semblerait qu il
fut déjà en route pour se constituer à nouveau prisonnier. 11 se dirig ait vraisemblablemei t
sur Amiens, où il réunit les Etats Généraux avant son embarquement qui est du 3 janvier
1364.
(6) A. N. (L. L./ 1191. p. 722, n' 4570.
(,7) « Amortissement par le roi Jean des terres de Poincy et de Bellassise, fiefs, arrière-fiefs
et autres droits et revenus en deppendans par lui confisquez sur Perceval de Pommeuse et
donnez à l'abbaye de Saint-Denys dans laquelle le dit seigneur déclare avoii éliie sa sépul-
ture à la charge de célébrer à perpétuité l'anniversaire du dit seigneur Roi. Sous son scel le
dix septième septembre 1363 *>. A. N. (L. L.) 1191, p. 727. n" 4357.
(8) A. N. (L. L. 1191) n''3886, p. 759.
(9) Ne serait-ce pas à Pommeuse qu'il faudrait appliquer ce passage du continuateur de la
chronique de Richard Lescot : « Quidam miles, de Bria oriundus, et qui toti patrie, velud
hostis publicus, irreparabilia damna intulerat, capitis abscissio'ne penas luit pro sceleribus
perpretatis. Cujus amplas hereditatcs, cum ad fiscum regium dcvenissent, rex Johannes com-
petitoribus multarur.i cccl^sinrum regni remissis ad propria proprio motu libère concesnt
pcrpetuo possidcndas ». Chroni^ur. d: Jean Lrscot, Pari> in-3' 1896. p. 142, § 50'J.
DE BRIE-COMTE-ROBERT 279
portant que la dite dame, pour cause de son douaire,
jouira, sa vie durant, de la maison de Belle Assise, de Thô-
tel de Toussas, (i) de Thôtel de Villemeneux (2), de Thôtel
des Bienfaites (3), Boucy (4), Trembleceaux (5) et So-
g-nolles (G), cens, rentes, bois et autres revenus, arrière-
liefs en dépendant et aura ce que tient en douaire la dame
de Ver, à Villemeneux, après le trépas de la dite dame de
Ver (7) et les religieux de Saint-Denis auront tous les
autres héritages, cens, tiefs, rentes, etc., en quelque lieux
qu'ils soient, possédés par M*"* Arthus et Perceval de Pom-
meuse aux jours de leur trépas sans que la dite dame y
puisse rien prétendre ».
J'aurai, naturellement, l'occasion de revenir sur cette
famille de Pommereuse en parlent des fiefs briards; je me
borne, pour le moment, à citer ces textes comme une preuve
de l'agitation extrême du pays et des opérations de guerre
dont il fut le théâtre, spécialement en i358 et i35g. Je dois,
cependant, compléter ces données par un document qui
établit le rôle joué, en ces circonstances par Jeanne
d'Evreux.
t Charles, par la grâce de Dieu, roy de France... savoir faizons à
touz présens et à venir que comme nos très chères dames madame
I ) Toussas ou Toussât mouvant de Belle-Assise, était situé près de ce dernier fief. Aveu
du 7 avril 1665 : «(Toussât consiste en deux arpents de buissons et ayant quantité de vieilUi
masures qui paraissent être, ci-devant, le manoir et fief assis tout proche le lieu de Belle-
Assise tenant et aboutissant aux terres de Toussats et de Belle-Assise ». Les substructions
de ces ruines sont encore visibles.
(2) Il s'agit fort probablement du fiet de Voulangis ou VoUangs, mouvant de Belle-Assise,
<* assis à Villemeneux, consistant en un manoir tout découvert, jardin de un arpent, deux
fosses à mettre poisson, plaine de saulx et buissons, tout clos de hayes * (Aveu du 26 janvier
M75)-
(3) J'ai déjà dit, p. 200 (note), qu'il existait un fief des Bienfaites à Brie. Ce fief était mou-
vant de Bric-romte-Robert. Il est question plus haut de l'un de ses propriétaires de l'épo-
que, Jean de Bienfaite.
(4) Peut-être s'agit-il ici de Boussy-Saint-Antoine, commune de Seine-et-Oise, canton de
Bo i ssy-Saint-Léger.
(5) Tremblesseaux est un hameau de la commune d'Evry-les-Chàteaux, dans le canton de
Brie-Comte-Robert.
(6) Soignolles est une commune du canton de Brie-Comte-Robert.
(7) Ver ou Vert-Saint-Denis, commune du canton de Melin (nord), non loin de N'andy,
autre commune du mime canton où les Pommcusc possédaient des biens (v. p. 2;8, note.)
28() ItiSToiRP: DK La ville
la royne Jehanne (i) et madame la royne Blanche (2), considérans les
très grannds mauls, inconvéniens et dommages qui, pour cause et
occasion des dissensions et debaz, descors et guerres meuz entre
nous, dune part, estoient venuz et venoient de jour en jour et
pensoient plus grans venir, se bonne paix ne y fust mise, eussent et
aient requis et fait requérir plusieurs foiz à grant instance nous et
noz gens, et aussi nostre cher cousin Loys de Navarre et le captai
de Buch, lieutenant de nostre dit frôre, que nous et eulx vousissiens
que elles traitassent de paix entre nous et lui, et tant y aient travaillé
1101 ^'*^^ dames que, par le mien et à la prière d'icelles, fu et a esté
fait entre noz gens et les gens de nostre dit frère certain traitié et
accort en la manière qui "s'ensuit.
Sur les descors et la guerre pendanz a présent entre le roy notre
sire, d'une part, et le roy de Navarre, d'autre, est parlé par les genz
des diz seigneurs avecques madame la royne Jehanne et madame la
royne Blanche pour bien de paix, pour contemplacion et révérence
du saint père et de noz dites dames qui sur [ce] ont prié et requis
les dites parties et aussi pour compacion du peuple.... Paris, en
nostre hostel de lez Saint-PoU juin 1365 (}) ».
Aux « très grands maux» que Charles V signale comme
conséquences de la guerre navarraise, il faut ajouter, avons
nous dit, \i\ Jacquerie. Ce fut une explosion de colères popu-
laires que cette insurrection noyée par les nobles dans le
sang. Depuis plusieurs années, le paysan jouissait enfin de
quelque paix. Les champs, la culture prospéraient; la
richesse publique s'accroissait. Tout à coup éclatèrent, à la
fois, la guerre étrangère et la guerre civile. Pour les gens de
la terre, il n'y avait aucune ditTérence entre les combattants.
L'idée confuse de patrie germait seulement, mais un senti-
ment fort net se faisait jour parmi ses travailleurs. Ils repro-
chaient aux nobles, dont c'était le métier, de ne plus savoir
défendre le sol et la population ; ils avaient vu, non sans se
(1) la reine Jeanne d'Kvreux. dame de Brie-Conitc-Robert.
(2) Blanche de Navarre, surnommée Belle-Sagesse, dont le mariage avec Philippe VI le
Valois fut célébré le 29 janvier i3>o (n. s. à Bric-Comte-Robert. Par mandement en date du
)o avril 1365, Charles V a considérans les très grans griefs et pertes qu'elle (la reine Blanche)
a soustenuz pour cause des guerres et les grans fraiz et mises qu'il lui convient faire et
soustenir tant pour son estât comme pour la garde de ses chasteaulx, li avons donné... la
somme de quatre mil francs d'or, ou la valeur à prendre en quatre de ses chàtellenies sur les
fmanccs de nos aides... c'est assavoir le treiziesme sur le vin. la gabelle sur le sel et douze de-
niers par livres de toutes autres denrées et marchandises, jusqucs à un an. . »
( ?) (-C document en original aux chartes de Tnluze n" 4:)^. dans la collection Paluzc, a cti
publié par M L. Delislc dans son ouvrage Maid:m:nts d: Charlt: V Paris in-4'- 1. N. 1874, p. 104)
DÉ BRli:-COMTK-ROBERT 28 1
j^ausscr d'eux, ces chevaliers présomptueux, ces comtes et
ces barons insolents, se faire battre honteusement, à Cour-
Irai, par la piédaille flamande, à Crécy, à Poitiers, par les
archers anglais; ils les voyaient maintenant lutter entre
eux, négocier, se brouiller, se raccommoder, toujours aux
dépens du paysan. Le temps n'était plus, où ce dernier,
comme un esclave travaillait pour le compte du maitre, du
conquérant. Un vent d'indépendance dont nous avons suivi la
trace dans les chapitres précédents, avait passé parla, réveil-
lant les instincts de liberté et secouant, la dignité des mal-
heureux oppressés. Ce sol qu'ils cultivaient, qu'ils arro-
saient de leur sueur, était devenu le leur. Sans doute, une
Toule de charges fiscales, de corvées, de redevances pesaient
sur eux, mais, en y satisfaisant, en se courbant vers cette
terre pour en ai*racher les trésors sauf à n'en garder que
quelques lambeaux, ils vivaient, ils étaient maîtres d'eux-
mêmes. Comprend-on toute la colère légitime de ces braves
gens contre ces nobles et leurs gens d'armes qui n'étaient
plus pour eux que des brigands? Ils se défendirent d'abord
comme ils purent.
« Dans cette année de i358, dit Jean de Venette (i ), beau-
coup de villages dépourvus de fortifications se tirent de
vraies citadelles de leurs églises, en creusant autour d'elles
des fossés et en garnissant leurs toui's et leurs clochers de
machines de guerre, de pierriers, de balistes, afin de se
défendre, si les brigands venaient à les attaquer, ce qui
arrivait, à ce qu'il parait assez souvent (2) ».
Mais ces forteresses improvisées étaient souvent insuffi-
santes. « Eperdus, les paysans se sauvaient dans les bois,
les carrières, les cavernes, les îles, dans des bateaux amarrés
au milieu des rivières, dans les chciteaux, dans les villes
fortes, emmenant avec eux ce qu'ils pouvaient de meubles,
de provisions et de bétail, voués à la pire misère».
Les Jacques, les paysans, finirent par prendre l'ofïensive
et se ruèrent, exaspérés, sur les châteaux. Aussitôt les no-
(I) Religieux carme, chroniqueur de 1 époque.
2) Citation cnipr-i.tôc à M. Covillc, op. cit.
282 HISTOIRE DE LA VtLLE
bles oublièrent, pour un moment, leurs dissentiments, leurs
rivalités et leurs ambitions. D'un commun accord, ils se réu-
nirent pour comprimer ce soulèvement qui menaçait de les
emporter et de les broyer. La répression fut terrible, atroce
même. Le résultat de la lutte entre ces hommes bardés de
fer, disciplinés, ayant conscience du péril qu'ils couraient,
et les bandes incohérentes des vilains ne pouvaient faire
doute. Les vilains furent écrasés, mais la vengeance des
nobles ne s'en tint pas là. Après les rencontres en armes,
ils firent une véritable campagne d'extermination. « Et com-
bien qu'à plusieurs d'eux rien ne leur ait été méfait, écrivait
Etienne Marcel, toutefois ils (les nobles) ont ars (brûlé) les
villes, tué les très bonnes gens sans pitié et miséricorde
quelconque, robe (volé) et pillé tout quanque ils ont trouvé,
femmes, enfants, prêtres, religieux, mis àcruellesgéhennes,
les femmes violées en présence de leurs maris, et briève-
ment fait plus de maux plus cruellement et plus inhumai-
nement que onques ne firent les Vandales ni les Sar-
rasins ».
« A partir de cette déconfiture (défaite de Jacques à Cler-
mont en Beauvaisis et exécution de Guillaume Karle, leur
chef), les nobles exercèrent leurs vengeances. Elles furent
terribles. Le régent avait quitté Sens pour se rendre à Pro-
vins et de là àMeaux. Derrière lui accouraient les gentils-
hommes ardents à la poursuite et à l'extermination de l'en-
nemi commun. Tout fui mis à jeu et à satig dans le pays situe
entre la Seine et la Marne. Les chaumières furent partout
brûlées ou abattues et les paysans massacrés (i). »
« Entre Seine et Marne, les seigneurs qui étaient venus
rejoindre le dauphin, tuaient au cri de Mort aux vilains ! ».
Tous les chroniqueurs évaluent le nombre des victimes de
ces atrocités à vingt mille du 1 5 au 24 juin i358!
Je m'arrête sur ces citations et ce chiffre, et j'en reviens à
la conclusion que je dois tirer de ces terribles événements
au sujet des fortifications de Brie. Il apparaîtra, j'en suis
convaincu, au lecteur, que ma thèse là dessus sort forti-
[\) Polnsijnon, Histoire U U Chamragne tt de h Brie,
DE BRIE-CÔMtË-ROBÉRT 283
liée par le récit et leâ documents qui précèdent. Il me sera
impossible de préciser exactement l'année dans laquelle fut
élevée la nouvelle enceinte de la ville, mais, tout semble
laisser supposer que ce fut dès les premiers troubles,
c'est-à-dire vers la fm de i356 ou au commencement de iSS?
l^rie-Comte-Robert n'aurait d'ailleurs fait qu'imiter l'exem-
ple de Paris.
Au mois d'avril iSSy, les Parisiens contifiuèrent les fossés
qu'ils avaient commencés dès l'année précédente ; ils en
tirent de nouveaux et élevèrent des parapets et des tours
qu'ils garnirent de canons, de balistes et d'autres anciennes
machines de guerre. Les Parisiens avaient trouvé les forti-
tications déjà fort avancées, car aussitôt après la nouvelle
de la perte de la bataille de Poitiers (19 septembre i356), on
avait fortifié tous les endroits de Paris par où les Anglais
pouvaient venir ». En i358, ces travaux de défense diriges
d'abord contre les Anglais furent parachevés par les soins
dEticnne Marcel qui s'apprêtait à soutenir un siège contre
le Dauphin. «Les maisons et les jardins que les Cordeliers
et les Jacobins avaient sur les remparts de la ville furent
détruits ; on répara les brèches, on creusa des fossés et on
éleva des remparts où il n'y en avait pas (i) ».
Serait-ce trop s'avancer que de dire qu'il en fut fait au-
tant à Brie-Comte-Robert au même temps et pour les mê-
mes raisons > Cette précipitation même qui semble avoir
été apportée à dresser et à compléter la défense de Paris,
nous la retrouvons pour Brie et sans doute on la retrou-
verait pour d'autres lieux. C'est du moins ainsi que je crois
devoir interpréter ce passage déjà cité du compte de la reine
Jeanne « pour ce que aucuns héritages sont mis es fossés de
la ville ».
11 y a là, à mon sens, une mesure hâtive qui justifie bien
le tracé des murailles tel que nous le voyons, c'est-à-dire
exécuté pour parer au plus pressé afin d'envelopper d'une
ceinture défensive, à la fois, le marché, l'église et le cime-
tière, sans autre préoccupation que celle de se mettre à
(;^ ;;„:. ù b V.:i: d: Puis, o^. cit. t. II, p. 28 et 40.
284 HISTOIRE DE LA VILLE
l'abri des dangers du dehors. Il n'est pas jusqu'à la création
du moulin aux chevaux installé dans le vieux moustier,
comme je l'ai montré plus haut, qui ne décèle la plus violente
terreur et le désir impatient de chercher protection derrière
les nouvelles murailles.
Qu'étaient celles-ci ? A mon sens, et à cause de la préci-
pitation apportée à leur construction, des plus sommaires.
Il ne nous en reste rien qui puisse nous permettre d'en
juger. Si on se reporte à un plan de i&â). conservé aux
Archives Nationales, où une partie de la ville de Bric est
représentée à vol d'oiseau, il semblerait au contraire que les
murailles de Brie fussent hérissées de tours, engagées,
mais assez rapprochées les unes des autres. Ce document,
néanmoins, ne me paraît pas devoir être pris en considé-
ration. Le dessinateur, selon moi, a indiqué les murailles
par un dessin conventionnel, adopté pour toute représen-
tation semblable. Ces tours, si multipliées qu'elles parais-
sent distantes à peine de 20 à 2? mètres les unes des autres,
ne répondent pas je crois à la réalité des faits. Je citerai à ce
sujet un passage d'une plaquette relatant la prise de la ville
et du château de Brie en 1G49 ^^ '•
« Il (le comte de Grancey i s'alla porter dans le faubourg de
1 Epinelle d'où il fit son approche et plaça son canon contre
le rempart de la ville à la faveur d'une muraille de jardin
proche du fossé : une partie duquel était remplie d'eau, où
se faisait la batterie, et le reste à sec un peu plus haut. Les
assiégeants ayant choisi cet endroit-là pour y faire leur
attaque, d\iulant que la partie du fossé, où il y avait de Veau,
n était défendue daucun flanc t^.
Il y a lieu de croire que l'anonyme qui a rédigé ce récit est
un militaire ; on peut donc s'en rapporter à ses dires, et
ceux-ci nous montrent une simple muraille dépourvue de
tours — au moins sur le point attaqué. — Je crois d'ailleurs
que cette assertion est vériliée par les faits. Il n'existe aucun
vestige des tours, même engagées, dont le plan de 16G6 se
;i) B. N. — Pièce in-4 LL. ^7 ^ot^.
DE BRIE-COMTE-ROBERT 285
montre si prodigue ; les substructions, la base des mu-
railles même se retrouvent en plus d'un point, rien ne
décèle la présence de ces tours. Je ne veux pas dire qu'il n V
en avait pas; il est fort possible que, sur quelques points,
un ouvrage saillant ait été élevé pour aider à la défensive,
mais il n'en reste rien. Les fortifications du XIV' siècle appa-
raissent comme une simple muraille, d'épaisseur respec-
table il est vrai, au pied de laquelle courait un fossé qui peut
avoir mesuré huit à dix mètres de largeur entre l'escarpe et la
contrescarpe. Cette constatation militerait en faveur de la
construction précipitée de cette défense, exécutée surtout en
vue de se préserver d'un coup de main. Il devait y avoir
une dilTérence sérieuse entre les qualités défensives de la
« clôture » élevée au commencement du XlIP siècle autour
de l'îlot Saint-Jean et celles de cette ceinture de pierre mal
llanquée et à peu près uniquement protégée par les fossés.
Quoiqu'il en soit, la ligne des fortillcations de la ville se
poursuivait comme il suit :
En prenant le point de départ de la porte des Fontaines
dont l'emplacement entre la maison de M. Derroubaix et
celle de M. Desplas est très facile à retrouver, les murs sui-
vaient tout le boulevard de l'Ouest qui a été créé sur les
fossés même de la ville, comblés dans ce buta la lin du i8''
siècle. Ils sont jalonnés par les maisons bordant cette voie et
dont quelques-unes — la maison Blanchard par exemple —
sont visiblement élevées sur le sanciennes fortifications. Plus
loin, et en poursuivant la marche vers la porte du Aloustier,
c'est-à-dire jusqu'à la maison de l'Arquebuse, cette partie des
fossés servit aux exercices de tir des arquebusiers de Brie.
Après la porte du Moustier les murs et les fossés sont
devenus propriétés particulières. On les suit par la place des
Minimes, le boulevard des Bienfaites, la rue de la Grenouillère
jusqu'à l'entrée de la rue des Regards. De ce point à la porte
du Gué, une partie des fossés est devenue le lavoir public, à
Li lin du i8'' siècle. La porte du Gué se trouvait presque à la
hauteur de la porte d'entrée du lavoir, coté nord. De là à la
porte des Fontaines, la muraille traversant obliquement le
HISTOIRE DE LA VILLE
LES MURS ET PORTES DE BRIE^OMTE-ROBERT
avec indication des ruisseaux alimentant partie de ses fossés
bE BRIE-COMTE-ROBERT 287
jardin de M. Bezard, enveloppait les fossés du château,
laissant entre elle et ceç derniers un espace restreint, ainsi
qu'on peut en juger, puisque le boulevard actuel des Fossés
recouvre l'ancien fossé de la ville.
Trois portes, au moins, coupaient ces murailles : la porte
des Fontaines, celle du Moustier et celle du Beau Guillaume,
("es portes, comme toutes celles qui nous sont restées du
XIV*" siècle devaient former un édifice quadrangulaire,
comportant un étage au-dessus d'une voûte sous laquelle
passait la voie charretière ; le tout surmonté d'une toiture
pyramidale à quatre pans avec faitier muni de girouettes. A
dri^ite ou à gauche existait un passage — une autre voûte
vraisemblablement — servant aux piétons.
Cette dernière disposition nous est indiquée, en ce qui
t<.Kiche la porte du Moustier (i), par un acte passé devant
(^olleau, notaire à Brie-Comte-Robert le 3i mai 1699 (V-
« Etienne Musnier maitre masson, demeurant à Brie-
(^omte-Robert, fait marché avec M*» Charles Jambin, S' de
Boigny, conseiller du roy, maire de la ville et... Petit, esche-
vin, d'abattre le soustônement (?) qui est appliqué sous la
j/?'a?id porte de la ville, appelée du Moustier. crespir, avec
piastre neuf, la grande votcte setillement de la dite porte et
raccommoder avec chaux et sable, par la base, lespilliers de
r arcade de la dite porte du costé dti faux bourg. »
Les passages que j'ai soulignés semblent fort clairs.
D'une part, si la porte du Moustier est qualifiée de grand'-
porte, c'est qu'il y en avait de petites ; en effet, dans une
déclaration du 27 juin i5c)6, par exemple, qui se trouve aux
Archives communales, nous lisons :
' I On a donné aujourd'hui le nom de Dumoutier à la place formée par le croisement des
rjes de la Grenouillère et du Beau-Guillaume. 11 ne peut, il ne doit y avoir aucune confusion
entre cette appellation et celles de la porti du Moustier et rue du Moustier. Cette voie porte
a-tuellement le nom de rue de l'Eglise, ce qui est la forme moderne de rue du Moustier. La
perte se trouvait à l'extrémité de cette rue qui venait buter contre les murs de la ville devant
et à quelques mètres seulement (le la façade de l'église Saint-Etienne. C'est là ce qui lui
avait fait donner e nom de porte du Moustier, c'est-à-dire porte de l'église ou conduisant à
l'église.
(2) Les actes de Colleau font partie des Archives notariales de M* Camus, notaire à Brie-
Comtc-Robcrt.
288 HISTOIRE DE La VILLE
« Jehan Dijîucs, le jeune, lieutenant de monseigneur le
bailly de Brave et Nicolas Graig'v, es noms et comme exécu-
teur testamentaire de delïunct Jehan Graigy (i), et encore le
dict Jehan Di^rues et Colin de La Jarrie, exécuteur testamen-
taire de delïuncte Jehanne Delaistre, femme du dict defTunct
Jehan Graigy, déclarent avoir cédé à l'église Saint-Etienne...
une granchc, estables, court et bien assis sur la rue aux
Frippiers, aboutissant d'un bout a Jthan du Boys et d'autre
bout sur Lï place de la parle du Cymelière ; une maison et lieu
qui fut François le Jeune assis sur la dicte rue, tenant d'une
part à icelle et d'autre aux murs de la fortiffication de la
ville, aboutissant d'un bout sur la place de la porle du cyme-
lière. »
Il existait donc non loin delà grand'porte du Moustier une
porte plus petite, celle du cimetière, dont l'emplacement est
logiquement — nous en parlerons par la suite — à Fextri-
mité de la rue des Juifs, autrefois rue Boissanté. Je n'entends
pas dire que la porte du cimetière était percée dès le milieu
du 14" siècle, au moment de la construction des murailles (2)
je ne fais en ce moment un rapprochement entre elle et celle
du Moustier que p< )ur montrer l'importance de cette dernière.
(]elle-ci se c<^mposait, évidemment, de deux roules, Tacte de
i():j(j, ci-dessus rapporté, en fait foi, puisqu'on y parle de
réparations à exécuter à la grande voiile seulemejil de la dile
porle. C'était à n'en pas douter la voûte charretière, tandis
qu'il côté était la petite voûte servant de passage aux piétons.
Le même acte nous tixe également sur ce point que la porte
— par sa grand'voute — avait deux arcades, une du coté de
la ville, une du C(')té du faubourg. Ces détails suffisent a
reconstituer dans son ensemble la porte du Moustier e'"î
tenant compte de l'architecture du XI V*^ siècle en pareille
matière (3).
La porte des Fontaines était construite sur le même plan.
(I; Dans un acte du 24 février 1484 (même source^, Jehan Graigy est qualifié de muc. c
c'est-à-dire officier de justice, ou notaire.
(2) Je crois au contraire qu'elle fut percée plu» tard.
n) Les fortes de .Moret. qui sont demeurées si bien conscr\ces, peuvent nous en donmr
une idée à peu prés exacte.
DE HRIE-COMTE-KOBERT 28c)
La place vide laissée par son emplacement entre la maison
Deroubaix et la maison Demars suffirait à Tindiquer si nous
n'en avions pas une preuve authentique.
r^n 1754. toutes les portes de Brie furent l'objet d'un
examen tant à cause de leur vétusté que de la gêne qu'elles
occasionnaient dans la circulation. Le rapport (i), dressé à
cette occasion, fait connaître qu' « il ne reste plus delà porte
des Fontaines que des vestiges informes bâtis à chaux et à
sable et moellons très anciens saillant sur la voie publique
et en danger d'écraser quelqu'un. )x En ce qui touche la
p< »rte du Moustier, il est dit qu'elle « est de même conformation
de même construction que celle des Fontaines. » On signale
de plus qu'elle «est de trop vaste étendue et laisse un passage
trop étroit. »
La similitude entre les deux portes des ^^)ntaines et du
Moustier est ainsi démontrée tout autant que leur commu-
nauté d'origine.
La porte du Beau-Guillaume, ainsi appelée parce qu'elle
donnait accès à la rue du même nom, était située entre la
maison de XL W'osmeck et celle deM. Congy, habitée actuel-
lement par M. Guyot, notaire, ne devait présenter qu'une
seule voûte, mais les piliers devaient, suivant l'architecture
invariablede l'époque présenterunesurface arrondie, une tour
en tourelle, du côté de la campagne comme à la porte du Mous-
tier et à celle des Fontaines, ces tourelles ne devaient point
descendre jusqu'au sol, mais se terminer à leur partie inté-
rieureen cul de lampeâ toresépais. Cette hypothèse explique
pourquoi on ne trouve dans le sol ou à la surface aucune
trace de toursdont l'existence cependant peut être considérée
comme certaine. Il est aisé de se rendre compte combien
cette lourde bâtisse rétrécissait la voie, déjà peu large. Aussi
en 1764, la porte du Beau-(juillaume est représentée comme
« trop immense, trop étroite pour le passage des voitures,
considérable les jours de marché », En mars 1776, il n'en
il) (^e rapport était accompagné pour chaque porte d'un plan ainsi que l'indique le manus-
crit des archives communales de Bric-Comte- Robert. Malgré mes recherches il m'a été
impossible de retrouver ces documents graphiques.
19
DE BRIi:-COMTE-ROBERT 2^1
tc-Rr)bcrt est peu accessible du côté du nord. C'est
=-^ trouve 1 etan<r au milieu duquel aété bâti le château
* t. Sainl-jean. Des sources puissantes, d'où est venu
<Jc porte et rue des Fontaines, donné â la porte et à
-^ui les avoisine ou les longe, constituaient, â l'ouest
Olantj-. — elles S(Mit aujourd'hui de beaucoup amoin-
— un c<»urs d'eau diflicile à traverser. Leur débit se
^ ^-^ail du rù des Saulces la Vieille venant de la direct inn
ladres et du rù descendimt de Vaudoy, tous disparus
<^ 'u près, mais qui durent, vraisemblablement, tenir
"^ ^^cz sérieuse place dans le régime hydraulique du pays.
^ :^^ avons la preuve de la quantité d'eau qui pouvait
^^^ i^iuier sur ce point.
p^eut lire dans le procés-verbal d'une assemblée des
^^^nts de la ville, tenue le 7 juillet lyiS, que la ville
^^ "^Trait des incommodités considérables par les fréquentes
^^^-^^ d'eau de la campagne qui, tombant par la rue des
^^-^teaux, après avoir entièrement dégradé et rendu im-
^"^ vjable ladite rue et le chemin d'entrée de la ville du côté
^-^aris jusqu'à la porte des Fontaines, comblé et engorgé
^* »ssés et le pont de ladite porte, entraient par ycelle dans
^'ille ou elles remplissaient les caves, ruinaient les fonde-
^^'nts des maisons et causaient d'autres dommages consi-
dérables... »
Il s'agit, il est vrai, ici, du rù de Tubeuf ; mais qui recon-
naîtrait, a l'enumeration des ravages qu'il occasionnait à la
la lin du 17' siècle, le paisible ruisseau â moitié desséché,
.jue nous \oyons descendre de la côte de Chevry ?-* Le défri-
•hement. les mares, le drainage ont eu raison de ses impé-
Lieux débordements et l'ont réduit au rôle d'un ruisselet
ÎMUt le lilet s'épanche en un fossé de grande route. Cet
xcmple peut servir à nrais donner une idée de ce que pou-
aient être autrefois, toutes proportions gardées, les deux
LIS des Saulces-laA'ieille et du \'audoy dont je parlais plus
-kl us haut (I).
(I; II la liiit bien, d'ailleurs, que la masse deau alimentant le C^ornillot et par suite
ôlang du chaleau qui est son bassin d'origine, fut considérable puisque nous soniiniçs assu-
es, par les comptes de la reine Jeanne et d'autres documents auxquels j'ai déjà fait des
mprunts, que le rù du Cornillot mettait en mouvement dej moulins et des foulons,
202 HISTOIRE DE LA VllXE
On pourra trouver surprenant que dans l'apport des
eaux, à Touest de l'étang précité, je n'ai pas mentionné ce
même rû du Tubœuf dont Taflluence seule eut rendu ina-
bordable le coteau de Brie-Comte-Robert sur ce point. C'est
que très certainement, le thalweg du Tubœuf ne suivait pas
autrefois la direction qu'il avait à latin du 17* siècle, qu'il a
conservée de nos jours. Le même document que je vise
ci-dessus, nous apprend qu'en « recherchant la cause et les
remèdes (de la situation exposée) on avait trouvé les vesii^es
if un ancien cours d'eau qui passait ci-devant au travers du jar-
din et enclos d'une maison et ferme ( i) nouvellement acquise
par les religieux carmes deschaussez de Paris, de M. le
président d'Aligre et qui avait été bouché, »
Il résulte de ce qui précède que le rû de Tubœuf avait été,
aune époque qu'on ne pouvait déjà pas préciser en 1715,
détourné de son cours naturel, ou tout au moins privé d'un
bras, à supposer qu'il se fût déchargé par deux ouvertures
dans l'étang du château. Dans quel but ? Il est toujours diffi-
cile de se prononcer sur des travaux dont il ne reste pas
d'autres traces qu'une simple mention dans un document
vieux déjà de deux siècles ; il est possible cependant, la
réflexion aidant, de trouver une explication logique et satis-
faisante de leur exécution. Or, je ne serai pas éloigné de croire
que ce changement dans la distribution des eaux, en ce point
du sol briard, pourrait être rattaché à la création du nouveau
gué.
Si, en ellét, nuus avons pu nous rendre compte de ce que
pouvaient être les abords de l'étang du château du côté de
ses sources et ruisseaux d'alimentation, il est facile d'en faire
autant pour son exutoire dans la vallée duCornillot, qui lui
sert d'écoulement jusqu'à l'Yerres. (^et exutoire était un
véritable marécage. « Le fait est, écrivait-on vers la lin du
Wll" siècle, (2) que les ponts et murailles et édilices du
château de la dite ville (de Brie-C^omte-Robertj sont très
(I . Il sera, d.ins les chapitres >uivant>, question de celle niiison et ferme devenue* aujour-
d'hui la maison Biraud.
(2; Mémoire dresse pour le président de Mci^mos. seijjneur par engagement du domaine de
Bric-(^omte-Rubcrt depuis UiS^.
'S
anciens, d'une grande étendue et bâtis sur pilotis au milieu
d'un fujf'jis presque impraticable. » Qu'on se représente,
d'ailleurs, ce que pouvait être ce coin devenu le réceptacle,
non seulement des eaux sorties de l'étang grossi des rùs
dont j'ai parlé, mais encore de celles qui dévalaient du côté
de la campagne par le rù dit des Ecorcheries et du côté de
la ville par des sources telles que la fontaine Tartereau dont
je vais parler ; om comprendra, à la faible pente du terrain,
aux obstacles même, misartiliciellement peut-être à roriginc,
— pour la formation de l'étang — à l'écoulement de la masse
liquide, sa transformation inévitable en marécage à peu près
inabordable De ce côté, plus encore probablement que de
celui de la porte des Fontaines, l'accès du coteau de Brie, de
la ville même, devait être sinon impossible du moins fort
laborieux.
Du côté de Paris — c'est à-dire ci l'ouest de l'étang — l'ha"
bitude créa un chemin, remontant la rivegauche du rû descen-
dant du Vaudoy jusqu'au point où ce petit ruisseau put être
franchi sans incommodité, c'est-à-dire à la hauteur de la
maison Bertrin ou du chemin de Périgny. Du côté opposé,
c'est-à-dire à l'Kst de l'étang, semblable chemin se créa le
long de la rive droite du ruisseau déterminé par la fontaine
Tartereau jusqu'à la source même de cette dernière. Le pre-
mier de ces chemins qui s'appela la route de Fontainebleau
est aujourd'hui le boulevard de l'Ouest ; le second pourrait
être devenu la rue de la Grenouillère, mais fut plus probable-
ment ce qu'on appelle la rue des Tanneries, qui sert d'amorce
aujourd'hui à la route de Melun.
La première de ces hypothèses explique l'emplacement de
la rue Saint-Christophe qui, nous l'avons vu, s'appelait au
XIII* siècle, rueChantepie et mettait, à l'époque, Brie en com-
munication avec la route de Paris ; la seconde nous conduit
à parler des gués vieux et neuf.
La rue des Tanneries, en effet, franchissant le ruisseau du
Cornillot, déjà formé et canalisé, devait sur ce point présenter
im gué, le vieux gué. Par cette voie, on débouchait dans la
rue du Beau Guillaume et de là dans le Marché de Brie-
Comte-Robert. C'était, pour ainsi dire, le trajet obligé de
'2<J4 IIISToîki: Di: LA VIIJ.R
tous ceux qui se rendaient à Brie en venant de (^»ubeit
(Irisv, (]ossii^nv, (]hevrv, etc. etc. De même les habitants
venant de l^'érolles, Attilly, Lésiirny. Servon. etc.. quand ils
ne pouvaient pénétrer par les l-'ontaines s'astreijjrnaient à
remonter le rû du Vaudoy pour se rabattre par la rue des
Piliers ou celle du Moustier vers le Marché. Il suit de là que
Talimentation commerciale du Marché, si on peut se per-
mettre cette expression, se faisait, au nord, par la rue Beau.
(luillaume, et au sud. par la rue des Piliers, avec, pour con-
lluent, ce que nous appelons aujourd'hui la place de ril<:»tel-
de-X'ille. ( )r, ce conlluent était la place foraine appartenant à
ri^^'^lise de Paris. (]eci je l'ai amplement démontré déjà, en
indiquant qu'à c<*»té se trouvait le Marché du seiijrneur, tous
les deux sépares par une simple borne dont la place p< aurait
êtn.' fixée au coin (Juentin.
On sent, par ces dispositions même, que le Marche du
sei^meur ne p(Aivait {^uére recevoir que le trop plein du
Marché de TKi^^lise ou n'avait qu'un accès souvent fermé par
la rue des Fontaines. Le (chapitre de Paris s'était habilement
réservé la part du lion dans le parta.ue du sol commercial :
nous avons vu que, du sol airricole, il avait soiirneusement
irardé pour lui la portion la plus riche. Il n'y a là rien que de
très humain. Mais, ce qui ne l'est pas moins, c'est le désir
que devait avoir le seit*"neur du lieu, non seulement d'attirer
à lui les marchands et le commerce par la Maison-Dieu, par
les Halles — ainsi que cela a été plusieurs fois avancé —
maisaussid'atïranchir son Marché de la sujétion exposée plus
haut. (>ela, il lep^aivait: premièrement, en dégaj^eant l'accès
par les Fontaines de la masse d'eau qui l'aveuglait ; seconde-
ment, en créant le n(»uveau gué et en aménageant ainsi une
Voie débouchant directement de la campagne, et non de la
moins riche et bien dotée, dans son propre Marché.
Pour arriver à ce résultat un travail s'imposait et c'est
précisément celui qui fut fait pour le rû de Tubœuf ou du
moins celui qui paraîtra le plus rationnel.
premier pointétait élémentaire. Alin de dégager l'entrée
itaines, il fall ut capter les eaux des deux rùs, celui du
t)È RRIE-COMTE-ROBËRt 29S
Vaudoy et celui des SauIces-la-Vieille, les canaliser, les endi-
t^'uer et les détourner de l'étang dans lequel ils se jetaient. Il
n'y avait pour cela qu'à les conduire dans le Tubœuf qui, lui
aussi, se jetait dans l'étang mais plus bas, après avoir tra-
versé le jardin et la propriété de la ferme des Carmes
déchaussés (la maison Biraud). On créaitainsi un rû artificiel
qui suivait ce que nous appelons actuellement le boulevard
des Fossés. L'entrée des Fontaines se trouvait de la sorte
purgée, dans la plus large mesure possible, de Taffluence
des eaux de la campagne sur ce point.
La création du gué à Test de l'étang était chose plus délicate.
Elle devait toutefois s'inspirer du même principe. Il fallait, là
encore, détourner de l'étang le rû de Tubœuf grossi mainte-
nant de ceux du Vaudoy et des Saulces- la-Vieille, recueillir
au passage le rû des Ecorcheries et jeter le tout dans le Cor-
nillot. L'exécution de ce travail se lit en quelque sorte sur le
sol. Le nouveau ruisseau fut creusé presque parallèlement
a la face Est de l'étang et vint se réunir dans le Cornillot à
l'endroit même où débouchait la fontaine Tartereau (i).
L'étang se trouvait ainsi soulagé de l'énorme affluent qui
embarrassait son écoulement dans le Cornillot et transfor-
mait son issue en un marécage impraticable. Ce n'était
cependant pas tout. Ce travail, s'il détournait de Tétang la
masse liquide qui, autrefois, s'y précipitait, n'empêchait pas,
lors des pluies torrentielles ou longtemps prolongées, que le
Tubeuf, maintenant accru de deux ruisseaux secondaires,
ne débordât et ne rendit impossible le passage qu'on voulait
réserver. C'est alors qu'à mon sens fut creusé un nouveau lit
au Tubeuf afin dediviserseseauxet, en allongeant son cours,
de réduire la vitesse d'une partie de la tranche liquide. De là
(I) La fontaine Tartereau sourdait à côté même de la porte du Beau-Guillaume. II y a là
encore un puits communal qui n'est cependant pas exactement situé au dessus de la source.
On trouve aux archives de M» Camus, nolaire à Brie-Comte-Robert, le marché suivant passé
le 24 juin 1643 devant Thuillier. « Abraham et « laude Michon, masson, demeurant aux fau-
bourgs de Braye-Comte-Robert, ont fait marché avec Jacques Motheau, marchand, procureur
sindic des habitants du dit Brie, par l'advis et du consentement de noble homme M. Jacques
de Lannoy, sieur de Bugny, conseiller et procureur du Roy au dit Brie-Comte-Robert et de
honorables hommes Anthoine Dumas, Charles Laurans et Claude Desloges, eschevins de la
dite ville, de faire « à la porte des beaulx-Guillaumes, une harche à la place du pont avecque
une descente pour dévaller à la fontaine avecque des murs de refan pour soutenir les terres' »
2i/> HISTOIRK DE LA VILLE
les deux bras qui nous sont sig'nalés par le procès-verbal de
lyiS. L'un, le bras naturel, qui passait sous la maison
Hiraud ; l'autre le bras artificiel qui coulait le long de la rue
des Ormetaux. Lorsque tous deux fonctionnaient, la masse
d'eau se divisait : Tune, suivant sur thalweg rapide et conser-
vant son cours impétueux, l'autre glissant par le détour qui
lui était offert et ralentissant sa chute puisque la pente était
moins rapide. De la sorte, les tranches d'eau se présentaient
sucessiremenly et non en un Ilot irrésistible, à l'orée des deux
canaux du Cornillot (i).
Le sol, entre l'étang et l'ouverture du Cornillot. se trouvait
de la sorte expurgé de l'eau qui le couvrait et le terrain,
jusque là fangeux, marécageux, ne devait plus offrir qu'une
surface praticable, facile à consolider au besoin, que coupaient
des ruisseaux paisibles et commodes à franchir. Le nouveau
gué était créé, et, par suite, ouvert à la voie nouvelle donnant
accès au Marché du seigneur, voie qui, en se bâtissant peu
à peu devint au XIV' siècle la rue Neuve du Gué.
(]es travaux étaient d'une réelle importance et paraissaient
judicieusement déduits. Mais ceux qui connaisent toutes les
ressources que les anciens empruntaient à l'hydraulique, le
merveilleux et ingénieux parti qu'ils savaient tirer de cette
force, la seule en fait qu'ils eussent empruntée à la nature,
s'étonneront peu de tels projets et de leur exécution. Combien
de temps fallut-il pour mener à bien cette œuvre > On ne peut
que faire des suppositions à cet égard. La patience était,
d'ailleurs, une des vertus de nos pères ; l'on eût mis un
demi-siècle à accomplir ce travail — qui n'a rien, en somme,
d'extraordinaire — que je n'en serai pas autrement surpris.
Du reste, le détournement des eaux pratiqué, le soi, ainsi
alïranchi en vue de la création du gué, ne dut se consolider
et n'être praticable qu'après un temps plus ou moins long.
La seule chose que nous puissi( )ns dire, c'est qu'en 1827, c est-
(i) Il est vrai que d'après le proces-verbal de 1715. les abords de la porte des Fontaines
( taicnt redevenus ce qu'ils étaient autrefois, du moins temporairement. Ce procès-verbal
donne la meilleure preuve de l'exactitude de mes suppositions. Ce n'est que lorsqu'on eût
bouclî" l'un drs bras du Cornillot. l'ancien bras naturel, que les eaux se précipitant en maae
par le thalwc;^ artiticivi des Ormeteaux. vinrent buter contre la porte des Fontaines, arrêtant
l'écoulement "des rûs secondaires et causant les domrrjnj^cs donf se pNIs^nent \t% habitants.
DE BRIE-COMTE-ROBEF^T 29/
à-dire dans le commencement du XIV" siècle, le nouveau
iiuc existait et on s'en servait déjà, certainement, depuis
quelques années. D*où on pourrait conclure, par exemple, que
les travaux exécutés sur ce point pouvaient avoir été entre-
pris, par exemple, vers le milieu du XIII" siècle. Peut-être
]l«»bertIII, en accordant en r23() aux habitants de Brie la
charte dont j'ai parlé (i), obtint d'eux un concours quelcon-
que dans cette entreprise. ^Peut-être fut-elle la pensée de
Mauclerc qui, nous le savons, était assez animé contre les
gens d'Ep:lise pour jouer au Chapitre de Paris le mauvais
tour d'ouvrir directement son marché au commerce, sans
r»bliger les marchands à passer par le marché du Chapitre.
Si le g-ué existait au commencement du XW^ siècle, on dut
nécessairement faire une porte sur ce point (2) lors de la cons-
truction des murailles que l'on peut fixer, comme je me suis
elïorcé de le prouver, vers l'an KxSy ou i338.
On ne sera pas sans remarquer que les murs de la ville
sont dressés le long des ruisseaux dont il vient d'être
question. De la porte du Beau-Guillaume, ils suivent la rive
gauche du ruisselet descendant de la fontaine Tartereau jus-
qu'à son confluent avec le Tubœuf et les déversoirs de l'étang.
De là, ils bordent le ruisseau artificiel du Tubœuf jusqu'à la
porte des P'ontaines et le ruisseau du Vaudoy jusqu'à Tancien
cimetière. Cette disposition avait pour les constructeurs cet
avantage que les fossés des nouvelles fortifications étaient
creusés par avance, et l'on s'explique, si ce que j'ai dit de la
hâte avec laquelle fut élevée cette enceinte est vrai, combien
on dut en profiter. De l'ancien cimetière à la porte du Beau-
(3uillaume, en passant par les Bienfaites, les fossés n'existaient
.1) V.p. 155.
(2) 11 existait à coup sûr une autre porte, mais celle-ci servant uniquement au château.
Elle était prativ^uce dans l'épaisseur des murailles et défendue de chaque côté par deux tours
coiffées que l'on voit très distinctement indiquées dans le plan de l666 que j'ai cité plus haut.
Il ne s'agit pas ici d'une figure de convention pour indiquer une muraille de ville, une forti-
fication. La porte, ou plutôt poterne, dont il est question, ne dépassait peut-être pas les
crénaux ; elle n'avait pas le caractère d'architecture militaire que pouvaient, que devaient
présenter les autres. Les deux tours suffisaient pour la défendre et d'ailleurs elle s'ouvrait
pour ainsi dire «ous le donjon appelé tour Saint Jean. J'ajoute qu'on ycut retrouver les
substructions de l'une des tourelles de la poterne du château dans les cave» de la maison
a.» rai tenant à M, Paillard.
2t)8 HISTOIRE DE La VILLE
pas, il fallut les creuser (i). C est là que se voit le désir
impérieux d'aller vite en besogne pour mettre la ville à l'abri
d'une insulte. On va au plus court, uniquement préoccupé
de la pensée de protéger le cimetière. les deux églises et le
marché de la place de l'Hôtcl-de-Ville (2). C'est ainsi que
l'entrée de Saint-Etienne s'est trouvée étranglée par cette
construction faite après son élévation. N'est-ce pas la preuve
sensible de la précipitation avec laquelle fut conduit ce
travail de clôture ?
J'ai dit que cette longue enceinte, simple muraille, n'était
interrompue par aucune tour ou ouvrage militaire, sauf tou-
tefois les portes, pointd'ordinaire faible et facilement vulnéra-
ble. Elles n'étaient pas d'une épaisseur extraordinaire. On en
pourrait juger par les échantillons épars qui nous restent çà
et là, si nous n'avions pas un document certain à cet égard.
C'est un plan du 18* siècle ainsi libellé (3).
« Plan d'une place vague et vacante, située en la ville de
Brie-Comte-Robert, faisant partie des fossés de la dite
ville (4), étant même creusée et dans laquelle une partie des
eaux qui prennent leur écoulement par la porte du Moustier se
retirent, levé et arpenté, en août 1768,. suivant les ordres du
conseil de S. A. S. monseigneur le comte d'Eu, à nous donné
par le sieur Pichon, inspecteur général des chasses, pêches
du domaine de Brie, appartenant à son Altesse sérénissime :
La dite place tient d'orient aux murailles de la ville qui ont
cinq pieds d^ épaisseur et de différentes hauteurs (5).... Nous
certifions le tout véritable. A la Queue (b), ce 12 juin 1770.
(Signé) Babelon. »
\j II est à croire que c'est en faisant ce travail que furent mu ii fossez les héritages dont ii
est question dans les comptes de la reine Jeanne. Ces héritages lui venaient alors de son
échange avec le Chapitre de Paris, (V. pp. 255 et 256).
(2) Dont Jeanne d'nvreux venait de faire l'acquisition par voie déchange (v. pp. 255 et 256).
(^3* Ce document nous a été obligeamment communiqué par M. Bouchet, propriétaire, place
des Minimes, d'une partie du terrain indiqué.
(4) Sur cette place se sont élevées d'abord la maison Lecomte située sur le parvis Saint.
Etienne, ensuite la maison Bouchet située sur la place des Minimes.
(5) On voudra bien remarquer que, dans ce document, officiellement dressé et par consé.
quent faisant foi, il n'est pas question de tours accolées aux murailles. A cette ate, l'ancif-nne
porte du Moustier avait disparu.
(6) La Queue-en-Bric, commune du canton de Boissy-St-Léger (5eine-ct-Oise).
DE BniE-COMTE-ROHËÎ^T 2()0
Nous avons ainsi Tépaisseur, officiellement constatée, des
murailles de la ville. Le pied mesurant 32_| mill. cette
épaisseur serait mathématiquement de i mètre G2 ; nous
pouvons la fixer à i m. 65. Le documents nous dit que les
murailles étaient de différentes hauteurs. A l'époque où fut
lève le plan ci-dessus, l'enceinte de la ville était attaquée oU
défi »rmée par les particuliers auxquelles on les avait vendues
avec des portions de fossés. Il se peut que le rédacteur de
i7<')S ait voulu dire que les murailles, ébréchées, n'avaient
plus partout la même hauteur. Cependant on peut bien
admettre qu'en suivant les pentes du terrain les murailles
ussent Construites en échelon, comme cela se pratique
ordinairement, d'où l'expression, justifiée alors, dont se sert
l'architecte du comte d'Eu.
Pour compléter la physionnomie de la muraille qui encei-
ii'nait la ville, j'ajouterai ce renseignement que j'ai recueilli
dans les notes laissées par M. Camille Bernardin (i), mal-
heureusement comme il le faisait trop souvent sans indica-
tion de source. Je crois pouvoir, cependant, en faire état.
« Près la porte des Fontaines, dit-il, il y avait du temps de
Chauvelin, sur le mur des fortifications, un petit mur de 5
à G pieds, communément appelé meurtrière. »
La mesure ci-dessus s'entend évidemment de la hauteur
de ce petit mur qui devaient être un restant des anciens
crénaux couronnant jadis la muraille.
Il est un point sur lequel le document, dont j'ai parlé plus
haut, nous apporte un vague éclaircissement. Nous savons
bien maintenant comment s'alimentaient, en eau, les fossés
depuis l'ancien cimetière jusqu'à la porte du Beau-Guillaume
en passant par le château, puisque ces fossés n'étaient que
des ruisseaux naturels ou artificiels utilisés pour la circons-
tance. Mais nous n'avons pas les mêmes données en ce qui
touche l'autre partie des fossés passant par les Bienfaites. Il
est à présumer qu'on avait dû se servir des fontaines et
sources trouvées certainement en creusant. On sait qu'il y a
( I) Conservées aux archives Uépartementales de Sfine-et-Marne*
une nappe d'eau souterraine, qui circule à quelques mètres
sous la surface du snl. allant de l'ouest à l'est, et descendant
par ounséquent de la crête de N'illcmeneux vers le Cornillot.
(^etle nappe d'eau alimente les puits des jardins et maisons
deeeenlé delà ville et s'épanche en plusieurs fontaines, telles
que celles de 'larteroau dont j'ai parlé ci-dessus, et du
PLACE DES MINIMES
appelée aulrefois. u Place des Bienfait
liihc photographique obligeamment eomniuniquc pjr 1
Martinet dont je parlerai plus tard. Il est même des sources (O
ne paraissant avoir aucun rapport avec cette nappe comme,
par exemple, la source qui se trouve au niveau du second
étage des caves de la maison de M. Sylvestre (■ii. Ce fut par
DE BRIE-COMTE-ROBERT 'M)l
ces Sources que furent, à coup sûr, alimentés les fossés de
ce côté : il y a lieu de croire même que des barrages furent
élevés dans le fond des fossés pour maintenir les eaux à un
certain niveau et empêcher leur éccjulement complet vers la
partie basse de la ville (i).
Si le creusement des fossés fut une œuvre facile et déjà aux
trois quarts faite lorsqu'on s'occupa de la construction des
murs de la ville, la question des matériaux dut se poser avec
ses impérieuses nécessités. Puisqu'on voulaitopéreren toute
hâte, il fallait que ceux-ci fussent, pour ainsi dire, à pied
d*(euvre. 11 était, en elTet, impossible de sonj^er à les appor-
ter du dehors, sans s'exposer à des lenteurs que l'on voulait
certainement éviter. Heureusement la pierre ne faisait pas
défaut.
L'existence d'anciennes carrières dans Brie ne saurait être
niée. J'ai déjà dit que, probablement, aux siècles désastreux
qui suivirent l'occupation romaine, la population dut se créer
des refuges souterrains, et se servit peut-être même de très
anciennes habitations creusées à d'autres époques à liane de
c >teau. Ces souterrains furent, très certainement, l'embryon
des plus anciennes carrières et c'est de là que sortirent les
pierres qui servirent à l'érection des premiers monuments de
la ville. On comprendra sans peine que ces carrières fussent
insuffisantes lorsqu'il s'agit de dresser la chemise de pierre
derrière laquelle s'abrita Brie au XIV^ siècle. D'autre part, il
fallait dans le plus court délai possible obtenir la plus grande
quantité possible de matériaux. De là la nécessité d'attaquer
le S(»l en plusieurs points alin que le plus grand nombre de
bras pût être employé.
Plusieurs points de la ville ont parla suite porté le nom de
(^jrricrcs. je les citerai par la suite à mesure que les néces-
sites de cette étude m'y amèneront. Mais, ce ne fut pas seule-
' I) II ne serait pas ituj^oNsible que sur un de ces barrages fut établi le ponton de la compa-
gnie des arquebusiers, dont le tir était dans la partie des fossés a/Iant de l'ancienne porte du
inoustier a l'ancienne porte du cimetière.
Ce qui donnerait une certaine créance à cette hypothèse c'est que nous voyons, d'après le
plan dont je viens de donner l'intitulé, que les fossés du côté de la porte Mousticr s'alimen-
taient aussi en partie des eaux pluviales.
3i,y2 HISTOIRE DE LA VILLE
ment là. a ces dépr>ts crmsacrés pour ainsi dire. qu'<»n
s'adressât. ( )n creusa un peu partout et le plus près pt:»ssible
des murailles à élever. I/existence de ces travaux peut se
Constater dans ditTêrentes caves telles que celles du presby-
tère, de la maison de M. Blanchard, de celle de M. Svlvestrc.
etc. etc., tr>utes à prr>ximité immédiate de l'enceinte delà
ville. Le soi sur lequel s'élève l'établissement des S«L-urs est,
de tcaileévidence, une ancienne carrièredont les travaux vont
se proloni^a-ant jusques sous les immeubles de M. Pelletier
et de M. Poiré, (^esta-dire que entre la nmte de Melun et la
rue des Bienfaites on a retiré dénormes quantités de pierres
dont l'emploi était, en vérité, immédiat. La piT»priété de
.\L Cj>las et celles qui suivent, à M. Limet, à M. Rousseau,
dans la rue des l*'ours-à-(]haux, ont été exploitées de même
façcjn, mais il importe de constater ici que ce point fut un de
ceux que l'on désifrna sous le nom de (barrières. Il en fut de
même dans la rue des Tanneries, dans ce qui devait être plus
tard le parc de Pamphou, dans les Ber<2reries, à Saint-Martin
et au (]y^ne, deux propriétés V(>isines, situées en face Tune de
l'autre, de chaque c<*)té de l'ancienne route de Paris, etc. Par-
tout, on creusa et on creusa par un travail simultané dans
l'obliiTation où on se trouvait de réunir le plus de matériaux
possible poin* exécuter les murailles devenues indispen-
sables.
L'une de ces carrières appartenait aux châtelains de Bric,
à ce que nous apprend un des comptes de la reine Jeanne. <)n
lit, pour l'année \'XX\ à l'article des lecettes :
Des cens dilleuc, randemain de Nocl ; vxw livres, \j sols ij
deniers Lt en veut plus à ceste foiz que il ne seult, pour ce que de
n«.)vel li receveries a baillié à Simon le Piquart, maçon, une pièce de
icrre assise sur les quarriùres, contenant environ lll quartiers, que
les chastelains de Brave souloient tenir si comme l'en dit ; et y a
1 en trait naguaires pierres pour Madame tant comme l'en en va peu
t ouver...
Il nous faut retenir, à la fois, et cette phrase et la date à
laquelle elle a été écrite, car elle nous prouve que. peu avant
Kv\\ on a retiré de cette carrière pour le compte de la reine
DE BRIE-COMTE-ROBERT 3o3
Jeanne, toute la pierre qui s'y pouvait trouver (i). Or, nous
pouvons, par les états de dépense que nous avons si souvent
cités déjà, dire qu'il se lit à cette époque d'importants travaux
au ch:\teau. Avant d'en parler, il faut bien établir la nuance
entre ces deux appellations : le châtel et Thôtel. Les rédac-
teurs des comptes ne s'en servent pas indifféremment.
1 /hôtel, c'est la demeure particulière de la reine Jeanne ; le
châtel, c'est l'enceinte qui, bordant l'ilot Saint-Jean, renfer-
mait, cela va sans dire, Thôtel.
J'ai déjà dit, mais c'est le lieu de le répéter, que primitive-
ment la demeure, le pied-à-terre, du seigneur fut la tour
Saint-Jean. Au reste, par le peu que nous avons vu de leur
vie et de leurs chevauchées, on a pu se rendre compte que
Brie ne servit guère que de lieu de passage aux premiers
seigneurs capétiens. Ni Robert I, ni son fils, ni Robert III, ni
Pierre Alauclerc ne semblent avoir séjourné à Brie qu'à des
distances éloignées. Ce ne fut guère qu'à la fin du XIII* siècle
que les seigneurs de Brie commencèrent à y résider d'une
f: çon plus régulière. Le temps des croisades était terminé,
le pays était en paix et la noblesse, devenue sédentaire, s'éta-
blissait du mieux qu'elle pouvait dans les domaines qu'elle
occupait. Le donjon de Saint-Jean, suffisant pour donner un
abri de quelques heures, n'offrait plus le confort et l'espace
nécessaire.
D'ailleurs, avec la tranquillité générale, les bourgeois et le
peuple, bénéficiant de la sécurité inconnue jusque là, dont
ils jouissaient, s'accroissaient, s'étendaient de la façon la
plus extraordinaire. J'ai déjà donné, d'après Dulaure, une
évaluation de la population de Paris, en k>i3. Kn se servant
dun manuscrit fournissant le rôle des Parisiens assujettis à
Lin impôt établi par Philippe-le-Bel (21 « à l'occasion de la
(i } a Par ce que nous dirons plus loin des « Grands jardins du Châteiu »> on pourrait inférer
»]ie cette carrière était située là où s'élevait l'auberge du Cygne, sur l'ancienne route de
Paris, en face l'auberge Saint-Martin, aujourd'hui fermée. L'auberge du Cygne, <* autrement les
("arriéres » disent d'anciens actes, est devenue la belle propriété de M. Dcsprès.
(2) « Ainsi, écrit Duîaure. en 1513. Philippe-le-Bel retira des Parisiens 13,021 livres 19 sous 8
ùeniers et cette somme fut répartie sur 5,955 habitants. Ce nombre n'était certainement pas
celui de la population de Paris, mais celui des chefs de familles imposables ou, comme on
disait alors, le nombre des feux. Il faut multiplier le nombie ci-dessus par 5 pour obtenir la
population entière des imposés et y ajouter ensuite la masse des privilégiés non imposables. »
'-l.a-
. , . . ■ w
.• >. i\>
. »* W* • X - •
-) ..-^
r-i^^
1, .;
-. . J .
. I
« k « K k .
■■.-.r ..
iii'-
pr.
-/
^1.'
.... LP'.'-i- J^
. . ■.■ — ■■. ■.;. mt J ■
« - -i ■«. r; ."LV.i.*.
« ■ - ■ - ■* r
rl.4fl. ■•/' "
• ■ L _■ •
DE BRIE-COMTE-ROBERT 3o5
que soixante ans plus tard, ses murailles étaient reculées à
la Bastille, (i)
Je n'ai pas, au surplus, à m'appesantir sur le développe-
ment de Paris ; je le cite uniquement comme une preuve de
sa transformation et de son prog-rês dès qu'une paix relative
laissa le peuple respirer et revenirpson génie de travail et de
<^oLit. II est aisé de comprendre que tout le pays ressentit à
des deyrés divers la bienheureuse influence de cette période
de prospérité.
Hrie-(>omte-Robert, réduite après les misères des siècles
précédents à sa plus simple expression, n'était plus que le
squelette d'elle-même. J'ai suffisamment insisté sur ce point,
mr>ntrant la maigre population réfugiée sur son îlot, d'où
sortaient quelquefois de courageux cultivateurs auxquels
l'amour de la terre faisait braver mille dangers et mille morts-
Peu à peu, à mesure que les années de calme s'accumulaient,
ces braves gens, en prenant plus d'assurance, se risquèrent
à créer des établissements durables ou à relever les ruines
de ceux que l'incendie et le pillage avaient détruits. Par un
phénomène physique très naturel, le nombre des habitants
s'accroissait et la population recevait une augmentation
notable d'étrangers appelés et retenus par le marché de Brie,
de jour en jour plus fréquenté et plus agrandi.
La clôture de 1208, celle donc on voit encore les ruines
autour de l'ilot Saint-Jean, devint rapidement trop petite. Au
dehors, des faubourgs se créèrent, des habitations s'éle-
vaient, et successivement Brie, sortant de l'étroite enceinte
qui lit sa sécurité aux siècles précédents, se répandit dans
les environs.
Par ce qui a été dit, au chapitre précédent, du faubourg
Saint-Christophe, on peut déjà avoir une idée de ce que fut
ce mouvement d'expansion dans les dernières années du
XIIL siècle. Nous verrons bientôt, à ce qui sera dit des liefs,
que ce n'était pas seulement de ce coté que l'exode de la
population s'était porté. Ce qui fut plus tard le Vaudoi était
II) Paris n'avait que 2S5 hectares dans l'enceinte de Philippe-Auguste ; il en avait 4îv —
presque le double — dans Tenceinte de Charles V.
20
OOb HISTOIRE DE LA VILLE
un véritable faubourg s'étendant assez loin dans la direction
de Villemeneux ou de Jarcy. Le faubourg du Martinet, encore
aujourd'hui en partie debout, se créait et devenait avec les
tanneries, les foulons — rveaneaiis foulons dont parlent les
comptes de la reine Jeanne — avec les moulins, une sorte de
groupement industriel. Vers les Ormeteaux, du côté de
Pamphou, sur l'emplacement occupé dans la suite par les
parcs de la Fleur de Lys et du château de Pamphou, vers
l'Epinelle, s'élevaient des tiefs, des maisons ou des .masures,
témoignage certain de l'activité et de la prospérité de Brie à
cette époque, 1 1) mais dont, hélas ! il ne restait plus guère
que le souvenir au XVI' siècle. Déjà même, il nous a été
donné de vérifier cet état de choses pour Villemeneux (2). ce
hameau rattachant Brie à la rivière d'Yerres, et qui a suivi
naturellement les fluctuations de son chef-lieu.
Il ne faut en rien juger le Brie d'alors, par le Brie d'aujour-
d'hui o) et mèrne par ce qu'il fut à la lin du i8' siècle et au
commencement du I9^ C'était au 14' siècle, à n'en pas douter,
une ville importante au point de vue agricole, cela va sans
dire, mais aussi au point de vue commercial et industriel. Ses
halles nous ont fourni, à cet égard, une indication ; son
étendue, après le rapide exposé que j'en viens de faire et dont
nous retrouverons les traces probantes au cours des pages
qui vont suivre, contribue à tixer nos idées à ce sujet. La
prospérité dont avait bénéficié Paris, faisait ressentir ses
heureux elTets dans tout le pays, d'ailleurs.
Cotte constatation faite, et corroborée par une foule de
1 « La population n'était pas répartie comme e'Ie Test maintenant : on a pu constater
dans certaine> provinces, que les « écarts » ou groupes de maisons isoles dans la campae^ne.
étaient plus nombreux avant la guerre de Cent Ans qu'ils ne le sont aujourd'hui *». (V. Dureau
de la Malle. D^rj-nri: .rj.O.'.ja.' .•;c.i..'ia AT/- si:..V. biblioth de licole des Chartes. II. 1840-1841'.
2 V. p. 27Q, notes I et 2. ce qui est dit du fief de Toussas.
i> Bien des petites villes durent être plus peuplées qu'elles ne le sont aujourd'hui : ainsi
Co'de» Tarn qai p.irail a\oir eu entre ^.ox> et «>.ox> habitants, avant la peste de IJ48, n'avait
pius que i.^M^ a:ne> en iS»i. I\»rtai. E>>Ji: ,:\:u.i.s i T.i.;'-rr/a.'j sur Cordes, Bibliothcquc de
i'Ecoie de-i i.i:arte>. l. V. iS»V
A cette proportion. Br;e pourrait avoir eu à p*u près S.o.X) habitants. L'n calcul précédent
nous a\ait tait atteindre 10.000 . il est vrai qu il englobait aussi la population des environs de
la ville.
DE BRIE-COMTE-ROBERT Soy
tcmôitrnag-cs, (i) j'en reviens au changement considérable
qui se lit dans l'assiette du château, en entendant par ce mot
l'enceinte de murailles élevée autour de Tilot Saint Jean, au
C( mimencemcnt du XIIT' siècle.
Tout d'abord, une chose est à établir : le sol circonscrit
parcelle enceinte était encore occupé, par des particuliers,
bien que, depuis lr)ntj:temps déjà, la population se fut, en
quelque sorte, évadée de l'abri étroit que les circonstances
lui avaient imposé. Dans les comptes de la reine Jeanne, de
l'année \'Xy2, se trouve cette mention :
r^our deniers baillez et renduz à Monsieur Geuffroy Le Veneur,
maistre de la chambre auz deniers Madame, qu'il avoit paiéz à plu-
sieurs pcrsones pour achaz de certains jardins et d'une maison
achetez pour Madame par messeigneurs les maistres de son hostel,
dont les parties s'ensuient cy après ; et dont les lettres de garantie
du diz achaz rendues à court, ensemble le mandement de Madame
pour ce faire. donn<i à Brave, cvj livres parisis.
X'oici d'ailleurs le détail de ces achats tels qu'ils figurent
au compte de l'année suivante :
Ce sont les parties des achaz des jardins et d'une maison achetez
pour Madame scur la somme de cvj livres parisis dont mention est
faite cv devant :
Primo. De Belon, fille jadis de feu Henry Le Vie), châtelain, et
de feu Anastasie, sa famé, demourant à Paris, I jardin si comme il
se comporte de toutes pars, assis à Braye, tenent à Denise F'ouchier
et à Ph(ilipp)ot le Maçon et ses enf^ns, pour le pris et la somme de
\ij livres, x sols parisis.
Jleiu. De Denise Fouchier, demouran» à Braye, la moitié d'un
jardin qui fu Henry Le Viel, pour le pris et somme de xxv livres
parisis.
Ileni. De Philippe le Maçon, dit Piquart, de Braye, ou non fsic)
de lui et de es enfens, dont il a le bail, la garde et l'administration,
le droit qu'ils avoient en une pièce de jardm assise éiBrajQy devant la
porte de l'osicl Madame, pour le pris et la somme de xij livres, x sols
parisis.
/tem . De Jehanne de Segroiée, jadiz famé feu Jehan Kougel,
Guill(er)mi (>) et Johannin ses enfens, une meson, I jardin et toute
(i) Dflislf. Etudes 'ur a condition de la daae ag'kok et l'ctat de l'agriculture en Normandie au moyen-
Jgc, 1851. — Rich.nrd. Thierri d'Hirei,on, agriculteur artésien, Biblioth. de rEcole des Chartes.
L III. l8<;2. — Joubert La Vit agricole dans le Haut-Maine au XIV' siècle {' S)S-ii42), 1886, etc.. etc.
3o8 HISTOIRE DE LA VILLE
la pourprinze, séant à Braye devant la porte dou chastel^ pour le
pris et la somme de Ivj livres parisis.
Le compte de i336 est encore plus explicite. On y lit, aux
recettes :
Des loyers d'aucunncs maisonnetes séan:i dele^ Vostel de I3raye, que
Madame a fait acheter d'* nouvel, pour escroissement faire pour le dit
/ro.x7e/ que certa innés personnes tenoient lors et ont tenues à loyers
jusques à la S. Jehan CCCXXXVl seulement, quar depuis la dite
Saint Jehans nulz n i a demouré />OMr ce que Ion les veuU convertir
à aucuns usages dou dit hostel.
De Pierre Samours, qui tenoit à loier une des dites maisonnetes
pour xxiij sols par an à Hll termes, pour ce au terme de Pasques et
celui de la Saint-Jehan CCCXXXVl et pour tout, xij sols.
De Jehan Le Pointre qui en tenoit une pour xx sols parisis par
an à un termes et devoit les termes de Pasques et de la Saint-Jehan
CCCXXXVl, pour ce et pour tout, x sols.
De Jean Samours, qui en tenoit une pour xx sols par an à
1111 termes pour les 11 termes dessus diz et pour tout, x sols.
De Ph(ilipp)ot Duene (ou Duéve. ou Dueue) qui en tenoit une pour
xij sols par an à 1111 termes, pour les 11 termes dessuz diz et pour
tout, vj sols.
Le mcmc compte porte aux dépenses :
Ce sont les parties des héritages que Madame a achetez, qui
dévoient à Madame dccensàla Saint-Remyxvj sols vij deniers oboles
et à NoCl, XV sols iij deniers Item. Plusieurs mesons qui furent
Jehan Ri' hart et ^a famé et dévoient à la Saint-Remy x sols iij deniers
de cens et autant à la NoCl.
Le détail et la situation de ces maisons sont donnés plus
loin :
Ce sont les héritages que Jean Richart et Jehane, sa famé, ven-
dirent à Madame la Royne dont mention est laite cy devant :
Premièrement. Une pourprinse de mesons avecques la granche
appartenant à la dite pourprinse, si comme tout se comporte en lonc
et en lé, avecques toutes leurs appartenances assises à Braye de lez le
chaste! tenant d'une part léritage à Jehan Le Cordier (i) Jehanne du
Chemin, et d'autre part à 1 éritage Aaliz la Venniôre et Colin Sou-
plisse en la censive de ma dite dame à vij sols parisis de cens à
paier la moiiié à la S. Remy et l'autre à Noël.
(l) Dans le compte que j'ai publié plus haut (v. p. 227) il est dit ; a Pour le louier de la
grandie que Robert l-e Cordier tient qui est dev nt le chastel, retenue pour Madame, pour
taire estables.... ». C'est fort probablement, là, l'héritage dont il est question.
DE BRIE-COMTE-ROBERT 3o9
Item, Une pourprinse de mesons cheoises. si comme elle se com-
porte en lonc et en lé, avecques toutes ses appartenances, assise à
Braye tenant d'une part et à lun des bouz à Téritage de ma dite
dame et d'autre part à la voie, et de l'autre bout à l'éritage Jehan
Le Fauchieur, en la dite cer.sive Madame^ à xiij sols vj deniers
parisis de cens par an paiéz auz diz jours.
Quant à la valeur de cet achat, il nous est donné sous la
rubrique : « Achaz de héritages à Braye ».
Pour deniers paiéz à Jehan Richart et à Jehanne, sa famé, qui
leur estoient deuz pour certains héritages qu'ils ont venduz à
iMadame, dou commandement de ma dite dame par ses lettres
données à Crécy le X*" jour de novembre l'an XXXVI, rendus à
court avec les lettres du dit ven dage et quitance de la paie faite par
le receveur : iiij** livres parisis.
Je ne veux point ajouter à ces données d'autres articles
visant vraisemblablement des acquisitions faites au môme
lieu et pour les mêmes raisons : « à la famé et aux hoirs de
feu Jehan Alilet de Braye, ù Colin Le Bouchier, fermier des
champars, droitures et ventes de menuz cens Madame, à
Braye, à Jean Le Cordier, etc., etc., » parce que le rédacteur
ne spécifie pas que ces biens touchaient au « chastel ou à
l'hostel. »
Ce qui précède me paraît suffisamment indiquer la pré-
sence sur rilot Saint-Jean d'immeubles, maisons et jardins
relativement importants, à ce que montre le prix d'achat.
Les uns pouvaient ne pas être à l'intérieur des murailles,
mais appliqués contre à l'extérieur, ou même devant la porte
au-delà des fossés, mais d'autres, assurément, se trouvaient
dans l'enceinte. Ce sont ces mesoîietes séanz delep^Vostel de
Braye, c'est-à-dire touchant à la demeure particulière de la
reine. Et c'est ici le lieu de rappeler ce que j'ai dit plus haut,
de la difterence évidente, bien marquée, entre le châtel et
l'hôtel. 11 est d'ailleurs une preuve certaine que ces maison-
nettes s'élevaient à l'intérieur des murs du châtel ; le rédac-
teur du compte a bien soin de nous dire « que l'on veut les
convertir à aucuns usages dou dit hostel ». Or, si nous
n'avons pas eu la fortune de conserver cet hôtel, nous savons,
à n'en pas douter, qu'il était tout entier renfermé dans
3 10 HisTomn de la ville
renccinte du châtcl ; qu'il en occupait même, après sa com-
truction délinitive, tout le côté Sud-Est et tout le côté Nord-
Est, eng-lobant Tancien donjon, la tour St-Jean . Pour incor-
porer, en conséquence, les dites maisonnettes à l'hôtel delà
Reine, il fallait qu'elles fussent à l'intérieur des murs. D
en est de cette pièce de jardin achetée à Philippe le Maçon, dit
Piquart, pour la somme respectable de 12 livres 10 sous. Je
retiens même ce détail c<>mme l'indice de la hâte qu'avait la
reine Jeanne d'être en possession de tout l'ilot et de le débar-
rasser des habitants qui y restaient, pluspeu-êttre par la force
de l'habitude que par plaisir. Douze livres étciit une somme
assez grosse à une époque où un septier de blé valait six
sous, comme nous avons pu le voirplus haut. Toutes choses
étant égales, et par comparaison avec les prix de notre
époque (le blé valant 24 francs le septier), le prix d'achat du
jardin susdit pourrait être évalué a six cents francs de notre
monnaie. Et ce n était qu'un jardin ! dont lasLirface ne nous
est pas donnée, il est vrai, mais qui ne devait pas être bien
étendue, si l'on en juge par sa situation. Le même calcul nout
conduirait à évaluer à quatre mille francs de notre monnaie,
ou environ, le prix payé pour «< la pourprinse de maisons*
achetée à Jean Richart et à sa femme. Bref, l'ensemble des
achats ainsi faits sur Tilot Saint-Jean, tant à l'intérieur qu'à
l'extérieur de ses murailles — je ne parle bien entendu que
des immeubles indiqués très nettement comme occupant cet
emplacement — atteint un chilïre de 1S6 livres, soit, à l'éva-
luation ci-dessus, <).(S<x) francs de notre monnaie. Xe sont
point comprises dans ces achats, les maisonnettes destinées
à Wiccroisscmcnt de l'hôtel, et qui paraissent avoirfait r<.)bjet
de Contrats de vente antérieurs. On pourrait, cependant,
j'imagine, évaluer à peu prés leur prix. En elïet, les héritages
vendus par Jean Richart payaient, nous est-il dit, en totalité
vingt sols de cens et ils furent ^évalués quatre-vingt livres,
soit, comme je viens de le dire à peu près quatre mille francs.
Or les quatre maisonnettes, achetées à V intérieur des murailles
payaient, en totalité — ce sont les comptes qui nous l'ap-
prennent — soixante-quinze sols de cens, si tant est qu'on
puisse établir une proportion en l'espèce, nous serions con-
HISTOIRE DE LA VILLE
découverie, en
autour de l'église.
HERRE TOMBALE
*,8, duos l'ancien " petit cîmetiiire de Brie »
(Face anliirieurel
;riphiqui: de M. Piiul Peti
DE BRIK-COMTE- ROBERT
FlhRRK TOMBAI K
déctiuvene en iS^l^, dans l'ancien * petit ci
autour de l'église.
(Face postérieure]
Cliché photographique dt M. Piul Petit auquel j'adrtuc n
ictiire de Brie i,
!
DE BRIE-COMTE- ROBERT 3l5
duits à dire que les quatre maisonnettes en question valaient
trente mille francs de notre monnaie. D'où cette conclusion
qu'une partie seule de Tilot Saint-Jean — car tout n'est pas
évidemment compris dans le détail ci-dessus et il faudrait y
ajouter, dans tous les cas, l'hôtel existant de la Reine — pour-
rait être évaluée, à la monnaie du jour, à une somme d'envi-
ron quarante mille francs ! Je ne veux pas insister plus qu'il
convient sur ces rapprochements qui n'ont, en somme, rien
de fantaisistes, mais qui sont de toute évidence fort exacts.
Je ncpeux cependant m'empôcher de remarquer que la rela-
ti< jn entre les six sous de septiers de blé en i33o et les vingt-
quatre francs qu'il coûte aujourd'hui trouve assez bien son
équivalence dans la valeur desimmeubles (t).
Si, comme cela ne peut plus faire de doute après ce qui
précède, il existait dans l'intérieur du châtel des maison-
nettes, des jardins, encore vers l'an i333, il faut bien admettre
que rhntel de la reine ne fut complètement achevé qu'après
cette date. Le château proprement dit, c'est-à-dire ce que
nous entendons aujourd'hui par la demeure seigneuriale, n'a
donc pas la date éloignée qu'on s'est plu à lui assigner, ne
craignant pas de taire remonter sa construction jusqu'à
Robert I, c'est-à-dire jusque vers la première moitié du XII*
siècle.
Les pièces documentaires que je viens de citer disent bien
que, au commencent de la première moitié du XIV' siècle, au
contraire, non seulement le manoir seigneurial n'occupait à
l'intérieur de l'ilot Saint-Jean qu'une surface réduite, mais
qu'il s'y trouvait des maisons et des jardins appartenant à
des particuliers, restes évidents de l'antique Braida. Il esta
croire que le même mouvement qui poussa les Briards
d'alors à abandonner l'enceinte derrière laquelle ils vivaient,
pourcréerau dehorsdesétablissements nouveaux, des bordes,
comme on disait alors, incita les seigneurs de Brie à occu-
per à eux seuls cette enceinte et à y construire une habitation
(I : II paraîtrait, en effet, que la propriété actuelle, dite le château, avait trouvé preneur
au prix d'environ loo.cx» fr. ; il importe, toutefois, d'ajouter que la propriété ne comprend
pns seulement lilot taint-Jean, mais une superficie bâtie — l'ilot Saint-Jea n ne l'est plus
— li^ale a un peu plus de la moitié de l'ilot.
3l6 HISTOIRE DE LA VILLE
commode et vaste. Il semble même que la reine Jeanne qui
mena certainement à lin ce projet ait dû en passer parles
fourches caudines et les exigences pécuniaires de quelques
retardataires. Peut-être ces derniers voyant clair dans les
désirs de la dame du lieu protitêrent-ils de la situation et
n'abandonnèrent-ils la place qu'à gros deniers comptants;
c'est, du moins, ce que laisseraient entendre les prix indiqués
pour les achats faits en vue de Vescroissement de l'hôtel ou
pour débarrasser l'ilot Saint-Jean de toute habitation
gênante.
L'hostel de Braye ne reçut donc les additions qui en firent
un véritable manoir seigneurial que dans le commencement
du XIV« siècle. L'habitation du maître du lieu av'ait été
confinée jusque-là dans le dcnjr)n, c'est-à-dire dans la tour
Saint-Jean etpeut-êtreaussidansuneconstruction attenante.
Nousallonsvoir maintenant, sous la reine Jeanne, les dépenses
faites (au moins la partie qui nouscstparvenue)eton jugera,
par leur chilTre et par leur détail, de Timportance des travaux
elTectués.
Déjà, dans le compte de 13-27, Q^^ J'^i publié ci-dessus, on
avait pu lire.
Pour réparacions faites en lostel de Braye par Jean Le Cordier
dont le diz Jean a rendu les parties oïes examinées, par devant
Madame et noz seigneurs oyans les comptes, cxij livres, vj sols, viij
deniers.
Jteem. Pour l'^ de tuile prinze en la tuilerie de Braye par Monsieur
Jean Lange, converti en la couverture ie /'os/e/ de Braie, xx sols,
par la relation dou dit Monsieur Jehan.
Des réparations de moindre importance figurent au compte
de i332, mais il est bien spécifié par le rédacteur qu'elles
sont faites au chastel et non à Thostel ; il est même utile,
pour appuyer sur cette distinction, de reproduire ici le texte
auquel je fais allusion :
Pour rappareillier le pont dou cluislel (i) par devers la ville de
(1) Il semblerait à lire cet article que le pont a par devers la ville », c'est-à-dire jeté sur
les fossés, en face la tour carrée de la face S. O.de l'enceinte, fut dormant. II devait, en cfTct,
en être ainsi pour permettre les relations continues entre l'intérieur du château et les grou-
pes de maisons qui s'élevaient aux alentours. Du reste, on sait quelle était à ce momen* la
parfaite sécurité du pays.
DE BRIE-COMTE-ROBERT Siy
planches noives. prinzes ôs lois Madame à La Leschiére ( i). cosper
ycelles au bois et esquarrir, le tout fait en tasche par Jean de Man-
dres, charpentier, marchié fait à lui par lechastelain de Braye, xx
sols.
Item, Pour la voiture Jehannin de Biauroure (2), à 111 chevaux,
par 1 jour, à amener du bois les dictes planches, et pour aydes à
charnier au bois : pour tout viij sols
Item. Pour plusieurs mises faites par le chastelain en cas de né-
cessité, pour certains ouvrages au chastel de Braye, dont les parties
examinées par la geni de l'ostel Madame rendue à court,, Ixxvj sols.
L'année suivante (i333) le compte des dépenses accuse
des travaux (3) qui ne sont plus taxés de réparations et qui
pourraient être considérés comme travaux neufs.
Pour deniers bailliez à Godefroy de Feniéres, chastelainde Braye,
pour faire certains ouvrages de charpenterie ouchastelde Braye, dou
commandement Madame, dont les parties examinées par mes
seigneurs les maistres de lostel Madame sont e-^criptes en 1 comnte
seur ce fait et rendu par lui à diz seigneurs, le XXV^Ill''jourdejanvier
l'an XXXll, scellé du scel Madame, rendu à court avec illettrés qui y
appartiennent : xxij livres ij sols vj deniers parisis et 3 tournois. A
cousu au roulle dessus dict.
Au dit Godefroy, pour faire certains ouvrages de maçonnerie ou
dit chasteK dont les parties examinées par mes diz seigneurs, sont
escripies en 1 compte fait seurceet rendu par lui à mes diz seigneurs
le dit jour, auquel les lettres de Madame, données à Braye en l'an
et au jour dessus diz sont annexées, adrecées pour ce au receveur,
le tout rendu à couri, ensemble ix lettres qui y appartiennent : cxviij
livres, xij sols vj deniers parisis et I tcurnois. Celui compte a cousu
au roulle dessus dict.
Le détail de ces ouvrages ne nous est pas parvenu, mais
(i i Nous avons déjà r nco tré ce nom au cours des page^ précédentes. Il s'agit de la foret
appelle aujourd'hui Li LcchelU qui touchait au bois de 1 ossigny et qui appartenait au
doni;.ine de Prie. On veira pius loi les comptes aflerents au gruitr de cette zone forestière.
2, Bt-auroure ou Beaurouvre ; nous disons Beaurose. C'est une ferme de la commune de
Ft-rolles-AttilIy, appartenant aujourd'hui à M. Georges Drouin, propriétaire du château de la
l'arro.
(5) je ne cite ici que pour mémoire l'article suivant : « Pour deniers bailliez et renduzau dit
Monsieur Geuflroy (Le Veneur) qu'il avoit paie pour certains ouvrages faîz es hosticx Madame
à Braye. dont les parties examinées par mes seigneurs 1rs gens de l'ostel Madame samedi
xiij jours de m rs l'an XXXII (i?3î n. s.) contenues en I roulle fait seur ce et suz autres
ojvrages rendu à court avec les mandemenz faisanz à ce et ensemble 1 mandement de
Madame, adrccié pour ce faire tant audit monsieur Geufroy comme au dit rcccvcur.donné à
Braye le x« jour de janvier l'an XXXII . xlviij livres, xiij sols, vj deniers parisis. » Les hostiex
dont il est question sont des hostises, c'cst-à-dirc des maisons.
3l8 HISTOIRE DE LA VILLE
il est impossible de ne pas les rapprocher de l'achat des mai-
sons, maisonnettes, ou jardins situés à côté de rhôtelou
devant le chastelpour « escroissement de Thôtel Aladame.»
Lesdeuxopérations se suivent si bien que l'une semble la con-
séquence de l'autre. Ce qui tend à prouver qu'il s'aprit dans
renoncé ci-dessus de travaux neufs exécutés pour compléter
le manoir seigneurial.
Au compte de i33G, je trouve insciite une somme de i(V}8
livres 7 sols, 4 deniers parisis, comptés à Jean de Mandres,
charpentier, et à Guillaume I^iquart, maçon, « maître des
œuvres Madame ». La dépense est considérable. Il est vrai
qu'il s'agit d'nuvrages exécutés en divers lieux. Le compte
encore ici est muet sur la nature de ces travaux ; il se
borne à mentionner les dates de cédules de paiement, (i) Je
n'oserai pas affirmer que dans cette grosse dépense, il
faille comprendre des travaux exécutés au château ; mais
toute hésitation cessera devant le document suivant qui suit
les comptes de L^îSC. En voici l'intitulé :
Le long abrégié des ouvrages, tant de maçonnerie comme de
charpenterie, feiz es hostieux et manoirs Madame par Guillaume
Piquart, maçon, et Jehan de Mandres, charpentier, maîtres des
œuvres Madame, depuis environ la S. Andry, Tan CCCXXXlIll,
jusques au IX'= jour de janvier l an CCCXXW'l, que le lonc compte
en fu examiné en l'ostel de ma dite dame.
Ce compte ne saurait se confondre avec le précédent bien
qu'il s'agisse encore des mêmes entrepreneurs et, en
apparence, des travaux exécutés à peu près à la même date.
En elTet, le montant du mémoire du charpentier s'élève ici a
jcjS livres, 18 sols, (3 deniers parisis, tandis que pour les
ouvrages indiqués ci-dessus il lui estaccordé 83i livres i sol
9 deniers. Pareillement le maçon reçoit 14(18 livres 18 sols 8
deniers tandis qu'au compte précédent il n'est compté que
pour 707 livres, 5 sols, 11 deniers. Les dilïérences entre les
(I) Pour Jean de Mandres. il est mentionné quatre cédules datées : l'- du lendemain de la
St-Reniy 1356. a Brie ; 2- du 10 novembre suivant ; V deux du 5 janvier n^y:. à Crécv.avec
un total de 831 livres, l sol 9 deniers.
Pour Guillaume Piquart, trois cédules : i' deux du 2 octobre l>>6à Erie ; 2- deux du 12
novembre et du vendredi après Noël suivant, donnés à Crécy, pour une somme de 707 livres
5 sols. II deniers.
DE BRIE-COMTE-ROBERT SlQ
totaux des mémoires de ces entrepreneurs sufttraient bien
à établir qu'il ne peut y avoir aucune cofrfiision entre eux.
J'ajouterai pour Ibrtilier cet argument que les comptes des
« ouvrages tant de maçonuerfe que de charpenterie feiz es
hostieux et manoirs ji que vise le « long abrégié » ont été
réglés postérieurement à ceux qui ontfait Tobjet de plusieurs
cJdules dont je donne les dates en note. La dernière de ces
céduïes est du 3 janvier iSSy tandis que «les comptes originals
(du long abrégé) en furent examinés en Tostel de Madame à
Crécy le W jour de janvier Tan mil CCCXXXVI » (n. s.
Avant de donner la copie de l'intéressant document qui
va suivre, je préviens le lecteur que je mets en italique tout
ce qui n'a pas trait au château proprement dit, quoique se
rattachant à l'ensemble de ses dépendances. Après le titre
ci-dessus, « le long abrégié » se poursuit ainsi :
Et premièrement, maçonnerie par le dit Guillaume-Piquart.
Premièrement. Pour cent et une livres d'estain pour soudeure (i),
iiij sols parisis (2).
liem. Pour plommer les alées (3) douchastel, pour plonc. poiz et
voiture d'icelle : cxix 1. xvii) s. iij d p.
lian. Pour paver de quarriaux plommèz (4) la galerie de la cham-
bre de Madame devers la court (s) : xij 1, xij d. p.
liem. Pour faire plusieurs ordenences (6) en la chambre souz
le confesseur qui estoit ordepée pour le chastelain (7) : c sols parisis
1 1 11 n'est pas absolument spécifié dans cet article que cet étain ait été employé au
château. Cependant je n'ai point distrait cette dépense parce que. à lire l'article suivant et
( ivers autres que l'on trouvera dans le mémoire, on peut très bien cortsidérer que cet étain a
été employé à des soudures exécutée^ au château même.
(2J Tout est compté en monnaie parisis, sauf indication contraire,
' ?) Le mot alic ne doit pas s'entendre dans le sens actuel d'allé:, passage découvert ou non,
planté d'arbres ou non, pour se rendre d'un endroit d'une maison a une autre. Un article que
I on trouvera plus loin indique qu'il s'agit \é\ du chemin de ronde réserve, au-dessus des
bàtiiucnts. à la hauteur et pour le service des créneaux.
11 est parlé, en effet, dans un article ultérieur, de «tout le pavement des alées des < ré"
niaux ». Ce pavage était fait probablement aVec des pierres jointoyées avec du plomb, mé-
langé sans doute avec de la poie. Sans m'arréter à ce mode de construction, il faut en con-
clure que ce travail dût être fait aussitôt après l'achèvement des bâtiments du château.
(4) Carreaux polis avec une molette de plomb.
i.V) Il est a retenir que cette galerie existait le long de la façade intérieure, du côté de
la cour, j'invoquerai cette indication lorsque je parlerai de la distribution intérieure du
château.
(6; Arrangements, dispositions.
(7) 11 semblerait d'après cet article que le châtelain, c'est-à-dire rofficier commandant le
château ou régisseur, eut supprimé sa Joge au dehors.
1
32U HISTOIRE DE LA VILLE
Item. Pour J lire II fours à rentrée du jardin (i) MaJame far
darriery pour faire une cloison autour le puis^ pour faire I pestrin^é
autres choses appartenans aux diz four s ^ et paur faire une cheminée
en la fruiterie et pour plusieurs fenestrages et huisseries : xx livra
panais. :
Item. Pour faire une escriptouère (2) pour Thibant Dostun, pour i
une chambre nécessaire (3) en la chambre au fisicien (4) respmi-
dant (5) à une autre chambre aup(re's «6) pour faire le mur d'au-
tour le prael (7) au tisicien et pour faire plusieurs huis et fenes- :
très (8) : viij 1. xiij s. ij d. p.
Item. Pour faire une garde robe et unes chambres aysiécf
amprôs (9) 'a tour quarrée devers la ville ' 10) : xxx livres parisis.
Item. Pour faite les aires (11) dessouz la chambre au conlessear
et de la chambre Thibaut Dostun : pour ce, xl sois parisis.
Item. Pour faire les menguères où les chevaux au mestres de
l'ostel furent hesbergiéz : xxxij sols parisis.
/tem. Pour faire unes chambres nécessaires nueves faites suz les
fosséz pour le commun (12) : vj 1. p.
(1) Ce Jardin doit élre, à mon sens, regardé comme distinct des jardins dont il sera parlé d
plus loin. Dans un document du XVII* siècle nous savons que l'on appelait jardin la baa4e ^
de terrain entre les fossés et les murs du château De même, on donnait aussi ce nom àM i
terrain situé ûu de là da foisés, entre ces derniers et les murs de la ville dans la partie atte-
nant au jardin de la ferme actuellement occupée par M. Derroubaix. On trouve, en effet. dans •
le tableau indicatif des rues de Brie-Comte-Robert dressé en I7?<> cette mention ; « Uae
maison et une cour commune attenant à la maison anciennement appelée la Trinité)
et un jardiu tenant au mur de la ville i/u'on dit être dépendant du château, b
(2) ('abinet d'étude.
(5) Une garde-robe, cabinet d'aisance.
(4) Le médecin.
iS) Qui correspond, qui desiert aus»i. .
(6. J'avais lu une première fois (V. Le Château de Hne-Comte-Robert. liM>, in-8»; auprès, c'est"
à-dire chambre voisine de la première, une seconde lecture me fait voir que le rcdactcir
écrit ampti probablement pour umpres. Dans ce cas, on pourrait voir dans ce mot une comqK
tion de amples venant d'amplius, ce qui signifiait une chambre plus grande que celle, votsne,
dont il est parlé. Cependant on lit plus bas le même mot et le sens de la phrase laisserait j
entendre que ampres est la pour auprès.
(7) Le poë e (appareil de chauflage). |
(8) Déjà à l'article précédent, il est question de huisseries et fenestrages. II est doutettit
que dans le compte du maitre maçon, il puis.*^e être que.stion des bois employés pour ers
fermetures, d'autant qu'on les retrouvera dan^ le mémoire du charpentier,. 11 s'ag;it. très i
certainement, du percement, de l'encadrement, des montants et lintaux de ces ouvertures \
fait s à nouveau.
(9) Voir la note h précédente. 1
< 10) La tour carrée en opposition avec la tour Saint-Jean qui était aussi carrée. On l'appe-
lait tour de Brie ou tour de la v lie. (^est celle dont il reste encore l'arcade ogivale dont Ic^
pied-daiits sont 'd'ailleurs à moitié enterrés. J'ai donné une vue photographique de cettt
ruine comme frontispice du chapitre 11. p. S7.
Mij Faire les aires, doit, je crois s'entendre par la confection de l'endroit servant de
plancher ou pouvant recevoir un plancher.
(12) Je conserve cet article dans la liste des travaux exécutés pour le château, bien qu'il
semble que l'édicule dont on parle no le touchât pas, parce que on peut le considérer
comme la conséquence de l'agrandissement du manoir.
DE BRIE-COMTE- ROBERT 321
Item. Pour les tuiliaux achetez pour les contrecuers (i)et les fours:
xlvviij sols parisis.
Item. Pour faire une nécessaire en l'escripture meslre Henry, une
sur les créniaux pour les chapelains et pour curer tous les néces-
saires : xj livres x sols.
Item. Pour yraingnes (2) de fer mises en la tour devers la ville,
pour voires mis illeuc (3) et pour autres ouvrages fgiz es aumaires (4)
de la dite tour : pour tout ce xxij livres jcix sols x deniers parisis.
Item. Pour poindre (5) la chambre noz dames (6), le garde-robe,
la sa/e et la chapelle et en plusieurs autres lieux de Vostel (7) Iviij
livres xix sols vj deniers.
Item. Pour plusieurs ouvrages faiz à journées ou dit chastel c'est
assavoir d'assouère (sic) tout le pavement des alées des créniaux,
pour mieux tenir le plomb ; enduire de piastre la chapelle par en
haut et par en bas. enduire de piastre la galerie Madame devers la
court, et de enduire toutes les chambres pointes dou dit hostel (8)
pour faire I portail de taille (9) (devant) la cuisine, faire contrecuers
à cheminée et plusieurs autres menues choses, pour piastre chaux,
sablonet pour tout : vj»» x livres, xvij sols ij deniers parisis.
\tem. Pour onvrages faiz^ contenuz en I compte rendu par Godefroy
(i) Contreciun, contre-cœurs, partie de la cheminée qui est entre les deux jambes, entre
l'atrc et le tuyau.
(2) Probablemeut châssis destinés à recevoir des vitres (v. la note ci-après).
(3) Le mémoire doit, ici, mentionner une modification dans l'éclairage de la tour. Peut-
être, auparavant, cetse modification avait été faite à la tonrht-jean.ll semble que jusques là
es fenêtres de cette tour n'étaient point munies de verres à vitre. Ce n'est qu'en 1330.
c'est-à-dire au moment où ces réparations sont faites, que Philippe VI donna l'autorisation
de créer à Bézu, en Normandie, la première fabrique de verre. Peut-être cherchait-on, en
haut lieu, à encourager les débuts de cette industrie nouvelle en France.
(4) Armoiies. Ne faudrait-il pas voir dans ce terme les armoires contenant les archives et
papiers du domaine.
(5) Peindre.
(6) 11 serait presque à croire que Jeanne d'Evreux et ses filles n'avaient qu'une chambre
lorsqu'el'es venaient à Brie. 11 est vrai qu'à cette époque (1334-1 536) les enfants de Jeanne
avaient à peine 6 et 8 ans.
(7) J'insiste à nouveau sur cette expression. L'ostel est bien ainsi la demeure propre de la
dame du lieu ; l'ostrl était ainsi compris dans le chastel (v. l'article suivant du mémoire^.
(8) 11 est impossible de se méprendre à cette partie des travaux. Le maçon manque là la
terminaison logique des constructions neuves qu'il avait faites antérieurement. Du reste, à
un article ultérieur, il dit qu'il a fait la « fourme de la chapelle > dont il enduit les murs. Ce
sont les agrandissements exécutés durant les années précédentes auxquelles le maçon met la
dernière main. Il est à remarquer que c'est lui qui est chargé de la peinture des appartements-
Ne les peint-il pas uniquement à un lait de chaux ?
(9) Je suppose qu'il faut entendre eette expression par portai] f n pierres de tailles. Elle
ne me satisfait cepcdant qu'à moitié, mais je l'enregistre faute d'autse explication. Peut-
être faudralt-ii lire de cailU .'
31
322 HISTOIRE DE LA VILLE
de Fenières, pour faire la cave des jardins (/) viij^^ x vil sols ^ xj
deniers (2).
lient, ^our la f^alerie nneve (j) des jardins Madame, tant pour tasches
comme journées, chaux et piastre à et : cxviij livres iiij sols vj deniet^
parisis .
Item. Pour la fourme de la chapelle (4) tant poui achat de pierres
comme pour voitures tasches et journées d'ouvriers : ij*^ xxv livres
iiij sols, X deniers parisis.
Item. Pour III^ LXIX toises de mur fai:^ autour les jardins Mada-
(l) Le rédacteur veut évidemment parler, da» s cet article et ceux qui suivront mis en ita-
lique, des grands jardins du château, aujourd'hui la propriété de M. Orsat.Dans la carte hors
texte qui accompagne ce travail, ces jardins sont nettement indiqués, fis étaient limités au
midi par les Bergeries (qui peut-être en faisaient précédemment partie), à l'Est par le Cygne
ou les carrières, au Nord par des masures faisant le côté droit du chemin de Lagny. le long
du Tubœuf. A l'ouest, le plan les limite par la route de Paris, mais au XIV» siècle cette route
passait plus haut entre le Cygne et Saint-Martin. Les jardins du château venaient jusqu'au
fossé de la ville formant la suite des jardins aménagés le long des murs de la ville entre
ceux-ci et les fossés du château. Une poterne percée dans ces murs et défendue par deux
tourelles — dont lessubstructions se retrouvent dans les sous-sols de la maison de M. Pail-
lard — mettait en communication le château et les grands jardins, en franchissant les dciix
fossés parallèles.
(2) J'attire l'pttention du lecteur sur la rédaction de cet article. Les travaux exécutés
font, nous est-il dit, l'objet d'un compte- rendu séparé fait par God^froy de Fenières, lequel
était châtelain de Brie. Os travaux ont une certaine importance puisqu'ils se soldent par 177
livres 9 sols II deniers. A entendre le rédacteur du compte, il ne s'agirait, en l'espèce, que
de terrassements, car il me serait /mpossible de comproiidre autrement le mot faire la cave.
c'est-à-dire creuser. Quel est donc ce travail, grossier en lui-même, qui fait l'objet d'un
compte-rendu spécial? Ne faudrait-il pas croire qu'il s'agit d'un souterrain creusé dans la
longueur des jardins, et ^e dirigeant vers le Cygne ou les carrières jusqu'à la route de. Paris,
ou plus loin, vers bois du Parc. On trouve précisément tl.insle terrain, qu'occupe M. Orsat aujour-
d'hui, des traces d'une voûte suivant cette direction. Pcut-otrc le compte-rendu spécial avait-il
pour but de dissimuler l'existence de ce souterrain, d'en cacher l'étendue et l'orientation. On se
bornait à c'iUt pour mémoire la dépense pour les registres de comptabilité, pour la balance des
recettes et des dépenses, et le châtelain savait seul, dans l'entourage du seigneur, où se trou-
vaient ces souterrains et le parti qu'on en pouvait tirer. Cétait en somme une partie de la
défense qu'il importait de tenir aussi secrète que possible.
(5 Y a-til quelque corrélation entre cet article et l'article précé»lent et faudrait-il enten-
dre le mot galeaie dns le sens de voûte souterraine r I a chose pourrait être, mais cependant
j'hésite a l'admettre. L'architecture de l'époque utilisait fréquemment la disposition en
galerie. Nous avons dit plus haut que le maçon Piquart avait construit, à neuf, la galerie de
la chambre de la reine, du côté de la cour. La galerie était un passage pour se rendre d'un
point de l'habitation à l'autre. Peut-être existait-li une construction de ce g-nre pour aller
du château aux jardins. Il aurait fallu alors que ci'tte construction partit de la porte du
château sous la tour St-)ean et. dans ce 'cas. celle-ci n'aurait plus servi qu'au passage du
seigneur, lacces de l'intérieur du château ayant lieu par la tour opposée, dite de la vilUe.
Ou bien s'agit-il d'un refuge destiné à abriter les promeneurs dans le jardin en cas de mau -
vais temps. Quoiquil en soit, il semblerait qu'il existait déjà une galerie dans ces jardins
puisque celle dont on parle ici est appelée galerie neuve.
(4) C'est évidemment de la chapelle Saint-Denis, tondée peu auporavant par la reine
Jeanne, dont il est question ici. j'y reviendrai plus loin.
DE BRIE-COMTE-ROBERT 323
tne(i)j pour pierres^ voitures j chaux ^ piastre^ maçonnage et couver-
ture : iiif xxij livres viij solsij deniers.
Item, ^our voires mis es fenêtres des dictes galeries Ci) : cxj sols ij
deniers ob.par.
Item, ^our faire I pan des meurs es jardins (Madame [y] devers la ville :
Iv sols pari sis.
Item. Pour faire rappareiller une maison que les busches (^) de la
gai nison avoient despéciée et pour faire le cou (^) au milieu de la
court et plusieurs autres choses nueves : xiiij livres xvij so/s, ij deniers
ob. par.
(i; En donnant. plu« haut, la limite des Jardins, j'ai exprimé ]l'opinion que, peut-être, à
l'origine, les ^ergeria en faisaient partie. En effet, si on jette un coup d'oeil sur le plan-carte
on peut se rendre compte que cette longueur — 379 toises — correspond, presque mètre pour
mètre, au périmètre des Grands Jardins et des Bergeriev réunis, en ne tenant pas compte
du côté qui venait s'appuyer au rû ou fossé de la ville. 379 toises, donnent, en chiffres
ronds, 740 mètres (738.67); or, lepérimétre sus-indiquémesure,en partant des fossés, 37 centim.
ce qui, à l'échelle, accuse 740 mètres, la coïncidence est au moins curieuse. D'aurre part,
à l'inspection seule du plan, il semble presque logique que le terrain des bergeries ait fait
partie des grands jardins du château. Ces jardms avaient certainement une entrée sur le rû,
des Ecorcheries, alors le chemin de Tournan, et, en face, sur la rue conduisant à la route de
Paris et rejoignant cette dernière à l'EpinelIe. Cette rue avait à peu près la direction de la
route actuelle qu'elle a déterminée.
f2) Si, comme je le suppose et comme cela est très vraisemblable, le rédacteur a voulu
désigner ici la galeries du jardin, l'ancienne et la neuve, puisqu'il parle lui-même de la galerie
neuve qu'il vient d'exécuter, on voit que j'étais fondé à attribuer au mot galerie un sens autre
que celui de souterrain. 11 apparaît bien que les galeries, en question, lieu de passage ou abri,
sont des constructions extérieures. Peut-être dans cette désignation /« dictet galeries faut-il
comprendre la galerie des jardins et celle de la chambre de la reine.
(3) Cet article viserait la portion des murs des grands jaadins bordant le fossé de la ville
(rû de Tubœuf). Cette portion était d'étendue très restreinte. J'y reviendrai plus loin à propos
du mémoire du charpentier, Jehan de Mandres.
(4, Busches me paraît être écrit ici pour brisches. Mais si cette lecture est exacte je n'en
reste pas moins embarrassé pour interpréter cet article. Brische ou briche est un vieux mot
français qui signifie engin et particulièrement un engin de guerre qui s'appelait la bricole.
Celle-ci semble avoir été une sorte de catapulte ou de baliste lançant des pierres ou des balles
de plomb. Un passage de Froissard pourrait laisser cependant entendre que la bricole lançait
aussi des traits : <k Et nous logerons au plus prez de la ville que nous porrons, hors du tr4it de
leurs bricolles. » je crois que l'expression hors du trait coit être interprêtée hors de la portée.
Mais si les brisches.dont parle le compte du maître maçon de la reine )eanne,sont les balistes
de la garnison, il faudrait supposer que leur maniement causa des dégtâs à une maison voisine.
Or. comme en 1 334-1 336, on étaii en pleine paix et qu'il n'est pas question d'une opération de
guerre à Brie ou dans ses environs, force serait d'admettre que ces dégâts sont la suite
^exercices militairet. Je ne vois pas d'autre explication plausible si particulière que soit la con-
clusion à laquelle on arrive.
(5) Je lis bien cou, mais il y a peut-être fou. Godefroy ne donne pas le sens de mot. J'ivancc,
avec beaucoup d hésitation cependant, qu'on pourrait peut-être interpréter ce mot dans le
sens de puits perdu et supposer un argument en faveur de ma thèse. La disposition des mai-
sons, jardins et autres constructions qui encombraient la vieille enceinte de 1208, la construc-
tion des nouveaux bâtiments, régulièrement distribués le long de cette enceinte, laissant sur
leur milieu une cour, avaient dû nécessiter un système pour l'écoulement des eaux pluviales*
Pour les pentes de la toiture regardant l'extérieur, ce n'était pas une difficulté, mais pour les
autres } Il avait fallu songer à leur résnion d'abord, à leur absorption ensuite, ce qui devait
se faire par un puits perdu, un trou situé naturellement au milieu de la cour.
324 HSTOIRE DE LA VILLE
lUin. Huur. ... (i| la vîcz vîz (3) d'acnmi U courte! poarcn reliure
une nucve, pour peine, piastre el pour autres choses : iii)" livres irj
sols, X deniers ob- par.
Grossa. — Somme de tons les ouvrages faiz â Bnye : xiiij*
iiij** xvîij livres xviij sols viij deniers ob. par., valtcot> xviij' Ixxiq
livres lij soiS, i deoier tournois.
l'LAV D'ENStMBLE DU rHATKAU DE BRIE-COMTE-ROBERT ET DE SES FOSSES
cour duchdleau. Y lur
; il est purlé lu prtcéd
1 recherch». (V. cepen<
compte du charpentier.;
DE BRIE-COMTË-RÔBERT 325
Despense commune :
Premièrement^ pour messages envoiéz et pour vins des marchiez (i) ;
vij livres parisis.
Item. Pour grossier et doubler (grossoyer et transcrire en double)
ce présent compte Ilfoiz : xij livres parisis.
Grossa. — Somme de dépense commune : xix livres parisis,
valent xxiij livres, xv sols tournois.
Charpenterie.
Le grant abrégié dou compte des ouvrages de charpenterie faiz es
ostiex Madame, rendu par Jehan de Mandres, charpentier.
Braye. Pour achat de merrien. pour les ouvrages des galeries qui
sont dessus la cave, pour les ouvrer, pour tuile, couverture, late,
clou, pour lambroissier, voitures de merrien, siage d*ais. pour bort
d'Illande à faire fenestres, huys, pour la ferreure d'yceux huis et
fenestres et pour pointures faites es dictes galeries : ij*^ iiij" xj livres,
V sols parisis.
Item. Pour autres ouvrages faiz ou corps dou chastel aux journées
de Madame : c*est à savoir pour le degré de la chambre au confessor,
pour le merrien de la galerie Madame sur la court, pour le merrien
mis es chambres dessouz le confesseur, pour une poutre et autre
merrien mis en la fruicterie, pour unes chambres nécessaires en la
chambre aux escriz Madame, et pour les nécessaires aus chapelains
sus lescréniaux. et pour grant quantité de huiset de fenestres faiz ou
dit hostel et pluseurs autres menues besoingnes. ferreures, serreures.
late. clou et piastre : vj" xvij livres in sols i denier parisis.
Item . Pour poindre la galerie devant la chambre Madame xxj
livres parisis.
Item. Pour faire II aumaires en la tour devers la ville : xlvj
livres, xiij sols, vj deniers parisis.
Item. — Pour grant quantité de lambrois mis es galeries et ailleurs
à Crécy et Coulommiers, pour clou et pour bort d'Illande : pour tout
iiij** xvij livres xj sols ij deniers.
Item. Pour faire unes chambres nécessaires sur les fosséz, pour le
commun, xiiij livres par.
Item, Pour la charpenterie de la garde-robe joignant à la tour
devers la ville, pour la couverture d'ycelle, pour lambroys et lam-
broissier, clous, ferreures, pour huis et fenestres, pour pointures et
pour voires : Ix livres xiij sols par.
(l) Cette locution se comprend d'elle-même.
326 HISTOIRE DE LA VILLE
Item. Pour merricn, poinne et voitures de la viz ( i ) par où Too
monte es prisons ; xxxj livres vj deniers par.
Item, Pour ouvrages de charpenterie faiz es tournelles (2) joingnans
aus murs des jardins ^ tant pour merrien^ plomb ^ tuile^ clou et couver-
ture^ pour les portes, et huis desdites tournelles y /erreur es et tout ce qui
y appartient^ iiij^^ une livre xiij s. p.
Item. Pour serreures, gons, verdelles, loquez et plusieurs autres
mêmes parties de charpenterie : xj livres xij deniers.
/tem. Pour menuz ouvrages faiz au pressouer et ailleurs hors dou dit
chastel^ et pour les vins des marchiez dessuz diz^ escriptures, cyrogreffes
et quitances : vj livres^ v sols^ ij deniers parisis.
Somme toute des ouvrages de charpenterie faiz ou chaste! et en la
ville de Braye : vij*^ iiij" xviij livres xiiij sols vj deniers obole parisiS'
valent ix^ iiij" xviij livres viij sols ij deniers pougeois tournoie.
Dépense commune. Pour messages envoiéz et pour grossier et doubler
ce présent compte : xiiij livres parisis.
Somme par soy xiiij livres par, valent xvij l. x s. tourn.
Il fut donc ainsi dépensé, en travaux neufs, tant à l'hostel
qu'au chastel de i332 à i336 :
En maçonnerie 693 livres 10 sols 2 deniers.
En menuiserie et charpente (3) 820 livres 16 sols.
Soit une somme totale de . . i5i4 livres 6 sols 2 deniers.
J'ai pris plus haut pour base comparative de la valeur de
l'argent avec notre époque le prix du septier de froment sans
dissimuler combien ce prix était soumis à des fluctuations
(l) Il me semble, jusqu'à plus ample informé, que cette viz et celle dont il est question au
compte du maçon sont la même chose. Le charpentier n'a pas à s'occcuper de l'ancien escalier
démoli par le maçon : il n'a à parler que du nouveau, construit à la place et des travaux exé-
cutés pour le terminer. Il existe, dans le château, une tour dans laquelle la légende veut qu'il
y ait des oubliettes. C'est probablement contre cette tour qu'était accolée, du côté de la cour.
la viz, l'escalier, en question.
(2; J'ai dit plus haut, en parlant des murs de la ville, que la poterne du château, celle qui
ouvrait sur les grandsjardins, était défendue par deux tourelles placées de chaque côté
de l'ouverture. J'ajoutais que les fondations de l'une de ces tourelles se retrouvait dans la
maison de M. Paillard. Ce sont là les tournelles dont il est parlé dans le compte du charpentier.
On comprend, alors, que de ce cô:é, le maçon n'ait pas été dans la nécessité de faire des
murs de clôture aux jardins. (V. à cet égard ce que je dis plus haut sur le périmètre de ces
murs.) Les tournelles remplissaient presque tout l'espace, entre le débouché du pont et le
point d'où partait le mur de clôture des jardins.
(9) On a pu se rendre compte en lisant le mémoire du charpentier. Jehan de Mandres. que
les travaux dont il donne le détail étaient, en grande partie, des travaux de menuiserie et même
de serrurerie. Sans nul doute, on trouverait les ouvrages de chapente exécutés par lui au châ-
teau dans les mémoires qui provoquèrent les cédules de paiement dont j'ai déjà parlé, et
s'élevant a 8^0 livres m sols 9 deniers.
DE BRIE-COMTE-ROBERT 327
provenant de causes diverses. Mais on peut, avec beaucoup
plus de précision et de certitude, évaluer la dépense ci-dessus
en notre monnaie actuelle.
Dans le compte de i336. nous voyons que Jehan le Fau-
cheur, de Braye, est payé trois sous l'arpent pour faucher les
prés de la reine Jeanne. Ce même travail se paie aujourd'hui
de 6 à 7 francs. Sa valeur représentative est évidemment
restée la même. Il n'y a rien de changé ni dans les outils, ni
dans la manière d'opérer. Le salaire du XIV' siècle, comme
celui du XXs constitue la rémunération des forces du travail-
leur. En un mot, il y a, autant qu'on peut le désirer, identité
entre les deux situationsde sorte qu'on peutétablir que trois
sous du XlVe siècle valent six à sept francs de notre monnaie ;
je m'arrête à la plus faible de ces sommes.
D'autre part, la valeur représentative de travaux de maçon-
nerie et de charpente peut être regardée comme la même au
XIV' siècle et au siècle actuel. Elle est composée de journées
d'ouvriers, de fournitures de matériaux dont le coût, propor-
tionnellement, ne s'est pas sensiblement modifié.
Les i5i4 livres 6 sols, dépensés, de i332 à i336, pour le
manoir seigneurial et le châ eau, représenteraient donc au
minimum 66,570 francs de notre monnaie (i). On conviendra
qu'une telle somme ne répondant qu'à des ouvrages, neufs
c'est entendu, mais que l'on pourrait qualifier d'appropria-
tion, est le meilleur argument en faveur de ma thèse relative
à la construction du château. Qu'il existât jusque là dans la
tour St-Jean une sorte de pied-à-terre pour le seigneur,
cela ne fait aucun doute. Mais il demeure avéré aussi que,
dans le premier quart du XIV* siècle, et notamment de i33oà
i336, l'enceinte du chastel fut débarrassée des maisons parti-
culières qu'elle renfermait et le manoir seigneurial reconstruit
et agrandi.
On conçoit que ceux qui ont écrit sur le château de Brie,
(i) Il ne s'agit évidemment, là, que des ouvrages sur lesquels nous avons des données posi-
tives. 11 est certain que d'autres travaux furent, soit avant, soit après ces dates, exécutés dont
il ne reste aucune trace documentaire.
328 HISTOIRE DE LA VILLE
sur le vu de ses ruines, aient tous fait remonter sa construc-
tion à une époque bien plus éloignée.
« Le château de Brie, écrivait Tabbé Lebeuf, (i) parait
avoir été fort autrefois. Il est situé à l'entrée de la ville du
côté de Paris, défendu par un large et profond fossé. Il est de
figure quarrée, composé de huit tours posées de telle manière
que de quelque face qu'on le regarde on en voit trois. Cet
^ifice est de 4 à 5oo ans sans aucun ornement. »
Le docteur Félix Pascal (2), qui semble s'être fréquemment
inspiré de l'abbé Lebeuf, dit de son côté : « Le château (de
Brie) datait du 12" ou / J* siècle ; il n'en r ste plus que les
ruines, au nord de la ville, sur le bord de la route de Paris. Il
était de figure carrée, composé de huit tours placées de telle
façon, que de quelque façon qu'on le regardât on en voyait
toujours trois... (3) »
Suivant Michelin (4), le « château de Brie-Comte-Robert fut
bâti à la Jin du XII* siècle ou au commencement du XIII*.
MM. Aufauvre et Fichot (5) a croient pouvoir affirmer que
Robert I* comte de Dreux, avait reçu le château de Louis VII
son frère (vers 11 53) (6). »
Tous ces auteurs n'ont écrit évidemment que sous l'impres-
sion que leur a laissée l'aspect des ruines. Celles-ci ne pré-
sentent, en effet, que les débris de l'enceinte dressée au
commencement du XIII* siècle autour de l'étang sur lequel
s'était réfugie ce qui restait de la population de Brie. Du
(1) Hiitoire de la ville et du diocèse de Paris. Op, cit. Lebeuf écrivait veps 1750.
(2) Hiit. de Seine-et-Marne. Op. cit.
(3) On est en droit de se demander ou l'abbé Lebeuf er le docteur Pascal ont vu les huit
tours dont ils parlent.
Le château était flanqué à ses quatre angles d'une tour. Sur la courtine du Nord-Est et
sur celle du Sud-Ouest s'élevaient deux tours carrées. Enfin, la courtine du Nord«Ouest était
interrompue en son milieu par une tour engagée. Cela fait au total sept tours et non huit. Il
est dificile de s'expliquer aussi la remarque faite par ces deux auteurs au sujet du nombre des
tours qu'on pouvait apercevoir. Outre que la particularité qu'ils signalent est inexacte, puisque
l'observateur pouvait ne voir que deux tours ou en voir cinq, suivant l'endroit où il se plaçait,
elle paraît d'un très médiocre intérêt et sans portée appréciable.
(4) Etsaii historiques sur Seine-et-Marne. Op. cit.
(5) Les mouvements de Seine-et-Marne. Op. cit.
(6) Assertion reproduite par M. Blondeau dans son étude sur le vieux château fort de Brie
Comte- Robert (1899-in 8-,.
DE BRIE-COMTE-ROBERT 829
château proprement dit, c'est-à-dire du manoir seigneurial,
ils n'ont vu aucune trace, Sur la foi de la tradition, ils ont cru
que le manoir et l'enceinte étaient de la même époque, ce qui
explique leur erreur.
On sait, maintenant, que les murs, les tours, qui reslfent
encore mutilés et méconnaissables, existaient bien avant la
construction de l'habitation seigneuriale. Ceux-là sont bien
réellement de la fin du XII* siècle ou du commencement du
XIIP siècle. La base du donjon (tour St-Jean), disparu remon-
tait môme fort probablement — comme l'observèrent Aufau-
vre et Fichot — à une époque antérieure, peut-être au
commencement du XII* siècle. Mais le castel, l'hôtel sei-
gneurial, tel qu'il exista jusque sous Chauvelin, au XVIII»
siècle, datait tout à peine du premier quart du XIV» siècle.
Cet hôtel seigneurial était, en somme, une construction
appliquée contre les vieilles murailles de 1208, sans liaison
avec ces dernières et à coup sûr moins solidement exécutées,
ce qui explique la résistance des unes à l'action des siècles
et la totale disparition des autres dans un temps relative-
ment court. Il est certain que l'hôtel seigneurial n'était plus
qu'une ruine lamentable vers 1780 et que Chauvelin, en le
démolissant, ne fit que devancer sa chute.
Il ne nous resterait absolument rien de la distribution
intérieure de ce manoir si je n'avais eu la bonne fortune de
rencontrer dans les archives de M» Camus, notaire à Brie-
Comte-Robert, un état descriptif qui fournit à cet égard des
détails intéressants. Bien que cette pièce soit postérieure de
3oo à 35o ans à la date que je crois pouroir assigner à la
construction de l'hôtel seigneurial, elle donne une sorte de
topographie du castel à l'époque et il est très probable que
celle-ci répond, à peu près exactement à la distribution du
XIV* siècle. C'est en somme l'unique pièce officielle et pro-
bante qui nous permette d'avoir des renseignements sur le
plan général du château de Brie-Comte-Robert. En voici la
teneur (i) :
(i) Bien que j'ai donné ce document dans le Bulletin de la Société d'histoire et d'archéologie
de Brie-Comte-Robert (1900) je crois utile de le reproduire ici.
Zyj HISTOIPE DE L.\ VILLE
Forent présents en leurs pers-jnncs M* Njcî Petit rcccpvTCur
admcrdiateor p-jyxr moitié du domaine de br^e -;-n:rjbcrî d' une part.
et M' Jean Noeitc, aussi recepveur admi-diaieur poor taotre moitié
du do.naine de bryc d autre part. lesqaelz de leurs bons ^rez et
voilontairement jot dict et déclaré quayani ensemble paies à tiltré de
ferme la r&:epte du dict domaine dans laquelle ^st comprise la
j'iuissance du chasteau du dict brye. bastimens. jardins et terasses et
deppendances et considérant quilz ne peulvent faire ensemble la
jouissance et ainsi qu'il est nécessaire de les partager, ils ont faict
entre eux les partages des dits bastimens du dit château terasses et
jardins et deppandances pour faire par chacun deux chacune et la
pareille joui««sance de ce qui est porté dans leurs lotz pendant
l'exploitation du bail général de la dite recepte et admodiation du
dit domaine de bryc ainsi qu'il ensuit :
Scavoir : Que le dit Petit jouira de la salle qui est en entrant à
main droite par le grand escalier, en laquelle demeure à p^^ésent pour
le dit Petit le nommé Pierre Pelletier avecq le bouge qui est de
l'autre costé et sellier attenant et cave derrière la dite salle et bouge.
Item une chambre et une anti chambre au-dessus de la dite salle
et une autre chambre au bout de lallée qui est le long de cette
chambre et autre chambre en une tourelle au coing de ladite chambre
du costé du marché de brye au bas de laquelle tourelle il y a une
fontaine qui demeurera commune comme pareillement la cuisine
attenant servant de passage pour aller à la dite fontaine.
Item jouira aussi le dit Petit d'un cabinet qui est sur le grand
escallier qui a vue sur le jardin den bas comme aussi des deux
greniers auxquels on entre par le dit grand escalier dont lun est au
dessus des dites chambres cy devant déclarées, lautre au dessus
d'une grande salle qui est dans le lot du dit Noette le dit plancher
de laquelle salle est en partie rompu et sans aucun plancher y ayant
ung pressoir à la place.
Item jouira le dit Petit dune petite estable qui est au bout des
escuries, dune grande chambre qui est au-dessous des escuries du
dit château d'une petite chambie attenant par laquelle on passe pour
aller à la chapelle Saint-Jean, dun petit grenier qui est joignant la
dite tour Sl-Jean et qui a entrée par la montée qui sert à monter aux
dites chambres et dun grand grenier qui est au-dessus des dites
grandes et petites chambres.
Item jouira le dit Petit de la grande cour du dit château entrées
des portes dicelle avec communauté de la terasse qui est en sortan
du dit chasteau du costé du faubourg à main gauche pour y mettre
ses volailles seulement.
Item jouira le dit Petit entièrement des grands jardins qui sont
hors du dit chasteau dans le dit faubourg au devant d'iceluy chasteau
DE BRIE-COMTE-ROBERT 33 1
en toute leur estendue et des arbies fruitiers bois et tous lieux estant
dans le dit jardin sans rien excepter diceux.
Et quant au dit Noette, il jouira de la cuisine et tournelles attenant
la dite cuisine salle et antichambre qui est proche dicelle lesquels
bastimens sont au devant du dit chasteau du costé du faubourg entre
la dite salle et la tour Saint-Jean.
Comme aussi jouira du poulailler attenant la montée du ditbasti-
ment et du fourny où est le pressoir et de la salle qui est au dessus
du dit pressoir et des caves etscelliers du lot du dit Petit à la charge
que le dit pressoir demeurera commung pour faire les marqs avec
les autres pressoirs du dit chasteau.
Item jouira le dit Noette de la chambre appelée la chambre du
Roi qui est au dessus dudit poulailler.
Item jouira semblablement de la chambre qui est au dessus de la
dite cuisine et de la tournelle attenante et de la chambre et anti-
chambre qui sont au dessus des dites chambres et bouges et dun
cabinet joignant la dite tour Saint- Jean et tenant la dite chambre.
Item du grenier qui est au dessus des dits batimens.
Item de lescurie du château et de la tournelle qui est au bout
dicelle du costé de la porte des fontaines.
Item 'de la volliôrcet tournelle qui est au dessoubz dans laquelle
volliôre il ny a aucuns pigeons de tous temps immémorial.
Item de la tournelle qui est du costé de la ferme du sieur Luce
au coing du dit chasteau dans laquelle on met ordinairement du vin.
Item de la communauté de la grande cour du dit chasteau entrées
et portes d*icelluy de la dite cuisine et fontaine et de la dite terrasse
en sortant du chasteau pour aller aux faubourgs.
Item jouira le dit Noette entièrement des deux terrasses qui sont
au delà du pont dormant du dit chasteau entre les dits fossés dicelluy
os le mur de la ville et du jardin appelé le jardin bas qui tend à la
rue du Gué arbres fruitiers et tontures de saulceset ormes et autres
arbres sans aucune exception lesquels sont tant dans le dit jardin
que dans les fossés et terrasses.
Et à lesgard de la terrasse qui est en jardin et qui commence au
bout du dit chasteau en entrant par la ville ledit Petit en jouira
jusques au mûrier qui est proche la planchette du dit jardin lequel
mûrier demeurera commung et le surplus de la dite terrasse depuis
le dit mûrier jusques au passage de la tour St-Jean pour aller aux
faubourgs, le dit Noette en jouira.
Pour et ce que dessus jouir par les dites parties chacune en droict
pendant la dite exploictation du bail de la dite admodiation à
condition qu'en cas de guérie ou autre pressente nécessité ledit
Petit aura la jouissance de moitiée de la dite escurie pour y mestre
des chevaux et à condition aussi que le dit Noette pourra laisser le
01 tiitf
19
PLAN DU RF.Z-DE-CHAUSSEE DU CHATEAU DE BRIE-COMTE-ROBERT
Légende
1. Grand escalier. — 2, Salle. — 3, Cuisine servant de passage pour aller parle couloir a d au puisard recevant Tei
de source dans la tour 8. Cette cuisine devait être celle des gens de l'hôtel. — 4, Cellier, d'après le partaec de 167
— 5, Fournil, d'après le partage de 1673, dans lequel était à cette époque un pressoir qui, pour son installation, ava
nécessité la rupture du plancher de la salle supérieure. — 6, Cuisine, probablement réservée au personnage de marqu
habitant le château. — 7, Tour Est, où l'on entrait par le passage b. Le rez-de-chaussée de cette tour devait servir à
garde-manger aux gens de la cuisine. (Le rez-de-chaussée existe encore). — 8. Tour Sud. dont le rez-de-chaussé<
encore existant, abrite un puisard alimenté par une source. — 9, Caves ou plutôt galerie longeant la face Sud-E;
ée par des barbacanes et divisée suivant les nécessités du moment en compartiments divers. C'est là au'o
éclairée pai
trouve évidemment, en c, c. la dépense dont il est parlé au partage de 1673. — 10, Galerie qui.^n iôjf, servait de poi
lailler, « attenant à 'a montée » et sous la chambre du roi. — II, Salle, probablement salle à manger intime, à pn
ximité de la cuisine. — 12. Montée menant aux appartements de la reine Jeanne, au XIV» siècle, et |>osténeuremen
du roi. Cette montée disposée évidemment en escalier de service ouvrait dans la galerie (10) et avait une issue bâtard
dans 11 cour. — 13. Passage sous la tour St-Jean et les bâtiments accolés contre sa faceS.O. — 14, Espace qui pouvai
convenir à un corps de garde. — is. Montée menant à la chapelle St-Jean, située au premier, en se servant d'un
des tourelles d'angle de la tour. — 16. Petite écurie, probablement pour le service du personnage de marque d
château. — 17, Grande écurie. — 18. Tour dont l'usage est inconnu. J émets l'hypothèse que le rez-de-chaussée étai
une resserre a grains. — 19. Tour, à moitié engagée, dont l'usage intérieur est inconnu. J'incline, en ce qui touche I
rez-de-chaussée, pour l'hypothèse ci-dessus. — 20, Tour; celle, nous dit le partage de 1673, où on mettait le vin. Soi
dans lequel devait se loger la faible garnison du château. — 22, Passage sous la tour de Brie, la tour carrée, en oppo
sition ae la tour Saint-Jean, qui regardait la ville. •» 23, Montée conduisant i une galerie que Ton trouve dans le piif
du premier étage.
PLAN DU PREMIER ÉTAGE DU CHATEAU PE BRIE-COMTE-ROBERT
Légende
jrand escalier. — 2. Antichambre conduisant à la chambre 3 et à la galerie 6. — }, Chambre. Cette dispositioi
idiquée par le partage de 1673 ; mais il est prcsumable qu'aux époques antérieures la cloison a a n'existait pas
Chambre. — 5, ('.hambre située au-dessus de a la Source ». — 6, Galerie conduisant du ^'rand escalier à la tou
.ituce au-dessus des caves, Otte galerie comme celle 10 est très explicitement désignée dans les comptes d
publiés ci-tlessus. — 7. (^ibinct. conquis évidemment sur la galerie précitée, signale dans le partage de 167
le ayant vue sur le jardin du bas, mais qui ne devait pas exister aux époques anterieuses. — 8, Grande sal e don
ncher était complètement rompu en 1673. à ce que nous dit le partage, mais qui devait aux époques antérieures
ine très belle salle de réce'>tion, — 9, Cnambre. — 10. Galerie faisant suite à la galerie 6 et coupée de celle-ci pa
linet 7. — II. Chambre dans la tour Est — 12, Edicule, monté sur des corbeaux dont il reste des traces, et quj
ondeau a relevé avec son entrée en b. M. Blondeau y voit un observatoire militaire pour surveiller la face exté
• de la muraille Sud-Est. je serai plutôt disposé à croire que c'était là une de cfs nombreuses aiiances ou cabine
dont il est parlé à maintes reprises dans les comptes de 1336, — 13, Chambre de la reine, plus tard du roi. -
• Galerie de la reine, « devers la court » dont il est question dans les comptes de 1336. — 15, Petit cabinet pt
I on va à la chapelle St-Jean. — 16. Chapelle St-Jean. — 17, Montée conduisant à la chapelle St-Denis au-dessu
chapelle ?t-Jean. — 18. Chambre. — 19. Grande chambre au-dcssus des écuries. — 2o, Tour, servant probable
de chambre. — 21, Tour a moiti** engagée, disposée à cet étage en volière. — 22. Tour qui servait probablemen
isons. — 23, Greniers ou allées de défense (hypothétiques), circula t au-dessus des logements de soldats e
rvant les créneaux de la muraille. — 24, Toui* de Brie, qui pouvait servir à loger les archives, à en juger par le
laires d que le charpentier y a faites. — 25, Galerie dont il est parlé dans les comptes de 1336. — M>, Monté
ant accès à cette galerie. — 27, Montée conduisant aux appartements du roi ou de la reine.
334 HISTOIRE DE LA VILLE
foiag qu'il a dans le grenier dau dessus les dites escuries jusquan
premier jour de juillet prochain sans les paier aucun loier et sans
préjudice de ce que le dit Noette, etc.
Faict et passé en lestude et par devant le notaire royal au dit brye
soubsigné le trente ung jour de mars mil 1 1 5 cent soixante treize
aprés-midy présens M* henry Langle, conseiller du Roy et contrô-
leur au grenier à sel du dit brye Claude Esnault, clerc demeurant au
dit brye conterobert (1).
On a pu voir, dans les comptes du maître maçon Guil-
laume Piquart, qu'il construisit dans Thôtel une chapelle. Je
rappelle, à ce sujet, ces extraits de son mémoire :
« Pour la fourme de la chapelle tant pour achat de pierres
comme pour voitures tasches et journées d'ouvriers : ij^ xxvj
livres iiij sols x deniers par.
M ... Pour enduire de piastre la chapelle par en haut et
par en bas... »
« ... Pour piMndre la chapelle... »>
de momiMrc ci^mprcnanl les travaux exécutés depuis la
Saint André lx> novembre) i334 jusqu'au 9 janvier i33b
tKv^7>. précise la date de la c» instruction : elle ne saurait
remonter au delà de kvv.
Il y avait, cependant, bien avant cette date un chapelain au
château de Brie. Vràci ce qu'«»n peut lire dans le Ci»mpte de
.\u chapelain dou chastel de Brave qui prant par an c sols parisis.
1 mui de troment ei l mui de mciueil au terme de Noél : deffendu de
.Madame qu'il ne t'cust paiez du terme ce Noei I an XXVIII pour ce
que II ne ùisoit résidence corporelle et qu li n'avoit point de chartre
de sa tundacion : commande depuis qu »! feust paiez par lettre de
Madame donnée à Becquoise., w jour de juing lan XXIX. rendue
à cour:. Pour ce au terme de No«îl lan XXVI 11 pour non compté par
les comptes de l'an ter.i à la v'hanieleur CCCXXXIIl. c sols et poar
les II muis de jfraîn dessu- i:.-. \ livres.
/:^*'*.v Au .iit charelam. p.-'ur sa J-ite rente, au terme de Noël Tan
XXIX. c sols et r.^u: les H niuis ie A:ra:n \'.î Livres, xv] sols.
r v' <■>: V" ".* vr M 't ."v- s,* .♦..•<- '-ft ^_- i c:-ïv^ - r j-: iu m-sl<^-chau5s*< et du
t»w ^:j^v* .j-v- .* * :-v,:\»- i i\cc V*-- >.' ^, •*.*.< -ir ,;at .•- icccnpoçrîjnt c*s pia«e*. On
TA. vù-v-'t -x-'î-xv. ., .rr ti i. < -, *Sft: ^j.'t- jt j >w-u».o~ ^u: î<rt ae base a cette
tutw«
DE BRIE-COMTE-ROBERT 335
Le compte de i328, le premier que nous ayions de la reine
Jeanne, est, en effet, muet sur l'article du chapelain. Il est
vraisemblable, que lorsque Jeanne d'Evreux fut investie de
l'administration de son douaire (i), elle fit un examen métho"
dique de ses recettes et un contrôle sérieux de ses dépenses.
Parmi celles-ci figurait le chapelain dont le traitement annuel
était assez élevé pour frapper son attention. Lorsqu'elle se
fut renseignée, lors qu'elle apprit que cet ecclésiastique ne
possédait aucun titre qui constatât son droit à émarger au
budget seigneurial, qu'il se dispensait, en outre, de résider à
Brie, son premier mouvement fut de supprimer la dépense.
Le titulaire, ainsi menacé, dut plaider ou laire plaider sa
cause auprès de la reine. Il dut représenter l'ancienneté delà
chapelle qu'il était appelé à desservir, invoquer la tradition,
à défaut de titres, perdus peut être, pour justifier les émolu-
ments qui lui étaient alloués et, surtout, promettre à l'avenir
de demeurer sur les lieux. On peut ainsi expliquer, avec
quelque chance d'approcher de la vérité, la défense faite
d'abord de payer le chapelain, l'autorisation de solder ensuite
ses émoluments.
Cette chapelle, si ancienne, n'était autre que la chapelle
Saint-Jean dont j'ai parlé à plusieurs reprises et qui donna
son nom au donjon qui l'abritait. Son existence ne peut faire
aucun doute et j'invoquerai, à défaut d'autres preuves, ce
compte de 1644 dont je parlerai en son lieu, où l'on trouve
cette mention : « Au chapelain de la chapelle Saint-Jean-
Baptiste, fondée au château... néant, parce qu'il n'y a plus de
chapelain. »
La reine Jeanne ne se contenta pas de cette fondation. Elle
avait, comme la maison royale à laquelle elle appartenait,
une foi spéciale en Saint-Denis. C'est sous l'invocation de ce
saint qu'elle érigea dans le château, en outre de la chapelle
Saint-Jean, l'oratoire dont Guillaume Piquart parle dans ses
comptes. Le chapelain de Saint-Jean n'était qu'appointé sur
le budget seigneurial ; la reine voulut mieux pour le chape-
lain de Saint-Denis. Elle entendit lui concéder à titre de
(1) Elle était veuve depuis le !•' février 1328.
336 HISTOIRE DE LA VILLE
bénéfice, un fief, une suzeraineté féodale. Cependant, elle ne
put le faire avant sa mort ; ce fut sa fille qui réalisa sa pensée.
En attendant, le chapelain de Saint-Denis n'en était pas moins
rétribué comme son collègue sur le budget seigneurial et
aux comptes du douaire de la reine finissant à la Madeleine
1364, on trouve ce paragraphe : « Au chapelain de la chapelle
Mons. Saint-Denis que Madame a pièça (depuis peu de temps)
fondée en son chastel.... ».
Guillaume Piquart, le maçon, avait achevé la chapelle
neuve en i337 ; presque aussitôt après, le chapelain entra en
exercice, car, dans ses lettres du mois de juillet i34i, — dont
j'aurai à parler plus loin — Jeanne d'Evreux stipule une
aumône annuelle de dix-huit deniers parisis, à chacun des
deux chapelains du chastel.
Par lettres patentes du i3 février i328(n. s.), Charles-le-
Bel avait autorisé Jeanne, son épouse, d'acquérir pourSoo
livres de rentes en fiefs, arrière-fiefs et censives pour fonda-
tionspieuses. En i35o, Philippe de Valois, en i365, Charles V
confirmaient cette autorisation. A sa mort, Jeanne d'Evreux
n'avait employé qu'une partie de cette somme (i). C'est le
reliquat disponible queBlanche, duchesse d'Orléans, mettant
à exécution la pensée de sa mère, employa à assurer la
fondation de la chapelle Saint-Denis. C'est ce qui résulte des
lettres patentes de Charles VI, en date du 23juillet iSgi,
confirmées par d'autres lettres adressées le 7 octobre iSgi
à la cour des comptes. Ce reliquat s'élevait à 109 livres, i3
sols, 10 deniers de rente que Blanche, munie de l'autorisation
royale, employaàacquérir« certaines rentes dans Fontenay (2)
et la Blanchardière (3) sur certains héritages et maisons
portant lods et amendes et la quatrième partiedu moulin du
Pont (4), le tiers de la dîme de Fontenay et Maries (5) et cer-
(1) On trouve par exemple a la côte K 4J. des quittances de deux cents livres, reçues par les
religieux de Longchamps. de Jeanne d'Kvreux, reine de France, pour èfre converties en rentes
et employées a payer les frais de l'anniversaire de Charles-lc-Bcl. Félibien, dans son Histoire de
l'abbaye de Saint-'Denn. dit, d'autre part, que Jchanne d'Kvreux fit peindre ctordoner. en la consa-
crant à la Vierge, une chapelle, appelée Notrc-Dame-la-Blanche, dans le transept nord de
l'église Saint-Denis.
(2) Fontenay-Trésigny, cant. de Rozoy-en-Brie, arrondiss. de Coulonimiers (S.-ct-M.).
(î) Appartenant à la commune de la Honssaye, cant. de Rozoy-en-Bric.
(4) Commune de Couilly. cant. de Crêcy-en-Brie. arrondiss. de Mcaux.
(5) Commune de Rozoy-en-Brie.
DE BRIE-COMTE-ROBERT 337
taines censives à Maries, portant lods et amendes ; la justice
haute, moyenne et basse en certaines censives de la Blan-
chardière; le fief de Grisy (i) avec ces mouvances, Lésigny (2),
Pontault (3), Chevry (4), La Queue (5), et la Grange (6) ;
avec un arpent de terre en friche depuis longtemps en non
valeur ; avec 60 sous parisis de cens portant lods et ventes
et saisines sur plusieurs héritages séant en la ville de Brie-
Comte-Robert (7)»
Dans son Histoire du diocèse de 'Paris, l'abbé Lebeuf
s'exprime en ces termes : « Je trouve que la duchesse d'Or-
léans, Valentine de Milan, dame de Brie, avait fondé aussi
une chapelle, un peu après Tan 1389, parce qu'il est parlé de
l'amortissement qui lui fut accordé, mais il est difficile de
découvrir où elle était située. » Il y a là, je crois, une confu-
sion. L'amortissement accordé par la cour des comptes et qui
est du mois d'octobre 1391, concerne bien une duchesse
d'urléans, mais ce n'est pas Valentine de Milan, quoique
cette dernière porte ce litre depuis son mariage avec Louis
duc d'Orléans, à Melun (17 avril 1389). Mais à cette date,
\*alentinc de Milan n'était pas encore dame de Brie-Comte-
Robert. Blanche, duchesse douairière d'Orléans, veuve de
Philippe, duc d'Orléans, quoiqu'elle eut donné, comme je
vais le dire, la châtellenie de Brie-Comte-Robertà la Couronne,
s'en était réservé la jouissance jusqu'à sa mort qui survint
le 7 février i393. Lebeuf attribue donc à tort à Valentine de
Milan, ce qui appartient à Blanche de France et il ne faut
(1) Grisy-Suisnes, commune du canton de Brie-Comte-Robert à 6 kilom. de cette dernière
ville.
(2) Commune du canton de Prie-Comte-Robert, à 6 kil. de cette dernière ville.
(3) Pontault-Combault. canton de Tournan, arrondiss. de Melun.
(4) Commune du canton de Bric-Comte-Robert, à 6 kil. de cette dernière ville.
(,) La Queue-en-Brie. commune du canton de Boissy-Saint-Léger (Seine-et-Oise),)
(6; Commune de Grisy-Suisnes.
;7) L'abbé Lebeuf dit à ce sujet : a La chapelle du chasteau ou au moins le chapelain
vnous avons vu que dès le XVi' siècle, il n'y avait plus de chapelain de St-Jean) est ainsi m en
tionné dans le même testament (d'isabeau de Bavière). Cette chapelle, dite du titre de Saint-
Denis, est située dans la tour du château, dite la tour Saint-Jean. On la croit à la nomination
du seigneur de Brie. Elle est marqdée au Fouillé, écrit sous le cardinal Noailles, sur le pied
de 310 livres de revenu et elle est imposée au rôle des décimes. Ses biens sont des terres
données à bail emphythéotique. J'ai lu qu'il y avait sept arpents de terre situés à Fontenay-en-
Prie. (V. Regitrum épiscop, parisiensis, 12 août 1533). De cette chapelle Saint-Denis et tour
Saint-Jean relève en plein fief une grande portie de la terre et seigneurie de Lésigary. »
22
338 HISTOIRE DE LA VILLE
pas dès lors, chercher la chapelle dont il parle ailleurs que
dans la tour Saint-Jean, où elle était sous le vocable de Saint-
Denis.
Blanche de France, dont je viens de parler était restée fille
unique de Jeanne, veuve de C>harles-le-Bel. Par suite d'une
convention probablement arrêtée avec Philippe de Valois
lorsqu'en recueillant la succession au trône de f^harles-le-
Bel, il assura le douaire de sa veuve, Blanche épousa Phi-
lippe d'Orléans, tils de Philippe VI (i). Mais Jeanne
d'Kvreux qui travaillait pour sa maison estima que ce n'était
point suftisamment se rapprocher de la Couronne et elle
négocia le mariage de sa nièce Blanche de Navarre avec le
lils aine du roi, Jean, duc de Normandie.
Celui-ci venait de perdre sa femme, Bonne de Luxembourg,
emportée par la terrible épidémie qui ravageait alors la
France, je dois ajouter, l'Europe entière. La contagion vint de
l'Asie par l'Egypte. Elle s'attaqua d'abord à l'Italie et de là
passa en France par les Alpes, pour gagner l'Angleterre et
la Flandre, c'est-à-dire qu'elle suivit le grand chemin com-
mercial de l'époque. La mortalité atteignit des proportions
extraordinaires. A Avignon, au fort de l'épidémie, quatre
cents personnes mourraient par jour. A Narbonne, de mars
à août 1348, trente mille personnes succombèrent. A Paris.
il mourait a THi^tel-Dieu jusqu'à cinq cents personnes par
jour. « 11 périt tant de personnes, que, dans Paris même, les
maisons désertes et inhabitées tombaient en ruine. Le cime-
tière des Innocents, rempli de corps qu'on y portait sans
cesse, fut fermé et l'on fut obligé d'en bénir un nr)uveau hors
de la ville. » La maladie dura « environ un an et demie, peu
plus, peu moins. » C'était la peste noire, la peste à bubons,
dont tout récemment, encore, l'Europe redoutait l'invasion
qu'elle a conjurée grâce aux mesures administratives prises,
et grâce aussi à l'amélioration incontestable de l'hygiène
publique.
i i. citiez do jcaniu- d'Hvreux. veuve ilc (^lurlt-N-lc-Bcl. continuant le traite tle mariage do
Blanche sa lille avec Piiilippe d'Orléans. fil> de Philippe de Valois (AJ^. — K 45, n" 55 iS
janvier 1 >4S.
oo
Di: liRlE-COMTE-kOBblKT J.X)
Il ne nous est resté aucune trace des ravages que la conta-
LCion lit à Brie, mais il est évident qu'ils durent, comme
ailleurs être épouvantables, »x\lalgréune grande consomma-
tion d'aloës et de mvrrhe, écrit M. Coville, la mortalité en
l'Yance atteignit peut-être la moitié de la population (n ;
partout il fallut agrandir les cimetières et en créer de nou-
veaux. » C'est sans doute là Torigine du grand cimetière qu'\ a
existé pendant plusieurs centaines d'années sur l'emplace-
ment occupé aujourd'hui par la maison de M. Bertrin. On
l'appelait grand cimetière par opposition avec le petit qui
s'étendait autour des deux églises Saint-Eiienne et Notre-
Dame, c est-à-dire sur la place Gauthier. (2)
Jeanne d'Evreux jugea utile de consoler le duc de Norman-
die de la perte qu'il venait de faire en lui faisant épouser sa
nièce. Blanche de Navarre. Peut-être espérait-elle, en faisant
Je son neveu Charles-le-Mauvais le propre beau-frère du
futur roi de France, prévenir les extrémités funestes aux-
quelles devait se porter cet ambitieux, et dont j'ai dit quel-
ques mots.
Je laisse, ici, la parole à Radier (3) qui a fort justement
résumé le petit drame intime dont Brie-Comte-Robert vit le
dernier acte.
« Blanche de Navarre, était la fille de Philippe 3 du nom 14)
1 , 0 ne tut pas la seule invasion de cette contagion. Au mois de juillet 1368. la peste qui,
depuis deux ans. désolait Paris et ses environs, redoubla d'intensité et. dit un historien, en
trois mois (Jusqu'au milieu du mois d'octobre suivant) la moitié de ce qui restait d'habitants
fut emportée.
Hn 1579, pendant Tété, éclata une nouvelle et grave épidémie de peste qui fit de nom-
breuses victimes.
A signaler, également, parmi les fléaux qui ravagèrent la pspulation pendant ce siècle, les
lamines des années 1315, 1348. 1351, 13S9. qui furent excessives.
(2) Il a été plus haut question de l'ancien cimetière des juifs dont le revenu figure dans les
comptes de la reine Jeanne, mais sans indication d'emplacement. Il y a Heu de croire que le
i^rand cimetière fut créé très proche de l'ancien cimetière des juifs. D'abord, cela ne saurait
(■tonner, puisque la colonie Juive occupait, cela ne fait aucun doute, la partie de la ville la plus
rapprochée de ce point. Cette tradition fait donnera ce quartier, au l9*Mècle, le nom sympto-
matique de rue des Juifs. D'autre part, dans un acte, du 12 avril i^. passé devant Maillet»
notaire à Brie. Grégoire de la Jarrye. achète à Guillot Delesme une maison « assise sur la rue
.ies cymeturci^y. < Arch. département, de Seine-et-Marne). Cette voie, qui porte aujourd'hui le nom
A'oAvenac Beau, conduit encore, bizarre coincidence, au cimetière actuel de la ville. Mais ne sem-
ble-t-il pas qu'elle ait reçue a l'époque l'appellation de rdeda cymetières parce que le .souvenir
s'était conservé de l'existence du cimetière juif sur ce point, et parce que le grand cimetiire, le
nouveau, y était place ?
(3) Dreux de Radier, Mémoires sur les reines de France (Paris 1802, — T. III. p. 100.
(4) Frère de Jeanne d'Evreux.
040 HISTOIRE DE LA VILLE
roi de Navarre, de la branche d'P>reux et de Jeanne de
Fiance, reine de Navarre, fille unique de Louis Le Hutin. Le
duc de Normandie qui, depuis, fut le roi Jean, était veuf de
Bonne de Luxembourg ; le roi pensant à le marier, avait jeté
les yeux sur cette princesse Non-seulement elle était d'une
beauté rare, mais on rapportait des traits admirables de la
vivacité de son esprit et des agréments de son caractère. Les
Navarrais lui avaient donné le nom de la Belle Sagesse pour
caractériser l'union de son esprit et de sa beauté. Elle était
déjà accordée à Pierre, filsdWlphonse, roi de Castille, mais
Philippe de Valois n'eut pas plutôt témoigné la souhaiter
pour son lils qu'on rompit les articles avec la Castille. La
princesse fut envoyée en France par la reine régente de
Navarre. Pendant qu'elle était en chemin, attendue avec
impatience par le duc de Normandie, la reine Jeanne, femme
du roi mourut et la princesse de Navarre qui croyait trouver
la cour de P'rancc dans les plaisirs la trouva dans le deuil.
Mais la reine sécha bientôt les larmes du roi. A peine ce
prince la vit-il qu'il en devint amoureux. Il oublia qu'elle était
accordée à son fils et ne pensa qu'à se satisfaire en Tépousant
lui-même (i ).
« Le sacrifice se fit sans que la victime parut y résister et
elle reçut de bonne grâce une couronne qu'elle n'avait envi-
sagée qu en espérance. Le mariage se fit à Brie-Comte-
Robert le 19 janvier 1349. La princesse n'était âgée que de
dix-huit ans environ. Le roi, né en 1298, avait dOjà 56 ans. Il
ne surv^écut pas longtemps à son mariage, étant mort à
Nogent-le-R')i '2) le 22 août i35o.
•' Brantôme, parlant de ce mariage, s'exprime ainsi : Phi-
lippe de Valois, fort vieux et fort cassé, aima et épousa
Blanche d'Evreux qui n'avait que dix sep ans, mais pourtant
la plus belle princesse de son temps qui lui avança ses
jours, comme s'il n'était assez vieux penard pour mourir
bientôt sans prendre ce sujet. »
î\ Philippe Vi oublie vite sa première femme puisqu'il se remarie trente jours après avec
Blanche de Navarre.
(2) A l'Abbaye de Coulombs, près de Dreux.
DE BRIE-COMTE-ROBERT 84!
Radier, dit que, devenue veuve, Blanche se retira à la
campagne ( n où elle passa sa vie dans les œuvres de piété ;
nous avons déjà vu qu'elle ne se désintéressa pas autant que
cela des affaires et qu'elle prit, avec Jeanne d'Evreux, une
part active aux négociations de Charles le Mauvais, qui était,
du reste, son frère, avec le régent Cha les.
Philippe VI ne fut pas le seul roi de l'époque qui eut l'occa-
sion de séjourner à Brie-Comte-Robert. Il est vrai que le
souvenir de son passage s'est conservé plus constant à raison
de la cérémonie nuptiale dont il fut le principal acteur (2).
Son petit lils — alors régent — y était le i5 novembre iSSy.
Il y revint roi. le 29 octobre i368. On ne sera pas surpris
d'apprendre que parmi ses prédécesseurs Charles IV, le Bel,
époux de Jeanne d'Evreux, ait passé à Brie-Comte-Robert.
(S) 11 y est signalé le 5 avril i326. (4) Précédemment le frère
de Charles, Philippe V dit le Long passa à Brie-Comte-Robert
le '2t> janvier iSig. (5)
Il est à présumer que la seconde femme de Philippe III, le
Hardi, fils de Saint Louis (6), vint aussi à Brie-Comte-Robert
ou tout au moins que Télégante et jolie Marie, princesse de
Brabant (7), y recruta Tun de ses couturiers ou tailleurs, un
artiste probablement, en tous cas un des personnages en
vue de la cour un peu frivole de la charmante reine. Il exis-
tait, enefTet, dans l'ancienne abbaye de N.-D. de Gercy (Jarcy)
une pierre tombale, avec cette inscription :
(( Ici gist dame Marie famé Henri Doutremer. tailleur
madame la reine Marie. Priez pour l'àme de li. »
(I) tlle mourut le s octobre i^t^S. Hllc ctrit .^ccov.chée en 1351 d'une princesse posthume
;; \-cicc Blanche con.inc dif. et luojtc. sans a;liancc. le 16 septembre 1371.
2) II est croyable que cette cérémonie revêtit un caractère intime autant a raison du deuil
tout récent du roi que de l'énorme disproportion d'âge entre les deux époux et delà situation
bizarre créée au duc de Normandie par ce mariage.
("i) Caroli quarti Mamiones et itinera.
(4) C'est exactement la date de la lettre confirmative du pape Jean XXII, de sa dispense
accordée le 21 juin 1524 ; cette lettre fut expédiée sur un défaut de formalité de ce que le
mariage de Charles et de Jeanne avait été célébré sans publications de bans.
(s) Philippi Quinti Mansiones et itinera.
(6) Veuf d'Isabelle d'Aragon, Philippe III avait épousé, en 1274, Marie, fillc de Henri VI. duc
de Brabant.
(7) Elle mourut en 132 1 et fut inhumée dans l'église des Cordeliers de Paris.
3_|C> HISTOIRE DE LA VILLE
Or, à côté, était une autre pierre tombale, ressemblant à
Tautre et de la même époque, avec cette inscription :
« Ici, gistHuitave<?i^Eustache, Eustachie), famé- feu Jehan
Morel de Brcie qui trespas mois d'août. Priez pour Tàme
de li. » (I)
La similitude de ces deux tombes, le lieu dans lequel elles
étaient dressées ^à côté de Brie-Comte-Robert), permettent
de supposer qu'il s'apit de deux amies, deux parentes, peut-
être deux S(eurs. L'une d'elles avait d'étroites relations avec
Brie et le mari de l'autre vivait dans l'entourage de la reine
Marie. On peut en inférer que cette dernière fît séjour à
Brie-(](jmte-R()bert, auprès de son neveu, Philippe d'Artois,
marié à Blanche de Bretagne, dame du lieu.
Kn dehors de ces hôtes royaux. Brie vit, souvent, un prince
qui joua, particulièrement à la lin du XIV' siècle un rôle
prépondérant dans notre histoire. Je veux parler de Philippe
le Hardi (2). duc de Bourgogne, le propre frère du roi
Charles V. Philippe, qui accompagnait son père à la bataille
de r^')itiers, mérita son surnom par le courage qu'il y montra.
Hn 13^)3, à l'âge de 22 ans, il fut institué par le roi Jean, son
père, duc de Bourgogne, et devint, ainsi, le chefde la seconde
dynastie capétienne de Bourgogne « dont la puissance devait,
en moins d'un demi-siècle, devenir si dangereuse pour la
sécurité même du royaume. » (3)
(I Cvs lieux tombo, dont l'une était coupée a la partie inférieure, sont de la même
époque, probablement du premier quart du XIV siècle. Les dates manquent.
,2) 11 ne faut pas confondre l*hilippe-le-Hardi. duc de Bourgogne, avec le roi qui porte ce
nom et ce surnom et qui succéda à Saint-Louis, dont il était le fils.
1 V J'emprunte aux Itinéraires de Philippe-U-Hurdi. par M. Petit, les indications suivantes sur
les séjours que ce prince fit a Brie-Comte-Robert durant le XIV- siècle :
1365. — Février^ 21 (Veadredi). — Disner au val la Comtesse (Vaux-
la-Reioe près Combs-la-V'ille), venant de Paris, soupe- et
giste à Hrie-Comte-Robert : départ pour Coulotnmiers.
Norcmhre, 20 (Jeudi). — Départ de V'incennes. disne*" et
gi^te à Brie-Comte-Robert ; 21 retour à Vincennes.
1366. — Mars^ 2^ (Lundi). — Venant de Paris, disner, souper et
giste à Brie-Comte-Robert ; 24, retour à Paris.
Aoùt^ 2^ ( Dimanche L — Venant de N'inccnnes. disner à
Brie-Comte-Robert. Giste à Melun
1367. — M.trs, 2/ (DimancheV — Venant de Rosoy, disner à Brie-
Comie-Robert ; souper et giste à Paris
DK BKIK-COMTE-KOBERÏ 343
Il fut, après la mort de Charles V, un des conseillers, un
des régents du royaume à la minorité de Charles VI d'abord,
puis lorsque ce roi tomba en enfance. C'est lui qui préconisa
Xovenihre^ 5 (V^endredi). — Venant de Rosoy, disner à Brie-
Comle-Robert, giste à Paris.
1368. — Juin, J5 (Diinanche). — Disner à Paris, giste à Brie-Comte-
Robert ; part pour venir en Bourgogne. (La route de Bour-
gogne est celle qui franchit l'Yerres sur le pont près de
Sansalle et passe par Evry-les-f hâteaux. — V, les routes de
Seine-et-Marne avant 77^9, par M. Hugues. Op. cit.)
Aoûty 25 (Vendredi). — Disner à Grantpuis (Grant-puits)»
cant. de Mornvant) ; giste à Brie-Comte-Robert.
Octobre, 29 (Dimanche). — V^enant de Melun, à Brie-Comte-
Robert avec le roy (Charles V).
1369. — iV/tirî, 2^ (V^endredi). — Venant du Vivier (Vivier-les-
Ruines, châteaui sur la commune de Fontenay-Trésigny,
cant. de Rozoy-en-Brie), disner à Brie-Comte-Rober, giste
à Vincennes.
1372. — Juillet^ 2^ (Samedi). — Venant de Grantpuis ; disner à Brie-
Comte-Robert, giste à Vincennes.
1373. — MarSy 75 (Mardi). — Venant de Grantpuis ; disner à Brie-
Comte-Robert, souper et giste à Paris.
iV/jfi, 7 2 (Jeudi). — Venant de Vincennes, souper et giste à
Brie-Comte -Robert ; le lendemain part pour Nangis.
Août^ 16 (Jeudi). — Venant de Grantpuis ; disner à Brie-
Comte-Robert, souper et giste à Vincennes.
1374. — Avrily 2j (Dimanche). — Venant de Grantpuis ; disner à
Brie-Comte- Robert ; souper et giste à Vincennes.
'37v — Janvier^ i^ (Dimanche». — Venant de Paris, souper et giste
à Brie-Comte-Robert, vers Madame la comtesse d'Artois.
Le lendemain, 15, à Boissy.
Février^ 22 (Jeudi). — Venant de Leursains (Lieusaint),
giste à Brie-Comte-Robert et avec luy le duc de Bourbon,
le comte de Tancarville (il y avait à Grisy un fief dit de
Tancarville) et plusieurs autres seigneurs.
Février^ 26 iLundi^. — Disner à Ferrolles ; souper et giste,
à Brie-Comte-Robert.
Février^ 27 (Mardi). — Disner à Ferrolles ; souper et giste
à Brie-Comte-Robert ; le lendemain, 28, à Boissy (Boissy-
Saini-Léger).
Octobre, 20 (Samedi). — Venant de Grantpuii, disner et
giste à Brie-Comte-Robert ; le lendemain, 21, à Charenton.
3-14 HISTOIRt: DE LA VILl.i:
et négocia le mariage du roi avec Isabeau de Bavière (n,
do;-:^ les actes néfastes mirent la France à deux doig-ts de sa
perte.
Tous ces personnages de haut rang furent les hôtes de
Jeanne d'Evreux ; après la mort de cette dernière, le duc de
Bourgogne, trouva auprès de sa lille, la duchesse d'Orléans,
la même hospitalité.
Jeanne d'Evreux mourut, au château de Brie, le 4 mars
1370 ( 1^71 1, Af?^*<-* d'environ (yj ans <*2i. Après un service
solennel, célébré en l'église Saint-Etienne, le corps présent,
ses restes furent apportés le samedi-saint à Tabbaye de
ni^ —Juin, 2(» (Jeudi). — N'enant de Naogis, giste à Brie-Comic-
Robert. Le lendemain, 27, venu à Cocairix.
13S3 — Avrils 5 (Dimanche). — Venant de Paris, disner à Brie-
Comtc-Robert avec M. de Hussy ; giste à N'incennes.
13K4. — Octobre, 2 1 (Vendredi). — N'enant de Boissy, giste à Brie*
Comte-Robert ; le lendemain, 27 à Nangis.
Décembre, 20 (Mardi). — Venant de Guigne Putain, (Gui*
gnes-Rabuiin) giste et souper à Brie-Gomte-Roberc • le
lendemain, 21, à Paris.
1 3.S9 — .irr/7, 27 (Mardi). — Avec Mons. de Nevers (fils aîné du
duc), venant de Nangis, disner à Hrie-Gomte-Robert •
souper et giste à Gréteil.
1 j9<». — Avrils /'V (Lundi). — N'enani de Granipuis, disner à Brie-
Gomte-Robert : souper et giste à Gréteil.
139^. — AiH'il, i) (Samedi). — Séjour à Hrie-Gomte-Robert. (Mande-
ments divers, Bib. Nat. coll. Bourgogne t. LUI 1® 542 et
572). Môme jour, les Bordes Brie-Gomte-Robert.
1 3cy>. — Avril, 6 (Jeudi). — Le duc disne à Paris. le comte de Nevers
à Gharenion, leur commun à Gréihuel (Gréteil) et toos
ensemble gistent à Brie-Gomte-Robert : letlendemain, 7, à
Grantpuis. (3)
(1) Blanche de Navarre, nièce de Jeanne d'Kvreux et veuve de IMiilippe VI. tut chîrgée de
régler le cérémonial de l'entrée d'Isabeau de Bavière a Paris, en i îS«^). O fut une fête splendide
dont les chroniqueurs du temps nous ont laissé maints tlétails.
(2) La reine avait fait son testament dès le mois de juillet 1541. Klle donnait à l'église
Saint-Etienne de Brie. 20 livres ih sols parisis de rentes pour être emploves en services reli-
gieux. Je donnerai la clause complémentaire réglant ce legs plus loin en parlant de Téglisr
Saint-Etienne.
(3) Dans le chapitre qui traite du XV' siècle Je reviendrai a cette enumeration et aux séjours
des ducs de Bourgogne à Brie-Comte-Robert.
DE BRIE-COMTE-ROBERT S^S
DE BRIIt-CÎOMTE-RÔtîËÎ^T .I47
Saint-Antoine-des-Champs, à Paris, et de là à Notre Dame.
« Le roi (Charles V) se joignit au convoi lorsqu'il passa
devant 1 Hôtel de Saint-Paul 1 1 ), et le suivit à pied. Le corps
était porté sur un lit de parade, le visage découvert ; le Prévôt
et les échevins soutenaient sur quatre lames un drap d'or
qui servait de dais au lit, qui était entouré de tout le Parle-
ment en habits de cérémonie ; les présidents soutenaient les
quatre coins du poêle ; le roi assista à la messe des morts que
TEvèque de Paris célébra le lundi, et il conduisit à pied le
convoi jusqu'à la porte Saint-Denis ; le corps fut porté à
l'abbaye de ce nom où il fut enterré ; le cœur et les entrailles
de la Reine furent inhumés aux Cordeliers de Paris, et le Roi
assista à toutes les cérémonies funèbres. »
A lire ces détails, que j'emprunte à un historien anonyme
de la ville de Paris, à la description de ces pompes officielles,
il est vrai, mais rehaussées par la présence du roi et carac-
térisées par son attitude, on se rend compte qu'un person-
nage important de l'Etat venait de disparaître (2). Jeanne
d'Rvreux avait eu, en eflet, dans les affaires de son temps une
grande part et son influence pendant près d'un demi-siècle
se fit sentir dans les conseils de la couronne. Il n'entre pas
dans le cadre que je me suis tracé l'examen et l'exposé de
l'action de la veuve de Charles-le-Bel ; c'est un sujet que j'ai
seulement indiqué, surtout à propos des troubles suscités par
Charles-le-Mauvais. Je constate, en passant, l'extrême défé-
rence et l'unanime respect qui entourèrent Jeanne d'Evreux
jusqu'à sa mort et les témoignages d'affliction qui accrmipa-
gnèrent son cercueil.
L'afl*ection profonde que Charles V ressentait pour. sa
vieille parente ne s'était jamais démentie ; nous en avons
déjà constaté les effets. Ces deux natures, calmes, dignes et
pondérées étaient faites pour s'entendre. On a dit (3) que
I ) l'alais ou résidait Charles V, situé rue Saint-Antoine.
'2i Charles V ne se contenta pas de suivre le convoi à pied Jusqu'à la porte Saint-Denis.
La, il monta a cheval et l'accompagna jusqu'à l'abbaye. Jeonne d'Evreux avait ordonné par
son testament qu'on ne lui rendit aucuns honneurs funèbres et supprimé les grands lumi-
naires qu'elle regardait comme inutiles.
(3) Christine de Pisan. historiographe de Charles V.
346 HISTOIRE DE LA VILLE
Charles V avait « toutes les vertus d'un sage : prudence,
justice, bénignité, clémence, débonnaireté, humilité, sage
largesse, sobriété, chasteté. » Le même éloge pourrait être
appliqué à Jeanne d'Evreux.
Tous deux avaient une grande dévotion à la Vierge. Charles
rappelait « souveraine médiatrice », Jeanne l'invoquait en ces
termes : « La dame qui estes la fleur de lis de virginité et de
humilité, la rose de grâce et de douchouret lumière de toutes
clartés. » J'emprunte cette invocation à un livre d'heures
qui a appartenu à la veuve de Charles-le-Bel (1 ). On y trouve
au folio 36 une pièce avec ce titre :
Chi sensient une orison belle et dévole, laquelle la royne Jehannc
avoit p'our) espéciale dévotion et est bonne à dire à personne
desconseillié et desconforié pour bavoir conseil de la glorieuse
Vierge Maiic.
J'en détache le passage suivant :
.... l£i voulliôs en moy mettre humilité en ce que pour honneur n<
pour joie terrienne, je ne puisse prendre aultrevoie que la droite voi(
de humilité et voulliés moy envoier voire grâce que je puisse cognoistr
présentement et aimer de tout mon cucur et detoutcs mes p)fen<ée
ardanmcnt mon bon Dieu créateur et vous et recognoistre les bien
que vous mavés fais et encore faites tendis en plusieurs manière
et me donnés torche et povoir de bien gouverner ce que vous m'av^
balliei en garde à la loange de mon créateur et de vous et au pourt
cl salut de mon âme et de mcn peuple que j'ai à gouverner <
veuilles douce dame arouscr mon esprit, mes fois, mes dis et m
pensée de vraye sapieuce cl de passience en contre toutes les lemp
talions et adverï^ilés.
Dans un livre d'heures ayant appartenu à Charles V. •»
lit une longue oraison à Saint-Louis, laite à son usage. « o'
dans son indignité et son insuffisance, il prie son prédéce?
seur d'obtenir pour lui un peu de cette lumière divine qui li
est nécessaire pour gouverner son peuple. » X'est-ccpas 1
un écho de r « oraison » de la reine Jeanne. Si tous lesdeu
étaient dévots, tous les deux étaient aussi amoureux de-
belles choses et versés dans les belles lettres. Charles ^
« maçonna » fort, c'était aussi le faible de Jeanne d'Evreux
(I; BibL Nal. Mv». Fonds hnin^nis. .\ouv. ac<|. 4412,
DE BRIE-COMTE-ROBERT 849
quoique peut-être, dans un ordre d'idées plus utilitaire. Mais
l'un et l'autre s'attachèrent à s'entourer de trésors, d'orfè-
vrerie, d'émaillerie, de joaillerie et de tapisserie. Nous avons
vu quels joyaux la veuve de Charles-le-Bel donna à l'abbaye
de Saint-Denis en échange de services funèbres pour le repos
de l'âme de son mari (i). L'inventaire de ses biens meubles
dressé après sa mort justifie cette manière de voir. Il est
certain que Charles V réunit une bibliothèque dont on con-
serve le précieux catalogue rédigé par Gilles Malet. Il mettait
son nom sur les livres qui lui étaient le plus précieux,
€ comme les Ethiques d'Aristote, Tîte-Live, les Institutes, le
Songe du verger, etc. Il ne nous reste qu'un souvenir très
imparfait de la bibliothèque de la reine Jeanne ; un ouvrage
en quatre volumes, les Décades de Tite-Live (2), c'est tout.
On se dira, cependant, que cet ouvrage décèle la présence
de plusieurs autres, d'une collection peut-être aussi impor-
tante et aussi riche que celle du roi. Un détail viendra
justifier cette opinion, car il nous prouvera que, à l'instar de
Charles V, la reine Jeanne aimait à apposer sa signature sur
les livres qu'elle avait en sa possession. Sur le tome IV des
Décades, on lit, en effet, ces mots écrits fort probablement
par la reine elle-même.
S^c^neC^^^
Cette conformité de goûts, cette sympathie réciproque
entre la veuve de Charles-Ie-Bel et le petit fils de Philippe
( I ) Ces Joyaux sont mentionnés dans un inventaire de 1505 et dans celui dressé le 3 Juillet
1739. — V., à cet égard, la notice de M. H. Omont, inventaires du trisêr de Vapbaye de Saint-Denis,
publiée dans les Mémoires de la Société de l'Histoire de Paris et de l'Ile de France) t. XXVIlIr
p. 165-212.,
(2)(Bibl. Nat. Fonds Français, 273.
35o HSTOIRE DE LA VILLE
VPi», la respectueuse déférence que ce dernier ne cessa de
témoigner à sa vieille parente expliquent la cordialité des
rapports qui unissaient Jeanne à la cour de France. On ne
saurait, dès lo»s, s'étonner qu'en vue de sa mort prochaine,
elle ait commis spécialement (Charles V à la surveillance et à
la garde de ses biens, après sa mort.
Est à scavoir que le rov nostre sire (2) qui longtemps avant le
trespassemeot de ma dite dame ^3) avoit à sa requeste pris et misa
sa sauvegarde tous ses biens meubles quelconques elle avoit au jour
de son trespassemeot en quelconques lieux que ils feussent. si
comme par ses lettres patentes scellées en cyre verte et en soye peut
àppaioir. envoyast tantôt après le trespassemcnt de ma dite dame la
dite royne ou chastel de Bric Comte Robert ou ma dite dame tres-
passa noble homme M. Philippe de Savoisy, son chambellan et nous
doyens de rEgli>e Notre Dame de Paris dessus dicte pour faire
retraire en lieu seure ou dit chastel tous les biens et joyaux de ma
dite dame estant illuec pour la conservation diceux jusques à ce que
bon inventaire en feust fait, lesquelz biens ainsy retraiz furent scellez
du sel de son secret si comme il avoit commandé estre faict pour
greigneur, seureté et demourance
Tel est le préambule de l'inventaire dressé après la
mort de la reine Jeanne, inventaire qui a été reproduit par
Leber. Il fut dressé, nous apprend-il, par :
Guy, abbé de l'église Mgr Saint Denys(4) en- France. Jacques Le
Riche, dosyen de l'Eglise N. D. de Paris, Hugues Boylau naguère
conseiller, Regnault de Coulons (5), maistre de la chambre aux
deniers et Jean de Juerre (6) secrétaire de ma dite dame (Jehanne
de Evreux) exécuteurs du testament faiz. nommez et ordennez par
elle si comme il apport par la teneur du dict testament et d'un
codicille en yceluy, laquelle exécution nous exécuteurs cy dessus
ûommez désirons, comme droict est faire et accomplir l'intention et
bon propos de ma dicte dame et par l'ordre et commandement du
roy nostre sire, avons entrepris et faict en la manière qui s ensuit.. .
i, On pourrait fort bien supposer que Jeanne d'Evreux fut appelée à être la marraine de
ce prince et qu'elle lui donna, en mémoire de Charles IV, a laquelle elle ne cessa d'avoir un
inlassable attachement, le prénom de Charles.
(2) Charles V.
; ' Jeanne d'hvreux.
4j l.e même dont il acte question dans la donation faite par la reine Jeanne pour le service
anniversaire de son mari,
v^; (Coulombs, canton de Lisy-sur-Ourcq y^arr. de Meaux; Seine-et-Marne.
(6) Jonarre. canton de la Ferté-sous-Jouarre 'arr. de Mcaux).
DE BRIE-COMTE-ROBERT 35 1
On conçoit que je ne reproduirai pas ici l'intégralité du
document recueilli par Leber. Je crois, cependant, devoir
signaler quelques-uns des articles de l'inventaire qui nous
donneront une idée de Tameublement du château à cette
époque (i).
Comme on a pu s'en rendre compte Jeanne d'Evreux
aimait les joyaux, les pièces d'orfèvrerie. C'était, du reste, la
manie du temps de posséder et d'échanger des chasses,
reliquaires ou tableaux pieux, en matière précieuse ornée
et enrichie de pierreries.. Dans l'inventaire des joyaux de
Charles V, il s'en trouve qui lui ont été donnés par Jeanne
d'Evreux; par voie de réciprocité, Jeanne en avait reçu du roi
à ce que nous dit l'inventaire fait après sa mort.
l ne aullre tableau dor à pierrerie et a dedans une Trinité enlevée
el daultre part à une Annonciation escueillée lequel label le roy
nostre sire donne à la dite dame^ prisé iiij*^ xl frans (2) d'or.
Un tableau d'or garny de pierreries que le roy, oostre sire, donne
à la dite madame la royne Jehannex^ et en iceluy tableau a amont
(au dessus, au faîte, dans la partie supérieure) une image de la
Trinité et d'autre part a un cristal où sont plusieurs sainctuaires
(reliquaires) et est nommé LeFretel (3), damont a un drapel qui est
dun balay : prisé mil francs d*or.
I) Il est regrettable que l'inventaire n'ait pas été fait, pièce par pièce, à Brie-Comte-Robert
même. Nous eussions eu ainsi une description du château avec ses arrangements intérieurs.
Mais il nous est dit expressément dans le document visé ci-dessus qu'une fois les objets
mobiliers recueillis par Philippe de Savoisy et mis sous scellés * les dits bijoux et autres
meubles restés à Brieam't^à Parti, on procéda au dit inventaire. »
(2) Le ^ranc est une monnaie d'or du XIV* siècle et non le franc de la monnaie actuelle. Dans
l'ordonnance de 1374, Charles V, fixant les biens à venir de ses enfants, décida que Louis
plus tard. duc d'Orléans et seigneur de Brie-Comte-Robert) n'aurait pour tout droit de partage,
que 12000 livres tournois de rentes en terre, avec titre de comte et 40000 /raocs en deniers ; ses
filles devaient se contenter: l'aînée de j< 0000 francs ; la seconde de 60000 francs. Les deniers dont
il s'agit ici, sont des deniers d'or aux fleurs de lys. Les premiers francs d'or« frappés en l^, par
Jean portaient le nom de francs c cheval; on les appe'le francs à cause delà devise Francorum
rix qu'accompagnait le nom du roi. Sous Charles V furent frappés des francs dits à pied.
Ottc monnaie était très recherchée à cause de la fixité de sa valeur. Elle valait exactement
20 sous soit une livre. Le franc cessa d'être frappé en 1641 : le mot resta toutefois comme
monnaie de compte.
(3 11 est nécessaire d'appeler l'attention sur ce mot. Le Fr^f^/ était un instrument à vent en
usage au moyen-àge. C'est, dit Leber, le nom d'une flûte en tuyaux d'orgues, la syrinx des
anciens. Il est a peu près certain que la syrinx ou flûte de Pan adaptée à un sommier, avec un
soufllet destiné à le mettre en jeu fut l'orgue primitif. Cet instrument devait être de petite*
proportions. Tel il était au début de son existence (le plus ancien connu est celui qui fut envoyé
en 757 à Pépin-le-Bref par Constantin Copronymc) tel il resta pendant plusieurs siècles. Çc n'est
qu'en 1470 que furent inventées les orgues à pédale par l'Allemand Murede. Jusque-là l'orgue
ne fut autre chose qu'une petite boîte portative comme on en voit dans quelques peintuf« •
anciennes et dans certains manuscrits du XII* et du XIII* siècles. «M. Fétis, dit Larousse, parle
3b2 HISTOIRE DE LA VILLE
On voit le prix é\efé auquel étaient évalués ces dons faits
par Charles V à la reine, (i) mais on se rend compte aussi des
richesses que contenait le château. Je relève notamment au
milieu des articles d'orfèvrerie :
Un reliquaire dor ou milieu duquel a ij angelots (statuettes repr6-
sentant des anges) qui tiennent une couronne d'or où il y a ua gros
balay ou milieu iiij saphirs aux iiij coins et est garny de xxxij
grosses perles, viij diamants et iiij petits balays pendans à une
chaisne d'or ; prisé Vl^ francs d'or.
Cela ferait un joyau valant à notre monnaie actuelle
24,000 fr. un chiffre assez royal, en vérité. Il en était de même
des tapisseries ; on y remarque :
iiij pièces dun drap d'or de Chipre pour le clotet (creux, enfonce-
ment, niche) à mettre reliques et est le dit drap doublé de cendal
(étoffe de soie) en graine (teinte en cochenille, en écarlate) ; prisée
xxiiij francs (960 fr. de notre monnaie).
Une chambre de brouderie veluel (velours) vert à compas (à com-
partiments) de velue» vermeil et ou milieu du compas avoit besans
des armes de Navarre, cest assavoir ciel, dossier et courte pointe
d'un petit orgue de regai\e (regabellum ou rigabellum) qui parait avoir été exécuté au TV« siècle,
peut-être même au XIV* siècle, car les peintures dont il est orné sont exécutées au blanc d'oeuf.
La largeur de la boite dans laquelle sont rcnlVrmcs le clavier, les tuyaux en cuivre et le mécanis-
me des soupapes n'est que de 8 pouces environ et sa hauteur de 7 ; deux soufflets, dont les cavités
lui servent d'enveloppe, lorsque l'on veut transporter l'instrument d'un lieu à un autre, s'adap-
tent à de petits porte-vents saillants ; les tuyaux dont le plus long n'a pas plus de 4 pouces et
demi de hauteur et 8 lignes de diamètre, sont placés horizontalement... »
De tels instruments qui ne mesuraient, on le voit, que deux ou trois dizaines de centimètres
étaient facilement transportables. C'est évidemment ainsi qu'il faut entendre ce passage d'un
compte d'isabeau de Bavière.
m A messirejean Poincin,chappellain de la Royne, pour ses dépenses d'avoir esté du dict Saint-
Germain au bois de Vincennes querre et fere venir les orgues de lachappelle d'icelle dame
(Isabeau) xviij s. p. pour les despens et salaire d'un homme qui a y celles orgues apportées du
boisau dict Saint-Germain, viij s. p.... »»
Le nom de Fretel, donne par les exécuteurs testamentaires de la reine Jeanne à un tableau en
sa possession laisserait croire qu'il s'agit en l'espèce d'un de ces orgues portatifs richement
décoré et peut-être celui dont on se servait dans les chapelles Sai't-Jean ou Saint-Denis.Peut-ètre
cet instrument se fit-il entendre à la dédicace de leg ise Saint-Etienne, de Bne (156?). Dans
tous les cas, il était intéressant de constater l'existence à Brie de l'un de ces orgues anciens sur
le principe duquel sont fondées les orgues actuelles.
(1 ■ Si nous appliquons à ces évaluations la méthode comparative dont nous nous sommes
déjà servis, en mettant en parallèle le coût du fauchage de l'arpent à cette époque et aujour-
d'hui, nous obtenons les résultats suivants. Le fauchage d'un arpent coijtait 3 sols, au mini-
mum ; il coûte aujourd'hui 6 francs dans les mêmes conditions. Or, dans un franc d'or, il y
avait exactement 20 sols. Donc, proportionnellement et pour la rétribution identique d'un
travail s'accomplissant de la même façon au XIV» siècle et aujourd'hui, la dépense est aujour-
d'hui .^o fois plus forte, d'où cette conclusion que le franc d'or vaudrait 40 fois notre franc
d'argent. 11 s'ensuivrait que le Frrul cité dans l'inventaire vaudrait 40.000 francs de notre
monnaie, puisqu'il est cote, en IJ70. mil francs d'or. L'autre tableau, par suite, vaudrait
17,600 fr.
DE BRIE-COMTE-ROBERT
353
(ensemble des rideaux enveloppant le lit) cl viij carriaux (coussins) de
même et ij pièces de courtines (rideaux) de tartane rayez pour la dicte
chambre ; prise v francs d'or (200 fr. de notre monnaie).
ij aulnes et demyc de tartane rayée pareille aux courtines et dessus
des las devisié ; prisé un franc et demye (60 fr. de notre monnaie).
iiij sièges de drap d'or pareil brodez de veluyau violet semé des-
cussons des armes de France et de Navarre dont il y en a ij doubles
et iiij pièces de bordure de la longueur de diz sièges et de mesure ;
prise vij"" fr. (5600 fr. de notre monnaie).
Un drap de couvertoire descarlatte sanguine fourrée d'une panne
de menu vair (i) contenant xxxviij tiers de Ion et Ixiiij de lé (large)
prisé c fr. (4000 fr. de notre monnaie), etc., etc.
(]ette cnumcration serait fort long-ue et, en fait, elle ne
touche que d'une façon indirecte à l'histoire de Brie. Je m'en
voudrais tiïutefois de ne pas la compléter par le détail des
vaisseaux de cuisine trouvés au château après la mort de la
reine.
xj grans paelles (poêles, poêlions ; signifie anssi pelle) à bous
queue) prisé xvij francs d'or (600 fr de notie monnaie).
xvj paelles à ances (chaudrons, bassines) prisé xij francs (480 fr.).
iij paelles à queues, prisé i franc (40 fr.).
iiij grils de fer prisé 1 franc et quart (50 fr.).
viij conlrecotiers (grils), prisé 2 francs et demy (100 fr.).
j broche de fer, prisé iiij sols parisis (8 fr.).
iij culiers darein (d'airain) percées, prisé 2 francs (80 fr.).
ij culiers de fer percées, prisé v sols (10 fr.).
j musel de buef (probablement muselière de bœuf) prisé iiij sols
(8fr).
iij paelles de fer mauvais prisé xij sols (24 fr.).
iij pincettes darein, prisé un franc et demy (60 fr.)
ij paelles de fer, prisé v sols (10 fr.).
ij grandes chaudières, prisé x francs d'or (400 fr.)
iiij autres petites chaudières, prisé iiij fr. (160 fr.).
xij chauderons tant grans que moyens xv francs (600 fr.).
XV petites chaudières prisé iij francs (i2o fr.).
j roabble (large pelle à tirer la braise des fourneaux) de 1er, ij s. p.
(4 fr.).
I) Le vair était une fourrure blanche et grise, mais probablement fort rare et réservée
par suite aux personnes de rang royal. On connaît la légende de Cendrillon qui avait, dit-on,
perdu, en se rendant au bal. sa pantoufle de verre. 11 est probable que verre est ici pour vair. ce
qui donne un sens à une expression sans cela ridicule. Cette opinion, fort juste, a été suggérée
par Balzac.
23
354 HISTOIRE DE LA VILLE
ij lèchefrites, prisé x sols (20 Ir.).
j trépied de 'er pri^^é ij fr. i8o fr. ).
j mortier de cuivre et le pilon de fer sans pris {sic)
j escumoire prisée ij s p. (4 fr.)-
j pot de cuivre, prisé iiij s. p. (S fr.).
zxxvj /.irs qui estoient en la dite exécution dont le roi en a xvj cl
M-' d'Orléans (i) x qui ont esté vendu chacun lart iiij francs valcni
vj** iiij Iv et les autres demourés sans pris à la dite exécution Iesqoel>
furent despensez en faisant des obsèques de ma dite dame.
Leber ajoute après ce dernier article :
" Si Lus était ici pour /j;\/, il faudrait entendre une provi-
sion de p«>rc salé remplissant '^h tinettes... Comme chair de
porc, cette réserve a pu être distribuée en aumônes. »
L*aumr>ne, dans tous les cas, ne serait que de ciîjq tinelteSi
pour employer l'expression de Leber, puisque ni le roi, nik
duchesse d*(.)rléans, n'ont décaig"né de faire vendre les 3i
autres. Il est vrai que cette vente a produit un assez for
chitïre : 4 francs ( \G > fr. de notre monnaie) par i incite, soit ur
total de 3.'Ma) fr. de notre mr>nnaie pour le roi et de i.ôlX"* fr
pour la duchesse. Les six iineitcs « dépensées en faisan
les obsèques » furent consommées tout simplement pari;
foule des assistants.
Il ne resta à Hrie de tout le mobilier royal que les article
suivants :
ii;z orfèvrerie. « une chasse faite de maçonnerie (2) d'ar
gent doré, où il y a dedans un cristal à six carrés où il v ;
des os de Saint-Ltienne et de Saint-\'incent et poise (pèse
j marc vj onces et demyes. Laissié à l'église parochiale d<
Brie-(^(»mte-Roberi (S). »
Le marc (S « )nces) d'argent valait environ ? livres iG sols, c(
qui donne au cadeau fait a l'église une valeur vénale d(
321') francs comme poids d'argent.
I) l.a duchc.ssf il'Orléans, tille de Jeanne il'Evreux. (V. à la page suivante, j
(2; Leber ilit a ce snjet et je ne suis pas éloiiiné lie partager son avis : a Le mot maionnerU
ne serait-il pas employé dans le sens de « fabrique, édifice, église » ? On a beaucoup d'exemples
d'fx-volo et de reliquaires d'argent ou dor représentant des églises et d'autres monuments
religieux.
.,3) Dans les inventaires subséquents de> biens mobiliers de l'église Saint-Etienne, il n'est
pas question ni du reliquaire ni du tapis dont mention est faite ici. Comme ces inventaires
sont postérieurs à 1» prise de Frie par les Anglais ^1450'. on peut supposer que cet objet
-lira disparu à cette époque et lois du pillage de i'eglije et de la ville.
DE BRIE-COMTE-ROBERT 355
En tapisserie, l'église Saint-Etienne eut en partage un
tapis qui figure, dans l'inventaire, après « Tinventoire des
vaisseaux de la cuysine de la dite Madame la royne Jehanne
d'Evreux ^). Il est indiqué comme suit : « Un tapis noir,
armoyez aux cornes des armes de la dite Madame la royne
Jehanne ; prisé demy franc d'or 120 fr. de notre monnaie). Il
fut baillé jux curés de Hrye-Comte-Robert pour ce qu'il avoit
esté porté en leur église quand le service de ma dite dame
y fut faict et pour ce néant en argent ( ij. »
En objets de cuisine, le château garda une boutique à poisson
(probablement quelque objet destiné à conserver le poisson
encore vivant). L'inventaire s'exprime ainsi : « Y avoit à
Brye-(]()mte-Robert es fossez (les fossés du château) (2), une
autre boutique à poisson appartenant à la dite exécution
dcmourez es fossez de Brye. »
Hlanche de France, qui succéda à sa mère Jeanne d'Evreux,
comme dame de Brie-Comte-Robert, était née le V avril
i1vj8, deux mois après la mort de son père, Charles-le-Bel.
Elle avait épousé, le i3 janvier i3-i-i, Philippe, cinquième fils
de Philippe VI de Valois, et apanage par ce dernier, du duché
d'Orléans, des comtés de Beaumont et de Valois. Blanche
fut veuve peu d'années après avoir perdu sa mère, en i375.
Son mari était mort sans postérité, encore dans la force de
Tâge. Dès qu'elle lut maîtresse de ses biens, elle les céda à
Charles V. Cette donation est du 2G septembre 1^76 (3). Je
crois devoir reproduire ce titre, parce qu'il est un document
intéressant l'histoire de la ville de Brie-Comte-Robert.
Lettre faite soubz le scel du chastelet de Paris, scellées du scel de
la duchesse d'Orliens, par lesquelles elle code et transporte au Roy
la propriété des chastiaus et chastcUenies de Braye-Comte-Robert,
de Gournay et de la Ferté Alez et des fiez, fermes etc. du bailliage
de Caen et de la vicomte d'Auge, lesquels elle tiendra sa vie durant
tant seulement.
A tous ceulx qui ces présentes lettres verront Hugues Aubriot,
O) C.e tapis pourrait être celui qui figure dans un inventaire des biens de l'église du 4
novembre 1614, sous cette mention : « A la chapelle Nostre-Dame... Item ung ancien tappy
servant au-dessus de la chaire de M* le curé. »
{2} Nous l'avons déjà vu, cette expression s'applique expressément aux /ojS(fî du château pour
les distinguer des /os;« de la ville.
3r»*i HISTOIRE DE LA VIIXE
chevalier, garde de la prévosté de Paris, salut. Savoir faisons qnc
par devant Pierre de Montigny et Jehan Fourquant, alors notaires
jurez du Roi nostre seigneur ou Cha-stellet de Paris, fut présenie
noble, haulic et puissante dame, madame Blanche fille de Roy de
France et de Navarre, duchesse d ( )r;iens, laquelle afferma pardevast
ycculx notaires quccomme. à cause de la succession de feu très noMe
mémoire madame Jehanne d'Evreux, jadis Royne de France et de
Navarre sa môre. el!e ait tiengué, possidé et lui appartieonenl
entièrement à héritage perpétuel les villes chasteaux et chastelleoies
de Hraye-Comtc-Kobert de la Ferté-Aales et de Goumay-sa^
Marne lequel Gournay fut de l'acquest de ladite Madame la Roysc
Jehanne sa mère, t toutes leurs revenues, dépendances et apparte-
nances, tant en terres, prez, vignes cenz. rentes, champars, bois
pasturages. hostcs. ho-^iises hommes et femmes de corp«, fiez
arrêtiez, nobleces. ressors. patronages, e<^paves, forfaitures, justices
seigneuries haultc*^, basses et moiennes, comme en autres, posses
siens tt choses quelconques. .. . ycelle madame la duchesse de s
bonne volonté, propre mouvement et certaine science, sanz fora
contrainte ou induction aucune, lecognut et confessa par devai
yceulx notaires de toutes les dictes chastcllenies, possessions (
revenues, en considcracion à la vraye affection que elle a envers 1
coronne et le royaume de France, mesmement pour son trds grau
et évident prou lit, sanz fraude ou decevance et comme de ce bic
avisiée. prouveue et consilléc par bonne, longue et meure délibén
cion par elle eue sur ce avecques les gens de son conseil et plusieu
autres sages et discrez que pour ce faire avoit et a plusieurs foiz
par plusieurs journées assemblez, avecques elle si comme elle poi
vérité disoit avoir trailtié. accorde, transigé et composé et fait accoi
traitlié, composition et transi^ction perpétuelle au r<o\-, nosire sir
en ceste matière : c'est assa\(»ir que la ditte madame la duchesse
transporté, baillé, octroyé, quiltié. ctâc, délaissiè et par ces présente
transporte, baille, octroyé, quitte, cède et délaisse de tout en to
dès maintenant à tou/iours pcrpétuelement au Roy, nostre c
seigneur, pour lui, pour ses successeurs Roys de France, et ccd
qui de lui ou de ses successeurs, auront cause, toutes les dess
dictes villes, chasteaux et chastellenies. . . et leurs appartenance
revenues et appendances. m^blesses et possessions telles comr
dessus est dict et en autres quelles que elles soient, comment dit
et nommées seroient et de quelque chose et valeur que elles sont
ourroient estre et généralement tout ce que ycelle feu madame
<oyne sa mère poxoit avoir et qui luy povoienlet devoientappartec
au jour du trc^passemcnt d icelle en toutes les dessus dittes villes
chastellenies cl tcnoucrs, appartenances et appendances d'icellessai
riens en toutes cc< choses excepter ne retenir y. Ensemble tous 1
droiz de propriété, saisine, pc^ssession, seigneurie et toutes I
actions réelles, persoînelles. directes, expresses et autres quelconqu
qui en toutes les dessus dittes \ illes, chasteaulx et chastcllenies (
leurs revenues appartenances et appendances. ... et envers quelcoi
ques pcrs(>nne^ et biens pour raison, occasion ou a choison de to'
ce luy peveni et doivent, pourroient et devroient. à quelque cau:
ou liltre et en quelque manière feust. de fait ou de droit, ne autn
ment, comment que ce soit ou feust competer, aflerir et apparteni
Retenu à la ditte madame la duchesse les conques que fit en autn
choses que Gournay et ses appartenances, la dite madame la Royr
Jehanne, sa mère, en son vivant, pour les quiex elle doit acquitt<
R
DE BRIE-COMTE-ROBERT 35j
et deschargier aussi tout ce de quoy la ditte Madame la Royne
Jehanne avoit et a en son vivant chargié le domaine et recepte de
feraye-Conte-Robert et autres choses dessus transportées (i ) ; de
toutes lesquelles villes, chasteaulx, chastellenies, appartenances,
revenues et appendances et rentes, ycelle madame la duchesse du
tout en tout, par devant les diz notaires, dès maintenant à touziours
perpetuelement, pour elle et en son lieu fit, constitua et establit
sanz rappel le Roy, nostre dit seigneur, pour luy et ses diz succes-
seurs Roys de France et leurs aians cause, vray seigneur propriétaire,
acteur, demandeur, possesseur et quonque miex estre peut en
toute manière comme de son propre héritage et domaine. Mandons
par ces présentes à tous les tenans fiez, arrière fiez et autres posses-
sions quiexconques d'elle pour raison des choses dessus devisées et
esclarcies que dès maintenant en lieu d'elle, de tout ce qui en
tiennent et dont ils sont en foy et hommage ou souffrance du Roy
nostre dit seigneur et luy facent toute révérence, service et obéis-
sance teles et par la manière que ils sont tenuz comme a vray sei-
Ijneur et propriétaire de ce. Et aussi à tous les autres subgicz de
tous les diz lieux que doresnavant luy facent toute obéissance comme
il appartient à vray seigneur propiiétaire et demeneur et lui paient
les rentes et aultres debvoirs qui pevent et pouroient devoir, sanz
nul reffuz, après son décès, comme cy après sera dict ; c'est assavoir
tant parmi ce que le Roy nostre dit suigneur luy a baillé, assis,
assigné et délôssié dès maintenant tant comme elle vivra tant seule-
ment toutes les fiez, fermes rentes et fermes muables tant en grains,
deniers comme en autres choses quelconques que tenoit feu de noble
mémoire Monsieur le duc d'Orléans, son mary, au jour de son
trespassement ou bailliage de Caen et en la vicomte d'Auge, tant à
cause de la recompensacion qui lui fut faite pour raison de la Comté
de Beaumont-le-Rogier comme de ce qui luy estoit venu à cause du
douaire de la dite feu Madame la Royne Jeanne en pris et en la
v^aleur que elles pevent valoir à présent et que elles pourront valoir
en quelque manière durant son dit viager de laquelle valeur ycelle
Aladame la duchesse, en la présence des diz notaires, se tint et par
ces présentes se tient à bien contente, paiée et agréée à tenir par ce
lever et recevoir les dittes rentes et revenues quelconques du jour de
la date de ces présentes et doresnavant par elle ou son certain com-
mandement et par sa main et contrainte, comme fesoit madame U
Royne Jehanne, en son vivant, et à cause d'elle, le dit monsieur
le duc en son vivant tant et si longuemment comme elle aura vie
ou cops (sic) tant seulement, comme par ce, elle, durant sa vie
tant seulement et comme viagère, aura, percevra, lèvera et rece-^ra
par elle et par son commandement sanz nul contredit, tous les
proufiz revenues et émolumens quiexconques des dites villes, chas-
teaulx et chastellenies de Braye-Comie-Robert, la Ferté-Aales et
Gournay, de leurs appartenances et appendances. . ou en la forme
et manière que elle en jouissoit etpossessoit avant ce présent accort
durant sa ditte vie et comme viagère, et après le décez d'elle, ycelles
fermes fermes muables, rentes et toustes les dittes revenues des
dites villes, chasteaulx, chastellenies, de leurs appartenances et
(\) Le document vise, ici. certaines donations faites a l'église Saint-Etienne de Brie-Comtc-
Robcrt et au chapitre Saint-Denis. Nous avons dit un mot de ces dernières ; nous y revien-
drons à l'article des fiefs, de même que nous parlerons des donations à l'Eglise Saint-Etienne
en parlant de cette dernière.
HISTOIRE DE I.A VILLE
appendances... revendront ei recouvreront de plein doit (sic) au Roy
nostie dit seigneur et à ses diz successeurs et leur aians cause.
ccssans tous empeschtmens, comme à vrais seigneurs et proprié-
taires et seigneurs de ce. ;Et sera son dit usufruit liny. coofuz ci
adjoint en la pro-
priété d'icclles saoi
ce que les héritiers
de la dite madame
la duchesse, oc au-
nes, le puissent dé-
battre ny demander
en quelque manière
avoir ou réclamer
aucun droit pour
quelque demeure ,
longue teneure et
possession qu'elle ea
teroit, ne autrement,
par droit usage ou
coustume. Es mains
desquel X notaires,
apréi tout ce fait,
ycclic madame la du-
chesse de tout ce qui
meut et peut mou-
voir du Roy nosire
dit seigneur ou d'au-
tres des dtssusdities
possessions et reve-
nues se demi st et, par
cei présentes, se dé-
met du tout en sai-
sine et propriétii en
quittant le dit sei-
gneur et autres de la
foy et hommage en
quoy elle pour ce
est et puct eslri; envers eulx. Avecquei ce, en la présence des
diz notaire?, bc démisi du lout ds mains de rivérend père en Dieu
monsieur l'évesque de Pjtis, prirent à ce, et recepvaat icellc
. .0)(".' >"au est «appnJu à b pr«;ntcdonalinn. Par !■ photognphie qui «r reproduite
ICI, nn ïûii ijue U duchrwe cit reprcaentir. .lehout dans une niche principale, accompainéi
de deui aulfcsoii dï» anilf s ^ou^u■nnp^^. adtxtn-ct a «neslre un ecu parti d'OrlMniei*
Krante. l.êEeiidr : S. BLAMCHK. FIMK FR ANCIE HT NAVARRE DVGSSÉ AVRELIAVEVSIS.
Ontrr sceau : Un parti d'Orléans et di- Krancr. n
si:i:au dk blanche dz frange
,ï"rial rSn",lTî7'mifl'1fe'",'ÎV, ;A. N. -
■m^igne de qumn ccussonî en lown^'.
liienJe.
Eesceaa e<t a:;pçnJu
HHACOitV: DVCIS: AVRELIANENSIS : CÔTIS
Ltj^nJïs S. [>H1.1P?I KILLI : ItKf
VAI,FS1[ : F.T: Bkl.l.lMÛTIS.
û»tre sceau : 1. «u d Orkaiis dans une ro.ac.' :_
t COTRE SIGILLV PHIL<,tl'Pl FlLtl REGIS FRACORV DVCiE AVRELlANHÏ.
DE BRIÊ-CiOMTË-RÔBERt 3?9
démission de la foy et hommage en quoy elle estoit et povoit
estre envers lui pour raison des choses dessus dittes par elle bail-
lées, voult consentit et accorda expre^^sément que le Roy nostre dit
seigneur, par lui baillant ces présentes en soit et demeure saisy,
vray propriétaire et seigneur et aussi que ledit monsieur l'évesque
le recepte ou auir:î pour lui en sa foy et hommage pour tout comme
il luy pourra appartenir, (i) Avecques ce voult, consentit et accorda
que les nutres seigneurs desquiex aucunes parties d'icelles possessions
et de leurs appartenances mouvroient et seroient tenues, le recepvent
paisiblement ou autre pour lui au lieu d elle et en son absence,
chascun au droit soy. de tout ce qui sera mouvant d'eulx et s'en
mettent en leur foy hommage ou souffrance ou son commandement,
sans nulz reffus. Et encore la dite madame la duchesse, pour grei-
gneur confirmation de ces choses, fit, constitua et establit, par
devant les diz notaires, ses procureurs, et certains messages espé-
ciaulx. sans rappel, monsieur Adam de Guillonnel chevalier et
chambellan (2). monsieur Nicolas Bracque. chvalier etconseillier (3)
et maistre Jehan Pastourel conseiller du Roy nostre dit seigneur...
En tesmoing de ce. à la relaciondesdiz notaires, avons mis à ces
lettres le sceel delà Prévosté de Paris avecques le sceel de madame
la duchesse, mis par le commandement d'elle pour greigneuret
confirmacion de ces présentes, en la présence d iceulx notaires. Ce
fut fait et passé le mardi vint trois jours du moys de septembre l'an
de grâce mil trois cens soixante, et seze.
(Signés :) Fourquant P. de Montigny.
Comme sa mère, mais peut-être avec moins d'autorité,
Blanche participa aux affaires du temps. Je signalerai, à ce
propos, les quelques lignes par lesquelles le religieux de
Saint-Denis signale son intervention au cours de la terrible
(1)11 ne faut pas oublier que, féodalement, la terre de Brie-Comte-Robert était vassale de
l'Evéque de Paris. 11 n'y a à ce sujet qu'à se reporter à ce qui a été dit p. 219 et suivantes.
Mais une fois entre les mains du Roi, cette obligation féodale n'existait plus. A ce propos, il
est à observer que la famille de '^ric, comme on le verra par la suite, rendait foi et honimage,
pour ses biens à Brie-Comte-Robert au seigneur de cette terre et non à l'évéque de Paris.
Cette famille avait été par conséquent investie des fiefs qu'elle occupait à Brie par le seigneur
de Brie, dans l'espèce par Robert I, de Dreux. Oette remarque détruit l'hypothèse d'une
cession ou vente faite par un seigneur autochtone de Brie à Robert I, d'une partie de ses
biens. Si cela eût été, ses descendants auraient dû rendre hommage à rdvéquc de Paris. Il
faut bien que /a seigneurie de Brie fut ou bien achetée par Louis VI au Chapitre de Paris,
ou confisquée sur un seigneur de la comté deCorbeil, vassal du Chapitre. Ceci donnerait plus
de force à ce quej'ai avancé p. 84 et 85.
(2) On verra plus tard qu'une descendante de cet Adam de Guillonnel posséda un fief de
Brie : le Colombier. Sa famille avait la seigneurie de Brunoy. M. Th. Lhuillier signale, dans sa
notice sur BUnche de France dam la Brie ( Almanach Le Blondel, (1872, p. l yg) une a suerjacqueleine
de Galloniel » (pobablement Gaillonnel) abbesse du Pont-aux-Dames. On sait tous les bienfaits
q jcjeanne d'Evreux et sa fille accordèrent à cette abbaye,
(3) Nicolas Bracque que l'on a quelquefois qualifié de « financier véreux « fut un des conseiller;
les plus influents de Jean le Bon et de Charles V.
36o HISTOIRE DE LA ViLLÈ
répression qui suivit la révolte des Parisiens (i) contre
Charles VI, (ils et successeur de Charles V (2), en i383.
« Le second samedi du mois de février, écrit le chroni-
queur (3), la duchesse d'Orléans arriva à Paris. Par ses douces
paroles et ses instantes prières, elle essaya de calmer le
courroux du roi et des princes 14), mais le temps de la misé-
ricorde n'était pas encore venu. Tout ce qu'elle put obtenir,
ce fut que l'on différât, jusqu'à la semaine suivante, l'exécu-
tion de sept malfaiteurs qu'on conduisait au supplice. »
Le même chroniqueur s'exprime ainsi au sujet de la mort
de la duchesse d'Orléans :
«Depuis le mois de janvier 1392 (1393, n. s.), madame
Blanche, d'illustre et pieuse mémoire, duchesse d'Orléans,
comtesse de Beaumont et de Brie, et fille du feu roi de
France, Charles, fils de Philippe-le-Bel et de l'auguste reine
Jeanne d'Evreux, était atteinte d'une longue et douloureuse
maladie. Quand cette princesse qui était d'un âge avancé vit
que le mal empirait et qu'on n'avait plus d'espoir de la gruérir
et que sa fin était prochaine, elle fit appeler en toute hâte des
ecclésiastiques. Elle rendit le dernier soupir en leur présence
le 7 février. »
Juvenal des Ursins (5) dit que Blanche « estoit de bonne,
honneste et saincte vie, grande aumonière en sa vie, distri-
buant tous ses biens meubles aux pauvres, tellement qu'on
y trouva comme rien. » Il ajoute qu'après sa mort «disait-on
merveille de biens d'elle, et partout prières et oraisons se
(i) On lui donna le nom de révolte des maillotins parce que les Parisiens s'étaient, en cette
circonstance, armés de maillets.
(2) Charles V était mort le 15 juillet 1380, à l'âge de 43 ans.
{}) Chroniques de Charles VI par les religieux de Saint-Denis (trad. Belluguet. I p. 239;.
(4) Charles VI et ses oncles parmi lesquels le duc de Bourgogne, Philippc-le-Hardi, si sou-
vent, nou5 l'avons vu. l'hôte du château de Brie-Comte-Robert (v. p. 342. 343, 344).
(3) J«an juvenal ou plutôt Jouvenel des Ursins, historien, était le fils du célèbre Jean Juve-
nal des Ursins né à Troyes vers 1560. On a de lui une Histo'.re de Charles VI, d'où sont extraits
les deux passages ci-dessus concernant Blanche, duchesse d'Orléans.
Cette famille possédait à Brie-Comte-Robert, des droits seigneuriaux ; nous trouvons, en
effet, dans un Inventaire des titres de l'Eglise Siint-Etienne, conservé aux Archives commu-
nales, les artick'î. suivants :
a l.ectres faictcs et passées sous le •>ccl du dit Brayc le dix huictiesme jour du moys de
décembre mil quatre cens soixante et sept, en quoy appert : Messire Jean Laumosnier.
prebtre, comme procureur de noble homme Michel Juvenal des Ursins, escuicr. seigneur de
la Chapelle messire Gauthier ;la Cl apelle-Gauthier. canton de Mornant) tvoir quicté et
bE BRiE-COMTE-ROBERt
i6
faisaient pour le salut de son âme. » L'historien de Charles VI
rapporte d'elle un mot qui peint le caractère de la fille de
Jeanne d'Evreux : « Et disent aucuns que ce fut à cette du-
chesse d'Orléans, surnommée Blanche l'ancienne (i) (en
13921 que le roy Philippe de Valoys ou le roy Jean, son fils,
parla un jour aigrement et elle luy respondit que si elle eust
été homme, il ne luy eust osé dire ce qu'il lui disoit. >
Du long testament (2) que dicta la duchesse d'Orléans le
21 mai i3c)2, je n'ai à citer que deux lignes concernant Brie-
Comte-Robert. Elle donne « aus curez et à l'œuvre de Braye-
(>)mte Robert, à départir par moitié entre eulx, cinquante
sols. » C'est tout ; il est vrai que, par la cession de iSyô,
promis faire tenir quicte Pierte Delaistre. marriglier de la dicte Eglise, du relief et rachapt
de quatre arpents et demy de terre appartenans à icelle église, moavam en fief du dit escuierf
assis terrouer du dit Braye, au lieu dit de Laval en allant aux mollit s le comte (la rue
du Martinet aujourd'hi) moyennant la somme de soixante solz que pour ce il en avoit con-
fessé avoir eu et receu.
a Lectics faictes soubz le scel armoyé des armes Jean Juvénal des Ursins, escuier, en quoy
appert. Michel de Bui, comme homme vivant et mourant baille et présente par les marri-
gliers de la dicte Eglise avoir fait les foy et hommage que estoit tenu de faire pour icelle
Eglise à cause de la terre dessus déclairèe, tenue et mouvant en fief du dit escuier à quoy
avoit esté receu après le payement du proufRct de rtlief, rachapt, quindemeret indempnité
pour ce deubz en quoy aussy appert que le trentiesme jour du moys de novembre mil quatre
cens quatre vingts et huict, Michel Maillet, comme marriglier de la dicte Eglise avoir advoué
a tenir a une seulle foy et hommaige du dict des Ursins à cause de sa seigneurie de Mor-
nant, quatre arpens de terre ou environ séans près les mouUins banniers en deux pièces
applain déclairées es dictes lettres.
<« Lectres faictes sous le scel armoyé des armes du dict des Ursins et signées de son seing
le dix huictiesme Jour du moys de mars lan mil cinq cens et sept en quoy appert : Gabriel! le
.V.açon, escuier, ou ncm et comme homme vivant et mourant baillé et présenté par les mar-
rigliers de !a dicte Eglise avoir faict pour icelle les foys et hommaiges au dit des Ursins pour
les dictes terres de luy tenues en fief à cause de sa seigneurie de Mormanl, ensemble le rcpice
de l'adveu et dénombrement pour ce baillé à icel uy des Ursins escuier, par Sébastien Richard,
marreglier de la dicte Eglise, ausquelz lectres sont attachées une quictance faicte et passée par
devant Estienne Delaistre, tabellion du dict Braye, le dix huictiesme mars ou dict an en quoy
appert le dict des Ursins, escuier, avoir receu du dict Richard, es dict nom, la somme de cin»
quante six sols parisis pour le prouffict et relief qui estoit deu au dict escuier à cause de \.\
terre dessus déclairèe, ensemble huict sols parisis pour le chambellaige baillé â son homme.»
Il semble résulter des dates de ces lettres que Jean Juvénal des Ursins, dont il est parlé, se-
rait le fils lie l'historien.
(1) On la nommait ainsi pour la distinguer de Valentine de Milan qui venait, récemment
d'épouser Louis, deuxième duc d'Orléans, et frère de Charles VI. (V., à ce sujet, ce que j'ai
dit des deux duchesses d'Orléans, p. 357).
(2) Ce document a été pubMé in extenso par M. Gaston Vignat dans sa Note sur une des cha-
pelles absidales di Sainte-Croix-d'Orléans (Orléans 1865, inS"). <* Cette pièce, dit M. Vignat, est
formée de quatre feuilles de parchemins, collées autrefois à la suite les unes des autres et
p:'éscnt.int réunies une laiig;.eur de i m. 90. La signature de l'un des notaires a été apposée
sur les deux marges au point de jonction, ainsi qu'un sceau (sans doute celui de la Prévôté
de Paris), pendant sur des lacs de soie verte. Tous les sceaux ont disparu. »
302 Histoire de la vili f1
Brie-Comte-Robert ne lui appartenait plus et qu'elle ne lais-
sait pas dans cette ville les intérêts qu'y avait sa mère (i).
Charles VI donna, en apanage, à son frère Louis les
domaines que possédait le précédent duc d'Orléans, mari de
Blanche de France. Les habitants d''*Jrléans protestèrent
contre cette nouvelle séparation de la couronne de France
par l'organe de leur évèque Jean Xicot. Deux cents ans plus
tard nous retrouvons un autre Jean Xicot, curé de Brie-Comte-
Robert. Le nouveau duc d'Orléans se maria, à Melun, le 17
août rjS-) avec Valentine Visconti, de Milan. Les nouveaux
seigneurs de Brie ne prirent possession dudomainequ'après
la mort de Blanche de France (2), c'est-à-dire en iSgS. On
peut donc considérer l'action de cette nouvelle famille sei-
gneuriale à Brie comme appartenant au XV'' siècle, bien
qu'elle apparaisse dans les toutes dernières années du XIV'.
Par suite, je m'en occuperai au chapitre suivant.
(1) Cependant je relève, dans ce testament des libéralités dont mention doit être faite ici.
Un article laisse à a damoiselle Jehanne de Gaillonnel, sa damoiselle, son bréviaire qui fut
Yolente de Ptgoine, damoiselle ds sa ml*re (la reine Jehanne) » et dans un autre article elle
laissa « à chacune des damoiselles de la ditte Madame la duchesse, c'est assavoir Jehanne de
Gaillonnel, etc.. à chacune d'icelles vingt livres parisis avecques une des robes entières de ia
ditte dame, c'est assavoir à la ditte... Jehanne de Gaillonnel et..., les trois meilleurs... excepté
toutefois ses robes fourrées de pennes d'ermine. d
Jeanne de Gaillonnel. fille du baron de Gaillonnel et de Jeanne de Melun, était mariée à un
seigneur de Brie, Arthur de Brayc, seigneur de Villemain et du Colombier, dont J'ai déjà parlé
(v. p. 75, note) et dont il sera parlé plus loin.
Blanche laissait également à a messire Martin Cordier, son secrétaire, quarante livres parisis,
avecques son cotidian de drap d'or sur soie azurée, fourni des choses qui en déppendent, avec
une touaille brodée de lis et à rosettes, un corporailler, l'aumusse, rochet et surpliz où le
prélat a accoustumé de chanter par devers elle. » Ce Cordier peut fort bien avoir appartenu
a cette famille briarde dont nous avons vu plusieurs membres, Adam, |ehan» Robert, etc.,
occuper des fonctions de confiance auprès de la reine Jeanne d'Evreux.
(2) Blanche, duchesse d'Orléans, fut, suivant ses dernières volontés, inhumée dans l'abbaye
de Saint-Denis, mais son cœur fut transporté à Sainte-Croix-d'Orléans et ses entrailles à
l'abbaye du Pont-aux-Dames. a Dans l'église abbatiale du Pont-aux-Dames, dit M. Lhuillier
(Almanach Le Blondel. 1872, p. i6l), la tombe qu'on lui avait consacrée se trouvait au milieu
de la nef, près de la sépulture de trois autres enfants du roi Charles-le-Bel et de Jeanne (d'E-
vreux). Sur un marbre noir, la figure de Blanche ressortait en marbre blanc ; cette sculpture a
disparu comme le couvent et l'église en 1793 ; elle fut recueillie pourtant, avec plusieurs autres
tombes gravées, par un ancien notaire de Quincy, nommé Picard, qui les possédait encore à
Lagny en 1819 et qui offrit alors de les céder, à vil prix, à l'administration. L'offre ne fut pas
accueillie. Nous ignorons ce que sont dev mus, aujourd'hui, ces intéressants monuments
funéraires. De la sépulture de Blanche dans la Brie, il ne reste plus qu'une trace ; c'est le
dessin conserve dans la collection Gaignières (t. XV, f'"''j2, 73). &
hE lîlUli-COMTE- ROBERT
PIERRE TOMBALE
Conservée dans l'Eglise Sainl-Elienne (1}
CHAPITRE V
Les comptes de [11 reine Jeanne, en dehors des renseigne-
ments intéressants que nous en avons tiré sur le domaine
seigneurial et son administration, nous fournissent égale-
ment des indications sur les fiefs briards mouvants du
domaine. Nous nous y reporterons dans les pages qui vont
suivre. Alais à côté des tîefs mouvant directement du château
de Brie-Comte Robert, d'autres existaient sur le terroir de
Brie, dans les faubourgs mêmes de la ville, qui relevaient de
seigneuries avoisinantes.
Il a été plus haut, à deux reprises, question de la famille de
Pommeuse qui tenait Pun de ces fiefs (2). j'ai dit, à cet
égard. le rôle joué par Perceval de Pommeuse pendant la
S'jvjrren'e, .sa condamnation et la confiscation de ses biens.
Dans les comptes de i333, on voit Arthur de Pommeuse
entrer en la possession de la terre de Nandy qu'il ajoutait ri
son lief de Belle-Assise, situé à Villemeneux.
(I) V. p. 138 (not«) «t 176.
%4 HISTOIRE bË LA ViLLË
Ce fief de Belle-Assise était certainement important- Le
manoir seigneurial était qualifié de forteresse (i) ; le mande-
ment du roi Jean, relatif à la saisie des biens de Pommeuse.
s'exprime, en elTet, ainsi :
« Mandement adressé au prévôt de Paris pour mettre les
religieux de Saint-Denis en possession de tous les biens
meubles et immeubles qui ont appartenu à Perceval de
Pommeuse confisqués au profit de sa Majesté, laquelle en a
fait donation à la dite abaye, après néanmoins avoir détruit
tous les Jorts et forteresses provenant do la dite confiscation,
sans endommager les bâtiments propres et utiles pour y faire
demeure. Item fera rendre par les vassaux les mêmes hom-
mages foy et devoirs tels qu'ils les ont rendu au dit Perceval
de Pommeuse (2).
La position de Belle-Assise, d'ailleurs, laisse entendre à la
fois son ancienneté et sa force. Placé à mi côte sur le versant
nord de la vallée de TYerres, le fief de Belle-Assise comman-
dait la route de Brie à Corbeil au débouché du gué (3) à côté
duquel on a construit le Pont-au-Diable. Le nom de Belle-
Assise donné à ce lieu semble symptomatique. Il est
possible que cette forteresse ait été élevée par un de ces
seigneurs du X" ou du XI* siècle qui se taillaient un domaine
et s'y rendaient indépendants, rançonnant les voyageurs
obligés de passer sur leurs terres, ou pillant les environs à
leur convenance. Cela, seul, suffit à expliquer la recomman-
dation faite par le roi Jean à son prévôt de démolir « tous les
forts et forteresses » du lieu.
Il faut, néanmoins, ne pas s'exagérer la valeur du mot
forteresse employé ici. A une époque où Ton n'avait guère
pour attaquer ou se défendre que des armes de main ou des
armes de jet imparfaites, la moindre construction aux murs
sufiisamment épais, aux portes solides, pouvait arrêter long-
temps un assaillant mal outillé surtout si l'assiégé avait de
l'eau à discrétion et des approvisionnementssuffisants. Mais,
la valeur militaire de cette construction était surtout dans sa
(I) V. p. 278.
,2; A. N. — LL. 1191, f 725, II' 4349,
(3; Dans ces dernières années, alors que le Pont-au-Diable était en reconstruction, ce gué
servait de moyen de communication entre les deux rives de l'Yerres.
DE BRIE-COMTE-ROBERT 365
situation topographique. C'est ce qui devait rendre Belle-
Assise redoutable, non que la maison fût inabordable, mais
parce qu'il pouvait, à la fantaisie de son propriétaire, inter-
cepter une voie de communication fréquentée.
Comme nous l'avons vu, il est parlé pour la première fois
d'un Pommeuse en i333, dans un des comptes que j'ai ana-
lysés au chapitre précédent ; encore n'est-il pas spécifié que
ce Pommeuse fût à l'époque seigneur de Belle-Assise. Il est
représenté comme rachetant pour son neveu, Perrot de
Poincy, dont « il a le bail et la garde », la terre de Nandy.
Perrot de Poincy était le tîls de Guillaume de Poincy (i) et
d'une sœur du Pommeuse qui nous occupe. Ces noms de
Pommeuse et de Poincy, étrangers au sol de la ville de Brie,
évoquent cette remarque, faite déjà à plusieurs reprises, de
l'apparition dans le pays de seigneurs venus des environs,
fort probablement à la suite d'achats elïectués sur le Chapitre
de Paris de qui dépendait presque tout le pays.
Il se pourraitquecedernier,ArtusouArthurde Pommeuse,
ait acquis à Villemeneux le lief de Belle-Assise vers cette
époque. Dans le cartulaire de l'abbaye Saint-Denis (2) on
trouve un contrat de vente faite par Etienne Chapuis, au
prolit de messire Arthur de Pommeuse, de vingt arpents de
bois, sis à Forest, tenant d'une part aux usances, d'autre
part à Jean de Nanteuil ; item un demi arpent de pré, un demi
arpent de terre au même terroir de Forest ; item une maison
et jardin appelée la maison de la Borde tenant au dit de Pom-
meuse, avec environ dix-sept arpents de terre ou plusieurs
pièces au terroir dit de F'orest ; item quinze sols parisis de
menu cens portant lods et ventes, le tout mouvant en fief de
Jean de Melun, sieur de la Borde ; sous le scel de la prévosté
de Brave le 2 septembre i355 (3).
(I j Poincy, commune du canton de Meaux à 5 kii. de cette dernière ville.
(2 A. N. — LL. 1 ic)i , f- 584. n" 4205.
(?) Il ne faut pas confondre ce fief de I.a Borde, avec celui dont il va être parlé ci-après sous
le nom de la Borde-Fournier. Le fief dont il est question ici me paraît devoir plutôt s'iden-
tifier avec la Borde, de rhàtillon-la-Borde, commune du canton du Chàtelct. Je ne propose,
d'ailleurs, cette identification qu'à cause de la présence de Jean de Melun dans le contrat.
Le nom de la Borde est tellement c Jmmun que celui-ci peut s'appliquer à un tout autre lieu dit.
Il existe dans tous les cas, tout à côté, dans la commune de Bombon, une ferme, appelée
Forêt, tenue actuellement par M. Collcau ; disons par parenthèse que ce dernier est le des-
cendant d'une vieille famille briarde qui a donné Bric un notaire réputé.
366 HISTOIRE DE LA VILLE
Je considère cette vente comme l'indice de rétablissement
des Pommeuse dans le pays. Pareillement, je citerai cette
autre charte et portant fondation par un Arthus de Pommeuse
« de deux chapellenies à l'autel de la chapelle Notre-Dame,
sise en sa maison de Belle-Assise, en la paroisse de Braye-
Comte-Robert, diocèse de Paris ». Arthus de Pommeuse
exig'eait que les deux chapelains tissent « résidence person-
nelle aux dits lieux ». Ceux-ci devaient chanter et célébrer au
dit autel chacun trois messes par semaine « et l'un d'iceux
chanter alternativement vêpres en notes chacun jour de
samedi et messe en nr)tes chacun jour de dimanche, ce outre
le service solennellement à toutes les grandes fêtes annuelles
et de Notre-Dame ». P(.)ur cette fondation, Arthus de Pom-
meuse assignait aux deux chapelains quarante livres parisis
de rente-^ sur les terres de Nandy et de Belle-Assise « jusqu'à
ce que la dite rente soit, par lui, plus à plain assise ; et, à cet
elïet, promet envoyer en c< »ur de Rome, pour obtenir du pape
la confirmation de cette fondation et le droit de présentation
aux dites chapellenies pour lui et ses successeurs, seig-neurs
de Belle-Assise, et. à faute par lui ou ses successeurs d'obte-
nir du pape le drnit de préscntati<jn, la collation entière en
appartiendra à réveque de Paris, après le décès des deux
premiers chapelains que mcssire Arlhus a pourvu des deux
chapellenies et les en a mis en possession et des revenus
d'icelle par la tradition de deux fétus (de paille) qu'il tenait
en sa main. Sous le scel de la prévosté de Brayc-Comte-
Robert le 17 décembre i.S.^y. »
Ne semble-t-il pas qu'il y ait dans Tacte qui précède comme
une sorte de prise de possession, comme un cachet pers<»nnel
que le nouveau propriétaire veut imprimer au ticf dont il
vient de faii^e l'acquisition, acte qui est bien, du reste, dans
l'esprit religieux du temps > n'est-ce pas la même pensée
qui apparaît dans la charte suivante empruntée au même
cartulaire r
1' Lettres de (jile, abbesse de Jarcy (i), et des religieuses
du couvent, par lesquelles, elles accordent à messire Arthus
(l) Jarcv dépend de la commune de Varennes (Seine-et-Oise). l/abbayc n'existe plus. Ses
ruines sont biluées à y kiloniétre.s de Brie-Onite-Kobei t, sur les bords de la rivière d' Verres,
DE BRIE-COMTE-ROBERT Sby
de Pommeusc, chevalier, la sépulture dans leur église devant
le grand autel entre les deux derniers piliers, à main gauche,
en allant au grand autel, laquelle sera élevée de trois pieds
de haut... et, en outre, s'obligent de faire le service de son
enterrement auquel service son corps sera couvert d'un drap
d'or et autour d'icelui, une chapelle pour mettre deux cents
livres de cire en luminaire tant en cierges qu'en torches et y
aura deux chevaux et deux hommes montés dessus, couverts
des armes du dit seigneur et deux autres chevaux sur les-
quels on tiendra deux bannières de ses armes, l'une d'icelle
pour la guerre et l'autre pour le tournoi, et aura chaque
homme armé un heaume et un escu tout pour offrir comme
il appartient, et demeurera tout le luminaire à la dite abbaye
et les bannières, escus et heaumes seront attachez à l'in-
térieur de la sépulture du dit chevalier et le drap d'or,
chevaux, harnais et armures demeureront à ses héritiers et
s'obligent les dites abbesses et religieuses de faire célébrer
perpétuellement par chascun jour une messe haute au dict
grand autel pour le repos de l'âme du dit seigneur et chascun
an un service solennel. Pour toutes lesquelles fondations le
dit seigneur de Pommeuse a donné aux dites religieuses une
maison assise aux Bordes-les-Braye (i), terres, prés, cens et
rentes et autres revenus en dépendant prisés et estimés
24 livres parisis de rente et leur a délivré cent florins d'or
estimés six livres parisis de rente. Sous les sceaux de la dite
abbesse et couvent le 11 juin iSSy. »
11 esta croire, cependant, que les deux chartes ci-dessus
ne Concernent pas le même seigneur que celui mentionné
dans les comptes de la reine Jeanne en i333. 11 y aurait eu,
dans ce cas, deux seigneurs du nom d'Artus de Pommeuse.
L'un deux, signataires des deux chartesprécitées, devait être
le frère de Perceval, condamné à mort sous Charles V; c'est
lui dont l'épilaphe est rapportée par l'abbé Lebœuf d'après la
GaUij christLina (col. (rjS).
Perceval et Artus auraient été, dans ce cas, les lils de
(I., 11 >"agit ici des Bordes que nous allons voir, par la .«uite, porter le nom de Borde-Morin
et Borde-Fournier. Labbaye de Jarcy possédait, en effet, et a possédé jusqu'à la Révolution,
des prés et terres, tenant à la Borde-Fournier {Xa borde Morin avait disparu depuis longtemps).
Quant à la maison, dont il est ici parlé, il est impossible d'en fixer la place, nulle trace n'étant
estée de cette construction.
368 HI;>TOIRE DE LA VILLE
l'Artus de Pommeuse mentionné dans les comptes de la reine
Jeanne.
L*ainé, probablement, Perceval de Pommeuse, marié à
Marguerite de Blainville, eut la triste lin que nous connais-
sons. Il périt, décapité, et ses biens furent confisqués. J'ai
déjà donné copie de documents à cet égard (i). Ils se complè-
tent par ceux qui vont suivre. Ils ont leur intérêt puisqu'ils
vont nous prouver Textinction complète de la famille de
Pommeuse qui, en quelques années, jeta sur ce coin du sol
briard un si brillant, mais si fugitif éclat. Gomme cela a été
déjà dit, les biens de Perceval de Pommeuse furent donnés,
par le roi Jean, à l'abbaye de Saint-Denis ; j'ai eu Toccasion
de parler, à ce propos, d'un arrangement « passé en parle-
ment » entre les religieux de Saint-Denis et la veuve de
Pommeuse. Les premiers laissaient à celle-ci la jouissance
viagère, de Belle-Assise, de Toussas, de l'hùtel de Villeme-
neux, de l'hôtel des Bicnfaites, etc., etc. Ils la traitaient, en
somme, assez humainement (-2). Un acte postérieur vient
aj()Utcr à ces dispositions bienveillantes. Le précédent était
daté du 2b février i365 ; celui-ci est du 2? novembre iSjS. En
voici le libellé :
« Appointcment passé en Parlement entre dame Margue-
rite de Blainville tant en son nom que comme ayant la garde
de Perceval de Pommeuse, son fils, et lils de feu Perceval de
Pommeuse, d'une part, et les religieux de Saint-Denis, d'autre
part, portant que les maisons de Belle-x\ssise, Toussas,
Villemeneux et Bienfaites et leurs dépendances, Boucy,
Trembleceaux et Sougnolles, cens, rentes, fiefs et arrière-
liefs dépendants et ce que tient en douaire la dame de Ver
à \'illemencux, baillés en douaire à la dite de Blainville.
demeureroientau dit Perceval et au cas qu'il vienne à décéder,
sans enfants légitimes, les dites terres et héritages revien-
droient de plein droit aux religieux. »
D'où il résulte que Perceval I de Pommeuse laissa un
(I V. p. 278 note 7 et p. 279.
2) Arrêt du Parlement entre les abbes et religieux de Saint-Denis et Marguerite de Hlain-
ville, veuve de Perceval de Ponmieuse. par lequel il est ordonné que la dite veuve prendra son
douaire sur les biens du dit de Pommeuse, son détunt mari, pour en jouir par elle sa vie durant
(30 mai 1375).
1
HISTOIRE DE LA |
CUi , JanUn, ,t dcUuTunà
Jri. l u^P^^e^ CA^je, '
/-«^.Ta
« Jêiit Louvre,.
ferme. d^
Oaint~ CnrùL
I.E CI.OS DE U
Copip d'UD plaD du 17" aiëcli', ooaae
RI E-COMTE- ROBERT
rU^cU tau
Tceuh do
E LYS (anciens fiefs}
lives D(*parteaieii taies de Seinf-et-Oise
DE BRIE-COMTE-ROBERT 869
unique héritier, Perceval 11, et que celui-ci. à coup sur,
mourut sans laisser d'enfants légitimes, puisque les biens
précités restèrent la propriété de Tabbayc. Celle-ci liquidait,
du reste, sa situation avec la famille de Pommeuse.
Artus de Pommeuse avait laissé un fils, PercevaL et une
fille, Marguerite, mariée avec Jean de Moiron, ditdeLyons,
fruitier du roi. Le 16 décembre 1872, survint entre les parties
un accord dont voici la teneur :
« Appointement passé en parlement entre les religieux de
Saint-Denis, donataires de la confiscation des biens de Per-
ceval de Pommeuse, d'une part, et Jean de Moiron, dit de
Lvons, fruitier du roy et Marguerite de Pommeuse. sa femme,
lille de messire Artus de Pommeuse, d'autre part, portant
que la terre de Pommeuse demeurera toujours au dit Mi^iron
et a sa femme... »
Marguerite de HIainvilleet snn fils, Perceval de Pommeuse,
avaient fort probablement disparu avant le 18 mars loy^i : il
est même présumable que Perceval mourut avant sa mère.
Nous savons, en eflet, par un vidimus du garde de la prévôté
de Brie, en date du T' juin i3(p. que Marguerite de Blain-
ville « donna à bail à (luillaume Le (lois, escuier, et demoi-
selle Agnes de Milefray. sa fennme, les héritages ci-après,
nnjuvans et appartenans à la terre de Belle- Assise, c'est
assavoir une maison et jardin qui furent à Denis Fouchier.
puis à Perceval de P< ^mmeuse, sis à Villemeneux et plusieurs
pièces de terre dont quelques-unes sont proches de celles du
chapelain de la chapelle de Villemeneux (i i. » Cet acte porte
la date du 14 janvier loyq. Le 18 mars suivant, les religieux,
probablemunt mis en possession absolue du liet par la dis-
parition des Pommeuse, passaient avec le dit Guillaume Le
(iois, un bail à vie pour les mêmes biens (2).
Le fief de Belle-Assise, et avec lui, ceux de Toussats, de
(!) Comme nous le verron*» par la suite, cette chapelle était dédiée à Saint'Martin. 11 faut
la distinguer de celle di nt il est question plus haut, dédiée à Notre-Dame, et dans laquelle
Artus de Pommeuse fonde deux chapellenies. Cette chapellenie était située dans l'enceinte du
fort de Belle-Assise.
(2) Bail à vie fait par Jes religieux à Guillaume Le Gois et sa femmed'une maison et jardin,
sis à Villem Aeux avec quatre arpents de terre en plusieurs pièces, le tout dépendant de Belle-
Assise, provenant de Perceval de Pommeuse, sous le sçel <le la prévôté de Brie le i8 mars i ^79.
24
370 USTOIRE DE LA VILLE
Volangis, était mouvants du seigneur de La Grang-e-Nive-
lon (' I ). Si on se rapporte à un passage du chapitre II de cette
histoire ('2), on remarquera qu'un clerc, Jean de Villemeneux,
chantre de l'église de Melun et so;i neveu Simon, se placent,
dans un acte de vente ou de cession, sous la protection d'un
certain Guillaume de la Grange, homme d'armes. II y a lieu
de croire, par conséquent, que les fiefs, dont il est question
ici, appartinrent à Jean et à Simon de Villemeneux ou au
neveu du premier, Pierre de Villemeneux (3).
Dans un aveu reçu, en 1344, par « Guillaume de Coully 14.'
prévost de Brye et Jehan deBeaurouvre (5), garde du scel de
la prévoté, Jehan de (^hastel (6) dit tenir de Jehan ne, royne,
a une seule tby et hommage plusieurs tiefs et arrière-fiefs. »
Kt il donne la liste de ceux-ci :
<i Alons Jehan de Melien (7), chevalier, en tient sa maison
avec le pourpris, prés, terres et les autres choses apparte-
nans à la dite maison, tout situé à Villemeneur.
« Mons-Guillaume de Volcngi (Voulangisi, chevalier, en
tient, prés, terres et cens, séans à Villemeneur avecques la
maison du dit lieu.
" Mons-Artus de Pommeuse, chevalier, en tient environ
XV livres de cens avecques les émolumens séans à Belle-
Assise (8).
1 La (jran^c-Nivflon, appt'lcc dans la suite. La Grangc-le-Roi. est un château avec ferme
>itués sur la ooiiinninc di* Grisv-Suisnes.
(2) Pa-c I7Î.
I 1; V, cgak'Mirnt p. 194.
(4) ('ouilly. commune du canton deCrécy.
(.î; Beaurose. ferme sur la comnmne de Ferrolles-Attilly.
(()) Il >era question de cette famille à propos du fief de Vaudoy.
7) M<'lien. orthoj^raphié au ly siocle Mclian. au Ur Meslian et au 17- Mesliand, était un
tietcon^istaiit en « un manoir, maison manaMe, estables. s^ranges. cour, clos de fossés, jardin
assis a V illenu-neux. parois>e de Brie-Comte-Robert, aboutissant d'un bout sur le cliemin des
pàtis. et dautre Nur la i;r;mde rue. plus les terres, rentes et cens, un droit de rouage de
20 s. t. de cens (Aveu du 28 janvier 15801.
{S) Je mentionne, en passant, que v* le lundi après la Saint-Martin 1357, Marguerite de
Blainville. dame de Belle-Assise, rend foi et hommage à la reine Jeanne, de la terre qu'elle a
achetcL" à Jehan de Vignencou't, écuyer, et demoiselle Eléonore, sa famé, pour le prix de
cij francs d'or, v* (Compta d: la reine Jeanne d'Evreux).
DE BRIE-COMTE-ROBERT 3j I
« Adam de Villiers ( i ), escuier, en tient sa maison avecques
tout le poarpris cens et rente appartenans à la dite maison,
séans à Braye (2).
(f Jehan de Parreigny (Périgny), escuier, en tient une
maison que len dit la pinelle (3), avecques le pourprins,
prés, terres et cens appartenans à la dite maison, séans à
Braye ».
On s'étonnera peu de cet aveu rendu à Jeanne d'Evreux si
on veut bien se reporter à ce qui a été dit plus haut (p. 3391
au sujet de la fondation de la chapelle Saint-Denis, dans la
tour Saint-Jean du château. Jeanne d'Evreux possédait, en
elïet, la seigneurie de la Grange.
Il n'en est pas moins curieux de constater ici la bizarre
distribution des divisions féodales, qui faisait dépendre une
partie du sol de Brie de seigneuries voisines. On voit, en
elïet, d'après l'aveu qui précède, que les mouvances de La
(jrange ne comprenaient pas seulement Villemeneux, mais
aussi des fiefs importants tels que la Fleur de Lys, TEpinelle,
dont les dépendances touchaient presque aux fossés du châ-
teau de Brie-Comte-Robert (4). Par un retour singulier et
qui montre l'inextricable enchevêtrement de tout cet orga-
nisme, resté cependant debout pendant des siècles, les fiefs
mouvants de Belle-Assise étaient situés hors du territoire de
Brie. Deux étaient sur le terroir de Servon : un fief consistant
en neuf arpents de terres, à la Haie du guerrier, un autre de
(i; A la page 189, il est question d'un lieu dit Villers ou Villiers situe aux alentours de Saint-
Lazare, un bailli de Brie au ly siècle porte le nom de Baudoin de Villiers (p. 190). — II est
question d'une Edouarde de Villiers dans une donation que je rapporte à la page 191. 11 est
utile de mentionner que le 15 novembre 1364, Adam de Vi liers acquiert de Jean de Genouilly
plusieurs immeubles situés en la ville de Crisenoy (cant. de Mormant). Un acte du 20 sep-
tembre 1381 donne comme possesseur de fîcfà Crisenoy Hérart de Villiers, seigneur de Boron.
(Alm. Le Blondel, 1890, p. :o6.)
(2) Nous reviendrons sur cette partie de la déclaration en parlant du (icf de la Fleur de Lys.
(5) Le fief de l'Epinelle était voisin de celui de la Fleur de Lys. Nous aurons à nous occuper
ultérieurement d'une recherche assez curieuse touchant deux fiefs portant chacun le nom de
l'Epine et mouvans l'un directement de La Grange le Roy, l'autre de l'Epinelle en arrière-fief
de La Grange le Roy et situés à côté de la Fleur de Lys et de l'Epinelle. A remarquer la
forme orthographique donnée au nom l'Epinelle. Elle fixe l'étymologie du mot et prouve que
c'est à tort qu'on l'a écrit quelquefois VEpinette, ce qui laissait entendre qu'il y avait la des
buissons épineux ; il s'agit, plus vraisemblablement, d'un lieu planté de pins. La pinelle rappelle
le mot provençal la pinède.
(4) Le fief de la Grange, lui-même, relevait, à cette époque, par moitié, du fief de Tamar-
vllle, assis à Grisy et du fief de la Feuillarde, pour l'autre moitié»
372 HISTOIRE DE La VILLE
quarante arpents de bois et quarante arpents de terres et
prés. Le troisième était à Villepatour (i) ; un aveu de i58o
dit qu'il était tenu, alors, par Simon de Villepinte.
Du tief de Meslian, dont il est parlé ci-dessus, situé à
MUemeneux, mouvaient deux autres liels : La Folie et Fan-
chon, sis à Villemeneux. (Aveu de i58o).
Du tief de Voulangis ou Volangis relevaient « quelques
petits fiefs insignifiants consistant en quelques arpents de
terre sis à Villemeneux » (aveu de 1S80).
Les autres fiefs relevant de la Grange-le-Roi étaient, d'après
l'aveu précédent :
La Fleur de Lys (2) que tenait Adam de Villiers dont la
consistance se trouve dans un aveu du 10 avril 1476, ainsi
qu'il suit : « i" Une maison appelée la Fleur de Eys, cour et
jardin assis au faubourg de Brie, en la rue de Paris, tenant
d'une part à la rue de Paris, d'autre part au chemin de
Paris (3i ; 2° une pièce de terre assise derrière la dite maison
comprenant cinq quartiers environ ; lesquels héritages
furent jadis à Simon Morin et avant à Adam de Villiers... »
L'aveu de 1344, rapporté ci-dessus, dit à cet égard: «Adam
de Villiers tient sa maison avec tout le poupris, cens et rentes
appartenans à la dite maison. »
On sait ce qu'il faut entendre par ce mot « pourpris».
C'est une enceinte, un enclos. Il semble bien néanmoins,
qu'il se créa un autre lief dans le pourpris tenu par Adam de
Villiers, soit du vivant de celui-ci, soit après sa mort. Dans
i) Hameau et château de la commune de Presles. canton de Tournan.
(2) Aujourd'hui propriété de M''"^ Vve Eissen.
(3) Il faut expliquer la topographie des lieux pour comprendre les tenants ainsi indiques.
Je rappelle tout d'abord i)ue la route « le chemin o de Paris passait au nord de Brie à quel-
i]ue> cents mctres du château. O chemin je retrouve exactement dans la rue appelée aujour-
d'hui iiii Coq Gaulois (V. carte p. 28f)J. Au milieu du 17 siècle, le a chemin » de Paris tut
reporté plus près de la ville ; mais il ne fut dcdnitivemcnt fixé là où est aujourd'hui la roule
nationale qu'après une seconde rectification exécutée vers la mo tié du 18" siècle.
Au moment ou on réalisa le <* déplacement du chemin », il existait une rue allant de la
(.haussée, c'est-a-dire du Tubeuf. alors découvert, jusqu'à l'hôtellerie de l'Ecu de France, ou
elle rejoignait le « chemin de Paris ». pour se continuer parle chemin qui va à Servon et qui
portait le nom de Pierre Marchande ou de Mare aux prêtres, ('ette rue s'appelait rue de Pari's
Hlle détermina à peu près le tracé de la nouvelle route, au l8' siècle, en l'élargissant unique-
ment aux dépens des riverains du eôté sud. Cette rue ainsi agrandie est devenue la route de
Paris actuelle. Après ces explications la situation de la Fleur de Lys entre le chemin de Paris
trt la rue de l'arïs. se comprend fort bien ; elle n'a pas varié.
DK BRIE-COMTE-ROBERT SyS
Taveu de Jean de Chastel, il n'est question que de deux fiefs,
la Fleur de Lys et 1'* pinelle. Or, de la Grange-Nivelon rele-
vaient, au moins aux siècles suivants, trois liefs, I.J Fleur de
Lys, r Epinelle Qi V Epine . Si ce dernier fief existait en 1344, date
de l'aveu que j'examine, il devraitétre compris dans le pour-
pris, occupe par Adam de Villiers. S'il fut créé par la suite,
ce fut peu après la date précitée.
Il existe à cet égard un mémoire Ci) datant du 18" siècle,
dressé pour Valladon, alors seigneur de la Grivelle, etc. En
voici des extraits : « De la seigneurie de la Grange-le-Roi
— ci-devant appelée La Grange-Nivelon — relèvent trois
fiefs, le fief de la Fleur de Lys, le fief de TEpine, et le fief de
l'Epinelle. Du fief de l'Epinelle relève un petit fief appelé le
fief de FEpine. Cette conformité de nom, entre le fief de
TEpine mouvant de TEpinelle et le fief de TEpine mouvant
directement de la Grange, font une confusion qu'il est néces-
saire de faire cesser, sans quoi on ne pourrait jamais s'en-
tendre. Les actes dont on parlera dans la suite, prouvent que
le fief de la Fleur de Lys a appartenu anciennement à Adam
de Villiers.... Les anciens titres prouvent également que le
fief de l'Epine mouvant directement de la Grange avait an-
ciennement appartenu à Jean de l'Epine lequel l'avait vendu
le 10 novembre 1869 à Simon Morin (2). On ne voit pas aussi
clairement quels ont été les anciens propriétaires du fief de
l'Epine relevant de l'Epinelle, mais il y a des titres qui énon-
cent que ce fief avait aussi appartenu à Simon Morin...
« Ainsi il paraît assez certain que Simon Morin avait pos-
sédé les deux fiefs de l'Epine qui, vraisemblablement, avaient
pris le 7îom de l'Epine de Jean de VEpine, leurs anciens pro-
priétaires...
« On croit devoir faire observer que les fiefs de la Fleur de
Lys et de l'Epine, mouvant directement de La Grange,
(i) Ce mémoire recueilli par M. Deloison, notaire de Brie-Comte-Robert, fut communiqué
par lui à M. Camille Bernardin qui en prit copie. Cette copie figure dans les documents et
pièces que M. Camille Bernardin avait réunis et qui sont conservés aux Archives départe-
mentales de Seine-et-Marne.
(2) Cela résulte d'un aveu rendu le !•' octobre 1479. La vente fut passée devant Lantenet
et Le Questois, notaires à Paris.
376
HISTOIRE DE LA VîLLÉ
bourg de Brie en la rue de Pai is (i ). La seigfneurie compoit«lr|
en outre, !^) arpents de terre ou environ.
Du fief de la Pinelle, relevant directement de LaGrangci
mouvaient plusieurs autres liefs. D'abord, celui de PEpiv'
qui motiva par son homonymie avec un tîef voisin une
confusion éclairée par le ^Mémoire à Valladon, rapports
ci-dessus en partie. Quoique les divers aveux qui nous restent
de ce lief ne S(aent pas tous absolument d'accord, il semble
résulter que ce lief de l'Epine, arrière-fief de La Grange,
consistait tv7 la moitié à\\n manoir, étables, berg-eries, cour,
jardin et autres édifices. Le jardin touchait, disent certains
documents, à l'hôtel de la Neuville, c'est-â dire au manoirde
l'Kpinellc, puisque de la Neuville est qualilîé à la même
ép<)que de seiprneurde l'Epinelle (2.i. Le lief de l'Epine devait
être situé à l'anp^le très obtus que faisaient alors la rue de
Paris, dont j'ai parlé plus haut, et le chemin de Paris à Pro-
vins (3), en face la Fleur de Lys, à très peu près vers rem-
placement occupé aujourd'hui par le bâtiment dit « Le Petit-
Louvre ».
Kn deh()rs de l'Epine, mouvait de l'Epinelle, le fief de la
("hevric ou (^heuvry « tenant d'une part à la rue de Paris.
d'autre au clos de Chantepie (41 ». Ce lief comprenait un
h(')tel seigneurial, des étables, un colombier, cour, jardin, le
tout contenant deux arpents. Tout cela, d'ailleurs, était en
I) O fief, dans un aveu du iQJanvier 1444. rendu par Pierre de Saulx, ccuyer, est dit « n'être
plus de présent que des masures ». 11 avait eu cependant une certaine importance puisque
autour de lui étaient groupées des mai>ons, occupées par des « hôtes ou hôtesses a sur lesquels
le seigneur avait droit de justice jusqu'à 60 sols parisis. droit de censive portant lods et ventes.
saisines, amendes et autres droits seigneuriaux selon la coutume des lieux. Les cens et rentes
étaient dûs à la seigneurie, a la Saint-Jean-Baptistc et à la Saint-Martin d'hiver. La Pinelle, ou
rHpinelle. aujourd'hui ferme, appartient à .M. Viet. A la fin du 15* siècle, la seigneurie était
occupée par une hôtellerie où pendait pour enseigne U Croisant. Voir plus loin, à propos de
cette enseigne, ce qui est dit de la léproserie de Saint-Lazare.
(2; ("est vraisemblab'ement de ce fief dont il est question dans cette note que je retrouve
aux comptes de la reine Jeanne. <* Le lundi, après la Saint-Martin 1357, Pierre de Neuville
escuyer rend hommage pour certaines terres séant à Braye pour ses enfants qui tiennent le
fief par la mort de Jehanne famé du dit Pierre. »
(3; Cette partie de l'ancien chemin royal n'existe plus aujourd'hui. On peut cependant en
suivre la direction vers Saint-Lazare, devant laquelle passait alors la route. Celle-ci continuait.
à très peu près, la voie que nous appelons aujourd'hui rue du Coq Gaulois. On voit l'amorce
de cette voie devant les bâtiments appartenant actuellement à M. Viet et M. Galon.
(4 1 L'emplacement de ce fief pourrait être fixé à très peu près vers les maisons appartenant a
.M. janel rt occupéî* par V. Rlondcau. architecte ou n M. Narcisse.
DE BRIE-COMTE-ROBERT 877
masure dès le ib^ siècle et en ruines au i6*. C'est ce qui résulte
d'un premier aveu du 19 janvier 1444 où Ton voit que la
Chcvrie appartenait alors ti Girard Bras-de-fer et d'un second
du 6 juillet 1608.
A côté de In Chevrie était un autre fief, disparu comme le
premier, appelé le fief de la Tour brûlée, nom suggestif s'il
en fut et qui rappelait, peut-être, quelque dramatique épisode
des guerres intestines du passé (i).
On se rend compte, par cet exposé, de ce qu'était ce coin du
sol de Brie. 11 y avait là, à n'en pas douter, une véritable
agglomération qui touchait à cette autre, dont j'ai déjà parlé
à la lin du i3^' siècle, et qui se groupait autour de Saint-
(^hristophe. Nous sommes ainsi amenés à constater au 14"
siècle, au moins, l'existence d'un véritable faubourg ayant
une réelle importan»e, dont on aurait peine, même aujour-
d'hui, à retrouver la moindre image (2).
(1 II n'est pas douteux que tousecs fiefs que je cite pour la première fois, aient existé bien
avant le 14* siècle. S'ils apparaissent seulement maintenant dans cette histoire, c'est qu'aucun
document ne les concernant ne nous est parvenu des siècles antérieurs.
(2 Je m'en voudrais, à ce propos, de ne pas donner, dans sa teneur, un aveu qui date il est
vrai du premier quart du i6» siècle, mais qui fournit sur la disposition, sur l'agglomération
même et sur quelques autres particularités des lieux des détails intéressants :
Devant François de Larche et Pierre Dethamenay, notaires au
Chàtelet de Paris, comparurent le trente avril mil cinq cent vingt sept,
Jehan de Troyes S' de Lonans, en partie, prés Longjumeau. et
demoiselle Clémence de Saulx, sa femme, fille de Guillaume de
Saulx et de Jeanne de Godomilliers, qui affirmèrent « par vérité a
leur appartenir du propre de la dite dame et vendre à Guillaume
Prudhomme, une maison, grange, court, estables, bergeries, jardin
et appartenances appelés le fief de l'Espinelle, assis aux fauxbourgs
de Braye en la grant rue de Paris, tenant, d*une part, aux hoirs feu
Guillot Godin et de présent â (un blanc), d'autre part, Jehan
Guesdon et de présent à Charles Guesdon, son fils, ung sentier
ENTHE DEUX, aboutissaut d'un bout à U grant Tuc. d'autre, à Guesdon,
avec une maisure et ung arpent de terre joignant la dite maisure. assis
à l'opposite (en face) de la dite maison, la grant rue entre deux, des-
quels lieux sont détenteurs, à présent, Loys Mehault, et les enfans de
Jehan Mehault, son frère.
Fiefs mouvants
Le jii'f de /.i Chevrie qui appartint à Jehan Guesdon et, à présent,
à son fils, Charles, qui consiste en un hôtel, manoir, court, colom-
380 HISTOIRE DE LA VILLE
Jeanne... i8 arpens de terres arables séans ou terroir de braye en
plusieurs pièces en divers lieux ; une maison avecques le jardin
appartenant à ycelle. si comme tout se comporte en long et en lé
avecques toutes leurs appartenances, assis en la ville de Braye. en
la rue de Chantepie Un jardin, avecques la terre derrière le jardin,
séant à Braye, en la rue de Laval tenant à la maison et au jardin
Liénart escuyer, bourgeois de Paris.
Cet aveu est du 14 juillet 1843. On en pourrait conclure
que Oudart de Cordon était marié avec la fille de Thiebaut
Gile, car il est manifeste que les deux aveux précités visent
la même terre. Or, dans un aveu, emprunté aux mêmes
comptes de la reine Jeanne, je relevé cette mention ;
Jean de Lieuvre, de Sucy, adveue tenir sept arpens de terres ara-
bles, séant au terrouer et finage de braye qui jadis furent à Guillau-
me Gile, jadis père de Jeanne sa famé, au lieu dit Chantepie. (18
décembre 1342).
Et au même moment, c'est-à-dire le lundi 12 décembre
1841, Raoul de Lieuvre, de Sucy. fait la déclaration suivante:
Devant Jeanne Cousture, tabellion juré et establi à braye vint en sa
propre personne Raoul de Lieuvre, ayant le bail ou garde de Jehan
de Lieuvre son trère, si comme il devoit, lequel ordonne et adveue
à tenir en fie à une seule foy à un seul hommaigede. . la royne Jeanne
un fie séant au dit braye. c'est assavoir : un arpent de terre séant en
la voye de Servon tenant d'une part à Liénart. escuier, d'autre à
Colin Prévost, un arpent et demi de terre devant la maladrerie de
braye tenant d'une part à la dite maladrerie d'autre au dit Liénart ;
demi arpent de terre sur les fossés de Tubuef tenant aux arpents
Simon Le Fevre ; une maison assise au dit braye au lieu que l'on
dit Chantepie. tenant à Simon de Courdon. . .
Ces documents, tout informes qu'ils soient, peuvent nous
permettre d'établir que « le lieu de Chantepie » était à tout le
moins aussi peuplé que le carrefour de l'Epinelle et de la
F'ieur de Lys. Il s'y élevait des maisons, on y voyait des jar-
dins, il y existait des granges et conséquemment les bâti-
ments agricoles correspondants, et bien que le tout semble,
dès les premières années du 14* siècle, avoir appartenu à une
seule famille ou à deux au plus, les Gile et les Courdon, pour
se diviser ensuite entre leurs enfants, l'agglomération sur ce
point semble évidente. Il faut bien, en effet, admettre que,
DE BRIE-COMTE-ROBERT 38 1
tout autour des manoirs des Gileel des Courdon, devaient se
dresser les chaumières assurément nombreuses, de leurs
serviteurs de toute nature. Il y a lieu, cependant, de consi-
dérer que le lieu, dit Chantepie, parait avoir été plutôt occupé,
à cette époque, par des installations agricoles.
Tout â côté, un autre coin du territoire briard, mouvant
encore d'un tief ex.érieur, présentait une agglomération
appréciable. 11 y avait, là, « devant le cimetière de la ville »,
TÊTE D'UNE CLE- DE VOUTE DE L'ÉGLISE DE BRIE
des maisons, masures ou jardins, dont les documents du 14'
siècle, qui nous restent informes, ne portent pas de traceS:
mais qui sont au moins signalés au siècle suivant. Ce grou-
pement portait le nom de 'Pelit-Chanlepie, reliant Chantepie
dont je parle ci-dessus à un lief alors important mais qui
disparut dès le commencement du 1 7' siècle pour faire place au
Vaudoy. Le Poncelet, tel était le nom de ce dernier lief, était
tenu à Tépoquepar la famillede Chasiel-les-Nangis(i). Nous
disscmtnt de Provini
382 HISTOIRE DE LA VILl.E
avons déjà enregistré un aveu rendu par Jean du Chastel à la
reine Jeanne pour certaines terres dont il énumère les arrière-
fiefs, comme mouvants de La Grange. D'autres aveux et
dénombrements rendus au roi, en sa chambre des comptes,
à Paris, pour son château deTournau, nous apprennent que
le tîef du Poncclet, « ayant manoir et château et 72 sols parisis
de menu cens »>, appartint successivement à Eustachie de
Trainel et d'Estenay, veuve de Henry du Chastel (juillet iSySi
et à son fils Gaulcher (février 1384).
De ce lief mouvaient et relevaient en arriôre-lîef de !*ournan,
les liefs de La Brosse, d'Ygenard, en la paroisse de Presles ;
du bois de la Mérisière, anciennement de la Sablonniêre, le
petit Limodin, tenant au chemin de Chapelle à la Houssaye ;
la tour et maison de Courthomer ; le fief Ancourt. le fief de
Pontpierre, Dammartin, de Saint-Gobert à Dammartin ; le
fief de la Borde à Presles. A Brie les mouvances étaient
Vaudoy la Haye-Dieu à cause du château d'Armainvillers, le
Four et le Grais, à cause du château de Brie-Comte-Robert.
C'est par ces deux derniers fiefs que nous rentrons sur le
territoire féodal spéc'al à Brie-Comte-Robert. Mais ici se
produit d'une façon fort curieuse un véritable enchevêtrement
féodal. Le fief du Four relevait par moitié de deux seigneu-
ries : Tancarville et Brie-Comte-Robert. J'aurai à signaler les
aveux respectivement faits dans les siècles suivants et qui
précisent cette situation singulière. Du tiefdu Four j'ai déjà
eu occasion de parler plusieurs fois et je rappelle ici qu'il
touchait à la ville même, aux environs de la porte du Mous-
tier. Cette situation lui fit même donner au i5*^ siècle le nom
de Four au-dessus des fossés.
C'est, fort probablement, de ce fief qu'il est question dans
les comptes de la reine Jeanne, sous la forme suivante :
Jehan Proche, de Saint-Germain de Lascie(i)dit etc.. en tient
plusieurs : Liénart escuier de braye. en tient terres arables et cens
séans à Villemeneur.
Item. Ta^sin de Granvilliers. escuier. lient de moi en fie plusieurs
cens et rentes que il a seur environ xviij hostes qu il a séans à brave
(1) Commune du canton de Melun (Nord).
DE BRIE-COMTE-ROBERT 383
et terres gaigaables qu'il a es appartenens daas la dite ville et ung
four duquel les dessus dicts hostes sont banniers et basse justice es
lieux susditz et peut valoir le dict fie quatorze livres de rentes ou
environ et timt len du dict Tassin deux fiez lesquelz il tient de moy
en arrière-fie. c'est assavoir : Heuner de Beaucouvre en tient ung ;
Malin de Mandres, à cause de sa famé tient l autre et sont les dicts
deux fiefs des apparienences de la ville de brave.
A rapprocher de cet aveu de Yvonne de Fleury du r6 février
i5o3 :
Yvonne de Fleury, héritière de feu Jehan Sanguin, chevalier et de
Yvonne Le Fèvre, sa femme, seigneur de Maffre et du fief du Four
assis sur les fossés de Braye, l'autre moitié appartenant à Pierre
Mérault, bourgeois de Paris (c'est pourquoi le fief du Four est sou-
vent appelé fief Mécault), La dite moitié de Yvonne de Fleury lui
appartenant comme lui venant de la succession de Jean Sanguin,
son aïeul, comprend les terres, rentes, cens... une place où jadis
pouvoit être le four bannier de ce fief, assis sur les fossés de Brie,
près la porte du Moustier, auquel four, les hostes, hosieliers et
hostesses du dit fief étaient tenus de y cuve leur pain et non ailleurs
et POUVAIT AVOIR DIX HUIT HOSTES, sujets au dit four ; et de présent,
il n'y en a que trois parce que les maisons furent abattues et bruslées
par la guerre étant qu elles étaient près de la ville.
A côté et touchant au fief du Four était le tîef des Bienfaites
qui devint beaucoup plus tard la propriété des Minimes et
sur l'emplacement duquel ils construisirent un couvent.
Le fief des Bienfaites, dont le nom s'est trMuvé parmi les
fiefs ayant appartenu à la famille de Pommeuse, relevait en
plein fief du château de Brie-Comte-Robert, sans division
d'aucune sorte. J'ai déjà signalé un Nicolas de Bienfaite (i),
sans préciser cependant qu'il appartint à la famille des Bien-
faites de Brie. Ce qui est certain, c'est qu'un seigneur de ce
nom, Etienne des Bienfaites, apparaît en i3o2. On ade lui un
échange de six vingt onze livres tournois de rente que ce
chevalier échange avec le roi Philippe-le-Bel pour quelques
droits auxquels le roi p étendait. Ce document porte même
le sceau du seigneur des Bienfaites ; malheureusement ce
sceau est incomplet. Le fragment qui reste représente un
I ) V. page 200,
384 HISTOIRE DE LA VILLE
écusson sur lequel est un oiseau aux ailes étendues (i).'
regarde généralement ce seigneur comme ayant possédil
lief qui porte son nom à Brie. Ce n'est toutefois pas
certitude car il y a, en Normandie, un Bienfaîte. Mïûsi
comptes de la reine Jeanne, le 22 septembre 1844, ^^^^
vons la déclaration suivante :
Cy après est esclarci le fie que tient de nous Symon des Bi<
escuier.
A tous ceulx qui verront ces présentes lettres, Jehan deLanqi
prévost de braye et Jehan de Beaurouvre, clerc, grande du sccl de
dite prévosté, salut. Saichent touz que par devant nous vintpova]
personnellement eslabli Symon des Bienfaites escuier, demeurant il
la Noe dp Friadel, si qomme il dit et recogneut que il tient et adicS'
tenir en fie à une seulle foy et un seul hommaige de très exceUoK
haulte, noble dame et puissante madame la royne Jehanne, rovnedt-
France et de Navarre, à cause de son chastel de braye, les héritatga
qui cy après s'ensuivent. C'est assavoir : la grant meson des
faites si qomme elle se qomporte avecques la chambre et la cuisine cl
les bergQriez couvertes de gluy qui sont par devers les jardins et îj
arpens de terre séans au bost des bergeriez par devers le chemin de
Graigy (2); item aus marchez du petit val, sept arpens de terre, etc..
etc. (3)
Le lief des Bienfaites, soit dans le courant du 14^ siècle,
soit dans le commencement du iS^ dut sini^^ulièrement péri-
cliter car un vidimus de la prévoté de Brie, en date du m
m
décembre 1481, enregistre « le bail passé par les relig-ieuxde
Saint-Denis à Jehan de Laval des masures, court et jardin
appelé r hôtel des Bienfaites. »
Tout proche du lief ci-dessus, en était un autre dont le nom
s
â
i
r
(i) C'est probablement le sceau du même chevalier qui est appendu à une quittance déli-
vrée au comte de Bernay pour les « œuvres de la osannc » à Rouen, en 1^)1. Sceau rond de
23 ■/". Ecu i l'aigle dans une rose gothique.
(2) Commune du canton de Brie-Comte-Robert, à 5 kil. de cette dernière ville.
(5) D'un inventaire des chartes de l'abbaye de St-I)enis, dont je n'ai pu retrouver l'acte
probablement conservé au chartrier des dames de St-(!yr et que je soupçonne être aux archives
départementales de Seine-et-Oise, il semblerait résulter que la famille des Bienfaites s'allia aux
Pommeuse, ce qui expliquerait comment les Pommeuse entrèrent en possession du fief On v
lit. en effet : u Acte de présentation par les religieux a la duchesse d'Orléans (alors dame de
Brie-Comte-Robert) d'un homme vivant et mourant et offre de foy et hommage des terres
qui furent à Symon des Bienfaites et à Marguerite de Pommeuse (3 avril 146 î) ». Ces terres
me paraissent être celles visées dans l'aveu ci-dessus de 1344. Il faudrait alors conclure que
cette iMarg'ierite de Pommeuse se remaria avec Jean de Moirans, car ce serait celle que citç
l'acte de 1372 dont je parle à la page 369.
DE imiE-COMTE-ROHERT 385
s'est perpétué jusqu'à ce jour bien qu'il n'en reste plus
aucune trace, (rest le licf de Pamphou (i). Enre^nstrons
d'abord l'aveu suivant que je trouve dans les comptes de la
reine Jeanne a la date de i343.
Aveu par Jehanne Aaleps, dame de Mons, des possessions qu'elle
tient à la Queue en Hrie du mardi après la fête du Saint-Sacrement
I ^4 3 à la royne Jehanne royne de France et de Navarre. C'est
assavoir : trois vavasseurs dont le premier est Symon Piquart de
Ponsigny, lequel tient de moy en tie environ vj livres x solde menus
cens reçus à Brave chascunan le jour de Saint-Remy. les champarls
de cinquante rinq arpens de terre au terroir deBraye, lequel champart
vaut par an x septiers de blé et v septiers d'avoine, ces xv septiers
peuvent valoir par an de rente Ixv sols ou environ, droitures et dimes
qui peuvent valoir par an iij sols et tel droit qu'il a en un four ban-
aier assis en la ville de Brayc.
Le second savasseur est M Jehan de V^arennes, qui tient de moy
en tie un manoir et jardin qui rapporte par an xx sols parisis, tous
deux situés en la ville de Braye ; iv arpens de terre, x livres de cens
reçus à Braye à la Saint-Remy. le champart de vj arpens de terre qui
peut valoir par an une mine, moitié blé, moitié avoine, estimée à iij
sols par an et tel droit qu'il a au four de Pamphou.
Le y vavasseur est Jehanne fille de Gille de Poisel qui tient de
moy en tie iij droitures et dcmy qui peuvent valoir par an xiv livres
xvj sols dessus dites assises à Braye ou terroir d'environ.
Tout ce que dessus peut valoir ensemble Ixij livres xvij sols.
Revêtu de mon scel, daté comme ci-dessus. •
Or, déjà, à la date du 4 mars iSSy, la même dame rendait
l'aveu suivant :
Alis. dame de Mons (2). adveue tenir (de la reine Jeanne) : Un
manoir et un jardin ainsi qu'il secomportequ'on appelle Lji Mayrie (3)
(1) Ce qui reste de ce (lef, rue de Paris, est occupé aujourd'hui, en partie, par M. Sylvain
Gourdon qui a conservé une partie du parc dont s'enorgueillissait autrefois le château de
Pamphou. érigé, comme on sait, en marquisat par Louis XIV.
■2) Mons est très probablement la comm ne du même nom comprise dans le canton de
Dannemarie, arrondissement de Provins. Cette identification est d'autant plus probable que,
dans un autre aveu. Alis de Mons se qualifie de dame de Montigny dans lequel je verrai
Montigny-I.encoup du même canton ci-dessus nommé. A ce propos, j'insiste encore une fois
sur ce que l'on rencontre, pour ainsi dire à chaque pas fait sur le territoire briard, des posses-
seurs de fiet venus de dehors, des environs ds Coulommiers, et de Provins en particulier.
{y, Qnc veut dire ce mot Maine r Mairie, Mayrie, Mairrie ou Mérie est une sorte de fief
nous dit Grégoire ; et il cite un procès-verbal des Coutumes de Seulis, en 1539 : « Fiefs appe-
lés mairies, qui ne sont que scrgeantiscs qui ne se divisent point. »
C'était également au reçard de la Coutume d'btampes (1556;, une sorte de juridiction
25
386 HISTOIRE DE LA VILLE
séant à Braye; un arpent et demi deviene, situé nu puits Ju iarirc{i);
un arpent et demi de pré séant au-dessus du Mmilin le (Jomte (2).
iij arpens nu environ en une pièce vers le parc ; environ xv h'>sttses
demourans à Braye en plusieurs liceux ; le ch impart d'environ Ixvij
<* J'abbc Sa:nt-Benoit a 'uridiction sur les habi*an*s du dit PIcssis et simr»lc mayrte sur ks
habitants de Sainvil'e. a V.\\*\-\ Ma' i" était un cr qu ceux qui a* aien^ d'o t ilc p«"endre da
b is ét.iient obli..'S J ■ "ot* se lorN]u" Is nr t o .va n .>as l«* sei^en" o i son coni'nis k qa\
lU devai i.t p->y<" "' Ue. x de "- dus ,'Oiii le d'o i dissue I a Coutume de Siiull. (I961)
d t à ce su et : « L'on e.st tenu pa.ci av nt ^oit/r d- '«ois et. si le prévost ou son commis
n.' y sont pour le recevoir, le cha to est t»'nu c.er ;u dit bois, par troys foi»>, à hsulte
voix : (Mayri , et si le piévost et sou coinni'S i.e viennent rec^iwoir le dit droit, iceluy char-
ton est tenu de m-t^r»', en r.n^ e>to:q aupsvs du lieu ù il a chargé son car. les deux der.iers,
en lien patent, d. ('•tt*' u,>inion ie .ipproclic si*nsibl'-ni»*nT de la première qu- e donne, car,
le cri de m ine devait 1 aturelleni'-nt s pousser dans la di ection de la demeure du sergent
ou prévost. Ce pounait être là l'o igine du nom donné n la maison qui nous occupe. 11 ne
serait pas impossible, en efi' t, que le bois auqu 1 conduisait la rue de Biie. ap elée du
Beau-Guillaume. 6ojc< v//Woj/ descendit usqie vers ce point avant le 13' siècle. Cependant, il
est nécessaire de remarquer que La Mayrie, dont parle 1 aveu d'Alix de Mons, touchait aux
Tanneries. Or, il semble que ce fut une industrie très prospère et florissante à Brie à l'époque.
On en trouve trace dans Vyaue .ux foulons aux recettes des comptes delà reine Jeanne. 11 sem-
blerait fort possible que les tanneurs de rie, corporation nombreuse et importante, tout le
prouve, aient formé le corps des bourgrois de Brie. Nous avons, au 13» siècle, entrevu cette
bourgeoisie briarde et probablement plus industrielle qu agricole. Le quartier des Tanneries
groupait certainement les bourgeois tanneurs. Des lors, pourquoi ne pas admettre que La Mayrie^
ci-dessus dénommée, fut le lieu de reunion de la bourgeoisie briarde, quelque chose comme
le premier Hôtel-de-Ville, la première Mairie de Brie-Comte-Robert ?
(1) Il serait difficile de préciset l'emplacement de ce point si nous n'avions quelques
déclarations fort nettes à cet égard. Je les mentionne par ordre de date :
<♦ i»' décembre 1507. — Quatre sols dus par François de Vielmaizon, laboureur, sur une
travée de maison, court et jardin derrière, au lieu dit les Carrières, sur la rue des Tanneries.
<* 19 janvier 157s. — Quatre solz dus par Rochv* Pierre, vig eron. sur un« mazure, court et
jardin ou pouvoit y avoir une maison qui fut jadis François Vielmaizon, près le piuf s da tartre.
a 19 août 1579. — Quatre sols dus par Etienne Clément le jeune, vigneron, ayant cause
de Marion Vigoureulx. sa femme, veuve en premières noces de Roche Pierre sur une mazure
et lieu et où pouvoit y j«voir une maison, près du pu/fi du tartre, jadis à Jean de Vielmaizon,
tenant d'un bout sur la rue tendant de Paris à Provins.
*< 15 août 1587. —Quatre sols dus par EtienneVigoureux sur une maison, jardin, lieu dit les
Carrières, près les Tanneries.
»* 6 juillet 1614. — Quatre sols dus par Pierre Mytaine, vigneron, ayant cause de Marie
(élément, sa femme, sur un jardin clos de murs, près le puits du tartre, contenant onze à
douze perches, jadis à Roche Pierre, depuis à Etienne (élément.
C'est sur cet emplacememt que s'éleva, au Ur siècle, le bâtiment qui servit aux exercices
religieux des huguenot>, alors nombreux à Brie. Il en reste une maison que l'on appelait
au 18' siècle, la 'Prdche, indiquée avec sa cour et jardin, comme tenant au passûg^ et potager
du Pamphou et sur la rue des Tanneries. O passage de Pamphou s'ouvrait sur la rue dcî.
Tanneries et lo'geait le faux rù. Elle porte aujourd'hui dans la rue des Tanneries, toujours
existante, le numéro s t*t appartient à M. (Carillon.
(2) 11 s'agit évidemment du Grand Moulin. Oi voit qu'au 14' siècle, ce moulin portait le nom
de Moulin le Comte, Je rappellerai à cet égard ce que j'ai avancé ip. "Jty-So) au sujet de la pos-
^v.^^ion probable du moul'n par Etienne, com/^ de Biiect la donation qu'il fit de ses biens au
chapitre de l'hglise de Paris, lappelation, Moulin-le-Comte, serait un nouvel argument à ajouter
à ceux que jai déjà produits pour justifier l'identification que je propose de Odçlinii, lieu des
moulins, dont il est question dans le testament o'Etienne.
DE hRlE-COMTE-ROBERT 887
arpens entre Braye et Mignières (i). la moitié du four de Panfou,
séant à Braye qui est banoier aux hostes dessus ditz.
Jehan de Braye escuier, tient iij hostises séant à Braye.
Symun Piquart, escuier, tient la moitié du four bannier assis à
Braye.
La note ci-dessous nous fixe sur remplacement du puits du
tartre. C'était au i.f siècle une vigne auprès de laquelle était
bâtie une maison, entourée d'un jardin et d'une cour, tou-
chant, d'une part à la rue des Tanneries, de l'autre â ce qu'on
appelait alors la rue allant de Paris à Provins, puisque la
route, le pavé du roi\ passait à l'époque au Coq Gaulois (2).
Un aveu de i352 va préciser la situation de La Mayric. Le
i[^ mars i343, Alis de Mons, dame de Montigny, déclarait
tenir, pai la succession de feu Prenal, son père, « une
malvoise meson et un peu de jardin dit la maison de
LaMayrie. » Kn 1 35*2, Alis de Mons se reconnaît propriétaire :
D'une vigne séant au puits du tertre appelée la vigne du Clos.
D'un pré au-dessous du Moulin-le-Comte.
De la moitié dune place ou étoit jadis un four que l'on disait le
four de panfoul, en la ville de Braye.
D'une granche avec jardin en la rue du cul de sac.
D'une maison séant au-dessus du clos dessus dict.
De quinze hostises assises en la ville de Braye.
Cette déclaration est bien la reproduction de l'aveu de
1337, reproduit ci-dessus, mais il nous fournit une indication
qu'il importe de retenir. On ne saurait douter que la maison
avec Jardin avpelée kl Marrie, dQ i337, la malvoise maison et
un peu de jardin dit la maison de la Mayrie, de 1348, et la
irranche avec jardin en la rue du cul de sac, de i352, ne soient
la même chose Or nous savons où était située la rue du cul
de sac, car ce nom a été donné jusqu'au siècle dernier à
une voie perpendiculaireàlaroutede Paris, en facePamphou,
et descendant vers le rû du Cornillot. Il y a là encore une
'. ij Mynicros ou Meunières est une terme, aujourd'hui disparue, qui se trouvait entre le
Mesnil et Brie. Il existe encore le chemin dit de Meunières. Nous verrons plus tard cette
ferme, alors importante, aux mains de la famille Nicot. dont un membre est resté célèbre
comme importateur du tabac en France.
(2) Cette rue o tendant de Paris à Provins b fait en réalité le pendant de la « grande rue de
paris 9 dont il a été question en parlant des fiefs de l'Epinelle et de la Fleur de Lys,
388 HISTOIRE DE L\ VILLK
maison fort vieille, qui appartient à la famille Rousseau,et
dans laquelle on pourrait bien voir La Mayrie, désignée par
les aveux et dénombrements qui précèdent.
La déclaration de i332 nous tixe, en même temps surTori-
gine du mot pamphou, que Ton écrivait au 14' siècle /unjbv
et même panfoiil. Cette dernière forme apparaîtra comme
l'expression adoucie de panjour, panis jurmis, le four du pain
(i). 11 est évident que ce nom fut donné pour distinguer ce
four d'un autre, placé dans le voisinage, fort probablement
un four à chaux. Des aveux postérieurs nous font connaître
que le four de Pamphou se trouvait rue d » Martinet (2).
(.\veuxdj3i mus. avant Pasqu^s, i33), du 28 nov^embre
1640). Or, précisément, tout à côté se trouvaient (Jw*s fours à
chaux, cale i fu m i\ dont le souvenir s'est conservée dans le
nom de rue des Fours à chanx donne à la voie parallèle à la
rue du Martinet.
Nous avons ainsi l'origin.? bien nette du lief de Pamphou
qui, après .oir eu son siè^^e sur les rives des rûs du
Cornillot, s'étendit par la suite jusqu'à lancienne route de
Paris et Provins et tinit par être érigé, comm j nous le verrons
par la suite, en marquisat.
LePanfou, dont nous venons d'esquisser la première cons-
titution, ne se m<.>dilia pas seulement quant au nom, trans-
formé en Pamphou, mais son assiette subit aussi de sérieux
changements que nous verrons par la suite. Contentons-
nous de dire qu'aux terres et biens déjà entrevus, il en fût
adjoint d'autres, notamment, par exemple, le lief du Carre-
four pour lequel, le 8 décembre 1348, Denis du Carrefour, son
propriétaire, rendait foy et hommage.
Il s'est produit à l'égard de celiefd(.)nt le nom s'est conservé
I; « ht sont tenus 1»n liostc> «J ycfux fifts (grand et polit pamphou) aller cuire à mon four
b mnicr du dit panfou s'il est en estai que l'on puisse cuire. » (Aveu rendu par Guillaume
IVudhomme, notaire et secrétaire du roi. le 31 mars IS50 .
(2) Cette maison est indiquée d.»n> l'état indicatifde I75(> comme il suit : « La maison ou est
1 • Four de Pamphou et un jardm. tenant a la dite rue du Martinet. 22 perches n. Elle tenait a
1 ; maison, cour et jardin « taisant lencognure des rues du Martinet et de la Tannerie b. ("c
sont, en conséquence, celles qui portent aujourd'hui le n" i et i bis ; elles appartiennent la
première, à M. Bonnafour ; la seconde, a M. Thomas, conseiller municipal,
bE RRÎK-COMTK-ROBFRT 38()
dans les actes féodaux, jusqu'à la lin du i8'' sicclc ii) une
singulière confusion. On l'appelait indifféremment le Carre-
four ou la Fleur de Lys. Or, après ce que j'ai dit de ce dernier
lief, on pourrait croire que le fief du Carrefour fût situé a
l'endroit même où se trouve aujourd'hui la fort belle propriété
de M'"*' Kissen, entre la rue de Paris et l'ancienne route ou
rue du Coq Gaulois. 11 n'en est rien. Par suite de mutations
ou d'acquisitions dont je parlerai à leurs siècles respectifs,
tout le terrain sur lequel s'élevaient les fiefs dont j'ai parlé :
la Tour brûlée, la Chevrie et même un autre que je n'ai pas
encore eu l'occasion de citer, Boigny, devint la propriété d'un
seigneur de la Fleur de Lys, et prit alors le nom de clos de la
Fleur de Lys. Ce clos s'étendait principalement vers la voie
qui s'appelle aujourd'hui rue de la Chaussée, limité au nord
par la route de Paris, au midi par la rue Saint-Christophe
actuelle. C^'est probablement cette situation qui lui lit donner
le nom du Carrefour qu'il portait avant de porter celui de clos
de la Fleur de Lvs. Le fief était en effet assis au croisement
de la rue des Ormeteaux (aujourd'hui, de la Gare), delà rue
de Paris, de la rue tendant à la porte des Fontaines
(aujourd'hui, rue delà Chaussée), de la rue Chantepie (aujour-
d'hui, Saint-Christophe) et du chemin appelé aujourd'hui bou-
levard de l'Ouest. Ce clos était mouvant, en partie, de la
seigneurie de Perigny (2).
Quant à Boigny, dont il vient d'être question, c'était un
fief primitivement enclavé dans le clos ci-dessus. Le chef-lieu
de ce fief s'est déplacé. Il était auparavant situé sur la rue
Saint-Christophe (3), de l'autre côté de la gendarmerie
actuelle, à ce que nous apprend un plan conservé aux Ar-
chives départementales de Seine-et-Oise. Dans ce plan,
Boigny est indiqué comme relevant de Combs-la-Ville ; il
(1) Aveu du 19 mai 1787 au duc de Normandie, comme comte de Brunoy, par le comte de
Balby du fief du Carrefour ou de la Fleur de Lys. (Arch. département, de Seine-et-Oise).
(2) On se rappellera, .i cet égard, que dans un aveu ci-dessus relevé, de 1545, il est dit quejean
de Parrcigny (de Perigny ) détient le fief de la Pinelle ou l'Epinelle. Or le clos de la Fleur de Ly §
ou fief du Carrefour touchait au fief de l'Epinelle ou aux terres en dépendant. Cela pourrait ex-
pliquer la mouvance que j'indique du reste d'après les aveux que j'ai pu retrouver.
(3) Son emplacement se retrouverait dès lors au n°4de la rue Saint-Christophe, immeuble
appartenant â M. Narcisse.
ign HISTOIRE DE LA VILLE
pourrait être considéré alors comme ayant appartenu à cette
portion du terroir de Chantepie qui, lui aussi, relevait de
cette dernière seigneurie. Dans la suite, le chef-lieu deBoigny
passa de l'autre côté de la rue Saint-Christophe. C'est aujour-
d'hui la gendarmerie. Il relevait alors du château de Brie-
Comte-Robert. Du moins peut-on considérer comme viv^ant un
seul et même tief, des aveux au titre de Bugny, Bougrny ou
Boigny.
Pamphou s'accrut, en tant que (îef, des autres propriétés
de Denis du Carrefour. Dans un aveu de Claude de Bullion,
il est dit que « le domaine des liefs qui furent à Denis de
Carrefour ne consistait qu'en terres sis en plusieurs terroirs
de Brie ». Pamphou s'accrut également des possessions de
Denis de Brasdefer, dont un aveu de 1347 a la reine Jeanne
nous fournit l'indication suivante :
Item. Denis Bradefer de braye à cause de sa famé tient de moy
(Jeanne, reine de France et de Navarre) en fie terres gaignables qu'il
a environ le parc (i)etceus qu'il a à braye et vault le dit fie environ
quatre livres tournois de rente et tient len de luy trois fiez lesquelz
il tient de moy en arrière-fiez, c'est assavoir : Symon de Laval en
tient ung ; Adam de Beaurouvre tient le second et la famé Denis du
noyer à cause de ses enflans tiennent le tiers et sont touz les dicts
fiez à braie ou environ.
C'est probablement ainsi que le lief de Pamphou s'aug-
menta de la ferme du Petit Pamphou. En réunissant ces divers
domaines, il s'est tnjuvé ai^gloméré, autour de l'ancien four
bannier appelé Pantoul ou Panfou, un domaine qui a pris ce
nom. L'adjonction des terres de Denis de Carrefour et de
Denis Bradefer (qui pourraient être le même personnage) a
amené, sur un point opposé de la ville, un autre groupement
qui portait aussi le nom de Panfou. D'où la dénomination de
Grand Panfou donnée au domaine groupé autour de l'ancien
chef-lieu du tief, et de Petit Panfou à la portion du lîef qui
av(.)isinait (Chantepie et d<.)nt la ferme du Petit Pamphou
devint le point central.
I ) Le lict" de ('hantcpic s'appelait aussi fief du Parc, a Aveu du fief du Parc ou de Chantepie
par François Bachelier à Frédéric Schomberg à cause de la seigneurie de Tancarville devant
Thuillier. notaire a Brie, le 28 avril 1687 ». (Arch. notariales de M" Camus, notaire à Brie-
Comte-Robert).
DE BklË-COMTE-ROBERT Sgi
Un autre fief important, bien qu'il n'ait pas eu la brillante
fortune de Pamphou, dépendait du château de Brie-Comte-
Robert. C'est celui de la Borde-Fournier, dont nous allons
trouver Ténumération dans l'aveu suivant rendu « à la feste de
la Pentecouste l'an mil trois cens quarante trois. »
Et pour les dénoncemens du fiez et arrère fiez que Simon de
Verneuil tient de nous (ce dénoncement est scellé du scel de la pré-
vosté de Meleum) sachent tous que se Simon de Verneul escuier tiens
et adveue a tenir en fie a une seule foy et homage les biens et aucunes
choses qui cy après sensuivent de très haute excellante et puissante
dame, madame la Royne Jehanne, royne de France et de Navarre, à
cause de son chastel et chastelenie de Brayc-Conte-Robert, c'est
assavoir :
La Borde-Fournier
Cinquante cinq arpens de terre arables sèans au lien que leu dit la
Borde Fournier tenant dune part ou bois du parc (i) ma dite dame
la Royne et d'autre part aus terres du Breil (2) ; item sept arpens
(1) C'est 'a première fois qu'il est question de ce bois. On trouve, à la rubrique a recette»
des comptes de la reine Jeanne, en l'an 1^28, l'article suivan : a Item. Recepte de la dicte
terre de Braye, qui est dou propre héritage Madame, faite par Gautier de Bian, gruier
Madame, (gruier, chef d'une gruerie. ancienne juridiction forestière) pour lan feni à la dicte
Chandeleur CC -XXIX, des bois et d<>s choses qui purent touchierà son dit office par parties
abrégiées traites du compte principal du dit Gautier, lequel compte a esté rendu auz gens de
Madame, présente ma di<*te dame le darrenier jour de juillet l'an xxx : Bois de Braye domainnet
v xxiij livres, v sols tournois de fueble monnoye. b Ce bois de Brie, faisant partie du domaine
de la reine Jeanne me paraît n'être autre chose que le Bois du Parc, (.e dernier, déjà réduit
par des défrichements successifs, existait encore au 18* siècle. Il a compl -temcnt disparu dans
le courant du 19» siècle ; «on souvenir reste dans le nom donné à la ferme qui l'a remplacé
en partie, la ferme du Bois, du parc, (appartenant à M. de ^erthois et tenue à ferme par la
société de la sucrerie de Chevry dont M. Dufay est le directeur). Ce bois devait, comme je
l'ai déjà indiqué, s'-'«vancer jusqu'aux grands jardins ou parc du château. En 1328, ces jardins
n'existaient pas encore, (v. p. 320, 322, 323), mais en 1343, date de l'aveu, ils étaient terminés
et on avait dû donner au Bois de Braye, le nom de Bois-du-Parc. Je signalerai, à ce propos,
un article des comptes de 1364 : a A Oudin Faitort, jardinier, de braye, qui prent par an
pour soutenir et faire de toutes façons tant qu'il plaira à Madame et à Messieurs de son
conseil les Jardins de Braye et les soustenir en la fourme et manière que feu Jehan le Fauchieur
les maintenoit par an, iiij** livres ».
(2) J'ai déjà parlé de ce fief Le Breuil (v. p. 190 et 191). 11 appartenait au 14* siècle à Jean de
Viilers, ce qui résulte d'un aveu rendu le )i mars 1346 et un autre de sa veuve rendu le 31
mai 1354. Il importe de dire, car ce détail servira dans la topographie des environs de Brie,
qu'en mars 1224. une chapelle fut fondée auprès du Breuil. Guérard dans le Cartulaire de N. D.
(t. III.) cite une charte concernant cette fondation. Ce document nous apprend que
Regnault, curé d'Attilly, consentit, en réservant les droits de son église, à ce que cette cha-
pelle fondée nar Barthél-my de Chevry, de son vivant chevalier, dans le manoir de Pierre de
Brie, chevalier, situe auprès du Breuil, fut élevée en dedans des bornes de la paroisse ,
d'Attilly. L'acte, enlevait, en somme à cette dernièrç paroisse le manoir de Pierre de Brie, un
arpent de terre joignant ledit manoir, concédé pour la fondation de la chapelle, et l'habitation
du chepelain. Celui-ci, probablement le premier en date, Simon, clerc, reconnaissait devoir
392
IIISTOÎRF. DK LA XllA.E
de pré en une piôce au-dessous des dictes terres ; item quinie:
de terre arables séans en une pièoc et tenant aux terres du
item deux arpens de terres arables séant au dit lieu tenant an
des bordes (i) ; //cm deux arpens de terre arables séant ou
des dites bordes tenant dune part à la terre de Tostel Dieu de
iiem vint deux sols de menus cens rcçeus le jour Saint-Remj
ville de Brayc ; iicfn quinze livres et sept solz le jour de la
Jehan Baptiste pour cause de plusieurs héritages séans et cstiis^
ma censive et telle justice et seigneurie foncière comme mes
ciers ont heu ou dit lieu ; item quatre fiez mou vans de moy qui
arriére fiez à ma dicte dame la ro\ ne dont Jehan de braye (2),
seigneur de V'illememain (3) en tient ung ouquel a plusieurs cûoaij
VlLLEAlAlN
Premièrement, sa meson de N'illemain avesque le jardin si cootft
tout se comporte. Ihni. Un molin séant devant la dite meson. lUm,
(Jinq arpens de prez à deux herbes séans au-dessus dudit molio./^-
Six arpens de prez prés d'ycelle meson. /tem Environ cent dix scpi
arpens de terre gaignables séans au terrouer ou finage ôs enviroak
dite meson. liew. Le jour Saint-Remy. dix-huit solz de menus ccus
ou environ rcceus de plusieurs per-onnes de ce que tiennent à ccus
de moy. //cm, en la ville de braye. soixante et dix solz de menus
cens ou environ receus par an le jour Saint-Remv de plusieurs
personnes pour cause de plusieurs héritages tenus de moy. c'est
payer, en échange, à Regnault. curé d'Attilly ou à ses successeur*, huit sous et à 'a fabrique
d'Attillv. deux sous, annuellement. Simon s'engageait, en outre, pour lui et ses successeurs a
rendre à la cure d'Attil y les dons que jiourraient lui être faits pas les paroissiens d'AttilU
(^'est sur cette dernière paroisse que s'élevait le (ief du Breuil lui-même. Dans une note <io
17' siècle, on lit : « l.e fîef du Breuil. sis on la paroisse d'Attilly, relevant du rov à cause àt
son domaine de Tournan et qui consistait anciennement en un chasteau sis en la dite paroisse
joignant le bois du parc duquel il ne reste plus que quelques pans de murs et en to arpens
de terre situes aux environs du dit chasteau sur \e terroir du dit Attilly La motte de
terre ou mazure de la terre du Breuil ei laquelle étoit anciennement le manoir d'icelle terre
avec ses prés, closture. environs et fossés tenant d'une part et d'autre au bois du Rov (bois
du Paro... Le bois du Breuil. joignant la motte ou mazure aboutissant d'un bout sur le bo:s
du Parc, d'autre au chemin de Biie à Chevry. »
1; Nous avons déjà rencontré cette expression dans un acte concernant Artus de Pom-
meuse. sous la forme des Bordes de Braye. il y avait, en effet, voisines l'une de l'autre deux
bordes entre Braye et Ferrolles L'une portait le nom de Borde-Morin ; elle a disparu. L'autre
s'appelait Borde-Fournier. Les ruines de celle-ci se voyaient encore, nous dit un document du
17 -siècle, aux abords d î la Mare Pierreuse, à coté de la chapelle de Breuil. La Borde-Fournier
a été réédifiée sur l'emplacement qu'elle occupe aujourd'hui vers le commencement du i"
siècle. On a avancé que «son nom de Fournier lui viendrait, soit de celui de son fondateur ou
lie 1 un de -ses anciens propriétaires, soit pour témoigner de la banalité du four à cuire le
pain. I) (!e qui e>t certain c'est que la Borde-Morin portait le nom d'une famille a laquelle elle
a appartenu.
2 Voir plus loin ce qui est dit de cette famille. V. également p. 63-74.
r,, V. p. ic>-4i.
DE BRIE-COMTE-ROBERT ig3
assavoir : prez. terres, mesons, vuignes et autres choses Item, Deux
droitures paiées lendemain de Noël à la mesure de Corbeil prise
lune sur la meson ou fut Adam le Maire et lautre sur un arpent de
terre séant au petit ouime qui est Hébert Rive et Jean de Moiessait.
Jtem . En la dite ville, les champars de quatre arpens de terre séans
ou terrouer de braye. /tem Un fie que len tient du dit Jehan de
Brave, escuier. lequel tient mons Jehan de Champs n), chevalier,
lequel est arriére fie au dit Simon ^de V'erneuil), c'est assavoir :
deux mesures de Tourment qu'il preni sur le molin de braye. Item.
Un lie, séant à \'iry-sur-Seine (2) mouvant du dit mons Jehan,
lequel est arriére fie au dit Jehan de Braye.
La Grange de Brie (3)
Item. Le second fie tenu de mov arrière fie à ma dite dame la
royne lequel tient Thomas de braye. escuier, ouquel à plusieurs
choses. C'est assavoir : Son manoir qui est appelé la granche de
Brave emprez la ferte Allez si comme il se comporte en Ion et en le
avesques les fossez qui sont autour ledi manoir, un vivier et ledit
coulombier appartenant au dit manoir, /lem. Cinq arpens de prez
seans ou dit lieu. Ilem Cinquante et un arpens de terre arables
séan»^ environ le dit manoir en plusieurs pièces. Item. Douze livres
de menus ceus paiez ou dit manoir, c'est assavoir à deux fesies, la
Saint-Remy et landemain de Noôl. ftem. Une droiture prise par an
/tem. vj fiez petits qui sont tenus du dit Thomas et sont arrière fiez
à moy.
PRUNAY
Ileni. Le troisyéme fie tenu de moy arrière fie à ma dite dame la
royne lequel lient mons Jehan de Cosigny. chantre en l'église Notre-
Dame de Corbeil. cest assavoir : environ treize livres sept sols parisis
de cens, portant ventes qui deus luy sont par an à la Saint-Iean et
à Noël Dour certains héritages que plusieurs personnes tiennent de
luy à cens assis en la paroisse et finage de prunoy en la chastelenie
dEstampes les quieux héritages tiennent dun costé aux ceosives
philippc de Mouraille escuier, anciennement dit des Murs durans
jusqu s aux champs en haut et de laustre costé de la ville de Vuns
le chastel jusques à la rivière /tem. Un quart de droitnie par an et
telle justice comme le dit mons Jehan a eu dit lieu.
1) Ne serait-ce pas un proche parent de ce Jean de Champs et de la famille du même nom
dont il est question à propos d'amendes dues «pour plusieurs excès ». (V. p. 232 et 253).
(2) Viry-sur-Seine est une commune de l'arrondissement de Corbeil (Scine-et-Oise). La
po>session de ce fief entre les mains de la famille de Brie serait un argument à ajouter à
crux que je fais valoir p. 72.
{}) V. ce que je dis à ce sujet p. 73.
3q4 histoire de la ville
Un fief a Brie-Comte Robert ( i )
Ilem. Le quatrième fie tenu de moy arrière fie à ma dite dame la
royne lequel lient Geoffroy le flament, bourgeois de Paris, cesl assa-
voir : trente et un arpens de terre ou environ et trois arpcns de
préz ou environ, deuxsolz de menus cens, sept droitures, champars
sur trente arpens de terre ou environ séans les choses ci -dessus
dites et divisées à braye comte robert et ou finage dicelle ville et fut
le fie dit Robert de Moullanc et ce plus y avoii trouvé ou dit fie ou
es arrière fief en adveue le dit Simon (de Verneuil) à tenir de ma
très haute e puissante dame madame la royne Jehannc. Kn tesmoings
de ce je scelles ces lettres de mon propre s^el lan mil trois cens
quarante trois le dimanche jour l'octave Jehan
Que l'on veuille bien se reporter à Tarticle des comptes
(recettes) de la reine Jeanne (2) que j'ai donné plus haut et on
y verra que « Simon de Vernoil, escuier, (est taxé) pour le
rachat de la terre qui fu au Breton de braye, à lui apparte-
nant à cause de damoiselle iMarguerite la Bretonne, sa
lame.... » Je disais, même, en citant in extenso cet article que
j'aurais à m'occuper de Simon de Verneuil, en parlant des
tiefs. De ce qui précède — et je suis aise d'avoir donné, dans
toute sa teneur, l'aveu ci-dessus, un des plus anciens, sinon
le plus ancien que nous possédions, aussi clair et détaillé,
en ce qui touche Brie- (^mte-Robert — on peut déduire que
la terre de la Borde-Fournier vint aux mains des Verneuil par
le mariage de Simon avec Marguerite de Brie. Nous voyons,
en elTet, que le 7 janvier iSby « devant Liénart Pioche et Jean
de • ospital, prévost de Melun. damoiselle Marguerite de
Braye. dame de Verneuil-en-Brie, avoue tenir de la royne
Jehanne cinquante cinq arpens de terre arables au lieu dit la
Borde-Fournier, tenant d'une part au bois du parc de la dite
(i) Dans un aveu subrcquent du 31 mai 1452, rendu par damoiselle Marie Laugucr, veuve
de feu Nicolas Bernart, escuier de cuisine du duc d'Orléans, il est dit que les objets ênumé-
rés ci-après sont situés de la façon suivante : Les trente et un arpents de terre, en plusieurs
pièces, savoir : <* 7 arpens ou environ séanz au thuebœuf : 5 arpens de terre ou environ au
chemin du parcq . 4 arpens de terre ou environ aux préz le Roy ". 3 arpens de terres ou
environ en la vallée de Gaingot ; 3 arpens séans a Monteguin ; 4 arpens au marchés de Ran-
dost ; I arpent tenant aux héritiers Simon Morin : 7 quar iers séans au moulin ; 2 arpens
et demi (trois arpents) de prez aux préz le Roy. ». A cet égard il faudrait ne pas oublier, je
crois, qu'en 1235, un Auby le Ramant vend à l'Hôtel-Dieu de Paris certames terres situées à
Rubertin. (^'est a Rubertin qu'étaient les près le Roi (V. p. 178) et c'est au même lieu que
Geoffroy le Flamant possède un fief en 1543. Ne serait-ce pas la même famille ?
(2) P. 241.
DÉ BRIE-COMTE-ROBERT SgS
madame la royne, aboutissant sur les terres du brueil (le
Breuil) et sur les prés de la dite demoizelle ; onze arpens de
terre en une pièce séans devant la Borde-Morin, tenant d'une
part aux terres du Brueil ; deux arpens de terre séans audit
lieu tenant au chemin des Bordes à Braye, etc., etc. » et le
ir) juillet 1070, Symon de Verneil, escuier (i) rend foy et
hommage pour la Borde-Fournier « qu'il tient par la mort
et trespassement de damoiselle Marguerite de braye sa
mère »
Nous avons ainsi la certitude que Simon de Vernenil (2)
est devenu propriétaire de la Borde-Fournier par son mariage
avec Marguerite de Braye, fillt du Breton de Braye. Et de
tout ce qui précède, comme de ce qui va suivre, nous tirons
également cette conclusion que la famille de Brie ou de Braye
possédait tout le nord du terroir de Brie-Comte-Robert, allant
de Villemain à la Borde-Fournier, y compris le Co ombier.
II nous faut également remarquer que le fief de la Borde-
Fournier consistait, en ce moment, uniquement en terres sises
devant les Bordes. Il n'est pas question, en effet, ni en i343,
ni en 1370 de maisons, manoir ou habitation élevés en
ce lieu, et cependant la Borde implique une construction
quelconque, si misérable fût-elle, couverte de chaume, de
joncs. 11 faudrait donc admettre qu'au 14* siècle, la Borde
dénommée Fournier, n'existait plus ou était en ruines. Ce
sont probablement les ruines que Ton signalait au 17" siècle
aux abords de la mare pierreuse. Nous aurions ainsi une
date approximative de la construction de la Borde-Fournie^*,
la où elle est placée aujourd'hui. L'aveu du 3i mai 1462 ne
parle pas enc re de manoir. 1 e lieu est ainsi spécifié : « Une
motte de terre enclose à fossez, communément appelée la
Borde-Fournier. » Ce n'est que dans un aveu du 16 août i55o
que je relève l'aflirmation de bâtiments élevés sur ce point.
La déclaration de cette époque est libellée comme suit :
«L'hostel, fief, terre, etseig eurie nommée et appelée la
(1) Evidemment fils du précédent. C'était dans certaines familles, de conserver la tradition de
génération en génération, le même prénom donné généralement à l'aîné. On avait ainsi des
Jean 1, des Jean II... des Jean X, par exemple, comme une dynastie régnante désigne ses chefs.
(2) Verneuil-l'Etang, cemmune du canton de Mormant.
3g6 HISTOîRË DE !-A VII.Î.È
Borde-Fournier en brye, ainsy comme le tout se comporte
enclos de fossez avesques le jardin joignant clos de hayes. »
Par contre, dans ces derniers aveux, il n'est plus question
des Bordes. Par ailleurs, le2C) janvier i5o5 1 1), il est question
de la Borde Morin et de la Borde Fournier. dans le texte
suivant : « Les maisons, maisures, granches, bergeries.
estables et lieu de La Borde Morin (2) assis entre le dit Brave
et Ferrolles, tenant, d'une part, au chemin, et d'autre part,
aux religieuses de Jercy (3), aboutissant, d'un bout sur les
terres de la Borde-F'ournier. ». Il reste enfin, à souligner ce
fait que de la Borde, c'est-à-dire de la famille de Brie, relevaient
des lief^ situés autour de la Ferté-Aleps. J'avais fait cette
constatation déjà en parlant de»^ Brie dont Texistence au i3«
siècle était authentiquemcnt prouvée.
A lire les aveux qui précèdent, il semble que cette famille
de Brie eut au milieu du 14* siècle sur le territoire un seul
représentant,Jean de Brie(4).Nous venons de le voir tenantle
lief de Villemain mouvant de la Borde. En la même qualité,
il rend l'aveu suivant pour sa propriété du Colombier :
Cy après est esclarci le ht que tient de moy (la reine Jeanne)
Jehan de brave escuier (5).
Ce sont les choses que. Jehan de braye, escuier, seigneur de V^ille-
memain, adveue a tenir en fie a une foy et hommage de très haute,
noble et très puissante dame madame la royne Jehanne. royne de
France et de Navarre, premièrement : ma meson de braye, appelée
le Coulombier, la granche et les jardins avec toute la contenance
d'icelle. Item. Environ cinquante et quatre arpens que pré- que
terres, séans ou terrouer de braye en plusieurs pièces et vault l'ar-
pent vij solz ou environ de rente par an. //ew, en la dite ville, sept
(i; Archives communales de Brie-Comte-Robert.
• 2) A la page 189, j'ai fait mention d'une vente faite à l'Hôtel-Dieu de Paris par Guillaume
Morin et sa femme Alix, du consentement de son père Jean et d'^melina, femme de ceder-
nier. de i'ierre Morins. et avec l'agrément de Pierre de Brie. Il est hors de doute que l'une
des bordes de Brie prit le nom de Borde Morins du nom de cette famille.
I 3) On a vu plus haut que Artus de Pommeuse avait acquis des terres touchant aux Borde^
et qu'il les avait données à l'abbaye de Jarcy.
i4 II a été dit plus haut dans l'aveu de la Borde-Fournier qu'un Thomas de Brie était
posse.sseur du fief de la Grange-de-Brie. près la Ferté-Aleps.
(S) Dans 1 imbroglio des droits féodaux se glissèrent des erreurs ou des prétentions qui mo-
difiaient parfois les mouvances. C'est ainsi que plus tard le Colombier fut avoué comme rele.
vant de la Borde Fournier en plein fief.
DE BRIE-COMTE-ROBERT 897
houstises et la seigaoirie et justice de vavassoir. Item, les forages du
vin qui est vendu en la dite ville au détail... (L'an 1343 avant la
Saint-Thomas, apôtre).
J'ai plusieurs fois cité, tant au 12'^ qu'au iS*' siècle, des
seigneurs portant le nom de J5r/e, mais sans qu'il fut possible
de les relier entre eux. Au 14" siècle, ce travail présente moins
de difficultés. Il existait sûrement au commencement de ce
siècle un Jean de Brie ; il a été donné plus haut description
de son sceau, d'après Clairambault (i). Il est appendu à une
quittance de gages, en date du 29 mars i3i5. Je crois devoir
en rappeler ici la description : « Sceau rond de 18 millimètres.
h^at à deux haches adossées en pal. »
Dans une note sur le fief du Colombier, dont j'ai eu la
faveur d'avoir les bonnes pages, M. Mottheau, de Brunoy,
cite des « lettres royaux ' > , par lesquelles Philippe-le-Bel
autorisait, en 1297. Miles de Noyers, chevalier, et Jeanne de
Montbôliard, sa femme, à acquérir, dans ses propres
domaines, cent livrées de terre et de les donner cunorties à
GeolTroy du Plessis, notaire de l'Eglise de Rome 0. M. Mot-
theau ajoute que GeoflVoy céda à l'abbaye de Jarcy-en Brie,
de ces mêmes biens, soixante arpens de bois, au-dessus de
Quincy , que Jean de Brie, seigneur de Villememain et gruyer
de Sénart, amortit moyennant six vingts livres parisis. Il
peut se faire que ce Jean de Brie, seigneur de Villememain,
fut le même que celui dont je relève faveu ci-dessus, en
1343, le même que celui dont j'ai rappelé la quittance de
gages, datée de i3iS. U se peut également que ce même pré-
nom, Jean, désigne deux individus difTérents, mais, à coup
sûr alors, l'un fils de l'autre ou appartenant par des liens très
rapprochés à la même famille.
M. Mottheau dit dans son travail : « Son fils (le fils de Jean
de Brie i, Thomas, épousa l'une des héritières de la seigneurie
de Brunoy qui lui apporta les fiefs de la Voulte et de Voisins
dont mouvaient les Glaisières de Villecresnes et le petit lief
de Paradis et d'Enfer de Mandres. Il en fit hommage et aveu
I ; V. notf p. 75.
(2; Archives départementales de Scinc-et-Oise (cote citée par M, Motheau).
SgS HISTOIRE DE LA VILLE
au roi en 1364. » C'est évidemment de ce même Thomasdtî
Brie dont il est question dans les comptes de l'Hôtel au \4fA]
au ib" Siècle: « Saussevert, messagier de pied, envoie dti
Paris à Braye-Comte-Robert, porter lettres de par le Royà'
messire Thomas de Brie, dymanche xxiiij jours de mm
(i38()), le roy disner à Corbeuil, giste à Meleun, argent vnj
sols parisis. »
Pierre de Brie, dont Clérambault signale le sceau exact^
ment semblable à celui de Jean, au bas d'une quittancede
gages du 7 novembre i3(j6, était certainement le fils de
Thomas. M. Motthcau reproduit, du même, une quittancede
gages du (j août i3()6, où Pierre se qualilie de « grruyerdela
forêt de Sénart », titre que possédait Jean de Brie, son aïeul.
Il sera question au siècle suivant de son fils, Artus, dont j'ai
déjà donné, d'après Clérambault, une quittancede gagesde
141?.
M. Alottheau, qui s'est demanda lui aussi, quelle pouvait
bien être l'origine de cette famille, cite Drouin de Brie('!226),
Herbert de Brie (i235), Albéric de Brie (1245), inscrits au
cartulaire de Tabbave d'IIverrcs parmi les bienfaiteurs de
Tabbaye et les considère, avec quelque apparence de raisc»n,
comme des représentants de la famille de Brie, demeurant à
Brie. Il y ajoute également, non sans logique, Agnès de
Braye « qui succéda, comme abbesse, à Marguerite de Cour-
tenay » (i3r2-i3i7). M. Mottheau n'est pas éloigné d'admettre
que certains bienfaiteurs désignés sous le nom générique
de Briard, dont le premier, Odon, apparaît en ii5o, appar-
tiennent à la famille de Brie, bien qu'il n'ait pu saisir les liens
de parenté.
A la vérité, il est extrêmement diùicile de rien savoir au juste
sur les commencements de cette famille. La (]hesnave-Dosbois
et Badier disent que cette famille est, en etïet, une de ces
anciennes maisons dont on ne peut fixer l'origine (i). Ils
enregistrent que <' dans un ancien Iléraidl d'armes de l>rc.
ta</nc, il est fait mention d'un Noël de Brie, comte de Nantes.
du temps d'Hugues Capet. X'est-il pas curieux, à ce propos,
1 l'uiionnaiic de U tiobiene, loinc IV. p. 117.
DE BRIK-COMTE-ROBERT 399
"-de rappeler au'on a pu voir ci-dessus, le tief de la Borde-
^ Fournier avoir été la propriété de Breton de Brie, et sa lille
- appelée Marguerite la Bretonne. La Chesnaye et feadier,
": continuant leur énumération, parlent d'un Anseau de Brie,
^•favoride Fouques, comte d'Anjou et roi de Jérusalem, en
i^ .1102. J'ai eu également à citer un Anseau de Brie (i), mais
vivant à une date bien postérieure (i258) et signant des
.: contrats datés de Corbeil.
La Chjsnaye semble faire découler des Brie, ci-dessus, d'un
: J^an 1 de Brie, marié à Marguerite de Goulaine et vivant en
,. i3o3. Nous avons eu à constater qu'un Jean de Brie, seigneur
-. de Villememain, existait, lui aussi, au commencement du
. 14*' siècle.
De ce Jean I de Brie, La Chesnaye fait descendre, probable-
ment, un Jean II qui se marie avec Françoise de Serrant (d'où
la maison Brie de Serrant) (2) et qui meurt à la bataille de
Poitiers, le i3 septembre i356. (3) Ne serait-ce pas un frère du
Thomas de Brie, ci-dessus signalé.
Mais, La Chesnaye signale un autre membre de cette
famille, Louis de Brie, seigneur de Sablonnières ctdeGeville
en Beauvoisis, qui épousa Jeanne de Boulainvillers, lille de
Perceval, seigneur de Boulainvillers et de Jeanne de Gournay.
(l) Il est à peu près probabk que c'est de ce même Anseau de Brie dont il est question à
maintes reprises dans la Chronique de l'Ile de Chypre (coUect. des documents inédits sur l'Histoire
de France, mélanges historiques, tome V.) et qui fut le héros d'un duel avec un certain
Arnaury Barlas, duel qui est narré, dans ses moindres détails, par le chroniqueur. Ce dernier
nous a même conservé le portrait d'Anseau dont il se plait d'ailleurs à raconter les diverses
prouesses.
(i Ansian era giovane, membruto, e ben fatto, vigoroso, bianco, biondo, e de una bella
cicra. et perché era giovane, non troppo experimentato nella battaglia li suoi parenti et tra
gli altri Gioan d'ibliii, il quale era germano di suo padre, l'haveva avertito di moite cos:? chc
dovera farc combattendo.... »
« Anseau ctait jeune, solidement bâti et bien fait, vigoureux, blanc, blond et d'une belle
stature et. parce qu'il était jeune, assez peu expérimenté à se battre, ses parents et parmi eux
Jean d'Iblin. lequel était le frère (germain; de son père, l'avait averti de tout ce qu'il avait à
^aire en eombattant. n
Ce duel eut lieu en 1227, et puisqu'Anseau nous est représenté, à cette époque, comme
jeune de corps et d'expérience, il n'y a rien d'extraordinaire à admettre qu'il signa en 12^
les actes publics que j'ai cités, p. 190. (note). La même Chronique mentionne, en IÎ07, un Jean
de Brie, un Thomas de Brie, un Gui de Brie, en 1310, un Jean de Bric, fils de Boémond.
ij Serrant, en Anjou. Ce sont les Brie d'Anjou.
(3) Rapprochement curieux. Le fils de Jean 1', de Brie, Jean lU, épousa Jeanne de Dreux, une
des filles de Robert 111, de Dreux, qui fut seigneur de Bric-Comtc-Robcrt.
M-
400 HISTOIRE DE LA VILLE
Les armes de Louis de Bric sont : cVai^ur, à deux haches d'armes
adossées en pal, c'est-à-dire identiquement celles des Brie,
habitant Brie-Comte-Robert et qualifiés de seigneurs de
Villemain et du Colombier. C'est évidemment ce même Louis
de Brie (i) qui est qualifié de seigneur de Boissy-le-Ghâlel
(2) et de Sablonniêres (3) (i48()) lequel était propriétaire « du
tîef de La Noue, (4) le long" du vieux grand chemin qui va de
Pont a Leuge à Resbetz. »
(Juant à la seigneurie de Boiilainvillers, dont PercevaK
beau-père de Louis de Brie est seigneur, j'y verrai plutôt
Boulivillers, aujourd'hui ferme de la commune de Rebais et
cela me conduit à parler ici un aveu du 24 mai i5o4, dont
M. Mottheau reproduit quelques extraits et duquel je détache
le suivant : « Un autre lief, tenu en plein tief du molin de
Bescherelle et en arrière fief des dits escuiers que le dict
Bourinvilliers occupe de présent et fust à feu Pierre de Brye. .. d
Bourinvillicrs, Boulainvillers, Boulivillers, me paraissent
le mjme nom, diversem^int orthographié ce qui me ramène
à dire que Louis de Brie appartient à la famille qui nous
occupe. On se rend compte à cette courte et sèche énuméra-
tion des obscurités ou, pour être plus exact, des diflicultés
du problème, relatif à cette famille, singulièrement intéres-
sant cependant, puisqu'elle r)ccupait, selon toute apparence,
le sol briard bien avant le comte Robert lui-même.
11 était, enlin, un dernier lief, mouvant du château de Brie-
Comte-Robert et de récente création au XIV** siècle. 11 prit le
nom de tief Saint-Denis. C'est à son sujet que fut rendu Larrêt
de Servon en 1G6G, arrêt dont j'ai déjà parlé et dont j'aurai à
reparler encore.
J'ai reproduit plus haut (5) une donation faite par Jeanne
d'Evreux aux religieux de l'abbaye Saint-Denis, où il était
spécilié entre autres choses que la reine donnait : « quatre
vingt quatorze livres trois sols neuf deniers tournois de rente
(1) Alnianach Le Blondel 1878, p. 1^4.
(2) Coniinunc du canton de Coulomniier>.
(51 Commune du carton de Rebais, arrond de t^oulomniicrï..
(4; Ferme de la commune de Sablonniêres..
(5: V. p. 214. 21Î et 217, notes.
DE BRIE-COMTE- ROBERT 4OI
L« FUf de Saint-Denis
A.pnrtcduMousticr
B. rur drs Fripiers ou Madcicin
I). ï^diM ^'int'Ëticnne.
E. riic Dii>»r»sc.
K, coin (jM>nt[R.
G. rue du Puits Sillé.
H. lïpuils Salit.
N. Four binil âr Siint-Ocnit,
S, rue du Mourtiir (de TEglisel.
T. les fours binnirn du Ollteiu.
402 HISTOIRE DE LA VILLE
à prendre par les religieux de Saint Denis sur la châtellenie
de Brie-Comte-Robert que la dite dame royne leur a donnée
jusqu'à ce qu'elle leur ait donné un autre fond de pareille
valeur bien et dûment amorti. »
Pour amortir cette donation, Blanche de France, par lettres
patentes en forme de donation, de décembre iSyô, céda aux
religieux de Saint-Denis généralement tous les droits qui lui
appartiennent dans Brie-Comte Robert, comme venant des
doyen et chapitre de Notre-Dame de Paris. On doit se souvenir
que Jeanne d'Evreux avait échangé ses propriétés à Damp-
martavec celles que le chapitre de Paris possédait encore à
Brie-Comte-Robert. Ce contrat d'échange a été publié dans
un chapitre précédent, (i)
Ce furent ces propriétés qui, à dater de iSyS, appartinrent
aux religieux de Saint-Denis. Elles constituaient un fief avec
son prévôt, et ce droit de justice était jalousement défendu
par les religieux (2.) contre les entreprises du prévôt du
dr)maine. Les deux juridictions se touchaient puisque le
prévôt du Seigneur de Brie avaitdroit jusqu'au coin Quentin,
c'est-à-dire à l'intersection de la rue de l'Eglise et de la rue
des Halles. Au delà, du côte de la place de riIôtel-de-Ville,
s'étendait le ressort du prévôt de Saint-Denis. 11 est facile de
comprendre que dans de telles conditions les empiétements
d'une justice sur l'autre et les conflits en résultant devaient
être incessants.
Le tlef Saint-Denis se composait surtout de la place de
l'IIôtcl-de-Ville qui était, ainsi que j'ai eu maintes fois l'occa-
sion de le dire, le lieu où se tenait le marché appartenant à
l'Eglise de Paris. Cette place portait anciennement le nom de
place du Marché aux pourceaux et prit après celui de place
royale qu'elle a conservé jusqu'au nf siècle pour recevoir
ensuite celui qu'elle porte aujourd'hui.
Si peu étendu qu'il fut. ce fief constituait un revenu appré-
\\) V. p. ly-i et 2y).
i2) Hn 1416. en 1448, en 1472. notamment, ou trouve des lettres royaux obtenues parles
religieux contre le prévôt de la justice du duc d'Orléans lequel entreprenait sur leur justice.
DE BRIE-COMTE-ROBERT 403
ciable puisque, dans l'acte d'échange de ^^46, il est évalue à
55 livres parisis.
Kn outre des droits de justice et de marché, le lief possédait
également un four bannier, situé sur la place même. Il était
dans la troisième maison à gauche, en sortant de la petite
porte de l'église. Le plan de lySG l'indique comme suit : « A
la V'^^ Nicolas Cochard, une maison bâtiment et une petite
cour tenant à Louis Patron, et sur la place royale où était le
four banal du lief Saint-Denis. » Mais, primitivement, il
occupait un autre immeuble non loin de là. En 1612, le sieur
Portas échangea une maison qu'il avait sur la place aux
pourceaulx (place royale) avec une maison des religieux de
Saint-Denis, sise sur la même place, « à charge par lui de
faire faire un four bannal en la maison par lui transportée au
lieu de celui qui était dans l'ancienne maison, (i) » (>ette
ancienne maison peut s'identifier au moins en partie avec
celle qui appartient aujourd'hui à la famille Boucreux. ('2)
Je ne serai pas éloigné de croire que la « justice » du lief fut
alors située au même endroit. Au siècle dernier on la trouve
occupant l'emplacement sur lequel sont aujourd'hui le hangar
des pompes il incendie, une partie de l'école maternelle, les
chambres d'hospitalité municipales. Sur le plan de 1736, ce
lieu est ainsi désigné : « A la V^^ Antoine des Agneaux (3),
une maison et cour, tenant au S'Guillot et sur la place royale,
appelée la maison des trois piliers où se tenait la justice du
lief de Saint-Denis. » Or, au XV*' siècle cette maison appar-
tenait à des particuliers. Elle est mentionnée comme suit
dans un registre conservé aux Archives communales, registre
(I l.a situation de la maison que François Portas reçut, en échange, des religieux de Saint-
Denis, est indiquée par les tenants et aboutissants d'immeubles spécifiés dans certains actes
conservés aux archives notariales de M. Camus a Brie-Comte-Robert et dressés par Doguet,
notamment le I9juillet \b^) et le 51 mai 1649.
(2) Les caves de cette maison sont particulièrement intéressantes. En les visitant, on se
rend compte qu'elles ont dû servir de sous-sol à un immeuble important. Si, ce qui est à peu
prés certain, elles appartenaient à l'ancien four banal de Saint-Denis, elles furent auparavant
la propriété du chapitre de Paris, comme il a été expliqué ci-dessus, et c'est lui qui fit cons-
truire ces solides voûtes aux arêtes bien dégagées, aux arcs soigneusement établis et aux
piliers caractéristiques.
(5) Les Agneaux, château situé sur U commune d'Ozoir-la-Ferriére, canton de Tournan,
arrond. de Mçlun,
404 HISTOIRE DE LA VILLF.
auquel j'ai déjà fait plusieurs emprunts : « Golecte veufve de
feu Henry Soullot et Messires Nicolle SouUot et François
SouUot (sont propriétaires indivis) d'une maison couverte de
thuilles, appelée lostei des Pilles et lieu assis à Braye, tenant
d'une part à Jehan Benard et d'autre part à Jehan Blaye. *
(6 juin 1461). Et, pour qu'il n'y ait pas d'hésitation possible,
je cite cet autre passage provenant de la même source :
« 9 décembre 1452. — Une maison couverte de thuilles que,
en ce temps, tenoitet occupoit Jehan Blaye, charron (1), assis
en la rue Beau-Guillaume, près des Piiliers, tenant d'une part
aux hoirs Thévenin Petit, aboutissant par devant à la dite
rue. » H est évident que l'hôtel des Pilles et la maison des
trois piliers sont une seule et même chose. 11 faudrait donc
conclure que pour la justice du fief, comme pour le four
banal, il se lit un déplacement de siège, peut-être au même
moment. Seulement le transfert de l'un nous est parvenu
tandis que celui de l'autre nous échappe encore (2). Quant à
l'origine du nom donné à la maison des pilliers, elle est facile
à expliquer. Partout, aux abords des marchés, et il est peu de
(1) Je profite de cet exemple pour montrer combien les documents anciens nous permet-
tent de remonter quelquefois loin dans le passe. Cette maison, dans les archives communales
ne fait pas seulement l'objet de l'article que je reproduis. Il est dit, en outre : a } janvier
1445. — Sentence condempnant Jehan Blaye, charron quie détempteur et propriétaire de la
dite maison et lieu qui anciennement fut Bellon la Chardonne, ayeulle de la dite deffunct^
damoiselle Ysabel la Pichette. » Or, au 9 décembre 1452, il est dit en outre qve a Jehan
Boullet, bouchier. exécuteur testamentaire de feue Ysabel la Pichette, veufve de feu Girardin
de Listenbert estoit conjoinct par mariage avecques Perrecte, arrière-fille de la dicte Ysabel. »
D'où il faut estimer que Bellon la Chardonne, propriétaire de l'immeuble en question vivait
quatre générations avantc elle de 1452, soit environ cent ans. Nous remontons donc ainsi au
possesseur de l'hôtel des Pilliers en plein 14" siècle, ce qui nous permet d'affirmer l'existence
de cette maison au moins à cette époque.
(2) Dans tous les cas, lorsque la « justice » des religieux s'établit là où elle était encore au
l8'" siècle, il dut se faire sur ce point des travaux importants. Je crois d'ailleurs que cette
justice dut comprendre à la fois l'hôtel des Pilliers et la maison voisine qui au \y siècle était
occupée par le charron Jean Blaye. Cette dernière maison est. aujourd'hui, entre les mains de
M. Wosmeck, entrepreneur de maçonnerie. 11 suffit de descendre dans les caves qui s'étendent
sous le terrain, même à l'endroit ou n'existe plus la moindre construction pour se rendre
compte de l'importance des bâtiments qui les couvraient. Ces caves, d'ailleurs, par plusieurs
passages, aujourd'hui comblés ou muréj, semblent avoir communique d'une part, avec les
sous-sols de l'hôtel des Pilliers, de l'autre avec celles de la maison que Portas reçut des reli-
gieux en échange de la sienne et qui contenait le four banal. De sorte, qu'on peut supposer
que l'établissement de la «justice » des religieux sur ce point se fit vers la fin du \y siècle,
par exemple pendant que le four banal du fief fonctionnait de l'autre côté de la rue. et qu'on
fit un passage souterrain pour communiquer de l'un à l'autre immeuble. Cette situation
aurait duré cent ou cent cinv^uante ans. Dans le volume suivant je donnerai un plan généra]
des caves de cette partie de la ville, en une planche séparée.
DE BRÎE-COMTE-RORERT 40S
vieilles villes qui ne permettent de vérifier cette assertion, les
maisons étaient construites sur pilliers ou colonnes, de façon
que le rez-de-chaussée en retrait sur le premier étage laissât
à la circulation une portion libre et couverte sous laquelle
se faisaient les étalages. On retrouve quelque chose de cette
disposition dans la vieille bâtisse, connue sous le nom de
gâchoir, dont l'habile crayon de M. Jouas nous a conservé la
silhouette et qui a été reproduite plus haut (i). Du reste le
nom donné à la rue allant de la porte du Moustier à la place
royale indique que la plupart des maisons bordant cette rue
devaient présenter un aspect semblable ; et cela se comprend
facilement. Le marché seigneurial avait ses halles avec les
étaux dont j'î^i parlé. Le marché de TEglise n'ayant point de
halles ou d'abris pour les étaux, des commerçants y avaient
suppléé parla disposition que je viens d'exposer. Seulement^
je crois que, exceptionnellement, alors que toutes les maisons
ainsi appropriées appuyaient leur premier étage sur des
montants en bois, comme la maison du gâchoir par exemple,
seule ]a maison des pilles ou des pilliers était élevée sur des
colonnes en pierre. M'appuyant même sur le plan de 1786, je
pourrais affirmer que ces colonnes étaient au nombre de
trois, d'où le nom de maison des trois pilliers.
J'ai rapidement exposé la situation des fiefs situés autourde
Brie au 14* siècle comme j'ai essayé de fixer la position de cer-
tains au 1 3* siècle. Il ne faut pas oublier queces établissements,
pour la plupart agricoles et créés par l'intérêt bien entendu
d'une culture productive, ne durent leur extension qu'aux
années de paix relative dont jouit le pays depuis le règne de
Louis le Gros jusqu'à celui de Philippe de Valois, c'est-à-dire
pendant près de deux cents ans. C'est pourquoi j'ai insisté
sur le développement des faubourgs de Brie et conséquem-
ment de sa population, en montrant les agglomérations
extérieures à la ville se faire d'abord timidement, du côté de
Saint-Christophe, ensuite avec une sorte de précipitation qui
se traduit par les aveux et dénombrements dont j'ai pu
recueillir et fournir le détail. J'avais, d'ailleurs, fait déjà
CO V. p. 197 frontispice du chapitre IV.
4(^ HISTOIRE DE LA VILLE
pressentir cet accroissement matériel dans les chapitres pré-
cédents ; il restait à en administrer la preuve.
Mais, cette constatation faite, il en estune autre, résultante
naturelle de plusieurs observ^ations déjà émises.
Si Ton considère les fiefs dont Ténumération précède, il
est un point qui ne saurait échapper à personne. Les fiefs
que je qualifierai iVextérieiirs, parce qu'ils relevaient, soit
directement, soit en arrière fiefs, de seigneurs du dehors, se
suivent et se touchent formant une bande continue de terri-
toire, allant de la Fleur de Lys, en passant par Villemeneux,
au Poncelet et comprenant même une partie d'un fief limi-
trophe de ce dernier le Four, De ce point, par les Bienfaites,
Pamphou, Villemain, les Bordes et le Colombier, sans
compter le bois du Parc, qui était du domaine, tous les fiefs,
se touchant également, relèvent du château de Brie-Comte-
Robert.
Que Ton remonte quelques pages de cette histoire et on y
trouvera, plusieurs fois mentionné, ce fait que le territoire
de Brie avait été partagé en deux seigneuries : TEglise de
Paris et le seigneur de Brie, Ce dernier restait même vassal
de l'Eglise, ainsi que nous Ta prouvé le compromis entre
Jeanne d'Evreux et l'évéque de Paris. De sorte que, féodale-
ment, tous les fiefs dépendant du château étaient arrière-fiefs
du chapitre de Notre-Dame de Paris. Tout le monde com-
prendra qu'à partir de la fin du I2* siècle, la paix et la
tranquillité une fois assises, il se produisit une sorte d'en-
gouement en faveur de la propriété foncière. De là une
augmentation considérable dans la valeur vénale des terres
qui devaient se vendre à très haut prix. Il eut été surprenant
que le Chapitre de Paris, détenteur de terres d'excellente
v'^aleur, ne profitât pas de l'occasion. De même que THOtel-
Dieu de Paris achetait, ainsi que nous l'avons vu, pour
placer au mieux, et avec la perspective d'un excellent
rendement, les fonds dont il avait la garde, de même le
Chapitre de Paris devait réaliser son avoir foncier par un
calcul tout humain.
N'était-ce pas, d'ailleurs, le moment où se contruisait la
merveilleuse métropole de Notre-Dame, qui, quoi qu'on en
DE BRIÈ-COMTE-ROBÈRt 40^
puisse dire, a dû coûter des sommes considérables pour
Tépoque ? Je ne crois guère, en effet, au seul travail imposé
aux serfs, aux corvées. Des monuments tels que Notre-Dame
exigent autre chose qu'un simple effort matériel. L'art, dont
elle est la grandiose expression, a d'autres exigences et
commande d'autres moyens. Ce n'est pas tout. Les cultiva-
teurs passaient peu à peu à l'état de salariés et la rétribution
du travail, sur une étendue aussi considérable de terres que
celle dont disposait le Chapitre de Paris, devait avoir pour
effet une augmentation considérable des dépenses d'admi-
nistration sans un accroissement proportionnel dans les
recettes.
Quelles que soient les causes, du reste, du changement
foncier qui se fit, il est évident que le Chapitre de Notre
Dame de Paris vendit son terroir, et que des acheteurs
empressés, venus de plusieurs points des territoires voisins,
acquirent ainsi des droits à Brie, droits qu'ils revendirent
ou concédèrent, en partie, à d'autres. De là cet enchevêtre-
ment des servitudes féodales sur lequel j'ai appelé l'attention.
Ainsi, à mon sens, se créèrent, sur le territoire appartenant
au Chapitre de N.-D., les fiefs que je qualifiais plus haut et
par pure convention, d'extérieurs, en opposition avec ceux
qui relevaient directement du château de Brie-Comte-Kobert.
Si cette observation est vraie — et elle me parait assez pro-
bante — nous pouvons, par la pensée, établir la portion
respective occupée par les deux seigneuries qui se parta-
gèrent le territoire briard lorsque Louis VI le Gros, prit
possession de la comté de Corbeil et y créa, pour sa sûreté
et celle de sa capitale, des postes dont il confia la garde à
l'un de ses fils. On peut dire, ce me semble, que tous les
fiefs, arbitrairement désignés par moi pour la commodité de
la discussion sous le nom d'extérieurs, appartenaient au
territoire de TEglise (i). C'était, là, dans ce cas, la terre de la
Bienheureuse Vierge Marie dont il est question si souvent
dans la charte de 1208, qui avait son centre religieux dans
(I) Je rappelle pour mémoire les fiefs qui furent formés à ses dépens : Là Fleur de Lys,
l'Epine, l'Epinelle, la Tour brûlée, La Chevrie, Boigny (en partie), Chantepie, le petit Chante-
pie, le Poncelet, le Vaudoy, le Four (en partie).
4o8 MistoiRE DE La ville
l'église Notre-Dame, élevée autrefois sur la place Gauthier.
Le terroir seigneurial occupait le restant (i).
Mais, sur cette dernière portion, n'existaient pas uni-
quement des tiefs. L'aveu rendu par Alix de Mons et repro-
duit plus haut indique, d'un mot, l'existence d'une industrie
à Brie qui devait avoir ses chefs, ses ouvriers, partant une
population bourgeoise et ouvrière as^^ez considérable. Ces
bourgeois, nous les avons entrevus au i3' siècle, désignés
nominativement ou en corps dans des actes publics de vente
ou de donation. Il va nous être donné de les voir administra-
teurs et constructeurs. On s'étonn-^ra peu qu'à cette époque la
sollicitude delà communauté se portât plus particulièrement
vers les établissements hospitaliers et vers l'église parois-
siale. Le soulagement des maux physiques et le réconfort de
l'âme par la prière paraissaient, alors, pour le peuple, comme
les plus importantes fonctions de la société.
C'est, d'ailleurs, tout ce qui restait, comme activité sociale,
à la bourgeoisie. Nous avons pu constater que le seigneur
s'était réservé l'exploitation et, par conséquent, l'entretien des
marchés et même des jeux publics. Les hospice^ et l'église
étaient laissés aux soins éclairés du peuple, limités cependant
par l'intervention, au spirituel, et même l'intrusion, au tem-
porel, de Tévêque ou de ses agents ecclésiastiques.
Les établissements hospitaliers, au i3'= siècle, furent, un
moment, au nombre de trois.
C'était, d'abord, la Maison-Dieu ou Tllôtel-Dieu dont j'ai
longuement parlé dans un chapitre précédent (2) ; puis la
léproserie de Saint Ladre ou de Saint-Lazare, dont le nom a
été quelquefois cité comme alTrontailles dans des actes de
vente ou des aveux ; enfm une troisième maison hospitalière,
la maison aux malades, dont l'existence est révélée par les
comptes de la reine Jeanne d'Evreux.
De cette dernière institution, il ne nous reste que peu de
choses. Tout semble prouver, au surplus, que son existence
(i) C'est-à-dire, outre le château, les fiefs suivants: le Colombier. la Grivelle, la Borde-
Fournier, le bois du Parc et de Cossigny, Pamphou, les Pienfaites.
(î) Chap. 11, pp. 133 't suivantes.
DE BRIE-COMTË-RÔIJF!Rt 4Ô9
fut momentanée. Dans les comptes de la reine Jeanne, il n'en
est fait mention que deux fois ; il est vrai qu'il existe dans
ces comptes une lacune qui nous dérobe l'administration du
domaine pendant une vingtaine d'années. Voici dans quels
termes, il en est parlé pour la première fois :
Aux hoirs mons. Jehan de braye pour les cens et rentes de la
maison et jardin qui fu au petit presbitaire où madame avoii Jaici
faire la meaon aux malades^ à la Saint remy, xij deniers et landemain
de Noôl un boissel et demi de bled, iij mynes davoinne, chappon et
demi pour le quit d'une droiture.
Il est à remarquer que cet article, dans les comptes, figure
en même teitips que celui déjà cité et relatif au moulin à
chevaux « fait à Brie pendant les guerres ». A la date du
compte (i.%4), le moulin à chevaux et la maison aux mala-
des figurent comme des établissements n'existant plus qu'à
Tétat de souvenir. On ne s'en sert plus. En effet au chapitre
des recettes de ce même compte, il est dit que la maison aux
malades est louée à un tiers.
Du louage de la meson aux malades (i) que Jean du chemin le
josne (le jeune) tient à ferme iij ans commencez à la Saint'Jean«-
Baptiste CCCLXIII pour la some de Ix s. p. pour chascun an paiez
aux termes la Saint-Remy, Noôl, Pasques et la Saint-Jehan et aussy
doit paier chascun an telle droiture comme icelle maison doit à
mons. Thomas de braye (2) pour cet an auz ditz termes Ix s. p.
Par conséquent, tout au moins, depuis la Saint-Jean-
Bapiiste de i363, la maison aux malades cessa d'être affectée
à ce service spécial pour demeurer, dans le domaine, comme
(\) Dans les comptes de Michel Dupont, admodiateur du domaine seigneurial de Brie-
Comt .Robert, au \(f sièle, on lit au chapitre des recettes : « De la femme et enfans Simon
Le Feuve, pour maison et jardin iiant à la porte des Fontaines, appelée la maison aux malahs, 82
s. p. •» Cette somme représente, de toute évidence, la location d'une année. Je Juge bon de
la rapprocher de celle de 60 s. p. prix de la location du même immeuble en i^. Ces obser-
vations sur la fluctuation du prix d'objets dont la valeur intrinsèque n'a pas changé, sont
toujours intéressantes. La maison aux malades occupait l'immeuble appelé, plus tard, la
Trinilé.
a VC.S1636, — nous le verrons par la suite, — laCharité de Brie, dit un mémoire rédigé sur ce
sujet, loua une maison pour recevoir et soigner les pauvres malades. Cette maison t%X, proba-
blement, écrit le rédacteur du mémoire, celle que Von appelait ¥ulgairement la maison aux malades et
qui était située, à cette époque, rue des Fontaines. » Ce mémoire, on le voit, n'est pas éloigné
d'attribuer le nom, donné à cette maison, k l'usage qu'en put faire la Charité de Brie, alors que
cette maison était amsi désignée depuis le commencement de la seconde moitié du 14* siècle.
(2) Caci prouve bien que Thomas de Brie était le Ois de Jean, précédemment nommé.
4IO HStOIRE DE LA ViLLÈ
d'autres immeubles, une maison de rapport locatif . J'incline
à croire que, pendant les guerres, de même qu'on avait
créé un moulin, de même on créa une sorte d'hospice, deve-
nu indispensable par suite de Tinsécuritéde la campagne.
Saint-Lazare, en effet, par sa situation, devait être parfois
aussi inaccessible aux habitants de Brie que l'étaient le mou-
lin â vent et les moulins à eau. J'ajoute qu'il est ici une autre
remarque à faire. Le personnel, la garnison du château
devaient être, à ce moment, assez nombreux (i) et partant
compter un certain nombre de malades. Or, ce n'était point
à l'Hôtel-Dieu que les malades du château pouvaient trouver
les soins que réclamaient leur état. L'Hôtel-Dieu n'était,
en effet, pasâ proprement parler, un hôpital. Il semble bien,
dit M. Léon Le Grand, que les seuls malades soignés dans
cette maison fussent des voyageurs auquel l'état de leur
ganté ne leur permettait pas de poursuivre leur route. « Le
titre de la chapelle de THôtel-Dieu de Brie-Comte-Robert,
lit-on dans un mémoire du XVIP siàcle. c'est dédire la messe
quatre foys la sepmaine et d'administrer les sacremens auz
pauvres qui tombent malades, parce que sont des passants
quVdoivent loger une nuit ou deux (2). » rlus tard, d'ailleurs,
lorsque s'établit, à Brie, la confrérie de la Charité « pour
assister spirituellement et corporellement les pauvres mala-
des de la paroisse », la confrérie dut louer un immeuble spé-
cial, afin de recueillir ceux d'entre eux qui nécessitaient des
soins sp !'ciaux ou qui ne trouvaient chez eux qu'un abri inef-
ficace.
(t) C'est ici le cas de regretter la coupable incurie qui a éloigné de nos archives et de nos
dépôts publics, une collection remarquable et d'un haut intérêt pour l'histoire de nos pro-
vinces. Joursanvault avait réuni une série de documents originaux qui fut mis, après sa mort,
en vente. Le gouvernement, faute de quelques milliers de francs, laissa cette précieuse et
unique collection aller en Angleterre. On comprend qu'il soit difficile de la consulter. En ce
qui concerne Brie-Comte-Robert et l'époque qui nous occupe, les archives de Joursanvault
nous eussent fourni les renseignements suivants :
1350-1401 — Titres concernant diverses propriétés au Grand Val de Brie-Comte-Robert au
pressoir de la reine Jeanne. Ordonnances et pièces diverses sur la capitainerie et la conciergerie da
château de Hrie-Comte-Roberl. Approvisionnements de guerre du château, etc., etc. (8 pièces).
1401-1448. — Le receveur'de Brie-(2omte-Robert. pour le duc d'Orléans, paie diverses rentes.
Etat des hommes d'armes du château de Brie. Gages de Pagan de zMedicis, capitaine génois en garniiOK
au château de Brie-Comte-Robert. Gratification de Charles, duc d'Orléans, à Jean Foucault, capitaine du
même château. Indemnité a Mahieu de Villemcneux. trésorier de Brie-Comte-Robert, etc. etc.
(10 pièces).
;2) Les Maisons-Dieu et léproseries du diocèse de Paris, op, cit.
DE bRie-comte-robert 41 (
De plus, l'administration de l'Hôtel-Dieu échappait totale-
ment au seigneur de Brie. Nous en avons lait déjà la cons-
tatation (v. p. i^îg). Les lettres d'Innocent IV, en I2ri2. donnent
« aux l'rércs de la Maison-Dieu de Brie l'autorisation d'élever
une chapelle dans leur maison et d'avoir une cloche, en don-
nant mission à l'cvêque de Paris de nommer un chapelain. »
LE PLUS VIEUX BATIMENT 1
^Cliché [<ù à l'obligcincc
iRDE-FOURNIER
il Petit),
maison de Dieu, ne parle pas des frères attachtis àcet établis-
sement hospitalier. Il scmbl rait de la sorte, qu'entre 1207
cl I2?2. il se produisit un changemcntdansson organisation
et son administration. Robert II, aurait-il. par donation ou
Il est vrai qu'en 1207, Innocent Kf, en accordant à Robert II
de Dreux la permission d'élever une chapelle dans la même
412 HISTOIRE DE LA VILLE
par voie testamentaire, réglé la situation de la Maison-Dieu
en lui laissant toute son indépendance ? Y eut-il, sur ce point.
entre Robert III et les habitants de Brie un accord particu-
lier ? Rien ne nous est resté de cette époque, en ce qui touche
la Maison-Dieu. Si ses archives avaient conservé les
documents de sa fondation et de ses transformations, elles
disparurent, anéanties, lors de la prise de la ville de Brie,
en 1649, par l'armée royale sur les Frondeurs de Paris. Ce
qui est certain, c'est qu'en 1262, l'administration de la
Maison-Dieu était entre les mains de frères qui semblent
avoir été jusque-là fort indépendants puisqu'on leur impose,
à dater de ce moment seulement, un chapelain nommé par
révoque de Paris.
D'ailleurs, dans un Mémoire, dont j'ai déjà parlé, adressée
l'archevêque de Paris, en 1781, sur l'hôpital de Brie-Comte-
Robert, on lit ce qui suit : « Quoique de foute ancienneté,
l'administration de l'Hôtel-Dieu eût appartenu aux habitants
delà ville, néanmoins en 1647, ^^ grand aumônier de France,
confondant cet hôpital avec la Maladrerie de Saint-Lazare,
établie aux faubourgs, prétendit avoir droit de nommer une
personne pour administrer le dit Hôtel-Dieu. Les cardinaux
Richelieu et Rarbarin, successivement grands aumôniers,
nommèrent chacun une religieuse lesquelles administrèrent
cet Hôtel-Dieu seulement pour l'hospitalité des pauvres men-
diants et passagers, sans que les habitants de Brie fussent pour
cela privés de V administration du temporel. L'arrêt du Conseil
du 6 mai 1680 a jugé que cet Hôtel-Dieu n'est pas une simple
maladrerie mais bien un hôpital municipal, etc. etc. »
Il demeure, donc, à peu près certain que dès le i3* siècle,
à tout le moins, l'Hôtel-Dieu était administré par les habi-
tants, c'est-à-dire que le temporel était entre leurs mains et
qu'ils payaient, sur les revenus, des frères ou soeurs chargés
spécialement des soins à donner aux hospitalisés. C'est, en
somme, ce qui se passe de nos jours encore. L'évèque nom-
mait le chapelain de l'établissement, ainsi que le prescrivent
les lettres d'Innocent IV, et était qualifié de premier admi-
nistrateur-né de l'hôpital, c'est-à-dire qu'il gardait la haute
main sur la gestion, sur les soins à donner aux pauvres men-
DE BRIE-COMTE-ROBERT 4l3
diants et passagers. C'était, du reste, un des droits que
défendirent le plus jalousement les évêques. (i) A leur avis,
cr renseignement du Christ avait fait germer des idées de
charité inconnues au monde païen ; la religion chrétienne
inspirait à ceux qui consacrent leur vie au soin des pauvres
et des malades Tesprit de dévouement et de sacrifice ; il était
donc naturel que l'Eglise conservât la direction d'un courant
qu'elle même avait fait naître. »
Quel que soit, cependant, le modusvivendi qui s'établit pour
la gestion des hospitalisés, et l'administration des biens de
l'hôpital, il est clair que le seigneur n'avait depuis le i3*
siècle aucune part ni à l'une ni à l'autre. De là, la nécessité,
pour la reine Jeanne d'Evreux, de créer, en vue de son service
particulier, la \Maison aux \Malades; mais cette affectation
spéciale de l'immeuble, qu'elle acheta au petit presbitaire, fut
de courte durée.
Tout ce que je viens de dire touchant l'Hôtel-Dieu laisse
entendre que Tévêque de Paris ne se désintéressa pas de
l'HOtel-Dieu de Brie, pas plus, du reste, que de toutes les
maisons hospitalières de son diocèse. Ne pouvant s'occuper,
lui-même, du détail de la gestion des hôpitaux, il semble qu'il
confia ce soin, d'abord, auxarchidiacres qui visitaient alors les
établissements hospitaliers en même temps que la paroisse ;
tf puis, dit M. Léon Legrand, l'évèque prit le parti de déléguer
un visiteur spécial chargé de l'inspection et de la correction
des établissements, ainsi que de l'audition des comptes. »
Le consciencieux érudit auquel j'emprunte ces lignes a publié
récemment le registre de l'un de cq^ visiteurs. (2)
(ij Les frères de l'Hôtel-Dieu de Brie essayèrent-ils de s'affranchir de la tutelle de révê-
que ? Les habitants voulurent-ils contester le droit que s'arrogeait le prélat ? Peut-être la
lettre d'Innocent IV, en imposant un chapelain nommé par l'évéque mit-elle fin à quelque
conflit de cette nature. Ce qui est certain, c'est qu'-au cours de ce siècle, il dut y avoir des
démêlés semblables sur plusieurs points, car on trouve dans Guérard (Cart. de N.-D. 1,
184) le jugement rendu par un conseil convoqué par l'abbé de Saint-Denis, régent du
royaume, pour juger un semblable différend où il est dit : « Quia domus leprosorum et
domus dci sunt in protectione et custodia episcopi, et curam earum régit tam in spiritualibus
et temporalibus... »
f2) a Les premiers visiteurs dont on ait conservé les noms pour le diocèse de Paris, dit
M. Legrand. sont messire Thierry et messire Jean de Saint-Josse, qu'on trouve en fonctions
en 1528, puis Ainieri Vigier qui portait ce titre des 154? et l'avait encore en 1350. Enfin en
1351 fut nommé Jean de Villescoublain, rédacteur du registre qui fait l'objet de la présente
étude. »
-ll-l
HiST'ABZ IjE 1.1 m.: z
- » ■
Que Z^ J-« eu .C;. . .1 "!'. j^l«ik-J .' LwC ...d. -.-^C" ,^
nôtre ville c: pâr:;cul:cr:;-T:cn: iarir^ 1' -xr» r?»
hospitalier.
::r liiir^ rar "eor.
■' r T "" — :î-
—
-r—
rîTcL
"I r*
- • «
^^».'
'ir^'^
de
^
■r
casse:
tobris dict'j <inn'.. î;i: :''. lau-^a
visitacton:^ « in. tn; fratres et
cooi>. cpî-^copi îuni F^**r:'Lias:^
suh Tij marni anco •.»■. .-. ^:. :::,
dominum ^e*rL;m ".e ^.urt:.:-.
prc- hi ta ru rr* Bi ^ un : : r. en : . - d : -
ct<i<, fratrem.
ïtcm pcr littcra- doTtir.. Au-
docnii soh '. ij die '^:! i-r>. îinn v
«(C'':^ifiJt, ipsum d'jrri:r.i:rr; f'e-
trom. maîfi^trurn.
Ifern. per !;rî'jr;j- :-:^';;rjr.,
f'ctri, Pansîcr.-:^ n'jr.- e:^!-^ :;»:...
5uh fiono pie^e/it: -^"r -îti r. -:
oct?iHa^ esfivaiis San.:: Martini,
Svnrioncm Douvn. fratrem et 1 >-
hannarn eju-. uxorcm. ^or ^rem
dicte dornu-;.
Item, ut dijilur. Sabiliam fiur-
Kondcrn, sororem, ahscnlcm.
Non plures.
Item, ut dicitur. dominum An-
drcarn. nunc curatum de \'ero
Ala^no, cjui propter curam suam
résignasse videtur fraternati sue.
Item, ut dicitur. Vsahelatam
"e Colomensis quandam soro-
1, que, ut dicitur, resignavit
ç fraternitati sue voluntarie.
r^e :: 1.11 anche deu v ictocrr i
p.:-!.'- .c -isiter ec -e trouTai les
f":n: . Pierre de^ C:.a^îi^§,
^.- -._-.w>e ^e oesançac
r'rêre dc-.ignc par lettres de Focl-
:;^e-. a! r-j c-.c^ue de Pans, en
da*e du : 2 marâ i 3 4^.
/:.; î. l'j mcme Pierre, nomme
r:..?:.:re par lettres d'Aud oin. en
--e -iu 7 :-::-.bre 13.19.
/.v-i;. S. min Djuyn. frère, et
Jeanne, -«a îemme, >*t:ur de la
c.te iTiai-îOn. investis» par letlres
de-j '. icaire^ de Pierre, en ce mo-
ment êvc:|ue de Paris, en date
du samedi après l'o^rtave de la
Saint Martin dèlè (16 juillet),
année présente h 3^1).
//e;;?, comme il (nous) est dit.
SihilieBjurgogne.sœur absente.
Il n'y en a pas d'autres.
Ilem, comme il (nous) est dît,
•André, maintenant curé de \'ert-
le-Grand, qui paraît avoir re-
noncé à la fraternité pour prendre
possession de cette cure.
Item, comme il (nous) est dit,
Isabelle de Coulmier-, précé-
demment sceur, qui, ainsi qu'on
nous l'apprend, renonça volon-
tairement à la fraternité.
DE BRIE-COMTE-ROBERT
A^^
'L'ênumération de ce personnel semble indiquer que les
frères, les sœurs de la maison de Dieu de Brie-Comle-Robert,
n'avaient aucun caractère religieux et qu'ils étaient simple-
ment unis par une volonté commune, toujours révocable, de
se consacrer aux soins des passagers et des pauvres men-
diants.)
'Possessionnes seu immobilia, ejus
\x^^ arpenta terre in diversis
locis de quibus pro blado xxxij
arpenta et pro marcessiis de xlvj.
residua in jacheris, xij arpenta
vinearum tailiatarum, iiij arpenta
pratarum ; item medietatem unius
molendini apud Bouciacum, va-
leutem c solidos redditus ; item
plures domos quorum major pars
vacua, tamen in locagiis moder-
nis aliquarum viij 1. ; si omnes
locale essent redderent xx 1. vel
xviij 1.; item apud Sanctum An-
dream de Bouci minuti census
olim circiter ix s . nunc circiter
iiij s. vj d ; item in decimio bladi
et avene circiter Evris, nunc maie
solutis, nuncque non excentibus
V vel vj sextaria grani.
Mohilia dicte domus :
xij culcitre, xij pulvinaria, xij
cooperture pro peuperibus seu in
hospitalitate et viij auricularia ;
Propriétés ou immeubles
de la dite maison
Cent vingt arpents de terre en
divers lieux, dont trente-deux
arpents en blé et quarante-six en
marais, le restant en jachère,
douze arpents de vignes, quatre
arpents de prés ; item la moitié
d'un moulin auprès de Boussy
(Boussy-Saint-Antoine, cant. de
Boissy St-Léger. Seine-et-Oise)
valant cent sols de revenu ; item
plusieurs maisons dont la ma-
jeure partie est vacante, mais
cependant rapportant pour la lo-
cation, récemment faite, de quel-
ques unes huit livres ; si toutes
étaient louées elles rapporteraient
vingt livres ou tout au moins
dix-huit livres ; iiem auprès de
Saint-And ré de Boussy des menus
cens, valant autrefois environ
neuf sols, et maintenant environ
quatre sols six deniers ; item sur
la dime de blé et de l'avoine des
environs d'Evry (Evry-les-Châ-
teaux, cant de Brie-Comte-Ro-
bert), actuellement mal payée,
mais n'excédant pas, dans les
temps présents ; cinq ou six sep-
tiers de grains.
Objets mobiliers de la dite maison
Douze couches, douze matelas,
douze couvertures pour les pau-
vres ou pour ceux qui reçoivent
4ib
HISTOIRE DE LA VILLE
item per domum in cameris et
apud Hersas, x calcitre. x pulvi-
naria, x cooperture ; item in
caméra una ad partem xiij culci-
tre. vj pulvinaria, iifj cooperture ;
item in caméra magistri iij sargie
et una calcitre picta ; item, xj
auricularia, xj capitegia ; item
vj" lintheamina pro hospitalité
et per domum xxiiij lintheamina,
et in huchicis et coffris in pluribus
cameris Ix lintheamina.
xviij mappe. xx manutergi, vj
poti dscupro, vj patelle caudam,
una lechefrita, ij candelabra, una
patella ferri, iij calderie, ij alie
magne caJderie, una magne
patella ad freandum. unus cacra-
bus, ij pelves. quorum unus est
lavatorius, ij calfoerie, xij pinte,
iij plati. xvj magne, xiij parve
scutclle de stanno. ij ciphi madrei,
ij gobeleti et viij cocltaria argenti,
iiij coffri, iiij arche, iiij tabule,
pluresformuie cathedre, scanma,
prave arche seu huchie et res alie
plures, iiij cuppe ad foulendum,
iiij balneriœ et unus caserius,
plura vasa muscarum.
l'hospitalité et huit oreillers ;
i7e/;t.dans la maison, en diverses
chambres (i) et aux Ilarces(2),dix
couches, dix matelas, dix couver-
tures ; iiem^ dans une chambre (à
part) treize couches, six matelas,
quatre couvertures ; item, dans
la chambre du maître quatre
(rideaux de) serge et une couche
peinte ; item douze oreillers,
onze couvre chef (3) ; item cent
vingt draps de lit pour le service
de l'hospilalité et pour la mai-
son vingt-huit draps de lit et
dans les armoires et coffres, en
plusieurs chambres, soixante
draps de lit.
Dix-huit nappes, vingt essuie-
mains, dix pots de cuivre, six
casseroles à queue, une lèchefrite,
deux candélabres, une casserole
en fer, trois chaudrons, deux
autres grands chaudrons, un
grand bassin à broyer (4) une
marmite, deux bassins, dont un
pour laver, deux chauffoirs. douze
pintes, neuf chopines, trois plats,
seize grandes et treize petites
écuelles d'étain deux vases de
madré, deux gobelets et huit
cuillères d'argent quatre coffres,
quatre armoires, quatre tables,
plusieurs cadres, chaises, esca-
beaux, petites armoires ou
(l)Nous avons, là. la preuve que l'Hotel-Dieu au 14' siècle ne se réduisait pasà la salle dont
j"ai déjà parlé, dont j'ai même donné des plans et dont la façade snr la rue Graterie (des Halle>
nous est conservée ; létablisNemcne. on le verra parla suite, avait une tout aufre importance.
C2) I.cs Herces étaient une l'ernie sur le territoire de Bric-Comte-Robert située sur le chemin
de Périgny. (^omme beaucoup d'autres, il nen reste rien, pas même le souvenir. J'aurai a en
reparler par lasnite. Dans une déclaration des biensde l'Hôtel-Pieu, de 1554. je lis :« La maison
et ferme des Harces. court, granges, étables. masures, jardin et tout le lieu et pourpris ainsi qu'il
se comporte assis près de Braye qui se consiste et contient deux arpens de terre ou environ »
(5) Peut-être de simples bonnets de nuit.
(4) Peut-être un mortier.
DE BRIE-COMTE-ROBERT
417
iiij equi. unuspoulanus, ij qua-
drige, ij tumbarelli, iij rote,
ij carruce bone cun harnesiis
carum, alie prave carruce
Item, apud Herses, iiij "* vaccc,
ij genicie ix porci, ij suas, vij*''
bidentes ad lanam ; item circiler
XX libras filii lini ad faciendam
telam. Item circiter x libras ca-
napis ad laborandum.
In f^ranchia^ et orreis al celano :
Unus lardus cum dimidio. Cir-
citer quatuor sextaria bladi fla-
gellati pro seminando ; circiter,
iiij minas fabarum, iiij ^^ qua-
drigatas feni ; circiter x arpenta
terrarum seminatarum in blado,
et de feno pro equis.
In f^ranchia de Ilerches
de ptrtinenciis dicte domus :
Circiter, prout per aspeccionem
gerbarum potuit estimari, iiij
modia bladi, iiij modia avene, ij
choiselli (i) plein gerbis vecie,
huches et plusieurs autres choses,
quatre cuves à fouler, quatre
baignoires et un caserel (i), plu-
sieurs ruches d'abeille (2).
Quatre chevaux, un poulain,
deux chariots à quatre chevaux,
deux tomberaux, quatre chars,
deux voitures à quatre roues
bonnes avec leur harnaie. une
autre en mauvais état.
HenK aux Herses, quatres va-
ches, deux génisses, neuf porcs,
deux truies, cent quarante ani-
maux à laine; //em, environ vingt
livres de fil de lin pour faire de
a toile. Item environ dix livres de
chanvre à travailler.
DansLi grange, dins les greniers,
dans le cellier :
Un lard avec la moitié (d'un
autre). Environ quatre seiiers
de blé battu pour ensemencer ;
environ quatre mines de fève,
quatre charretées de foin; environ
dix arpents de terre semés en blé,
et de foin pour les chevaux.
Dans la grange de Herses.
des dépendances de la maison :
Environ, et selon que l'on peut
l'estimer à la vue des gerbes,
sept muids de blé, quatre muids
d'avoine, deux chais (3) (?) pleins
I) Jf propose Ciserel pour traduire caserius. \.c caserel est une forme en paille ou petite boite
en fer. percée de trous, pour faire égoutter le fromage.
2 Je n'entrevois que cette explication qui n'a, du reste, rien d'inacceptable pour vdsû minca-
rum, dont la traduction littérale est vdj«rf<r mousches.
?) On ignore, dit M. Legrand, le sens précis de ce terme. Carpentier. dans ses additions à
1 )u ('ange, cite à propos de ce mot le texte du registre, duquel est extrait le présent procés-
verbal.et suppose qu'il s'agit de quelque véhicule (Du Cangc, éd. Didot, II, 333). Cette interpré-
tation, ajoute M. Legrand. nous semble assez hypothétique.
Il semblerait, à mon avis^ qu'il s'agit plutôt ici de remises ou greniers et je proposerai le sens
«je chai chah (magasin au raz de terre) de caiam, cayos, Diez s'est demandé pourquoi de ce*
formes, le français n'aurait pas conservé un mot chai ; il existe mais en langage spécial, c'est au
reste un similaire de quai.
27
4i8
HISTOIRE DE La VILLE
ij alii pleni feno ; modicumordei.
V dolia, ij caude in basso cela-
rio, iij caude in alto celario, viai
Qovi ; item, in altéra cavariafere,
una cauda vint veteris ; in ipsis
locis, ij caude vini renovati, ij
dolia et très caude dispense.
Res cappelle :
Unus calix cum patena, aureati,
de argento> ij missales, unus an-
tiphonarius notatus, ij gradalia
notata ; unus magnus breviarius
notatus, unus manuelis et pro
aqua benedicenda ; alius brevia-
rius notatus, quam attulit dictus
magister, plura corporalia, ij ma-
gna vestimenta pro presbitero,
iij superlicia, ij custodes, plures
reliquie sanctorum ignotorum,
ij burete, una cuppa cupri ubi
requiescit corpus Christi, x
mappe pro altari, unus breviarius
ad usum Suessionensem, unum
psalterium optimum, alius bre-
viarius ad usum Bisontinum ;
aliud psalterium antiquum cum
commun! Sanctorum ; alius bre-
viarius notatus ad usum Pari-
siensem.
Domus sunl in bono statu et
edificia nova liunt ibi.
de gerbes de vesce, deux autres
pleins de foin ; un peu d'orge.
Cinq tonneaux, deux queues de
vin nouveau dans le cellier du
bas et trois dans celui du haut ;
item, dans un autre vaisseau à
peu prôs une queue de vin vieux ;
dans les mêmes lieux, deux
queues de vin nouveau, deux
tonneaux et trois queues de vin
mélangé.
Objets de la chapelle :
Un calice avec sa patène en
argent doré ; deux missels, un
antiphonaire noté, deux graduels
notés, un grand bréviaire noté,
un manuel pour bénir Teau ; un
autre bréviaire noté qui fut ap-
porté par le dit maître (Pierre
des Courtils). plusieurs corpo-
raux, deux grands vêtements pour
le prêtre, deux surplis, deux
custodes, plusieurs reliques de
saints inconnus, deux burettes,
une coupe de cuivre où repose le
corps du Christ, dix nappes d'au-
tel, un bréviaire à l^usag^e (du
diocèse) de Soissons, un psautier
excellent, un autre bréviaire à
l'usage (du diocèse) de Besançon ;
un autre vieux psautier avec le
commun des Saints ; un autre
bréviaire noté, à l'usage (du dio-
cèse) de Paris ; un vieux
Les bâtiments sont en bon état
et on en construit de nouveaux.
(]c dr)cumcnt nous fournit, pris sur le vif, Tétat dans lequel
se trouvait rH(')tel-l)ieu à cette époque. Son mobilier hospi-
talier était, à ce qu'il semble, aussi complet que possible,
dans tous les cas autrement entretenu qu'il ne le fut dans les
siècles postérieurs, comme nous le verrons par la suite.
Quantau domaine foncier qui s'accrut encore, son importance
DE BRIE-COMTE-ROBERT
419
n'échappera à personne. Le fléchissement de certains revenus
constaté par Jean d'Escoublain, au cours de son inspection,
s'explique par Tétat du pays, (i35i) déjà éprouvé par les
premiers malheurs de la guerre de Cent Ans.
Jean d'Kscoublain nous fournit aussi des renseignements
précieux sur la léproserie de Saint-Lazare (i), dont j'ai plus
haut signalé l'ancienne existence (2). Son registre de visite con-
tient sur cet établissement hospitalier la description suivante:
DOMIS LEPROSARIE DE BrAYA
Die secunda in sero et die lertia
mensisoclobris, fui ibi. visitando,
et ioveni fratres et sororcs ut
inferius coutinetur.
Lt primo, dominum Johannem
Theobaldi. presbiterum, provi-
soremseu magistrum dicte domus
et non fratrem, per litteras vica-
riorum domini A(udonei). tune
episcopi Parisiensis, sub xvj die
octobris anno MCCCL
Item Girardum de Varet quon-
dam clericum, nuncpresbiterum,
donatum et fratrem per litteras
domini G. quondam Parisiensis
episcopi, sub die veneris post
sanctum Barnabum apostolum
anno M CCCXIUI (3).
Item per litteras vicariorum
domini G. quondam Parisiensis
episcopi sub die veneris sancta
anno M CGC XXXIX Géraldum
de Arboretto fratrem, nunc de-
functum.
Item dominum Johannem de
V'iridi Montanca, presbiterum.
absentem (est magister Filiarum
dei) fratrem et donatum dicte
Maison de la Léproserie de Brie
Le deuxième jour, au soir, et
le troisième jour d'octobre, je
me rendis en ce lieu pour le
visiter, et j'ai trouvé les frères et
sœurs comme il suit :
Et, premièrement, Jean Thi-
baud, prêtre, curateur ou maître
de la dite maison et non frère
(nommé) par lettres de Audoin,
alors évoque de Paris, en date
du seize octobre 1350.
//em, Girard de Varet. précé-
demment clerc, maintenant prê-
tre, frère (nommé) par le très de
G. autrefois évêque de Paris, en
date du vendredi après Saint-
Barnabe, apôtre (14 juin^ i3i4«
//e/n, Géirald de Arbret frère,
maintenant défunt, (qui avait été)
nommé par lettres des vicaires
de G. autrefois évêque de Paris,
en date du vendredi saint (14
'339) ('340 n. s.)
//ew, Jean de Vermont, prêtre
absent (il vient d'être nommé
maître des Filles de Dieu) quand
il était présent frère et venu à la
(1) C'est aujourd'hui la propriété de M. Thibaud.
(2) V. p. 150.
,3) En marge : %* Defunctus est ». Il est décédé.
420
HISTOIRE DE LA VILLE
domus, se et xxx libtas, per
itteras domini Guillelmi tune
episcopi Parisiensis. subxviij die
septembris M CGC XL primo.
Item et Petroaillam dictam
La Chèvre, absentem ;
Item et Âsselinam de Barra,
absentem ;
VMlle de prisia dicte domus :
Brayam et Servonem.
dite maison avec trente livres,
nommé par lettres de Guillaume
alors évoque de Paris en date
du treize septembre 1341.
Item, Petronille, dite La Chèvre
absente.
Ilem Âsselinede Barre,absente
Ville de prise (i) de la dite
maison : Brie et Servoa.
Immohilia et possession nés reriim
immobilitim ejus :
Circiter xiij" vj arpenta terre,
quorum pes blado yvernali xliiij
arpenta, pro marceschiis Ixiiij et
residuum in jacheriis et variis ;
circiter viij arpenta vinearum
talliatarum et unum, diu est
in frichio, de novo traditum
ad faciendum ; circiter sex arpenta
pratorum, xxxvj arpenta nemo-
rum et usagium in alio nemore
quod dicitur de Chevri, capiendo,
si placet qualibet ebdomada, ij
quadrigatas sine vendenda ; item
habet domui unam decimam in
territorio de Braya inter duos
cheminos, nune pro tribus annis
traditam pro xiiij sextariis bladi
et avene.
Item redditus grani : super
matriculariis de Combis unum
sextarium bladi et unum sexta-
rium avene ; apud Brayam super
decimam Sancti Victoris unam
Immeubles et possessions des choses
immobilières de la maison :
Environ cent soixante-six ar-
pents de terre, desquels (il y a),
en blé d'hiver, quarante-quatre
arpents en marais soixante trois,
et le reste en jachères ou diverses
cultures ; environ huit arpents de
vigne et un arpent aujourd'hui en
friche mais qui va incessamment
être remis en travail ; envi-
ron six arpens de prés, trente
sept arpents de bois et un droit
d'usage dans un autre bois qui
est dit de Chevry, où l'en peut
prendre à son gré, chaque se-
maine, quatre charretées, sans
pouvoir les vendre ; item la mai-
son possède une dime dans le
territoire de Brie entre deux che-
mins, et qui est engagée pour
trois ans pour quatorze setiers
de blé et d'avoine.
Item les revenus en grain (de la
maison) : sur les marguilhers de
Combes, (2) un setier de blé et un
d'avoine ; auprès de Brie, sur la
dîme de Saint-Victor (3) une
(I) O qui veut dire que Servon, village voisin de Brie-Comte-Robert, était compris dans la
prise ou circonscription de la léproserie de cette dernière localité.
^2> ('ombs-Ia-Ville, à 5 kil. de Brie-Comte-Robert.
\'i. li Villeinencux.
bË BRIÊ-dOMtÊ-I^ÔBËRr
411
minam bladi, aliam avene ; et
super decimam abbatie de Jardo
in Braya unum sextarium bladi
et UDum avene.
Redditus in pecunia a pluribus
personis in festo Sancli Remigii
in ipsamet domo afferendi : viij s
iiij d. minuti censuset oblaciones
cappelle, modicum modo valent.
Res cappelle :
Quidam calix cum patena de
argento albo, unus missalis no-
tatus. unum gradale et unus pro-
sarius notati, unus brevianus de
Sanctis, sine nota, antiquus. Alius
de minuta littera cum nota faciens
médium tempus, scilicet a Trini-
tate usque ad Adventum, cum
communi Sanctorum. Quidam
antiquus notatus antiphonarius,
unum psalterium feriale cum
ymnis, plura corporalia, una
pixidis de ebore, iij paria vesti-
mentorum pro sacerdote furnita,
et una antiqua casula, iij super-
licia et una almucia, xv mappe
pro altari, una curtina, ij custodes
prave, duo auricularia pro altari,
reliquie Sancti Fiacri in uno vase
et alie res, vas cupri fractum pro
aqua benedicta.
Mrbilia dicte domus :
Quatuor equi cum hernesio
toto eorum, ij quadrige et unus
tumberellus, cum iiij ^^ rôtis fer-
mine de blé et une d'avoine ; et
sur la dîme de l'abbaye du Jard
en Brie ( i ), un setier de blé et un
d'avoine.
Revenus en espèces dûs par
plusieurs personnes qui doivent
les porter à la maison même, à la
fête de Saint-Remy : huit sols
quatre deniers de menus cens et
les offrandes de la chapelle;
seulement elles valent peu de
choses.
Ohjeis de la chapelle :
Un calice avec sa patène d'ar-
gent blanc, un missel noté, un
graduel avec les proses notés, un
bréviaire des Saints, sans notes
et vieux. Un autre d'une écriture
fine, avec notes, pour le temps
moyen, c'est-à-dire depuis la Tri-
nité jusqu'à l'Avent, avec le com-
mun des Saints. Un antiphonaire
ancien, noté, un psautier pour les
jours fériés avec les hymnes,
plusieurs corporaux, un bassin
d'ivoire, trois paires de vêtements
pour le service divin, et une
vieille chasuble, trois surplis et
une aumusse, quinze nappes d'au-
tel, une courtine, deux custodes
en mauvais état, deux coussins
pour l'autel, des reliques de Saint
Fiacre dans un reliquaire et d'au-
tres choses, un vase de cuivre,
fêlé, pour l'eau bénite.
(Mobilier de la d-te maison :
Quatre chevaux avec leur har-
nais complet, deux chars et un
tombereau à quatre roues ferrées,
(i) Le Jard. ancien château des Capétiens, où Philippe-Auguste, d'après quelques historiens,
serait né ; transformé en abbaye royale par la veuve de Louis VII, le Jeune, (tctc du comte
Robert, de Dreux, seigneur de Brie. Aujourd'hui château moderne appartenant à M»* Renard.
(Commune de Voisenon, cant, nord de Melun).
422
rilSTÔIRÈ DE LÀ VILLK
ratis, iij carrucis munitis. iij vace,
une genicia et unus tauiellus,
XXX porci, ix^'^x bidentesad lanam
et volatilia ; item xvj culcitre,
xiiij pulvinaria, ij auricularia, vj
tapeti de lana, iij culcitre picte,
una sargia, xl lintheamina quo-
rum major pars prava, ij operate,
ix alie plane, tam bone quam
prave, mappe, x manutergie ;
item xij poti, vj plati, xxij magne,
xij parve scutelledestanno, unus
pelvis, una calfoeria, unum lava-
torium de cupro, ij cacabi, ij
calderie, vj poti cuprei. iiij co-
clearia argenti, iij tripedes una
craticula, una magrra ad frean-
dum, iij alie patelle eris, ij cani-
culi de ferro, iiij ^""candelabra de
cupro.
Item, iiij ^^ cuppe ad foulen-
dum, ij parve et ij balnerie ad
trahendum vinum, iij tonne pro
vino ponendo, unus larderius,
plures tabule, formule, huchieet
coflri.
ix caude vini novi, aliud vêtus
vinum et una tonna plena dis-
pense. Circiter unum modium
grani bladi flagellati, et unum
modium in xvj arpentis terre sé-
minale : item et ab augusto in
comedendo et in vendendo cir-
citer ij modia et v sextaria ex-
pcnsa.
trois chars couverts, trois vaches,
une génisse et un taureau, trois
porcs, cen' quatre-vingt-dix b6tes
à laine et des volatiles ; item
seize couches, quatorze matelas,
deux oreillers, six tapis de laine,
quatre couches peintes, une serge,
quaran*e draps de lit dont la
plus grande partie est en mauvais
état, deux nappes ouvrées, neuf
autres unies, les unes bonnes, les
autres mauvaises, dix serviettes ;
item douze pots, six plats, vingt-
deux grandes et douze petites
écuelles d'étain, une pelle, un
chauffoir, un bassin à laver en
cuivre, deux marmites, deux
chaudrons, six pots de cuivre,
quatre cuillères d*argeat, trois
trépieds, un gril, un grand (bas-
sin) pour broyer, deux autres
d'airain, deux chandeliers de fer,
quatre candélabres de cuivre.
Item quatre bassins à fouler,
deux petites et deux pour tirer le
vin, trois tonneaux pour contenir
le vin, un lardier (saloir), plu-
sieurs tables, cadres, huches et
coffres .
Neuf queues de vin nouveau,
une autre de vin vieux et une
tonne pleine de vin mélangé.
Environ un muid de blé en grain
battu et un muid semé en seize
arpents de terre ( i ) ; i/em, depuis le
mois d'août, deux muids et deux
setiers de blé environ consommés
dans la maison ou vendus.
In orafichîJs, in gerbis : Dans les granges, en gerbes:
Circiter X modia bladi, X modia Environ dix muids de blé et
M; Le muid de Paris valait 1875 litres, pour le blé, on sème, aujourd'hui, de 100, à I2Ç litres
par arpent, ce qui, pour seize arpents, donne, respectivement, ou 1600, ou 2000 litres. On voit
qu'il n'egt rien de changé dans les ensemencements du blé.
bE BRIÊ-COMTÈ-ROBERT 42^
avene, iij sextaria ordei, modi- dix muids d'avoine ; trois setiers
cum fabarum pro vivere suo, de d'orge, quelque peu de fèves
vecia pro equis. pour la consommation courante
et autant de vesces pour les che-
vaux.
Domussunt in satis bono statu. Les bâtiments sont en assez
exceptis aliquibus indigentibus bon état, excepté quelques toitu-
cooperturis et magna parle cap- res qui ont besoin de réparations
pelle que corruit. et une grande partie de la chap-
pelle qui tombe en ruines.
La dernière phrase de ce procès-verbal de visite indique
suffisamment Tancienneté des bâtiments et est une nouvelle
preuve de ce que j'ai avancé plus haut à ce sujet. On voit, en
même temps que la mesure prise en 1201 — et dont j'ai
parlé — qui centralisait à Melun et à Corbeil les lépreux des
maladreries instituées dans ces châtellenies et particulière-
ment de Brie-Comte-Robert (i), avait certainement été rap-
portée, au moins en ce qui concernait Brie. Peut-être, lorsque
Brie-Comte-Robert fut érigée en châtellenie, à la fin du i3*
siècle ou au commencement du 14*, sa léproserie fut-elle
admise à recevoir de nouveau des malades. Quoiqu'il en soit,
elle fonctionnait lorsque Jean de Villescoublain visita l'éta-
blissement en i3bi, et elle devait être en exercice depuis un
certain nombre d'années puisque on y trouve des objets
mobiliers, tels par exemple, que les draps de lit ou des
nappes pour la plupart en mauvais état.
Ce document, si intéressant qu'il soit au sujet du mobilier
garnissant la léproserie ou des immeubles qui en font la
richesse, n'est heureusement pas le seul qui nous soit
parvenu. Il en est d'autres et particulièrement celui dont j'ai
donné les premières lignes (2) qui nous fournit sur la mala-
drerie du 14'' siècle des détails topographiques précieux à
recueillir, d'autant que la disposition des bâtiments a singu-
lièrement changé depuis. Je crois nécessaire de reproduire
ici, en son entier, cette pièce qui est datée du 24 juillet i3g4.
(1) A cette époque, ainsi que je l'ai déjà expliqué, Bric faisait partie de la châtellenie de
Corbeil.
(2) V. p. 150.
4M
Histoire de la ville
Cum habitantes ville de braya
comitis roberti, ac matricularii
ecclesie sancti stephani ejusdem
ville nobis exponi fecissent quod
licet per habitantes ville pre-
dicte dudum domus leprosarie
prope et extradictam villam exis-
lens pro recipiendis ibidem illis
dedicta villa, vel ipsiussuburbiis,
qui morbo lèpre forent infecti
fundata et per ipsos competenii-
bus edificiispro dictis intirmis ac
magistro et administratore do-
mus predicte sépara tisabinvicem,
sub uno tamen circuitoseu pour-
prisio facta et constructa fuerit
sic quod non sani a sanis et eorum
societate ommino commorari po-
terant atque possunt in eadcm
separatim competenter et secrète.
Et in eodcm statu permanserit
predicta domus, a dicte fundacio-
nistempore,absquehocquod raa-
giste»- seu administrator ejusdem,
gente^, equos vel alia animalia
in eadem hospitare, ant in do-
mum sive habitationem intirmo-
rum, queclausa remanere débet,
aperturam fecere, quominus edi-
ficia ad mansionem dictorum
intîrmorum pertinentia, curtis
et orti et eorum omnino sepa-
rati remaneant a dicti magistri
seu administratori et serviiojum
suorum ac familiarium habita-
tione tencatur que sapradictc
domus gubernator, editicia et
clausuras ejusdem in statu an-
tiquo tenere et ea reparare ac
sufficenter susiinere dum casus
Les habitants de la ville de
Brie-Comte Robert et les mar-
guilliers de l'église Saint Etienne
de la ville nous ont fait exposer
qu'il existe, depuis fort longtemps,
près et en dehors de la dite ville,
une maison de léproserie fondée
par les habitants, et de leur
consentement, pour recevoir ceux
qui, soit de la dite ville, soit des
lieux environnants, seraient infec-
tés de lépre ; que cette maison
fut élevée et construite par leurs
soins et composée de bâtiments
appropriés au logement des dits
malades et de l'administrateur
et maître de la dite maison,
séparés les uns des autres mais
réunis dans une seule enceinte.
ou pourpris de telle façon, que
les malades tout en demeurant à
côté des personnes saines, sous
le même toit, en fussent convena-
blement isolés.
La dite maison était demeurée
dans le même état depuis sa
fondation. Mais voilà que Jean
de Paicn. soit qu'il fut maître et
administrateur, soit qu il agit
pour le maître et l'administrateur
de la maison, soit son fermier.
soit son admodiateur tant pour
la maison ou les édifices réservés
aux malades depuis l'origine de
la maison» tant pour la portion
de limmeublc qui en est séparée,
a voulu loger dans la maison des
étrangers, des chevauxet d'autres
animaux ; il a fait faire une ou-
verture dans la maison ou hôtei
des malades, portion qui devait
rester clôturée, et ainsi la de-
meure des dits malades, leur
cour, leurs jardins ne sont plus
bË BRIÈ-dOMtE-ROBERT
42i
exigit. absque forme antique
ipsius imminutione, hiis tamen
non obstantibusjohannes Pagani
pro magistro et dicte domus
administratore se gerens, aut
cjus lirmarius, vel amodiatorpro
ipsa edilicia et habitationem
domus predicte prodictisinfirmis
ab olim ordinata, sive disposata
pro parte rescindi fecerat ; ac
quandanm mulierem infirmam
ibidem existentem strute in mo-
dica portione antiqui edificii,
quam pro caméra sibi ordinave-
rat ; posuerateandem et reliquam
partem in stabulis equorum et
animalium que in dicta domo,
per modum hospitalarie ac
etiam omnes transeuntes tan-
quam in hospicio publico et
taverna, tam de die quam de
nocte, contra ordinacionem fun-
dacionis dicte domus, recipie-
bantur indistinte, disposuerat.
Et insuper quamvis infîrmi
commorantes in domo predicta
et separatim ab omni tempore
manere consuevissent, dictus
lamen Pagani aut ejus fîrmarius
predictus, clausuram et muros
jardini dictorum infîrmorum
dirui fecerat et unam aperturam
atque porta a parte camporum
ad oppositum principalis domus
fieri per modum predictorum
infirmorum transeundo.
complètement séparés de Thabi-
tation du maître ou administra-
teur, de ses serviteurs ou des
gens de sa famille. De plus, le
gouverneur de la maison était
tenu de maintenir dans Tétat
ancien les bâtiments et les clô-
tures de la maison, de les répa-
rer et de les entretenir d'une
façon convenable quand les cir-
constances l'exigeaient à moins
que l'état de ruine de ceux-ci n'y
fit obstacle. Or, Jean de Païen
ayante loger une femme infirme,
depuis longtemps hospitalisée
dans la maison. Ta reléguée dans
un réduit du plus ancien bâti-
ment qu'il lui h donné comme
chambre ; il a disposé le restant
du bâtiment réservé autrefois à
rhospitalisation en écurie pour
les chevaux et autres animaux et il
reçoit tous les voyageurs sans dis-
tinction, comme si la maladrerie
était une auberge ou une taver-
ne, logeant tant à la nuit qu'à la
journée, le tout contre la pensée
et le but des fondateurs de la
maison .
En outre, quoique les malades
aient, de temps immémorial, été
logés dans la dite maison mais
séparément, le dit de Paien, ce-
pendant, ou son fermier susdit a
fait détruire la clôture et les
murs du jardin des dits malades
et a fait faire une porte du côté
des champs à Topposé de la porte
principale de la maison, trans-
gressant ainsi les précautions
prises pour les dits malades.
Quiaymofructus et emolimenta Bien plus, appliquant à son uti-
dicti loci sibi et ad suam uti- lité personnelle, les revenus et
I
426
HiSTomÈ DE La Ville
lilatem aplicando dicte domus
edificia et clausuras ruiinosas
devenire permittebat. adeoquod
plures imminebant necessarie ré-
parations faciende in magnum
dictorum exponentium atque
etiam domus sepedicta prejudi-
cium atque damnum ut dicebant
Etobhoc certas a nobis litleras
sub predictorum narratione pri-
mo servienti nostro super hoc
requisito directas obtinissent per
quas intercetera dicto Johanni
Pagani precipi mandabatur et
injungi quatinus dictam domum
et antiqua ejus edificia pro dictis
ut pcrmittitur infirmis ordinata
ac etiam habitationcmcorumdem
in pristinum et antiquum statum
reponeret aut faceret reponi per-
mittendo infirmos de ipsis uti
et gaudere. et a premissisomnino
cessando abque desistando ad id
que per suorum bonorum deten-
tionem etomnibus aliisviislicitus
compelleretur.
Quorum exemtioni predictus
Johannes se opposuerat, qua
propter eidem dies coram piC-
posito parisiensi juxla dictarum
litterarum seriemet tenorem pre-
dictis habitantibus et mairicu-
lariis super premissis responsuro
et alias, ut foret rationis procès-
suro, extiterat assignata, et deinde
ad requestam dilecti et fidelis
consiliarii nostri episcopi pari-
siensis, cum dicto Johanne ad-
jungere volentis, ut dicebat. causa
predicta ad uostram parlamenti
curiam fuerai devoluta.
Constitutis igitur in eadem
curia nostra partibus supradictis
émoluments du dit lieu, il a laissé
les bâtiments et clôtures de la
dite maison tomber en ruines, i
ce point que beaucoup exigent
d'urgentes réparations, et ce au
grand préjudice et dommage
des exposants (les habitants) et
de la dite maison, comme ils ont
dit.
Et pour cela, sur leur exposé,
les susdits préopinants avaient
obtenu de notre premier officier,
sur ce requis, certaines lettres par
lesquelles, entre autres choses,
il était ordonné et enjoint à Jean
de Païen précité, puisque la dite
maison et ses anciens bâtiments
avaient été disposés pour les
dits malades, de remettre ou de
faire remettre le tout dans son
précédent et ancien état afin de
permettre aux malades d'en user
et d'en jouir, et, débouté complè-
tement, le dit (Jean de Païen)
serait contraint par la saisie de
ses biens et par toutes autres voies
de droit.
Le dit Jean fît opposition à
cette décision parce que le même
jour il avait assigné les habi-
tants et marguilliers susdits pour
répondre devant le prévôt de
Paris au sujet du contenu de
leur demande et d'ailleurs que le
différend ressortissait de cette
juridiction ; ensuite à la requête
de notre cher et fidèle conseiller,
lévéque de Paris, qui demandait
de joindre sa cause à celle du dit
Jean, comme il a dit; le différend
susdit fut porté devant la cour de
notre parlement.
Les parties ont été, en consé"
quence, convoquées devant notre
DE 6RIÈ-C0MTE-R0BÈRT
427
premissis que per dictos habi-
tantes et matricularios ad factum
reducere ultçrius proponebat
quod supradictus firmarius per
dictum Johanûem ad guberna-
tionem dicte domus commissus
vir erat inhoneste vite et maie
famatus, quia patria unde erat
oriundus propter suspicionem
cujusdam homicidii recesserat
ac nullum in capella dicte domus
servicium divinum fieri faciebat,
dormitorium que infirmorum in
stabulum converterat et licet
ab antiquo super porta domus
signum Lazariextitisset. illud re-
moverat,et signum Crescentis ac
circulum taberne ponifecerat nec
non quandam mulierem morbo
lèpre infectam ob defFectum ne-
cessaiiorum perire et mori per^
misserat et in tali statu posuerat
domum predictam quod quidam
infirmus, morbo predicto de villa
oriundus in ea recepi non poteant,
nec suam prout debebat, inibi
mansionem habere.
Quare premissis attentis, litte-
ris nostris predictis obtempe-
rando, predictum Johannem
Pagani domum supradictam in
stati: suo antiquo reponcre debere
dici et pronuntiari atque ad id
faciendum pro infîrmorumibidem
recipiendorum sustentationne
cessandum que a premissis con-
dempnari et compelli, et quod in
eorum expensis coadempnaretur
supradicii habitantes et matricu-
larii petebant ac etiam conclu-
debant.
cour. Aux faits ci-dessus, les
habitants et les marguilliers (de
Brie) ajoutèrent que le fermier,
dont il est question plus haut,
commis par le dit Jean (de Païen)
au gouvernement de la dite
maison était un homme mal famé,
menant une vie malhonnête, qui
s'était enfui de son pays natal
parce qu'il était soupçonné d'un
meurtre ; et qu*il ne faisait faire
aucun service divin dans la cha-
pelle de la dite maison ; qu'il
avait converti le dortoir des ma-
lades en étable, et qu'il avait
enlevé l'enseigne de Lazare placé
de toute antiquité, suivjnt l'avis
commun, au-dessus de la porte
d'entrée de la dite maison pour y
substituer l'enseigne du Croissant
et y apposer le cercle signe d'une
taverne ; qu il avait laissé dépérir
et mourir une femme, infectée de
la lèpre, par manque des choses
nécessaires ; qu'il laissait enfin
la dite maison dans un tel état
qu'un malade, atteint de la lèpre,
natif de la ville, n'avait pu y être
admis, et ne pouvait y trouver le
refuge qui lui était dû.
C'est pourquoi et, attendu les
choses susdites, se basant sur
nos précédentes dites lettres, les
dits habitants et marguilliers (de
Brie) demandaient, en forme de
conclusion, que le dit Jean de
Païen fut obligé et qu'il lui fut
enjoint de remettre la dite maison
dans son état primitif, qu'il fut
condamné et contraint de rece-
voii les malades et d'assurer leur
alimentation et condamné à tous
les dépens.
428
HISTOIRE DE LA ViLLË
Cumque predictus consiliarius
noster episcopus parisiensis qui
prediclum Johannem ad dicte
domusadministrationem pereum
commissum boni et ydoneum
fore administratorem beneque
régisse dictam domum et eam
reparasse, atque servicium divi-
num, quod ibi fieri non solebat,
multaque ad ipsius domus utili-
catem fecisse et fieri percurasse
per tempus quo supra locum re-
manserat, et postea quemdam
fîrmarium et ejus uxorem qui se
et sua dicte domui dedecunt, et
qui boni erant laboratores et
agricole, posuerat diligentissime
domui utilitatem facientes, ab-
sente dicto Johanne Pagani, pio-
ponebat ; inter certa cause pre-
dicte cognitionem ad eum perti-
nere sibi et coram eo remitti, ac
sic fieri debere petiissct pluribus
per eum super hoc racionibus
allegatis.
Et ex adverso, carissimus ger-
manus noster locum predictum
sub sua juridictione situm fore
dictum que Johannem agaPni
suum subditum et ejus familia-
rem atque purum laicum nullum
que de correctione morum suo-
rum sed solum de loci reparacione
moveriquestionem, remissionem
predictam pluribus causis et
racionibus in contrarium propo-
sitis sibi fiendam et non dicto
consiiiarionostro proponi fecisset
ipsis que et dictis habitantibus
super hoc auditis per dictam
curiam nostram ordinatum fuisset
quod absque prejudicio cujus-
cumque per manum nostram
tanquam superiorem.
L'évoque de Paris notre sus-
dit conseiller, soutenait, ledit
Jean de Païen étant absent, que
le dit Jean (de Païen) placé par
lui à la tète de fadministration
de la dite maison était réputé
homme de bien et administrateur
idoine ; qu'il la régissait fort bien;
qu'il y avait fait des réparations;
que, quand au service divin, on
n'avait pas 1 habitude de le célé-
brer et que du temps cù il habi-
tait lui-même la dite maison, il
avait exécuté ou veillé à l'exécu-
tion de nombre de choses utiles
à la dite maison ; après lui, il
avait établi un fermier et sa fem-
me qui déconsidèrent la dite
maison mais qui sont des tra-
vailleurs et de bons laboureurs
étant par leur travail utiles à la
maison ; l'évéque demandait que
la connaissance de cette cause
lui fut déférée et que le différend
devait être évoqué devant lui
pour les raisons indiquées.
Et, au contraire, notre très
cher frère, arguant que le lieu
susdit est soumis à sa juridiction,
que le dit Jean de Païen est son
sujet et serviteur, qu'il est laïque,
qu'il n'est nullement question de
la correction de ses mœurs mais
uniquement des réparations à
exécuter au dit lieu, soutenait
que l'affaire devait lui être ren-
voyée et non pas évoquée devant
notre conseiller, mais qu'il était
préférable, les habitants et plai-
gnants entendus à ce sujet, qu'elle
fut jugée par notre cour eomme
ayant une autorité supérieure.
DE BRIË-COMTE-ROBER
429
Certi commissaiii, a predicta
curia nostra deputati habitantibus
et matriculariis prediclis vocatis
et etiam dicto Johanne Pagani
domum et leprosariam supra
dictam atque terras, vineas et
labores ad eam pertinentes visi-
tèrent seu visitari facerent et de
regimine dicti Johannis ac ejus
administracione ipsi'jsque negli-
gencia seu deffectibus in dicto
regimine se informarent, qua
informatione facta et eidem curie
nostre reportata jus fieret presen-
tibus antedictis, aut alias per
eandem curiam ordinaretur ut
esset racionis.
Predictus Johannes qui tempore
dicti appunctamenti absenserat,
informacionem etiam super de-
fencionibus suis per eum in
scriptis pênes dictos commissa-
riostrjtdendis fieri petiisset, per
quasinter cetera proponebatquod
dicte domuis sive leprosarie col-
latio ad prefetum consiliarium
nostrum, ac etiam in guberna-
torem ponere vel administrato-
rem pertinebat et quod ipse Jo-
hannes erat homo bone fama et
conversationis honeste, bonique
regirainis, de quibus débite prc-
libatis consiliarius noster infor-
matus eundem Johannem ad regi-
men et administracionem dicte
leprosarie cujus domus et edi-
liciapromajoriparteerant ruinosa
et inhabitilia etprœsertimcapella
in qua nullus audebat inhabitare
ac etiam grangia que penitus erat
demolita, atque colombarium et
stabula necnon hospicium seu
domus de Bordis ad eandem per-
tinens ad maximam et tantam
Certains commissaires dési-
gnés par notre cour susdite, après
avoir convoqué les habitants et
marguilliers susdits, ainsi que le
dit Jean de Païen, visitèrent ou
firent visiter la maison et la lépro-
serie dessus dite les terres,
vignes et labou '•s et procédèrent
à une enquête sur la direction et
l'administration du dit Jean et
sur sa négligence ou les manque-
ments dans sa direction ; cette
enquête terminée, rapport en fut
fait à notre cour afin qu'il fut fait
droit entre les parties présentes
et qu'il en fut ordonné par la
même cour comme de raison.
Le dit Jean, qui à l'époque du
précédent appointement était ab-
sent, demandait sur la dite infor-
mation de présenter, à la conve-
nance des dits commissaires, ses
moyens de défense. Il y soutenait
entre autres choses que la colla-
tion de la dite maison ou lépro-
serie dépendait de notre conseil-
ler sus indiqué (Tévêque) auquel
il appartenait de nommer un
gouverneur ou un administra-
teur ; que lui, Jean, était un
homme jouissant d'une bonne
réputation, de relations honnêtes,
et d'une bonne conduite ; que sur
ces points rapidement indiqués,
notre conseiller (l'évèque), suffi-
samment et dûment informé, avait
confié à ce même Jean la direc-
tion et l'administration de la dite
léproserie ; que l'hôtel et bâti-
ments de celle ci étaient, pour la
majeure partie en ruine et inha-
bitables, particulièrement la cha
pelle dans laquelle personne
n'osait pénétrer et se tenir ; que
43o
HISTOIRE DE LA VILLE
^éventant ruynam quod penitus
erant inutiles et quod aliquis in
ipsis non audebat conversari,
constiluerat et ordinaverat.
Quodque vineeetarrables terre
que magnis sunt reddilibus one-
rate eo tempore quo fuerat ad
dictum regimen assumptus fue-
rant et remanseranl inculte, pre-
fate que domus. ustensilia atque
capelle ornamenta pluribus ven-
dita dissipata et pignori iradita,
ac eandem domum diversis obli
gatamcrediloribus ultra summam
nonaginta librarum parisiensium
repererat, ac etiam jardinorum
muros pro maxima parte cor-
ruisse unde dicta leprosarie do-
mus quasi penitus destructa erat
et desolata, que omnia cum ma-
gnis sumplibus et laboribus atque
cameram novam pro hahilatione
cujusdem leprose ibidem exis-
tentis fecerat reediHcari, conslrui
et reparari, servicium que divi-
num in dicta lieri capella et
inlulam ac multa domus usten-
silia redemerat atque plura de
novo necessai la emerat.
In quibus et aliis ibi necessa-
riis ultra summam quingentorum
francorum expenderat quamvis
tamen magne sustenlacionis exis-
tât et super ipsius functibus sus-
tentncioncm domorum et edifi-
le colombier et les étables et aussi
la maison des Bordes apparte-
nant à la même léproserie tom-
baient si complètement en ruines
qu'ils étaient complôtement hors
de service et que personne n*osait
y habiter.
Que les vignes et terres arables
qui sont chargées de g^rosses ren-
tes étaient,à l'époque où il (Païen)
fut appelé à la dite direction,
incultes ; que les ustensiles de la
dite maison et les ornements de
la chapelle avaient été vendus à
plusieurs, dissipés ou mis en
gage ; que la maison était enga-
gée envers divers créanciers au
delà de la somme de quatre-
vingt-dix livres pari si s ; que. sur
leur plusgrandcétendue, les murs
des jardins étaient démolis ; que,
d'après ce tableau, on se rend
compte que la maison de la
léproserie était presque entière-
ment détruite et abandonnée ;
qu'avec beaucoup de travail et à
grands frais, il avait rééditié,
construit et réparé toutes ces
choses ; qu'il avait fait une cham-
bre nouvelle pour l'habitation de
la lépreuse trouvée par lui dans
la maison ; qu'il avait racheté
bien des ustensiles de la dite
maison, et les ornements néces-
saires pour la célébration du
service divin dans la chapelle et
qu'il avait acheté, en outre, plu-
sieurs choses nécessaires.
Pour lesquelles choses et d'au-
tres nécessaires le dit Jean dé-
pense une somme qui excéda
cinq cents francs et quoique
elle témoigne de 1 importance de
son concours, il lui fut cependant
DE BRIE-COMTE-ROBERT
43 1
ciorum necesse sit querere ut
dicebat, et insuper quod locum
et habitacionem dicte leprosaria
scientibus habitantibus supre-
dictis et ipsuis amicis fecerat per
visitatorem ad id per dictum epis-
copum ordinalum visitari per
quos dictam informam compe-
tenter débite collocatum repertum
extiterat. et ad hue premissis,
sicut premititur, factis, et per
eum supra locum tune manentem
repererat quendam Petrum Mai-
ret, matrieularium, et ejus uxo-
rem, hominem bone vite et
conversationis bonum que agri-
eultorem et vittieolam ; in dicta
domo aliquid fuerat immutatum,
per quod si plures supcrvinercnt
infirmi ipsi impedircntur ibidem
eommorari, vel satim quin de
faeili pro eorum mansione valeret
ordinari, sed dicti habitantes ad
instigationem nonullorum hospi-
tum in predicta villa commoran-
tium quod in dicta domo aliquo-
ciens vinum vendiderat, de quo
alias fieri non poterat, ejusdem
domus utilitas. vel aliquos trans-
euntes hospitaverat, premissa in
prejudicium domus supra dicte
Heri fecerant atque procurabant
Et ex prœmissis quod suffi-
cienier dictam domum guberna-
verat et remerat pro tempore quo
ipsis habuerat administracionem
et a dictorum habitantium et ma-
triculariorum impetitione absol-
veretur dici et pronunciari, ac
quod in ipsius expensis condemp-
narentur petebal et ad hoc con-
cludebat.
nécessaire de recourir encore à
sa bourse pour l'entretien des
bâtiments et édifices de la mai-
son ; de plus le dit Jean, au vu et
au su des habitants susdits et de
leurs amis, construisit le local et
habitation de la dite lépreuse et
par le visiteur, désigné pour cela
par l'évêque, il est établi que la
dite malade était convenable-
ment et dûment installée ; et ceci
encore bien affirmé comme
cela l'avait été auparavant, le dit
Jean de Païen établit, en son lieu
et place un certain Pierre Mairet,
marguillier, et sa femme ; c'est un
homme de bonne vie et de bonnes
relations, excellent agriculteur et
viticulteur. Il y eut, en effet,
quelques changements dans la
maison parce que les circonstan-
ces empêchèrent d'y loger les
malades ou du moins rendirent
difficile d'établir leur habitation.
Alors les habitants (de Brie) à
l'instigation de quelques hôtes
demeurant en la ville, de ce que
quelquefois Pierre Mairet a
vendu du vin dans la dite maison,
dans l'impossibilité de tirer un
meilleur parti de cette maison,
de ce qu'il a logé quelques voya-
geurs, lui en ont fait grief et ont
déclaré qu'il avait considérable-
ment porté préjudice à la dite
maison.
Et, par ce qui précède, comme il
est établi qu'il a au mieux gou-
verné et rétabli la dite maison, du
temps qu'il en avait la direction, le
dit Jean demande et conclut d'être
déchargé des accusations portées
contre lui par les habitants et
marguilliers de Brie, et que ceux-
ci soient condamnés aux dépens.
432
HISTOIRE DE LA VILLE
Predictis igitur racionibus et
aliis per dictos etiam habitantes
et matricularios in contrarium ex
ordinacione dicte curie nostre
pênes commissarios ab ea dépu-
tâtes traditis in scriptisdiiigenter
attentis, visis etiam informationi-
bus per commissarios supradictos
hinc inde factis, ac eorum audita
relatione, omnibus que conside-
randisconsideratis. et que dictam
curiam nostram in hac parte
movere poterant et debebanl,
perarrestumejusdem curia nostre
dictum fuit :
Quod intersignum Lazari,
quod ante, vel supra portam
domus dicte leprosarie olim esse
solebat, relicieturet ibi reponetur ;
Intersignum vero, quod de
presenti ibidem exstitit. ut hujus
litis moti tempore existabat,
removebilur.
Necnon quod dormitorium in-
firmorum in statu docenti repo-
netur, et ab inde removebilur
dispositis stabulorum in eo facta ;
Keparabuntur que et in conve-
nienti statu ponentur puteus,
jardinus. ac etiam laterc domus
predictorum inlirmorum habita-
tione :
El insuper dicium fuit per
idem arrestum quod leprosus in
dicta domus cxistens de presenti
et etiam illi qui supervenient de
ceteroregenturet lustentabuniur
secundum tenorcm et formam in
quodam instrumento de consensu
dictarum partium facto et passato
contenlam, nisi aliud lleri debere
En conséquence, tous les
arguments ci-dessus et ceux
avancés par les habitants et mar-
guilliers déposés par écrit et
attentivement examinés par les
commissaires nommés pour ce
par ordonnance de notre cour,
ceux-ci ayant procédé à une en-
quête et visité les lieux, vu leur
rapport toutes choses bi« n consi-
dérées qui pouvaient et devaient
mouvoir notie cour en celle
affaire, par arrêté de notre cou-
il ^ut dit :
Que renseigne de Lazare qui
auparavant et, depuis bien long-
temps, était placée sur la porte de
la maison de ladite léproserie
serait refaite et replacée.
Quant à l'enseigne qui pré-
sente existe, comme elle existait
au temps où ce procès fut engagé.
elle sera enlevée.
De plus, que le dortoir des
malades, soit rétabli dans un
état convenable et qu'il en soit
enlevé les arrangements en étable
qui y avaient été pratiqués.
Que le puits, le jardin ainsi
que la maison à côte servant
d'habitation aux malades soient
réparés et remis en parfait état.
Ht en outre, il fut dit, par le
mcme arrêt, que le lépreux qui.
de présent, est dans la dite mai-
son et ceux qui peuvent y être
admis seraient administrés et
entretenus selon la teneur et la
forme d'un accord passé entre
les parties à moins que les titres
de fondation et les anciens règle-
DE BRIE-COMTE-ROBERT
433
ex fundacione et antiquis ordina-
cionibus prefate domus consti-
terit.
Per idem etiam arrestum dic-
tum fuit quod hostellaria atque
taberna ab eadem domo reno-
vabuntur. proviso tamen. quod
magistro dicte domus vel firma-
rio vina vel blada ex ejusdem
domus revenutis ia eadem. domo
si voluerit vendere, licebit.
Pronuntiatum xxiij^* die julii
nonagésimo quarto.
BOSCIIET.
ments de la maison ne contien-
nent d autres prescriptions.
Par le même arrêt, enfin, il est
dit que Thôtellerie et la taverne
établies dans la même maison
disparaitront, avec cette réserve
toutefois que le maître de la dite
maison ou sph fermier pourra,
s'il le veut, vendre dans la dite
maison les Vins ou blés prove-
nant des récoltes delà maison.
Prononcé le 23 juillet 1394-
BOSCHET u).
Cet arrêt (2), si clair dans sa teneur, se suffit, je crois, à
lui-même comme explications. Il faut bien, cependant, en
tirer quelques remarques indispensables.
Tout d'abord comme procédure. C'est un arrêt d'appel ;
cela est d'ailleurs dit très clairement dans l'exposé oui pré-
cède le dispositif.
Le premier juge avait admis les doléances des habitants et
ordonné à Jean de Païen de rendre la maladrerie à sa véri-
table destination, mais il semble être resté muet sur la
question de l'enseigne. Jean de Païen crut devoir faire appel.
Il est vrai qu'il y était poussé par l'autorité ecclésiastique.
C'était l'évêque qui lui avait confié l'administration de Saint-
Lazare ; il est à peu près probable que si l'affaire fut venue,
devant son tribunal, comme le demandait le prélat, comme
le demandait aussi Jean de Païen, la cause pendante aurait
eu un autre sort.
L'arrêt précité a donc un intérêt général en ce sens qu'il
res^e comme un monument de l'action continue du pouvoir
civil dans sa lutte incessante contre la tutelle du pouvoir
(1) Boschet est le nom du président du conseil qui rendit l'arrêt.
(2) Cet arrêt reproduit les conclusions du conseiller rapporteur, |. de Saint-Verain. Son rap-
port fut lu le 26 mai 1394 (A. N. — Xix 1477 f» 414). Un premier exposé de l'afTaire se trouve au
mémr registre (f» 296). Pi«rre Mairet, le fermier placé parjean Païen à St-Lazare n'y est pas
nommé, comme dans l'arrêt ci-dessus, mais il est dit qu'il est Bourguignon. Je n'ai pas cru devoir
reproduire ces documents qui, en tout ou en partie, sont répétés dans l'arrêt que j'ai transcrit.
28
434 HISTOIRE DE LA VILLÊ
religieux (ri. Au point de vue spécial à Brie, il nous montre
les juridictions légales en conflit et se disputant le droit de
juger le différend. L'évêque de Paris le réclame à sa barre
comme émanant de son autorité ; le seigneur de Brie, c'est-
à-dire Louis d'Orléans, frère du roi Charles VI, et investi
depuis la mort de Blanche de France, de la seigneurie de
Brie, prétend que Saint-Lazare et, par conséquent, l'adminis-
trateur de la maison est son justiciable et qu'il ne saurait
ressortir de Tévêque parce que, laïque ; enfin le roi par son
prévôt d'abord, et sa cour de Parlement ensuite, sur la
demande des habitants et marguilliers plaignants, retient
l'affaire en établissant que sa juridiction est supérieure aux
autres.
En dehors de ce règlement de juges, nous saisissons, par
cet arrêt, la justice civile en plein fonctionnement. Les dires
des parties sont publiquement exposés, une enquête, qui va
jusqu'à une véritable descente de justice, est ordonnée,
garanties réciproques des justiciables. 11 n'est pas jusqu^àla
complète indépendance des magistrats à l'endroit de Tévèque
qui ne doive être soulignée. Non seulement, ils écartent
délibérément ses prétentions à connaître de l'affaire, ce qui
dans une certaine mesure était faire leur cour au pouvoir
royal, mais ils y traitent assez dédaigneusement ses asser-
tions et son témoignage en faveur de l'administrateur dont
il se constitue le défenseur. L'enquête, consciencieusement
menée, est loin d'être favorable à Jean de Païen, malgré les
dires de l'évêque lui-même.
On ne m'en voudra peut-être pas d'indiquer rapidement
au passage ces points généraux d'une affaire grâce à laquelle,
il nous est donne d'avoir quelques détails sur l'établissement
qui wms occupe. La description de la léproserie nous montre.
(l;« A mesure que l'autorité royale >e sentit plu^. forte, elle chercha à supplanter l'in-
fluence cpiscopale sur ce point (la surveillance des établissements hospitaliers). A partir Jj
XlV'f siècle surtout, la prétention élevée par laumônier du roi d'étendre sa juridiction sir
tous les hopiiaux et léproseries de fondation royale ou réputés tels, vint menacer dangereuse-
ment le droit immémorial des évoques. Ceux-ci résistèrent énergiquement. la lutte fut longue
et dura jusqu'au XVI' siècle, au cours duquel le pouvoir civil singera définitivement dins
la surveillance de l'administration hospitalière, o Léon Legrand (op. cit.)
De BRIE-COMTE-ROBERT 435
en effet, Tétat des lieux d'une façon sommaire, il est vrai,
mais parfaitement tangible.
Comme aujourd'hui, Saint-Lazare était en entier clos de
murs. Un plan, relevé par Camille Bernardin sur un croquis
informe du i8''siècle(i) donne quelque idée de ce «pourpris»,
de cette enceinte. Telle qu'elle se présente, après des siècles
d'existence, celle-ci était certainement demeurée à peu près la
nnème. De distance en distance devaient s'élever des tourelles
dont il reste l'indication visible sur le plan en question. Au
i8* siècle la majeure partie de ces tourelles avait dû dispa-
raître (-2).
L'arrêt nous dit que le pourpris était divisé en deux parties
bien distinctes : celle du fermier, celle des lépreux. Sur le
plan relevé par Bernardin, ces deux parties ne se retrouvent
plus. Il n'y a, en effet, entre les deux cours E, E, aucune
solution de continuité. C'est moi-même qui ai ajouté la ligne
pointillée a, a parce qu'il me semble assez probable que, là,
existait autrefois le mur de séparation entre le logement du
fern^ier et celui des lépreux. C'est la division rationnelle que
commande le plan lui-même. Or, il est dit dans l'arrêt que
Jean Païen fit percer une ouverture du côté de la campagne
à l'oppose de la porte d'entrée, qui est en A, et qu'on traver-
sait ainsi les locaux réservés aux malades. C'est la meilleure
preuve en faveur de ma thèse. Dès lors, la cqur antérieure E
était réser\'ée au maître ou au fermier ; son logement s'y
dressait en C, comme il s'y trouvait au iS*" siècle. Ce serait,
par suite, en G, indiqué sur le plan comme hangar, qu'était
le dortoir des malades. Il ne faut pas oublier, en effet, que
l'on reprochait à Jean Païen d'avoir transformé ce dortoir en
écurie ; il était donc placé au rez-de-chaussée. Où mangeaient
ces malheureux ? Où se tenaient-ils dans la journée? La ques-
tion reste sans réponse. Peut-être le dortoir leur servait-il à
(1) Arch. départ, de Seine-et-Marne.
(2) Cctait l'habitude de jalonner les murs des parcs ou des vastes enceintes, de tourelles.
Nous avons vu qu'il y en avait aux grands jardins du Château par lei mémoires des entrepre-
neurs ; le parc de Pamphou en possédait aussi ; le nom nous en est rejté dans un lieu dit «* Les
toumçlles de Pamphou ».
436
HISTOIRE DE LA VILLE
tous ces usages. La cour E (du côté de la campagne) leur était
réservée à coup sûr, et, fort probablement aussi, le verger H.
Celui-ci serait le jardin dont il est parlé dans Tarrêt ; dans ce
PLAN-CROQUIS DU iT' SIÈCLE DE SAINT-LAZARE.
Conservé aux Arch. Départ.
cas l'ouverture indiquée allant de ce verger à la co*iranté
ri:ure n'existait pas, ou bien la séparation A, .4, se pour
suivait-elle coupant en deux le verger II. Quant au puits, don
bÈ ÔfelE-dOMTÈ-kÔBÈRt 4^7
l'arrêt fait mention, on ne saurait le voir en B, tel qu'il
est indiqué sur le plan. Ce puits B était le puits de la ferme,
mais il devait y avoir très certainement un puits spécial aux
malades. On sait, en effet, que parmi les mesures prises
contre la contagion de la lèpre figuraient en première ligne
les précautions pour prévenir la contamination des eaux du
pays. 11 est à remarquer, du reste, que, en transformant la
léproserie en hôtellerie, Jean de Païen avait dû s'efforcer de
condamner le puits des malades puisqu'il est condamné à le
rétablir dans son précédent état. A coup sûr, lorsque Saint-
Lazare cessa d'être léproserie, le premier soin fut de combler
le puits des malades ; celui-ci devait, probablement, se trouver
dans l'arrière cour E.
L'enseigne du Ladre ou Lazare était placée sur la porte A.
Jean de Païen ou son fermier lui substituèrent le Croissant,
qu'ils furent du reste, par l'arrêt précédent, obligés d'enlever.
Chose curieuse cet enseigne du Croissant se retrouva quelques
années plus tard, à peu près au même lieu, appendue à une
hôtellerie.
Dans un aveu — auquel j'ai déjà fait allusion — rendu le
lo octobre i5o5 par Martin Le Picart, il est dit : «... le flef de
l'Epinelle, séant aux faubourgs de Braye, en la rue de Paris,
où sou lait pendre pour enseigne le Croissant » , 11 est dit, par
ailleurs, dans l'énumération, devant la Chambre des comptes,
des arrière-fiefs de la terre de La Grange : « Le huitième fief est
celui de TEpinelle qui consiste en trente huit arpens de terre
et la maison qui sert à présent d'hostellerie... »
C'est donc au i5* siècle que l'Epinelle devint une hôtellerie
et arbora l'enseigne du Croissant placée auparavant sur
les bâtiments de Saint-Lazare. Il est à croire que Jean de
Païen ou son fermier obligés de fermer leur hôtellerie ins-
tallée dans les bâtiments de la maladrerie, transportèrent un
peu plus loin, à l'Epinelle, leur industrie en lui conservant
son enseigne sans doute avantageusement connue à la ronde.
La portion du pourpris de Saint-Lazare réservée au maître
ou gouverneur offrait l'aspect d'une ferme ordinaire « avec sa
maison d'habitation destinée au personnel sain, sa grange
remplie de grain battu ou en gerbes, ses étables abritant les
4^8 HStOIRÈ DÉ LA ViLLÈ
vaches et les chevaux, sa bergerie, son toit à porcs, son
colombier (i) ; âeule la chapelle qui s'élevait près de là rappe-
lait qu'on était en maison de religion. » M. Legrand auquel
j'emprunte la citation ci-dessus, ajoute : « Tel était l'état des
lieux à Brie-Comte-Robert, et il est à présumer que les traits
de ce tableau pourraient aussi bien s'appliquer aux autres
léproseries des campagnes, celles du moins qui olTraient
quelque importance. » La chapelle qui est sur le plan, en N
et qui, fort probablement, ne changea pas de place, mesurait,
nous dit un procès- verbal du 3 septembre 167 1, six toises
environ de long sur quatre de large. Elle était orientée du
S.-O. au N.-E.
On a pu voir, par l'arrêt, que lorsque Jean de Païen fut
appelé à administrer Saint-Lazare, il s'y trouvait une seule
malade, une femme atteinte de la lèpre que Païen avait, au
dire des habitants, reléguée dans un coin du pourpris et où
elle était morte faute de soins. De môme, au moment où fut
prononcé Tarrèt, il se trouvait encore un seul malade dans
l'établissement. On prévoyait cependant qu'il en pût entrer
d'autres. Quel était le nombre d'hospitalisés que pouvait
recevoir Saint-Lazare ?-• Un document du 12 avril 1 584 nous
donne une indication à cet égard.
« Autre déclaration du revenu temporel de la maladrerie
de Brie-Comte-Robert, baillée par Hugues Barbier, maître
et administrateur de la dite maladrerie. Le revenu de cette
maladrerie, d'après cette déclaration, s'élève à la somme de
365 livres tournois par chascun an. Sur tout lequel revenu,
le dit administrateur est tenu bailler et payer à cinq malades
de lèpre et a chascun d'eux la somme de 35 livres tournois
suivant l'arrest de ALM de la Cour du Parlement et outre, de
loger les malades de lèpre qui viennent du diocèse de Sens
en ceste ville de Paris, plus les réparations et service divin *.
Nous venons de voir cr)mment était établi, à Brie, le service
ri) I.'arrét de 13^)4 parle, en cfl'et. d'un colombier, ce qui laisserait entendre un colombier a
pied. Mais, dans un bail passé le 28 février 1682 devant Desloges, notaire à Brie (Arch. net
de M. Camus a Bric-Comle-Robert^ il est question d'un « voUet a pigeons «seulement. 11 peut
se fuire toutefois que le colombier, a cette date, ait été détruit et remplacé par le voUei
ndiqué au 17* siècle.
bE r!f*ii:-d6\lTe-r*6Bt-!iif 4%)
de l'hospitalité au XIV° siècle. D'une part, IHôtel-Dieu nous
a paru en parfait état de fonctionnement ; de l'autre, grâce
aux habitants, la léproserie était rendue à sa destination
première et au service des malades pour lesquels elle avait
été créée. II nous reste a parler du centre religieux de Brie-
Comte-Robert, de son église paroissiale, dont l'existence
s'est maintes fois révélée dans les documents qui précédent.
et â laquelle il devient nécessaire de consacrer quelques
pages.
MOTIF CENTRAL
SAINT-ÉTIENNE
Comment, Ici, ne pas citer l'abbé Lebeuf? C'est de nos
historiens locaux, celui qui consigna le premier ses obser-
vations sur l'église, celui qui nous en a laissé la première
description. Voici comment il s'exprime sur un sujet qui lui
était particulièrement cher et connu :
L'église de Bric-Comte-Robert est sous le titre de Saint Etienne,
premier martyr.
C'est un vaisseau dont ta plus grande partie est du XIII' sidcie ; il
est accompagné de collatéraux. Le tout solidement bâti, élevé,
éclairé, orné de galeries délicatement travaillées.
Le fond n'est pas à rond-point, mais se termine en quarrC ; il est
orné d'un grand vitrage rond en couleur rouge, comme ceux de la
Sainte Chapelle de Paris, et supporté par deux autres fenêtres
oblongues également de la même couleur.
La tour est placée au bout occidental de l'église  l'angle du
440 HISTOIRE DÉ LA VîLLÈ
Septentrion* à peu pr6s comme celle de Saint-Victor à Paris, sinon
qu'elle touche au corps de Téglise. Elle e«t aussi du Xili* sidcle. Le
défaut de Tédifice est qu'on ne peut tourner autour du sanctuaire. Le
bas du portail est aussi du m 'me siècle, mais le haut ae parait avoir
que cent ans ou environ de structure (i) aussi bien que quelques
pilastres ext'irieurs des vitrages de la nef.
La tradition porte qu'une reine de France a hii faire quelques
travées de la voûte de cette église (2).
11 y a quelques vitrages de chapelles du XV'l*-* siècle qui sont re-
marquables par leur coloris. Le dedans de cette église est fort
embelli L'anniversaire de la dédicace s'y célèbre le di nanche après
la Quasimo'io,
Après Lebœuf, Guilhermya dit de l'église de Brie-Gomte-
Robert :
L'église paroissiale seule a traven^è une longue suite danoèes
sans avoir beaucoup à souffrir des injures du temps ou du vanda-
lisme des hommes. Les parties les plus anciennes de ce remarquable
monument remontent au commencement du XllI* siècle ; les trois
siècles suivant y ont apporté Uur contingent. Tel qu'il est cependant,
il a g^rdé dans l'ensemble, sinon dans les détails, son caractère
primitif de majestueuse unité. Le mur oriental (le chevet) est encore
percé dune éclatante rose à compartiments dont les vitraux à peu
près contemporains de ceux de la Sainte-Caapclle à Paris, repré-
sentent le Christ, les apôtres et les occupations des douze mois de
l'année. D'autres verrières placées dans les chapelles latérales sont
l'œuvre du XV^l' siècle. Cette belle église de Brie ne parait avoir été
jamais riche en monuments épigraphiques.
Ces deuxcitationsempruntées, l'une à une historien, Tautre
à un archéologue, deux érudits écrivant à plus d'un siècle
de distance, se corroborent si bien l'une l'autre qu'il m'a paru
utile de les rapprocher. L'historien, plus sobre dans ses
appréciations, l'archéologue se laissant aller à son admiration
conviennent tr)us les deux à appeler l'attention sur cet éditîce
relativement bien conservé qui nous reste comme un témoi-
gnage de l'art au moyen i\ge.
I/égli-se Saint-Ktienne de Brie ne nous apparaît pas comme
d'autre, véritables dentelles de pierre, où le ciseau du
sculpteur elïace presque l'œuvre de l'architecte, tant son
(I; Lcbeuf écrivait en 1745.
'2/ Lebeuf fait ici allusion à la reine Jcann« d'Evreux.
bÈ BRlfe-COMffe-kOBÈRt 44 î
œuvre éblouissante accapare les regards et ravit d'étonne-
menl. C'est une œuvre architecturale par excellence, peut-
être un des p-oduits les plus purs de Técole de Tlle de
France cette terre « où nos premiers artistes ont puisé leurs
plus hautes aspirations. » Par une irrégulière bonne fortune,
comme le fait très justement observer Guilhermy, l'église de
Brie a gardé, dansTensemble, son caractère primitif de majes-
tueuse unité.
C'est là ce qui frappe au premier aspect Soit à Textérieur,
soit à l'intérieur, la conception première de l'édifice se révèle
d'abord avec sa grandiose simplicité et sa merveilleuse combi-
naison des lignes. La main des siècles subséquents se retrouve
lorsqu'on en étudie les détails, mais Ton sent que la pensée
primitive de Tartiste régna toujours en maîtresse, même alors
que les formules des nouveaux constructeurs tendaient à
s'en éloigner le plus.
On conçoit que je ne veuille pas-faire ici une description
architecturale que d'autres ont d'ailleurs tentée non sans
succès. MM. Aufaure et Fichot, en i858, plus récemment
M. Blondeau, architecte des monuments historiques, ont, à
ce point de vue technique, étudié |e monument dont s'en-
orgueillit la ville de Brie-Comte-Robert. Je n'aurai garde de
les suivre sur un. terrain qui leur est particulièrement fami-
lier me pronlettant bientoutefois de recourir le cas échéant,
à leurs intéressantes observ^ations (i).
Il semblerait,'à lire les chapitres qui précèdent, que l'église
(i) Je sais que Ni. Danjoy, architecte, eut l'intention de faire un travail sur l'église de
Brie-Comte-Robert. M. Camille Bernardin, me communiqua, à cet égard, en 1894, la corres-
pondance suivante :
«Je m'occupe, en ce moment, d'un travail sur l'église de Brie-Comte-Robert, écrivait
M. Danjoy en mari 1874 à M. Camille Bernardin, pour le compte de la commis^lon des monu-
ments historiques. J'aurais désiré faire une notice sur l'historique de cette église en mention-
nant les phases architecturales par lesquelles elle a passé. J'ai cru pouvoir compter sur votre
bon vouloir pour m'indiquer dans quel ouvrage je pourrais puiser quelques renseignements.... a
« Les renseignements les plus complets sur l'architecture de l'église de Brie, répondit
M. B rnardin.se trouvent dans le grand in-folio intitulé les Mê-yaments de Srine-et-Murne par
Amédéc Aufaure et Charles Fichot (pages 47 à 54)... Vous pouvez consulter aussi, en même
temps, VHiitoire du Diocèse de 'Paris par l'abbé Lebeuf... Ces documents les pluscomple s sont
très courts et contiennent bien des omissions et des erreurs historiques que j'ii pu facilement
contrôler.... »
O voit que, même en ces dernières années, rien n'était venu ajoutera l'étude si substan-
tielle, en vérité, faite par l'abbé Lebeuf au cours du i8« siègle,
44^ HJStOIRÈ DE LA ViLLË
Saint-Etienne n'existât pas aux siècles antérieurs, car je n'en
ai point parlé jusqu'ici. Je me suis borné, en reproduisant
des documents intéressant Thistoire de Brie, à mentionner la
présence de deux curés et par conséquent de deux cures (i).
J'ai été ainsi amené à établir l'existence de deux monuments
religieux, à étudier leur emplacement, et à désigner leur
vocable respectif. Celui de Téglise Notre-Dame, la petite
église, comme on l'appelait, était resté jusqu'à présent
inconnu. Ni l'abbé Lebeuf, ni Félicien Pascal, ni Michelin ne
l'avaient cité. Entin, en publiant les comptes de la reine
Jeanne, il a fallu s'arrêter sur ce point que, au XIV* siècle,
les deux églises de Brie se distinguaient aussi par les appel-
lations : « l'ancienne et la nouvelle église » et il ne m*a pas
été difticile de prouver que la petite ou ancienne église ne
faisaient qu'une tandis que le qualificatif de nouvelle église
était donné à la grande ou à Saint-Etienne,
Il est clair que le vaisseau de cette dernière fut reconstruit
ou agrandi puisqu'au XIV^ siècle, cette église était qualifiée
de neuve par opposition avec l'autre dénommée le viez mous-
fier.
Quel était le monument qui précéda celui que nous avons
sous nos yeux ? Où était-il situé ? Telles sont les premières
questions qui se posent en interrogeant le passé de Brie.
Je prie le lecteur de se reporter à ce que j'avançais dans un
chapitre précédent au sujet de l'évangélisation de nos con-
trées (2), On en inférera que l'église Saint-Etienne devait être
placée, dès cette époque, non loin du sanctuaire dédié à
Notre-Dame et à mon avis, en effet, l'édifice qui fut remplacé
par Tégiise actuelle s'élevait sur tout ou partie de rempla-
cement de celle-ci, Peut-être y eut-il sur ce point auparavant
une construction primitive, qui aurait vu le miracle dont
parle Saint Kortunat. et qui, au temps de désolation des 9*
et K>' siècles, aurait été ruinée. De celle-ci, si elle exista, rien
ne nous est resté. Avons-nous quelques traces de l'église,
Jj> V. p. 174 et 175.
2, V. p. 12 ot «.uivante»,
t)Ê BRiË-dOMTË-RÔBËRT 44^
dont Texistence avant Téglise actuelle ne saurait faire doute ?
Je réponds que ce ne serait pas improbable.
Il est une remarque à faire. Sur la façade occidentale de
Téglise, à droite de la porte principale, est une tour à pans
coupés et dont les matériaux à la base paraissent très
anciens. Cette tour ou clocheton, qui n'a du reste pas son
pendant, sur la façade en question, était autrefois désignée
sous le nom de tour ou clocher Saint- Etienne, On conviendra
qu'il est au moins curieux que le nom du patron de Téglise
ait été ainsi donné à une tourelle *<ans utilisation autre que
de servir d'accès à la tribune de l'orgue et aune galerie du
triforium. Et la question se pose ainsi.
Pourquoi, à Brie, en construisant, de toutes pièces, une
église neuve n'a-t-on pas, commeailleurs, placé le clocher sur
la façade occidentale en utilisant son escalier nécessaire pour
accéder aux tribunes et galeries ? Pourquoi le clocher a-t-il
été placé à l'angle des deux façades septentrionale et orien-
tale ? Pourquoi aurait-on placé, en même temps, contraire-
rement â ce qui se faisait d'habitude, un clocheton sur la
façade occidentale uniquement pour monter aux tribunes >
Il est bien difticile de répondre à ces questions qui, forcé-
ment, se posent néanmoins lorsqu'on examine le monument.
Je propose une solution à ces difficultés avec toutes les
reserves possibles, avec le seul désir surtout que mes ré-
flexi ^ns puissent aider à faire la lumière sur les singularités
que j'ai énoncées.
Si, par exemple, la tour ou clocher Saint- Etienne — tour qui
est sur la façade occidentale -^ existait au moment où on
commença îi bâtir le monument actuel, on pourrait peut-être
s'expliquer, en grande partie, la pensée à laquelle a obéi le
constructeur. Or, il ne serait pas impossible que cette tour,
Jite Saint-Etienne, fût antérieure à l'église actuelle. Qu'on ne
se méprenne pas, ici, sur ma proposition. Il est bien entendu
que je ne soutiens pas, contre toute évidence, que cette
tourelle fut debout, à cette époque, telle que nous la voyons
aujourd'hui dans toute sa hauteur. Si le constructeur l'a uti-
lisée, il ne Ta fait qu'en la réédifiant sur sa base ancienne, et
444 histomfe DE LA ViLLÈ
ce serait cette base que j'estimerai être antérieure à Tédifice
actuel.
Je tenterai d'avancer que cette tourelle était le clocher de
Téglise Saint-Etienne remplacée par celle entreprise au XIIl*
siècle. Cela expliquerait pourquoi le nom de tour Saint-
Etienne lui serait resté. Précisément, je trouve, non loin de
Brie, à Jarcy, une disposition à peu près semblable. Sur la
façade occidentale de la chapelle de Jarcy, à côté de la porte
d'entrée, se dressait aussi une tourelle, à pans coupés, d'un
diamètre et d'une construction similaire à la notre. N'y a-t-il
pas là un rapprochement à faire (r) ?
Il paraîtrait assez admissible que, là même, s'élevait la
précédente église Saint-Etienne. Elle n'avait pas les propor-
tions de l'église actuelle et tenait, à coup sûr, beaucoup plus
d'un modeste oratoire que du majestueux monument qui lui
a succédé. Mais ses dimensions modestes étaient en parfaite
harmonie avec la densité de la population, à l'époque, étant
donné qu'il existait à côté un autre oratoire, celui de Notre-
Dame, et un peu plus loin sur l'îlot qui devait, plus tard,
porter le château, le baptistère de Saint-Jean, transformé en
chapelle, Je mentionnerai qu'en creusant récemment pour
établir un calorifère sous l'église actuelle, on a trouvé des
ossements humains assez avant sous le sol de la nef, méri-
dionale au droit du clocheton ou tour Saint-Etienne ; indice
évident, d'un cimetière qui venait probablement toucher le
chevet de la première église Saint-Etienne. J'irai même
jusqu'à me demander, dans cet ordre d'idées, si la porte qui
ouvre sur la façade méridionale de l'église actuelle, ne faisait
pas partie de l'édifice antérieur. Elle détonne, dans tous les
cas, singulièreriient avec celles des autres façades et son
aspect semblerait militer en faveur de mon hypothèse.
Si on souscrit à Celle-ci et qu'on veuille bien admettre que
la précédente église Saint-Etienne fût placée là où s'élève le
( I ) l.abbé Lebeuf. parlant de Jarcy, dit que le comte de Toulouse et son frère traitèrent avec
Etienne Tempier. évêque de Paris, avec l'archidiacre de Brie et le curé de Gercy pour que le
couvent (de Jarcy; fut établi proche l'église de la paroisse et que cette igliie devint celle df l'ab^re Cet
accord est de 1260. L'église de Jarcy existait donc avant cette date et était certainement fort
ancienne. L'abbé Lebœuf établit, en effet, que la paroisse de Jarcy existait certainement «u XU'
siècle, et même avant,
DE BRIE-COMTE-ROBERT 445
clocheton dont je viens de parler, ce qui, en soi, n'a rien
d'improbable, il est facile de comprendre ce qui a pu se
passer lorsque fut décidée la construction de Téglise nouvelle.
La première pensée fut certainement d'englober dans celle-ci
l'édifice déjà existant. Ce faisant, il fallait le conserver debout,
pour les exercices pieux, jusqu'à ce que le service divin pût
être célébré dans l'autre. De là, première nécessité de ne pas
y toucher, tandis que, plus loin, commençaient les travaux
de l'église nouvelle. Ce fut, peut-être cette considération qu^
fit placer le clocher de l'église là où il est. J'ajoute qu'il ne
serait pas impossible aussi que l'architecte ait eu la pensée
d'utiliser les substructions de quelque ancien ouvrage
romain ou gallo-romain dont la présence en cet endroit ne
serait en rien extraordinaire. Au surplus, Téglise de Brie
n'offre pas l'unique exemple du clocher placé comme nous
le voyons. Sans parler de Melun dont les deux clochers
enserrent, en quelque sorte, l'entrée du chœur, comme cela
existait à Saint-Germain-des-Prés, la disposition que nous
observons à Brie se retrouve ailleurs. A Gonesse, à Longju-
meau, à Wissous, ainsi qu'à Saint- Victor-de-Paris, pour ne
citer que ces églises, il en est de même. Cette ordonnance
architecturale paraît ainsi moins surprenante, soit qu'elle
ait été commandée par les circonstances, soit qu'elle fût
regardée, à ce moment, comme classique.
Il est donc parfaitement certain que l'ancienne église Saint-
Etienne, devenue trop petite ou peut-être menaçant ruine,
on ait songé à la remplacer par un édifice plus vaste Lorsque
Brie parvint en des mains de seigneurs appartenant à la
famille royale, l'ancien oratoire dût paraître peu en harmonie
avec la situation nouvelle du pays. D'autre part, l'accroisse-
ment indéniable de la population, l'extension de la ville,
extension dont j'ai donné plusieurs preuves, expliquent très
aisément la nécessité qui s'imposa d'édifier une nouvelle
église.
Les travaux durent commencer dès les premières années
du XIII'' siècle : mais ils furent à coup sûr menés avec une
extrême lenteur. Il est certainement très difficile d'assigner
une date exacte à la mise en œuvre du monument. On ne
446 Histoire de la ville
peut faire là-dessus que des suppositions Mais, comme
l'indique la construction elle-même, comme il était d'habitude
du reste de le faire, c'est dû côte du chevet et par la tour du
clocher que Ton commença. Il ne peut y avoir à cet égard
aucun doute. Les piliers du chœur, leur base, ornée des
quatre g ides symptorriatiques, leurs chapiteaux vigoureu-
sement traités, mais dont les crochets n'ontpas, encore la
hardiesse des années postérieures et nedépassent pas, ou ne
dépassent que de peu, la. bande du tailloir, sont caractéris*
tiques. Nous sommes, là, dans les premières années du XIII*
siècle.
Les motifs d'ornementation des chapiteaux, empruntés à
la flore locale, particulièrementà la vigne, au trèfle, â i'ancolie
ou même à des plantesaquàtiques, comme le nénuphar, nous
sont une indication de plus à cet égard. Je n'insiste pas
autrement sur des détails d'architecture qui ont fait ou feront
l'objet d'études spéciales des hommes de l'art, (i)
Je relève seulement, au point de vue historique, la date
probable à laquelle commença la construction de i'édiliceet
je poursuis en émettant cette proposition que l'on dut, tout
d'abord, par les fondations et les premières assises, tracer
le quadrilatère qu'il devait occuper. Il semble même que
l'architecte ait voulu jeter sur le sol son plan général, sauf à
en exécuter les diverses parties, en élévation, plus tard. En
elTet, les bases des piliers du vaisseau sont également à griffes.
comnie celles du ohœur et portent comme elles l'empreinte
bien caractérisée du XiIT' siècle. M. Blondeau (2), qui a été
frappé, comme moi, par cette particularité, estime que les
piliers dressés' sur ces bases, « devaient faire suite à ceux du
I
chœur et ont été refaits ou réparés. » Je crois, pour ma part,
que l'architecte jeta du premier coup le tracé de tout son
édifice, qu'il attaqua le clocher et le chœur, ainsi que cela se
pratiquait habituellement et que, postérieurement et aux
époques successives, les constructeurs, dont quelques-uns
témoignent une main peu habile, bâtirent sur ces premières
(1) Bulletin de la société d'histoire et d'archéologie de Brie-Comte-Robert.
(2) Bulletin de la Société d'histoire et d'archéologie de Bric-Comtc-Robert.
bE BRI1>C0MTE-R0BER 447
assises, soit en copiant ce qui avait été fait, soit en obéissant
aux idées nouvelles en architecture, mais en se trouvant
obligé de les plier à l'ensemble général.
C'est même là je crois, ce qui a donn ) à l'église de Brie-
Comte-Robert cette apparence d'unité majestueuse, dont
parle Guilhermy, mg^jgré rapf)ort architectural de trois
siècles, aux tendances; assez éloignées les unes des autres.
Une question se pose, ici, sur laquelle M. Blondeau a très
justement attiré l'attentjondeses lecteurs, malheureusement
sans y répondre. « Lp chevet (de l'église de Brie-Comte-
Robert), dit-il, par une irrégularité qui serait intéressante à
chercher, se termine par un prgnon droit, tandis que dans
les autres églises contemporaines, les chevets formant le
chœur, sont généralement de forme circulaire.» Il se pourrait
peut-être, que primitivement, l'architecte ait eu l'intention
de faire un chevet circulaire et que son plan ait été modifié
par la suite, soit par raison d'économie, soit faute de place.
Cependant, est-il constant que l'habitude fut à l'époque de
faire des chevets circulaires ? On pourrait, au contraire, citer
plusieurs églises de l'époque qui se terminent par un mur
droit. Je citerai, au hasard, l'église de Champagne, celle de
Beaumont-sur-Oise, qui, toutes deux, se rapprochent beau-
coup de l'église Saint-Etienne et dont les architectes sem-
blent s'être inspirés de N.-D. de Paris, les églises de Saint-
Gernîain-de-Charonne, de Wissous, de I on'gjumeau. Ce
n'était donc pas une règle absolue pour les constructeurs du
XIIP siècle de terminer le chœur en abside avec rond-point.
J'ajoute que, peut-être, l'architdcte qui traça Je monument
obéit, en adoptant cette disposition, à une pensée que pro-
voque l'aspect de l'égliue. La nef, malgré ses harmonieuses
proportions, laisse échapper, déjà, son peu de largeur qui
donne d'ailleurs à la voûte un remarquable et gracieux élan-
cement. La terminaison circulaire eut, à coup sûr, rompu
l'harmonie générale de l'édifice en amincissant, par la pers-
pective, la largeur du vaisseau central, et en imprimant
ainsi à l'ensemble un caractère grêle qu'il n'a pas. Du reste,
nous ne saurions regretter le mur droit du chevet, surtout
s'il était remis en l'état où l'avait imaginé l'architecte primi.
42f8 HISTOIRE DE LA VILLE
tif. Avec SCS trois fenêtres du bas (i), la galerie à jour de
1 étage supérieur (2) et sa magnifique rosace par dessus, ce
pignon devait être un véritable éblouissement de tons chauds,
comme un embrasement qui devait splendidement irradier
l'édifice entier (3) et en faire jaillir les lignes dansune flamme
d'ardente poésie, cette sœur aînée de la prière.
Je disais, plus haut, à propos de Notre-Dame de Paris, que
l'érection de tels monuments ne p- »uvait se faire uniquement»
comme on le croit dans le vulgaire, avec le travail purement
mécanique des serfs et des corvées. Les faits sont là qui le
prouvent. Le long temps généralement mis à construire ces
édifices merveilleux est la preuve des difficultés matérielles
que l'on rencontrait et la principale était la question d'ar-
gent. Combien ce que j'avançai pour l'église Notre-Dame
doit être vrai pour Téglise de Brie-Comte-Robert. A Paris, la
munificence royale, celle des riches bourgeois et le concours
assurément très large du Chapitre ne permettaient pas de
construire la métropole en moins de trente ans. On mettait
ailleurs, comme à Chartres, des cinquante ans à ériger un
monument de cette nature, cela dans des centres riches ou
aisés.
A Brie, avec des ressources moindres, avec des moyens
plus restreints, la construction devait marcher bien plus
lentement. Nous en avons la preuve en rapprochant la date
de la mise en place des premiers matériaux et celle de la
dédicace. Je ne veux pas. dire qu'au point de vue rituel, la
dédicace fut absolument nécessaire pour célébrer dans l'é-
glise, nouvellement construite, le service divin ; cette consé-
cration, pourtant, marque une sorte de terminaison dans les
parties principales de l'édifice. Du reste, une preuve écrite
(I) Malheureusement aveug'èes depuis la fin duiS' siècle.
{2} Les vitraux de cette galeiie ne sont point parvenus jusqu'à nous. Une restauration qui
ne semble pas s'être suffisamment inspirée des tons éclatants de la rosace a mis a la place de
vitraux sans beaucoup d« valeur, paraît-il. une sorte de grisaille colorée qui ne produit pas
le plus heureux effet. Il serait, dans tous les cas, utile puisque on se proppse de créer un musée
à Brie d'y placer les vitraux descendus de cette galerie en les plaçant à l'exposition la plus
favorable. Les caisses de ces vitraux sont, m'a-t-on dit, au presbytère. .
(3) M ne faut pas oublier que le plan primitif ne comportait pas de chapelles latérales dans
les bas-côtés. CeuX-ci auraient du. alors, uniquement être éclairés par des petites fenétrrs lan-
céolées dont il nous reste un type.
DE BRIE-COMTE-ROBERT 449
nous dit que l'église Saint-Etienne était considérée comme
neuve, comme récente, dans la seconde moitié du XIV** siècle.
Cette preuve, je l'ai administrée, au cours de l'examen des
comptes de la reine Jeanne. C'est là une expression dont
nous devons tenir compte dans la question.
Ces données me conduisent à croire que l'église Saint-
Etienne fut plutôt l'œuvre de la bourgeoisie et de la population
briarde. Sans doute, les seigneurs du pays durent concourir
a ce travail, mais l'elTort principal, TelTort continu me parait
avoir été fait uniquement par les habitants. Absolument
rien, d'ailleurs, ne nous est resté d'une participation quel-
conque du seigneur dans les dépenses engagées. Même
dans les comptes de la reine Jeanne, il ne se trouve pas
une ligne, pas un article ayant traita une coopération, voire
temporaire, à l'œuvre commune. Nous aurons plus loin, il
est vrai, à parler de ses dispositions testamentaires envers la
fabrique, mais il n'y a là que l'institution d'un service reli-
g-jeux dont elle assure l'exécution par une rente appropriée.
Je crois bien, toutefois, que des dons, des libéralités furent
faites par les seigneurs pour aider à l'érection du monument.
II me paraîtrait invraisemblable qu'il en fût autrement.
Cependant—- et j'insiste sur ce point — la construction de
l'église Saint-Etienne fut entreprise et menée à bonne lin par
la population. C'est là, à mon sens, ce qui explique la lenteur
des travaux, mais c'est aussi, je crois, une des causes, en
dehors de celle que j'ai énoncée plus haut, qui lit l'unité rela-
tive qui présida à leur exécution et à leur achèvement, de
siècle en siècle. Le corps des marguilliers, dépositaire certain
du plan primitif, devait en maintenir, jalousement, la tradi-
tion contre les novateurs.
Nous savons la date exacte de la dédicace de l'église. Elle
eut lieu le dimanche après la Quasimodo (c'est-à-dire le
deuxième dimanche après Pâques) l'an i363. Lebeuf dit
d'ailleurs que « l'anniversaire de la dédicace s'y célèbre le
dimanche après la Quasimodo ». Il nous reste, d'ailleurs, un
monument de cette solennitéc On le trouve dans un Inventaire
29
4X) HISTOIRE DE LA VILLE
des titres de Véglise Saint-Etienne (i), dont je parlerai en son
lieu, sous forme de Lettres dont voici la teneur :
f. étires Je la déJicasse et les pardons et indulgences de la dicte église
données par notre satnct père.
Item unes lectres faictes et passées sous le scei de la prévosté dn
dit brave le mercredi vingt deuxiesme jour du mots dt febvrier mil
trois cens soixante et dix neuf signées J. Bonté, ea quoy appert Racal
Picart ei Gillette sa femme, bourgois du dit braye, à nous recognat
comme feu GodcfTroy Piquart, père du dit Raoul, meu de dévocion
cust faict dédier la dite église mons. Sainct Estienne et fait constituer
en la dite église, confrarie de la Dédicacion en Ihoaneur de Dieu, de
sa benoiste mère et mons. Sainct Estienne patron de la dite église, et
icelle confrarie, le dit Godeffroy Piquart cust voulu fonder et dooer
la some de quatre livres parisis de rente à tousjours. selon certaine
institucion et ordonance faicte par le dit Godeffroy rédigez es dictes
lettres en quoy aussi appert que les pardons et indulg-ences dessus
declairez donées par le Pappe Innocent sur larticle inventorié U)
furent publiées en la dite église mons. Sninct Estienne par Messire
Jehan de Meullanc. evesque de Pais, par levesque de Carpentras,
son vicaire, lan mil trois cens soixante et trois le dimanche de •5\fw-
r/co;(fij tA;/;///// (j), auquel jour la dite église fui dédiée et ordona
icelle dédication estre célébrée au dit jour et dona quarante jours de
vray pardon et lict les ordonances cl con*^titution dicelle confrarie à
linstancc du dit Ciodciïroy applain declairez estre lettres en quoy,
entre aultres choses, appert que les curez de la dicte église le len-
demain de la feste de la dcdicacion feront cellebrer une messe de
'hiejjuirm pour le salut de lame messire Estienne de la Fontaine, jadiz
curé du dit braye. qui les dits pardons et indulgences impétra du dit
(1) Conservé aux Archives commun.Tics de Brie-Comte-Robert.
(2) Larticle inventorié dont il est parlé ici est celui qui. dans Y Inventaire, précède immédia-
tement \*"> Lettrei de la didiiace. Il e^t ainsi conçu : « Letlrc^ des pardons tt induls^ences donees pcr
notre sainct père le pape. — Item unes lettre> et bulles donées en Avignon sous les sceaulx du
saint siet;e apostolique, en quoy appert le pape Innocent avoir donné et relâché à tous vrav>
confis et reppent;«ns qui visiteront dévotement la dicte église mons. Sainct Estienne de Brave
(2omte Robert et donneront de leurs biens, le jour de la Nativité Nostre Seigneur, de la Cir-
concision, le jour des Roys. de lApparition. delà glorieuse résurrection, de la sumption delà
Penthecoste, toutes les Testes de Nostre Dame, de Sainct Michel, de Sainct Jehan baptiste de
Sainct Pierre et Samct Pol. de Sainct Jehan appostre et évangélistc. de Sainct Jacques de
Sainct Hstienne. de Samct Marc, de Sainct Martial, de Sainct Nicolas, de Sainct Liénard de
la dedicas»ie de la dicte église, de la teste de Toussains et le jour du grand vendredi un" an
et quarante jours de leurs p-nitences enjoinctes par chascun jour des dictes festes.
fV Mtscncord'a domini sont les premiers mots de Vlntroït de la messe du dimanche après
(luasimodo. On sait ijue les dimanches qui précédent et suivent ceux de la Passion et de Pâques
«ou a n>i désignes.. Le dimanche avant la Passion est Latare ; celui qui le précède OcvlU
c?lui qu suit Pâques Qit.nirrxodo, etc.. etc. Misericordia domini est donc \c second dimanche «près
Pa ]ies.
DE BRIE-COMTE-ROBERT 46 1
papp: Innocent, son maistre (i), et aussy pour les âmes des frères et
conseurs de la dite confrarie trespassez. En quoy aussy appert le dit
GodefTroy avoir ordonné une messe estrc cellebrée chascune sepmaine
au jour du lundi à perppétuité au grant autel de la dite esglise pour
le salut de son âme, de ses père et mère, des confrères et des conseurs
de la dite confrarie laquelle messe seroit et est fondée de quatre livres
parisis de rente annuelle et perpétuelle à prendre chascun an, cest
assavoir tant sur une meson assise de les la dicte esglise tenant dune
p.irt à la meson feu Arnoul Foulcher, chargée de quatre deniers
parisis de cens et de quatre livres parisis de rente, decquelz quatre
livres les maistres et proviseurs de la dite confrérie en pourront
prendre vingt solz après le dit fons de terre, comme sur dix arpens
de terre scituez et assis de les le chemin qui tend du dit brave conte
robert au Breil (2) tenant dune part aux terres maistre Jehan de Beau-
rouvre, clerc, et aux terres Symon de Verneil, escuier, lesquelz dix
arpens de terre le dit Godefroy avoit faict admortir lesquelz furent
prisiez à pris de terre à la valleur de soixante solz parisis par an et
que iceu'x dix arpens seroient baillez par les maistres et proviseurs
de la dite confrarie po ar et ou prouffict dicelle comme au plus offrant
et dernier enchérisseur, et lesquelz dix arpe s, après le décès du dit
Godeffroy Picquart, avoient esté délaissés à la dite confrarie par le
dit Raoul Picquart pour la dite somme de soixante solz parisis en
as-iette de terre, par lesquelles lettres aussy appert avoir esté ordoné
que les maistres et proviseurs de la dite confrarie rendront compte
aux confrères et conseurs dicelle des debtes et estât de la confrarie
et que sil y a aulcun résidu quil sera converty et employé an prouf-
fict de la dite église.
Nous avons, par le document qui précède, la date certaine
de la dédicace, au moins quant à l'année. L'inventaire de
1774, auquel j'ai déjà fait des emprunts, prétend que cette
' i) Il sagit, ici. du pape Innocent VI qui fut élu pape, a Avignon. le 18 décembre 13^2. Il
s'appelait Ftienne Aubert, et était né â Beissac, prés de Pompadour, dans le Limousin. II occu-
pait avant son élévation au pontificat, la chaire de droit civil à Toulouse, puis l'évéché de
Noyon et c lui de Clennont. Il mourut « consumé de vieillesse et de maladie », le 12 septem-
bre i^i2. Il protégea les gens de lettres et favorisa quelques uns de ses parents qui, du moins,
honorèrent son choix. Os reiLseignements nous permettent d'établir que Etienne de la Fon-
taine était mort, curé de Brie, entre 13^2 et 1562. Il n'y aurait rien d'impossible, aussi, à ce
qu'ttienne de U Fontaine .ippartint à la famille d'où sortit, trois siècles plus tard, l'illustre
fabuliste. On sait que ce dernier était de Château-Thierry. Si Etienne de la Fontame était
originaire de ce pays, il se pourrait fort bien qu'il ait pu être remarqué, encouragé par
Etienne Aubert. alors évéquc de Noyon. Peut-être, ce dernier lui servit-il de parrain.
1,2) C'est le chemin qu'on appelait au XIII« siècle l'ancien chemin du Breiul (V. p. 190) et qui
nous est resté, à peu près, sous le nom de chemin de Lagny ou de Ferrolles. C'est là, en
effet, que se trouvait le fonds de terre appelé la Dédicace ou la dianti de Gloriette (à la cure),
entre le chemin de Lagay et celui de Lasigny.
4^2 HISTOIRE DE LA VILLE
cérémonie eut lieu le dimanche des rameaux, au lieu du
deuxième dimanche après Pâques. Voici, du reste, comment
il s'exprime : « liem un vieil inventaire qui n'a ny commen-
cement ni fin et qui constate néantmoins que lan i363 le
dimanche de mars jour des Rameaux fut fait la dédicace de
Téglise de Brie-Gomte-Robert par Mgr Jean de Meulan,
évêque de Paris et Mgr l'évêque de Carpentras son grand
vicaire auquel jour furent publiées des indulgences accordées
à la ditte Eglise en faveur de la ditte dédicace et en Ihonneur
des apôtres pour laquelle confrérie fut donné quatre livres
parisis de rente et les dittes indulgences accordées par le
pape Innocent VI à Rome lan 1451 le douze juillet. » A vrai
dire, les assertions de cet inventaire me paraissent entachées
d'erreur. D'abord les lettres datées du 12 juillet 1451, dont
je parlerai par la suite, sont indiquées dans l'inventaire de
i5o7 comme ayant été délivrées par « plusieurs cardinaux ».
D'autre part, les indulgences délivrées en 1451 ne pouvaient
être signées par Innocent VI, ce pape étant mort en i362.Il
ne saurait y avoir erreur sur le millésime, car si une erreur
avait fait lire 14^1 pour i3?i, les lettres de pardon susvisées
ne sauraient être attribuées à Innocent VI qui ne fut élevé à
la tiare qu'en i352. Le rédacteur de l'inventaire de 1774 a
évidemment mal lu et mal rapporté le document qu'il avait
sous les yeux et qui, d'ailleurs, ala peinturequ'il nous en lait
devait être en très mauvais état et incomplet. C'est peut-être
à une erreur semblable qu'il faut attribuer l'assertion qui
place le dédicace de TEglise de Brie au jour des Rameaux.
Je m'en tiens, p(jur ma part, au jour que j'ai indiqué pour
deux raisons : la première est que l'introït du deuxième
dimanche après Pâques (rituel romain.) commence bien par
ces mots Misericordia divini que nous rapporte l'inventaire
de ixj'j : la seconde est que le jour ainsi désigné est précisé-
ment celui auquel on célébrait l'anniversaire de la dédicace,
â ce que nous aftirme l'abbé Lcbœuf, qui sur de tels points
était parfaitement renseigné.
Au surplus, j'estime, malgré la difficulté que je signalais
plus haut, qu'il n'est pas impossible de déterminer, à un très
petit nombre d'années près, l'époque â laquelle fut décide
DE BRIE-COMTE-ROBERT 453
et commencé l'agrandissement de l'ancienne église Saint-
Etienne. Selon moi, il faudrait placer ce fait vers 1249. C'est
encore Y Inventaire, ci-dessus visé, (i) qui me permet d'énoncer
cette hypothèse. J'y trouve, en effet, l'article suivant, le
premier d'ailleurs du document, qui est présenté sous ce
titre : « Ung messel auquel est contenu la déclaration des saincles
reliques de cette église. »
Et premièrement, ung viel et ancien messel, couvert de cuir blanc
lequel se comence ou premier fueillet dominus vobiscum, et puis après
liber generalionis et finissant qiiod unquam deseras lue genlis amen en
la prose gaiide sion ouquel messel mesmes ou calendrier dicelluy ou
moys de janvier sur la marge estoit escript ce qui après ensuit.
He sunt reliquie quos attulit fraie r Robertus de Braye ordinis fratro^
rum minorum parisiensis atris marinis part^bus et dédit ecclesie de
Braya. Ce sont les reliques que Robert de Brie de l'ordre des frères
mineurs du diocèse de Paris apporta des lointaines régions marines (2)
et qu'il donna à l'église de Brie.
Quamdam spinam de corona domini et de herba de qua Juit ligaia
corona domini. Une épine de la couronne du Seigneur et de l'herbe
avec laquelle fut liée cette couronne.
De ligno dominice crucis. Du bois de la croix du Seigneur.
De vestimento Sancle Virginis, (Un morceau) du vêtement de la
Sainte Vierge
De cingulo ejus. De sa ceinture (de la Sainte Vierge).
De unguibus Sancti Francisai. Des ongles de Saint François.
Pars maxillare Sancti Slephani cum una dente. Une portion de la
mâchoire de Saint Etienne avec une dent.
De osse Sancte Catherine. Des ossements de Sainte Catherine.
De oleo quod manat de corpore ejus. De l'huile qui déco.ule du corps
(de Sainte Catherine).
De Sancto Simone, appostolo. (Des reliques) de Saint Simon,
apôtre.
( I ) Cet inventaire, qui nous fournira d'utiles renseignements, est un manuscrit in-quarto sur
parchemin, relié. On lit, à la fin du volume la note suivante :
a Le présent manuscrit a été donné à la fabrique de la Paroisse Saint-Etienne de Brie-Comtc-
Robert par M" Laborie qui en étaient les propriétaires par l'adjudication judiciaire qui leur en
a été faite à l'inventaire de M. Guéret, curé de Saint-Paul. » (à Paris). A la suite de cette note
sont les deux lignes suivantes :
a Manuscrit appartenant à M. Pascal, docteur médecin à Brie-Comte-Robert, b
{2) Ce passage ne saurait étonner. On sait que François d'Assise — de son vrai nom Jean
Bernardone — fonda l'ordre des Frères mineurs, connu aussi sous le nom de Franciscains ou
de Cordeliers, vers 12 lo. mais qui ne tut définitivement approuvé par bulle papale que le 29
novembre 1223. François d'Assise envoyait les frères en mission jusque dans les pays les plus
lointains. Robert de Brie revenait probablement d'une mission semblable quand il rapporta
tes reliques dont il est question.
464 HISTOIRE DE LA VILLE
De Sanc'o Thomas, appostolo. (Des reliques) de Saint Thomas,
apôtre.
De Sanclo "Philippo^ appostolo. (Des reliques) de Saint Philippe,
apôtre.
De Sancto Dionisio. (Des reliques) de Saint Denis.
De captte Sanctt Blasii. De la tête de Saint Biaise.
De Sancta Mena^ martire. (Des reliques) de Sainte Madeldne (i) (>)
martyre.
De Sancta Anasthazia^ virgine et martire. (Des reliques) de Sainte
Anaslasie. vierge et martyre.
De rupe uhi sedet ritbens in qiin appantit Dominus Moisy, De la
roche où était le buisson ardent au milieu duquel le Seigneur apparut
à Moïse.
Has omnes reliquas dédit et concedit frater Robertiis anno T>omino
i2jfr^ circa festam piirificationis béate marie. Le frère Robert donna et
concéda ces reliques (à l'église) l'an du Seigaeur 1249 vers la fête de
la purification de la Vierge (2 février).
L'importance et le nombre de ces reliques laissent, je crois,
l'impression qu'elles étaient destinées à une église impor-
tante. On peut les considérer comme le fonds du sanctuaire,
restauré, agrandi, établi enfin sur des proportions nouvelles.
Et je ne m'étonne pas de trouver, ici, comme donateur de ces
restes précieux pour les âmes religieuses, trésors qui de-
vaient, dans sa pensée, donner un éclat et une illustration
singuliers à Saint-Etienne, Robert de Brie, appartenant,
évidemment, à cette vieille famille autochtone que nous
retrouvons toujours, à travers les siècles. Il est donc logique
de supposer que, dès celte époque ' 12491, l'église Saint-
Etienne était en voie de reconstruction.
( !) Je traduis Mena par MadaUna. d'après le r igné abréviatif qui surmonte le nom de la Sainte.
Il s'agirait alors de Sainte Marie-Vadoléne dont parle l'Evangile. Quelques auteurs grecs du
7* siècle la font aller à hphese après l'Ascension de Jésus-Christ et assurent qu'elle y mourut
et fut enterrée en l'an 90. L'empereur I.éon-lc-Philosophe fît transporter ses reliques à Cons-
tantinople. Fn 1216. le pape Hononus III. qui les tenait vraisemblablement des croisés les fît
enfermer a Saint-Jean-de-l.atran à Rome. Cette Madelene ne serait autre que la fameuse péche-
resse de l'Hvangile. 11 est a remarquer que l'inventaire ne lui donne pas le titre de a. viereeet
martyre » comme à Sainte Anastasic. qui suit. J'avoue, d'ailleurs, que le titre de martyre
accordé, ici, a Sainte Madelene me déroute un peu. Je ne crois pas qu'elle ait été niartvrisée.
car sa fête aux .Missels est inscrite au 22 juillet sous la rubrique : .S. Maria MagdaUnée Pétnit. 11
faut bien se dire aussi qu'.i cette époque tout saint ou sainte était considéré comme ayant
soufieit le ni.iilyr p.nr le commun des fidèles. Combien de ceux-ci. même de nos jours, sont
renseignés sur ces points d'exégèse religieuse r
bÈ Bl^IÈ-COMTE-ROBERT 45S
S'il reste encore quelques incertitudes sur ce sujet, il n'en
saurait être de même pour la fondation de deux chapelles, les
plus anciennes certainement de toutes celles qui furent, à
leur instar, construites en addition du mur de clôture des
bas-côtés. Il est à remarquer que toutes deux se faisaient
vis-à-vis, en face la première travée du chœur, ainsi que l'in-
dique un plan de distribution annexé à un Inventaire de
l'église du 28 octobre 1774. La première en date, dédiée à
Sainte Marguerite, était située dans le bas-côté septentrional,
la seconde, dédiée à Saint Jean, dans le bas-côté méridional.
La plus ancienne fait l'objet d'un diplôme de Charles IV qui
venait d'épouser, en troisièmes noces, Jeanne d'Evreux, dame
de Brie-Comte-Robert. Guérard a mentionné ce diplôme ainsi
que les lettres d'amortissement et de donation dans le Cartu-
laire de N.-D. de Paris (i).
« Charles IV, roi de France et de Navarre, confirme, sur la
demande d'Agnès la Vannière, dame de Bien-Assise (2), la
fondation par elle faite d'une certaine chapelle dans l'église
de Brie et dit que les biens situés sur le territoire de cetie
ville, aflectés par la fondatrice au chapelain de la dite
chapelle seront possédés gratuitement par celui-ci en main-
morte. Ce diplôme est daté de Paris, du mois de janvier
i326 (i327 n. s.).
« Le i3 février de la même année (vendredi après l'octave de
la Chandeleur) Agnès la Vanière, dame de Bien-Assise, em-
ploie à la fondation d'une chapelle « dédiée à la Vierge (3i »
dans l'église de Braie les immeubles et rentes amortis, plus
d'autres immeubles situés en territoire de Braie d'un revenu
de sept livres parisis. »
(1) Op. cit. t. 111. pp. 185. 186.
(2) Il s'est établi, parfois, quelque confusion entre Bien-Assise et Belle-Assise. Celui-ci est
le fief sis à Villemeneux dont j'ai parle plus haut ; lautre a '»partient à la commune de Jossi-
gny (cant. de Lagny, arrond. de Meaux). o Dans les écarts de cette paroisse (Jossigny;, écrit
l'abbé Lebccuf. le lieu qui paraît le premier connu est Belle-Assise, où il y a un château sur
une éminence, suppose qu'il soit le même que Bien-Assise, ce que je crois, puisqu'on le pro-
nonce Bien-Assise. Ce qui dénote l'antiquité de Bien-Assise est qu'une dame de ce lieu fonda
en 1526 une chapelle de Sainte Marguerite a Brie-Comte-Robert, donnant pour cela des biens
situés aux environs, à Centeny, etc.. »
(3) 11 y a là une erreur difficile à s'expliquer. La chapelle Sainte-Marguerite est bien la plus
ancienne fondée dans l'église de Brie-Comte-Robert.
456 HISTOIRE DE LA VILLE
Les immeubles et rentes précédemment donnés avaient été
amortis ainsi qu'en témoigne l'acte suivant, cité par Guérard :
« Frère Lyénard de Thibaites, visiteur général de ça les
monts de Tordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, amortit au
profit d'Agnès, veuve de Henri le Vanier, chevalier, moyen-
nant vingt sols parisis de cens annuel et perpétuel, onze
arpens trois quarts de terre labourables, demi arpent de
vigne, un arpent et demi de pré et onze sols de rente que la
dite dame possédait dans la censive de la Commanderie de
Genteny, appartenant autrefois à l'Ordre du Temple. . . Donné
à Paris en notre général chapitre le mercredi après la fête de
Saint-Barnabe, apôtre, Tan i326 (juin). »
La fondation de la chapelle Sainte-Marguerite remonterait
donc au premier quart du XIY* siècle, et comme elle fut cons-
truite en perçant la maçonnerie qui formait la clôture des bas-
côtés, il faut bien admettre que cette clôture existait à ce
moment. 11 n'est pas possible, en effet, de croire un seul
instant, que la baie d'éclairage de la chapelle en question soit
contemporaine du mur de clôture ; je parle ici uniquement
au point de vue de la construction qui atteste, tant dans
l'exécution que dans les matériaux employés pour le mur de
l'église et pour celui de la chapelle, une différence notable.
Cette observation corrobore ce que dit M. Blondeau au sujet
des bas-côtés
« Primitivement clos par une maçonnerie percée dans
chaque travée d'une petite baie en ogive, la décoration de ces
bas-côtés a été ordonnée de la manière suivante. En face de
chacun des piliers de la nef, et adossé au parement du mur
intérieur, est un accouplement de colonnes jumelées avec
bases et chapiteaux sculptés, recevant la retombée des
nervures d'arêtes et d'arcs doubleaux soutenant les voûtes.
Ces dernières (colonnes) daîis le style du XIIP siècle seraient
encore probablement conservées presque intactes sans l'addi-
tion postérieure des chapelles latérales. »
Ainsi, d'une part, l'observation architecturale, de l'autre,
la preuve documentaire établissent avec certitude que l'en-
ceinte, sinon le vaisseau, de l'église Saint-Etienne existait au
commencement du XIV* siècle. Le don de reliques, fait en
DE BRIE-COMTE-ROBERT 467
1249 par Robert de Brie, laisse parfaitement supposer qu'à
cette date, l'église Saint-Etienne était en voie de considérable
accroissement. Il n'y aurait donc aucune difficulté à admettre
que la première pierre de la nouvelle église ait été posée
sous Robert II, de Dreux, dans les dernières années de sa
vie, ou sous Robert III, son fils, qui donna aux bourgeois de
Brie leur première charte.
Tels sont les enseignements que l'on peut retirer de la
fondation de la chapelle Sainte-Marguerite Quant à sa
description elle est tout entière renfermée dans ces quelques
lignes empruntées à un article que publiait, en 1867, M. C.
Bernardin dans un journal de Melun.
ce L'église Saint-Etienne de Brie-Comte-^obert est un des
monuments historiques les plus importants de notre dépar-
tement. Cet édifice remarquable, remontant à une haute
antiquité, renferme dix chapelles latérales qui sont presque
toutes de fondations particulières, c'est-à-dire qu'elles ont
été, en grande partie, construites et pourvues de rentes par
plusieurs seigneurs sous certaines conditions ou charges.
a Une de ces chapelles, celle qui se trouve la plus rappro-
chée de l'autel de la Vierge (i), a été dédiée à Sainte-Margue-
rite depuis les temps les plus éloignés. Elle avait été érigée
en bénéfice par le fondateur qui avait donné onze arpents de
terre, situés au terroir de Brie à la charge de six messes par
an pour le repos de son âme dans l'église Saint-Etienne de
Brie-Comte-Robert. Cette chapelle est bien conservée à Tinté-
rieur. Ce qu'il y a de plus remarquable, ce sont les quatre
figurines qui sont en bas des ogives et l'écusson seigneurial,
(I) M. C. Bernardin parle ici du moment présent. La chapelle de la Vierge actuelle se
trouve en effet aujourd'hui sous la tour du clocher, l'autel étant adossé au mur oriental de
l'église sur l'alignement du maître autel. Le plan, dont j'ai déjà parlé et qui était annexé à
V Inventaire de 1774 place la chapelle de la Vierge ou de Notre-Dame, après la chapelle Saint-
Jean, dans le bas-côté méridional. Elle était ainsi en face la chapelle des Apôtres, à côté de
ce que l'on appelait alors 0 la fausse chapelle » où est aujourd'hui la statue de Saint-Roch. La
travée du bas-côté septentrional, sous la tour du clocher, était séparée de l'église. El'e faisait
pendant à la travée correspondante du bas-côté méridional qui servait de sacristie. Là où est
aujourd'hui la chapelle de la Vierge, on sonnait les cloches. Mais contre le mur qui séparait
cette travée de la basse nef septentrionale était adossée une chapelle qui portait le nom de
chapelle du Saint-Rosaire. Le banc de Saint-Roch était entre la chapelle Sainte-Marguerite
et la chapelle du Saint-Rosaire. Il y a lieu de retenir ces indications pour plus tard.
«
4.^8 HISTOIRE DE LA ViLL<^.
à demi mutilé, qui se trouve à la clef de voûte. A Textérieur,
la fenêtre ogivale et le mur sont en mauvais état... »
Après la chapelle Sainte-Marguerite, fut fondée la chapelle
Saint-Jean. Le titre de fondation est accordé par Foulques,
évoque de Paris, à Jean Cordier, bourgeois de Brie-Comte-
Robert qui voulait élever, dans l'église de Brie-Comte-Robert,
une chapelle in honorem deiet frloriose Virginis Marie et beati
Johannis baptiste. Trois messes, dont une du Saint-Esprit, une
autre de la bienheureuse Marie, devaient être célébrées par
semaine dans cette chapelle.
Les Archives nationales (i) nous ont conservé la charte
d'amortissement que le fondateur obtint, à propos de cette
fondation, de la reine Jeanne.
Jehanne. par la grâce de Dieu, royne de France et de Navarre.
savoir faisons à tous présens et à venir que comme nostre am6 Jehan
le Cordier (21 maistre bourgeois de braye conte robert et Jchanoe sa
femc nous eussent humblement supplié que pour la fondation d'une
chappellenie qu'ils avaient devocion de fonder à tousjours et perpé-
tuellement dans lesglise parrochial de Saint-Pticnne de braye pour
eulx, pour leurs amis, nous leur vouloissions admortir les terres.
droitures, champars, cens et autres choses cidessous spécifiées et
devisées en voulant nous et noz filles accompaigner par espécial es
messes et biens faiz qui seroient faiz en la dite chapelle et nous
voulans savoir quelle grâce nous fcrionz aux diz mariez se nous nous
assenti'^ns à leur supplication, eussions commis par noz lettres &
Jehan le Tourneur, nostre prévost de braye et à Pierre François,
nostre chastellain illec, comme appelez avecques eulx quatre ou trois
prudhomes saiges et cognoissans en lelez choses ilz sceussent où les
choses que les diz mariez nous rcqueroient estre admorties seoient,
la value dicelles, quel dommage nous pourrions avoir se nous nous
assentions à ce et de toutes les circonstances à ce appartenans et que
ce que treuve en sauroient, nous rapportassent particulièrement,
ordenement et par escript afin que sur ce nous peussions taire et
ordoner ce qu'il nousplairoit lez quellz nos prévôt et chastellain nous
ont fait sur ce relacion et sous leurs seaux et rapporté la value des
dites choses et où elles sont assises à la manière qui sensuit :
Et premièrement, que les diz mariez avoient dix arpens de terre
(II. 424.
(2) Jehan If ('ordier ost cité souvent, comme on a pu le voir, dans les comptes de la reine
Jeanne. Il e>t. particulièrement, désigné comme receveur des finances de la reine dans le
premier compte que j'ai publié et qui est aflerent à l'année 1328.
bÈ BRIÈ-COMTE-ROBERT 489
^^antès lieux ci après devisez, c'est assavoir : Cinq arpens de lez le
^^ant ourme le lonc le chemin qui va à Fourcilles ( i ) tenant dune part
^ Symon de Laval, dautre part aux terres Saint Ladre (2).
hem, trois arpens de terre, assis en la voie du parc (3) tenant dune
part à Symon de Laval, et dautre part aux enfans Colin Fouacier.
//e;«, un arpent de terre assis dautre part de la voie des trois arpens
dessus ditz tenant dune part à Symon de Laval et dautre part à la
meson Dieu de Paris.
//e/;i, un arpent de terre assis au dessus de Saint-Ladre en la
voie de Paris tenant dune part aux terres de Saint-Ladre et dautre
part à Jehan le Cordier, bourgois de Paris (4).
Chascun arpent de ces diz arpens dessus ditz prisiez douze sols
larpent, valant vj livres parisis de rente.
Derechief, cinq droitures à la mesure de Corbueil, desquelles
Guillaume Morvilliers à cause de sa famé en doit deux et demie pour
cause dune maison et jardins en Laval (5) et de sept quarts de terre
assiz en la haie au leurier et aboutissant ou chemin qui va aus moulins.
//em, une droiture que Jehan Lescot doit pour un arpent de terre
jouign:;nt aux dites mesons et jardins du dit Guillaume de Mor-
villers.
Item. Estienne Rougel, demie droiture pour demi arpent de terre
tant en saussoie comme, en terre, assis en Laval sur les terres tenant
à Jehan Lescot.
//e/r, une droiture que Pierre le Fournier, autrement dit Picquart,
doit pour un arpent de terre séant au chemin de Gragi, aboutissant
au petit chemin si comme len va es vignes du Petit Val (6) et joui-
nant à Jehan le Charron.
Chascune droiture prisiée douze sols parisis, valent ces cinq droi-
tures soixante sols parisis de rente.
Derechief les champars de cinq arpens et trois quartiers ou environ
de terre desquels Jehan Eschambaut à cause de sa feme en tient
(1) Chemin, dit, aujourd'hui, de Brie à Lésigny.
(2) La léproserie Saint-Lazare.
(?) La voie du Parc, c'est-à-dire le chemin du bois du parc ; il portait au iS» siècle le nom
de chcm'n de la Masure et a été supprimé par la route de Tournan.
(4) QujI ne faut pas confondre avec Jehan le Cordier. bourgeois de Brie.
(5) J'ai déjà dit que ce nom était donné à une portion de la rue que nous appelons du
Martinet. C'était la rue à l'aval de Brie dans le vallon du Cornillot.
<6) Cette pièce de terre serait, par suite, occupée en partie aujourd'hui par la ferme de M
Villeron, cultivateur, U route de Melun et les maisons qui bordant la route, en face de M.
ViUeron, touchent à la propriété de M. Thibaut.
460 HISTOIRE DE LA VILLE
arpent et demy séant en rouge terre (i) tenant dune part à Jehan
Martin et dautre part à Jehanne de Sansalle (2).
Item, Jehan le Drapier demi arpent assis derrière le marché (3)
de Bougny tenant à Guillaume Morel.
//em, Symonnet le Févre, fils de Robert le Fèvre» demi arpent séant
sur la voie des minières (4) et de petite fontaine (5), tenant à Lyénard
lescuier.
//em, Guillermy le Barbier trois quartz assis en rouge terre tenant
dune part à Jehan Belorin et dautre part à Jacques le Févre.
//ew, Jehan Chevry à cause de sa famé trois quartiers séans en
Jussy 0).
//em, Mons. Durant, curé de braye, un quartier séant au marchais
de beugny (boigny) tenant aux hoirs feu Chevalier.
//em, le dit mons. Durant demy arpent séant en rouge terre.
Prisiez les ditz champars deux sestiers (de grain) de rente par an
chascun sestier prisié cinq sels, valent dix solz parisis de rente par
an.
//e;;i, vint et deux solz parisis de cens ou environ portant ventes
tant seulement et pevent valoir par an pour les ventes qui y peveni
escheoir trente solz parisis de rente par an.
Toutes lesquelles choses dessus escriptes nomément sont tenues
de nous et font en somme toute onze livres paiisis de rente.
Et nous, veu le rapport à nous fait par escript sur les seaulx de
nos ditz prévost et chastellain, considérant la dévocion que les diz
mariez ont à la fondation de la dite chappellenie et aussi que nous et
nos filles sommes acompaingnées es messes et biens faiz qui faiz
seront en la dite chapelle pour le désir que nous avons a laugmen-
tacion et accroissement du service divin de grâce espéciale et certaine
Ci ) Ce lii-u dit existe encore : Terre rouge est entre la plaine de Sansalle et la Vallée des Peiitt:-
Fontaines, le long de la route de Coubert. avant d'arriver au ruisseau de la Barbançonne.
(2) ("/est la première fois que dans les documents de l'époque apparaît ce nom qui pourtant
était celui dun fief dont j'aurai à m'occupcr dans les chapitres suivants. Ce fief présente cette
particularité qu'il commandait le débouché de la route de Bourgogne, laquelle franchissait
l'Yerres sur un pont qui existe encore. C'est aujourd'hui une ferme de la commune de Brie.
appartenant a M le baron de Cholet et aflermée à M. Orsat-Petit.
; 5) Marché doit s'entendre comme marihaii, c'est-à-dire marais, lieu où l'on cultive des légu-
mes. Apris ce que j'ai dit de Bo'gny ou Bougny. à l'article des fiefs, on pourrait croire que le
marchais de Bougny fut situe aux environs de la gendarmerie actuelle, sur la rue Saint-
Christophe. Il n'en est rien. Le marchais de Boigny est un lieu dit du territoire de Brie, situé du
côté opposé de la ville, à l'angle de l'ai ciennc route de Paris à Provins et de l'ancienne avenue
de Meunières — à proximité du pont qui. aujourd'hui, franchit la voie ferrée allant de Brie*
Vcrncuil.
(4; Appelé autrefois aussi avenue de Meunières : Elle conduit a la ferme ^disparue) de .Meu-
nières et à celle du Ménil.
5; C'est-.i-dirc au point où commence la grande avenue de Villemain,
DE BRIE-COMTE-ROBERT 46 1
science nous consentons expressément à la fondation de la dite
chappellenie et avons octroyé et octroyons que les chappelains qui
ores ou ou temps à venir seront instituez en la dite chappelle puis-
sent tenir paisiblement et a tousjours mais perpétuellement toutes
les terres, droitures et champars deus et autres ci dessus nommées...
Donné à Crécy-en-Brie (i), lan de grâce mil CGC trente huit, ou
mois de septembre.
Cette charte d'amortissement nous indique un des genres
des libéralités que la reine Jeanne faisait à l'église. Dans
Tespéce, elle s'associe à la fondation de Jean le Cordier en
amortissant, c'est-à-dire en renonçant à la rente qui lui était
due par le dit Cordier pour les terres et biens qu'il donne à
la chapelle. L'acte spécifie, du reste, le sacrifice fait par la
reine ; il lui coûtait onze livres parisis de rente par an.
On peut reporter à la date de i363 — c'est-à-dire à la célé-
bration de la dédicace de l'église Saint-Etienne — la fondation
d'une troisième chapelle, fort ancienne, et au sujet de
laquelle l'abbé Lebeuf s'exprime ainsi : « Il y a dans la même
église paroissiale une troisième chapelle qu'on nomme des
Apôtres et la fabrique jouit actuellement (1740 ou environ)
d'un lot de terres, appelé te?'re des apôtres, ce qui fait
présumer que ce revenu a été uni à cette fabrique ou plutôt
donné à condition de bâtir la chapelle en l'honneur des
saints apôtres. »
Or, l'inventaire de 1774 — qui, s'il peut contenir quelques
erreurs en reproduisant des extraits de chartes anciennes
informes, est à coup sùrexact lorsqu'il fait la topographie de
l'église — dit ce qui suit, à propos de la dédicace : « ... (Des
indulgences) furent accordées à la ditte Eglise en faveur de la
ditle Dédicace et en rhojineur des apôtres pour laquelle confré-
rie fut donné quatre livres parisis de rente... A laquelle
confrérie est actuelletnent une chapelle de ce nom dans la ditte
église, désignée singulièrement par les vitrages (2) et une
pièce de terre appelée la terre des apôtres... »
(i) Chef-lieu de canton de l'arrondissement de Meaux.
(2) Cette pariicularité est à signaler au moment où on s'occupe de la restauration des vi-
traux de l'église Saint-Etienne et particulièrement de ceux des chapelles Saint-Jean et des
apôtres.
462 HISTOIRE DE LA VILLE
Il semblerait donc que la chapelle des apôtres et celle de
la dédicace fussent une seule et même chose, d'où cette
conclusion que la fondation de cette chapelle peut remonter
à i363, date de la dédicace. Elle ne saurait remonter plus
haut puisque la conlrérie qui l'occupait jouissait exactement
de la rente amortie, à cette date, par Godefroy Piquart ainsi
que nous l'avons vu plus haut. En réalité, la construction de
cette chapelle peut être li.xée vers 1379, lorsque Raoul
Piquart lit établir devant la prévôté de Brie la reconnaissance
officielle de la fondation de son père. I^ chapelle put prendre
le nom des apôtres, à la suite des lettres du 1-2 juillet uri
qui accordaient des indulgences à ceux qui visitaient l'église
Saint-Etienne, à diverses fêtes et notamment o aux festcs des
appostres et quatre evangelistes ».
Cl-F.K DK
niaitrc-iutH dr
Saint.biirnnr
11 est fort pn)babk- que, malgré le silence des comptes
de sa maison. Jeanne d'Evreux dut venir en aide de plusieurs
manières à la construction de l'église. Sa piété, rattachement
quelle avait pour Brie-Comte- Robert, les souvenirs de s-in
enfance devaient l'inciter â contribuer à l'érection de ce mn-
numenl dit à la piété commune. H est plus que probable que
la tradilinn, rapportée par Lebeul". repose sur des faits vrais.
acquis, dont la trace, perdue, se retrouvera peut-être un
jour, et on peut presque soutenir que Jeanne d'Evreu,\tit
faire « quelques travées de la voûte de cette église ». On peut
DE BRIE-COMTE-ROBERT 468
même avancer qu'elle fit construire la partie supérieure du
chœur pendant que Agnès la Vanière et Jehan le Cordier
élevaient les chapelles dont nous venons de parler.
Une découverte inattendue, dont je ne m'exagère cepen-
dant pas rimportance, me paraît devoir justifier cette
opinion. Frappé par Taspect tout particulier de la clef de
voûte de la dernière travée du chœur, celle qui s'appuie sur
le pignon du chevet, j'avais prié un de nos concitoyens, M.
Paul Petit, de m'en obtenir une épreuve photographique.
L'opération, si difficile qu'elle fût, réussit avec un plein
succès et je donnais une reproduction de l'épreuve ainsi
recueillie dans le Bulletin de la Société d'Archéologie et d'His-
toire de Brie-Comte-Robert, en m'elTorçant d'en tirer une
indication sur la date de la construction de l'église et
en particulier de l'achèvement du chœur. Il est toujours bon
de confesser une erreur, et c'est, ici, mon cas.
Cette clef de voûte est restée, jusqu'à présent énigmatique.
Telle qu'elle se présente on y voit deux bustes qui semblent
devoir être de grandeur naturelle, à en juger parleurs dimen-
sions apparentes ; opposés l'un à l'autre par la base qui se
perd dans un bouquet épanoui de marguerites, leur axe suit
Torientation de la nef. L'un, buste de femme, est à l'Ouest,
regardant l'Est, l'autre qui est évidemment celui d'un homme
est le plus rapproché du chevet. Il occupe la place d'honneur.
L'aspect seul de ces deux figures indique, à défaut de
la situation privilégiée qu'elles occupent, qu'on a voulu
représenter, là, des personnages de marque.
Ecartant Topinion qui avait été émise que ces bustes pou-
vaient être ceux de Philippe VI de Valois et de Blanche de
Navarre, sa deuxième femme, dont les noces furent célé-
brées à Brie-Comte-Robcrt, j'avais proposé, dans l'étude à
laquelle j'ai fait allusion ci-dessus, voir dans ces figures les
portraits de Pierre de Dreux et de sa femme Marguerite.
Entraîné par cette sorte de vertige qui nous porte trop sou-
vent à attribuer aux restes du passé la plus haute antiquité
possible, infiuencé par les marguerites qui forment la partie
centrale de ce motif de décoration, j'avais attribué au XIII*
siècle ce qui appartient, je le crois maintenant, au XIV** et
464 HISTOIRE DE La VILLE
proposé pour cette clef de voûte cent ans de plus d'existence
qu'elle n'a réellement. Un hasard, du reste, m'a amené à mo-
diller ma première manière de voir.
Le dessin ci-dessus est la reproduction, agrandie trois fois,
de l'épreuve photographique que M. Paul Petit voulut bien
m'établir.En étudiant attentivement le dessin ainsi développé ,
je vis, — et le lecteur peut faire comme moi — à droite du
buste de femme, une ombre ayant l'aspect régulier d'une
inscription. Il ne me fut pas difficile de me rendre compte que
mon observation était juste, et je pus lire ces mots écrits sur
deux lignes :
J E H A N N E
D E V R E V X
A la vérité, dans le dessin, l'X du mot EVREVX n'apparait
pas, parce que cette lettre est cachée par la nervure de Tare
doubleau, mais lorsqu'on examine, avec une bonne jumelle,
ce coin de la voûte, TX apparaît distinctement, plus distinc
tement même que les autres. La raison en est simple.
On trouvera aux pages 874 et 38i, la reproduction consi-
dérablement ampliliée des deux bustes en question. Si on
jette un coup d'œil sur la ligure de la page 874, on verra
que le mot JEIIAXXE, de Tinscription, sauf la lettre J est
presque en entier elïacé. Dans les mots DEVREVX, les
lettres du milieu particulièrement, sont fortement atteintes,
tandis que celles de chaque extrémité de la ligne sont beau-
coup plus accusées. J'attribue ces singularités fortuites aux
couches de badgeon qui ont été données, dans la suite, à
Fensembie du monument. Le pinceau de l'ouvrier a été
arrêté par la nervure de la voûte d'un côté et par le relief
considérable du buste de l'autre. La lecture de l'inscription
n'en reste pas moins relativement facile. On a voulu bien
nettement indiquer que le buste de femme de la clef de
voûte est celui de Jeanne d'Evreux, et que, conséquem-
ment, le buste qui lui est opposé est celui de Charles le Bel.
La toulïe de marguerites qui les sépare s'explique d'elle-
même. La mère de Jeanne d'Evreux n'était-elle pas Margue-
rite d'x\rtois, morte en i3i i r
DE BRIE-COMTE-ROBERT 405
On pourrait objecter la valeur de l'inscription qui n'a, en
réalité, aucun caractère exégétique. Est-elle seulement con.
temporaine de la clef de voûte ? Je ne méconnais en rien la
force de ces observations, mais cette inscription, certainement
très ancienne, — si elle ne date pas du XIV'' siècle, elle peut-
être Tœuvre d'un ouvrier de passage — est tellement d'accord
avec la tradition rapportée par Lebeuf que Ton ne saurait,
hésiter, à mon sens, à voir, dans les deux bustes de cette clef
de voûte, Timage de Jeanne d'Evreux et de son mari Charles-
le-Bel. A coup sûr, cette sculpture n'est point l'œuvre d'un
artiste. L'ensemble paraît assez grossièrement travaillé sauf
cependant la touffe de marguerites qui semble délicatement
traitée. Il ne serait pas impossible toutefois que le travail du
sculpteur fut plus véridique que les portraits officiels des deux
souverains qui décoraient leur tombeau à Saint-Denis.
Si, ce qui paraîtra, à beaucoup, très vraisemblable, cette
clef de voûte représente Jeanne d'Evreux et le roi Charles, elle
nous indique la date la plus lointaine à laquelle fut terminée
cette partie de l'édifice. Ce ne saurait être avant i325, puisque
le mariage de Charles et de Jeanne eut lieu au cours de cette
année. A moins, toutefois, que l'on n'ait appliqué, rapporté
si l'on veut, sur une première clef de voûte, représentant une
touffe de marguerites, les deux bustes en question. Cette
hypothèse expliquerait la différence manifeste entre la
manière dont sont traités les bustes, d'une part, les margue-
rites, de Tautre. Dans ce cas, cette partie de la voûte aurait été
exécutée du vivant de Marguerite d'Artois, c'est-à-dire de
1280 à i3io, ou, après sa mort (i3i i), au moyen de quelques
libéralités testamentaires.
Je crois, d'ailleurs, que l'on pourrait peut-être reporter aux
environs de Tannée 1842 l'exécution et la mise en place de ce
motif de décoration, et cela, parce qu'au mois de juillet
1841 Jeanne faisait donation de vingt livres seize solsparisis
de rente à l'église Saint-Etienne en échange d'un service
funèbre à célébrer tant pour le repos de l'âme de son époux
que pour elle, au jour de sa mort.
Dans Y Inventaire, auquel j'ai emprunté les renseignements
30
466 HISTOIRE DE LA VILLE
sur la dédicace et les reliques que possédait 1 église, figrurela
pièce suivante.
Lettres scelées soubz laz de soye à cire vert données lan de grâce
mil trois cens quarante et ung ou moys de juillet, en quoy appert :
Jehanne, par la grâce de Dieu royne de France et de Navarre,
pour la dévocion quelle avoit au glorieulx prothomartir mons.
Saint Estienne dés piéça avoit ordonné par son testament en leglise
mondit seigneur Saint Estienne, fondée ou dit Braye conte Robert,
certains services et anniversaires estre faiz chascun moys de lan
pour le salut des âmes de nostre très chier seigneur le Roy Charles
que Dieu absoille jadiz espoux de la dite dame et ses amys et pour
ceste cause avoir donné et ausmoné aux curez (i) de la dite église
et autres dénommez esdites lectres, vingt livres seize sols parisis
de rente pour les avoir et prendre sur le revenu de la chastellenie de
Braye et par espécial sur le prouflict et esmoullumens des fours
baniers de la dite ville au temps advenir jusques à ce que leur ait
esté baillé et assis autre part de fait tout admorti. Et avoir esté
ordoné par la dicte dame la dicte rente estre receue par les marre-
glicrs de la dicte église à deux termes, c'est assavoir à lascencion et
tous saints pur moictié en contraignant par la main diceux marre-
glicrs de leur auctorilé, sans requérir prévost, sergent ne autres
officiers ceulx qui les dits fours tiendront, se défaillans estoient de
paier aux termes a coustumez et des paicmens quils en feront audilz
marregliers ou noms que dessus, demoureront quictes corne sils
avcient paie auz gens de la dicte dame, en voulant que ses recepveurs
baillent les diiz fours, en faisant le bail des fermes et marchez
dicelle dame, chargez des dictes vingt livres seize solz parisis de
rente et que les ditz recepveurs ny puissent aucune chose prétendre,
jusques ad ce que les ditz marregliers ayant premièrement et entiè-
rement reccu les dictes vingt livres seize sols parisis pour la fonda-
tion de douze services par chascun moys de lan aux jours applain
conlenuz au marthologe de la dicte église cest assavoir, à chascun
diceulx services, vigillcs des mors à nocle, le landemain comman-
dacions et messe so'empnelle.
Je poursuis ici le dépouillement du même inventaire et je
trouve dans le dossier de cette donation, jalousement con-
(l) V. ce que j'ai dit à ce sujet, p. 176 et suiv.
DE BRIE-COMTE-ROBERT 467
serve dans les archives de l'église jusqua la Révolution (i)
les pièces suivantes :
Tout d'abord des « lettres scellées soubz laz de soye et cire
vert données à Paris, au moys de septembre lan mil trois
cens soixante et quinze, signées sur le repply Ajaillart » par
lesquelles Blanche, « lille de roy de France et de Navarre,
duchesse d'Orléans, comtesse de Blovs et de Beaulmont »,
déclare qu'elle approuve la donation de sa mère, la reine
Jeanne d'Evreux, et certilie « que, de la linance des dits
acquetz et de tout ce qui pour ceste cause en pouvoit estre
deu et appartenir à la dite dame, elle en seroit tenue pour
contente. »
Nous avons vu que Blanche d'Orléans, dame de Brie-
Comte-Robert, avait cédé au roi Charles V cette châtellenie
le '2b septembre iSyO (2) et qu'elle mourut le 7 février i3()2
( 1393 n. s.). Presque immédiatement après, le roi Charles VI
donnait à son frère Louis, avec d'autres apanages, la sei-
gneurie de Brie. Aussi, dès le 6 avril, en prenant possession
(i; Si jalousement conserve que dans un inventaire bien postérieur, que j'ai déjà cité, et
portant la date du 2Q octobre 1774, ce dossier est inventorié en première ligne.
a Première liasse de sept cottes contenant les titres et pièces des rentes perpétuelles à
prendre sur les revenus du Roy.
** Premièrement, huit pièces, attachées ensemble.
a l.a première est une charte ou donation scellée de cire verte avec lacet de soie rouge et
verte donnée au mois d'août mil trois cens qvarante un par laquelle Madame la reine, Jeanne
d'Hvrcux, épouse jadis et troisième femme de Charles six (sic) dit le Bel, a donné et aumône
aux curez, marguillers de la dite église et autres personnes servants à loffice, vingt livres
seize sols parisis de rente, valent vingt-six livres tournois, à prendre spécialement sur les
fours du dit Brie et a fondé en la dite église douze messes dont sera parlé cy après à l'arti-
cle des fondations.
« La seconde, huitième et quatrième liasse sont égallement des chartes en parchemin don-
nées par la dite reine Jeanne, par le roy Charles, etc., etc. n
Et linventairc porte à la suite de l'énumération d'autres pièces, concernant la même fon-
dation, pièces dont j'aurai à pailer plus tard, la note suivante :
« La tradition nous apprend que cette reine (Jeanne d'Evreux) est morte en son château
de Brie-Comte-Robert, et le dictionnaire de Morery qu'elle fut inhumée à Saint-Denis en
France environ vers la mye mars 1370. »
L'Inventaire, d'ailleurs, à l'article des fondations (neuvième liasse) dit « qu'il en sera fait
• un nécrologe à la suite du présent. ». Malheureusement le lundi v> octobre 1773 il fut inter-
rompu, et quand le 28 octobre 1774, on voulut le reprendre, il fut décidé que « l'inventaire des
vases sacrés coutterait beaucoup, que d'ailleurs cet inventaire est inutile puisquon scait ce que
U fabrique a d'argenterie et d'autres eftèts, pourquoy le dit inventaire demeurera clos et finy. »
Nous n'aurions pas. de la soi te, le dossier complet de la donation de 1341, si deux marguillers,
Jean de Villemeneux, l'aîné, et Pierre Noël, ne se fussent avisés, en 1507, de requérir le lieute-
nant de bailli de Brie de faire dresser un inventaire complet de ce qui appartenait alor^ à
l'église.
(2j V. p. 355 et suiv.
^68 HISTOIRE DE LA VILLE
de son nouveau domaine, Louis d^rléans ratifie à son tour
la donation de la reine Jeanne (i) par lettres du 6 avril iSgS.
Ici, j'emprunterai à une autre source le document susvisé
qui est brièvement analyse au cours de VInveniaire dans les
termes suivants :
Leclres scellées soubz laaz de soyc et cyre vert données à Paris le
sixicbme jour du moys davril mil trois cens quatre vingt et treize,
signées sur le reply Ilunigant, en quoy appert :
Loys, fils de roy de FVance et duc d'Orliens et de Valloys par
esquelies sont incorporées les dites lectres dessus mencionnées en
quoy appert, le dit seigneur, duc d'Orliens et de Valloys, avoir eu
pour agréable le don dessus mencionné et admortissement pour ce
fait et lavoir loué, gréé, ratiffié et approuvé en tant comme à luy
touchoit.
A la suite de cette lettre et d'une autre, en date du 21
novembre iImjS, signée de Louis d*(.)rléans, enjoignant à son
receveur de Brie de payer la rente de 26 livres 16 sols parisis
aux curés et marguilliers de l'église Saint-Etienne, Vlnven-
taire ajoute :
Extraict escripi en parchemin contenant deux fueilletz non signés
en quoy est applain mencionné la fondacion des ditz services et en
la fin du dict extraict cstoit escript :
Cy après ensuit les jours des moys esquelz len doit faire les dits
services, cest assavoir : le unziesme aoust. le quatriesme septembre,
le dixiesme jour doctobre. le dix huicliesme novembre, le quatriesme
décembre, le troisiesmc janvier, le cinquiesme fcbvrier, le treiziesme
f I (lliarles VI avait, déjà, ratifie la dite donation par l'acte suivant reproduit dans T/nirs-
tatre : ^^ Lectres contenant deux peaulx de parchemin scellées du grant scel royal, soubz laz
de soye et cire vert, données à Paris le septiesme jour du moys doctobre mil trois cens quatre
vingts et onze, sii^nées sur le reply Blancliet, en quoy appert : Philippe (Philippe VI) jaria
grâce de Dieu, roy de France, avoir octroyé à ma dame la royne Jehanne, rovne de France et
de Navarre, jadiz compaigne de nostre très cher seigreur le roy Charles que Dieuabsoille de
grâce espéciale de povoir acquérir es fiefs et arrière tiefs du dit seigneur ju^ques à la somme de
cinq cens livrt s de rente annuelle et perpétuelle et que icellc rente elle peut donner et ausino-
ner, translater et deviser ensemble ou par parties pour le prouffictet salut de same et de ceuh
quelley vouldroit a compaigner à quelz conques églises ou personnes dêglise religieux ou au-
tres. Icelluy octroy et auctorité donné à Paris lan de grâce mil trois cens trente îiuitlequin-
ziesmejour du moys de féviier. Par lesquelles aussy appert : Charles (Charles V), par la grâce
de Dieu, roy de France que Dieu absoille. avoir loué, gréé, ratiffié et approuvé les grâces et
octroiz dessus dicts pour la fondacion des ditz services et que les curez et marregliers de la dite
église et fabrique mons. Sainct Fsti» nne puissent tenir la dicte somme de vingt livres seize sols
parisis pour la fondacion des ditz services mentionnez en larticle précédent, et pareillement
cstre comme admortiz sans estre contraincts les mectre hors de leurs '/»ain$ ne p«ur cç
paier aucune finance ou temps advenir, v
bE BRIE-COMTE-ROBÉRT 469
mars, le vingt huictiesme avril, leseiziesme may. le vingt et uoiesme
)uin et le sixiesme jour de juillet.
On voit, d'après ce qui précède, que V Inventaire ne fait que
mentionner l'existence de deux feuillets en parchemin sans
nous donner un mot de leur contenu. Cependant celui-ci nous
a été conservé grâce à une expédition faite le 6 août 1668 sur
l'original «qui est entre les mains de M. de la Jarrie ». Cette
pièce « collationnée» est aux Archives de la famille d'Orléans
où Camille Bernardin put, le 27 octobre iBSy, en prendre copie.
C'est celle-ci que je transcris, ici., de son manuscrit (i).
Copie collationnée des lettres du duc d'Orléans du 6 avril lyyy qui
approuvent la donation faite par la reine Jeanne^ comtesse de Brie-
Comte-Robert (2)^ du mois de juillet 1J41, de 20 livres 16 sols parisis
de rente faite et ausmonée à l'église de Brie à prendre spécialement sur
les fours banaux (3).
Louis, fils de roy de France, duc d'Orléans, comte de Valois et de
Beaumont, savoir faisons à tous présents et advenir. Nous avons receu
les lettres de notre très chère et améedame la reine Jeanne, dame de
Brie, contenant la forme que s'ensuit.
Jeanne, par la grâce de Dieu, reine de France et de Navarre à tous
ceux qui ces pré-fentes verront, salut
Comme pour la dévotion que nous avons au glorieux protomartyr
Monsieur Saint Estienne, nous avons ordonné par notre testament
que, en l'église qui en l'honneur de lui est fondée en notre ville de
Braye Conte Robert, des services anniversaires seraient faits chascun
mois perpétuellement pour le salut des âmes de notre cher seigneur
époux le roi Charles que Dieu absolve, de nous, des amis et de ceux
que nous y entendons accompagner en la forme et manière ci-dessous
désignée,
Sachent tous que, nous, désirant notre dite ordonnance entretenir
et accomplir en notre vivant, avons pour la dicte cause donné et
aumosné, donnons et aumosnons par donation entre vifs aux curez
de l'église de notre dite ville et aux autres personnes ci-dessous nom-
mées, présent et advenir, vingt livres seize sols parisis de rente
(i) Conserve aux Archives départementales de Seine-et-Marne.
(2) Ces mots ont' été arbitrairement ajoutés par le copiste dans son résumé ; ils ne figurent
dans aucun des originaux.
(3) Il est bien entendu que le texte qui va suivre n'a pas respecté l'orthographe du 14* siè-
cle, niinéme certains tours de phrase. Je transcris du reste exactement la copie faite par C.
Bernardin.
47^ HSTOIRÈ DE LA VILLE
lesquels nous avons ordonné et ordonnons à prendre sur les revenus
de nostre châtellenie de Braye Conte Robert et spécialement sur les
proficts et émoluments de nos fours banniers de la dite ville en
quelque lieu que iceux fours soient assis ou temps advenir ju^quesà
tant que nous leur ayons autre part baillé et assis de fait tout admortis.
Laquelle rente nous avons ordonné et ordonnons estre receue par
les marguilliers qui pour le temps seront en la dite église, en deux
termes, c'est assavoir : moitié à l'Ascension et moitié à la Toussaint.
Donnant par ces mêmes lettres, authorité et plains pouvoirs aux dits
marrigliers à leur^ successeurs de ycelle rente demander requérir et
recevoir au nom dessus dit en les commettant de contraindre par
leur main et de leur propre authorité sans requérir, prévôt, sergent
ni autre de nos officiers ceux que les dits fonds tiennent et tiendront
si défaillants estoient de payer aux termes accoustumés et, des paye-
ments qu'ils en feront aux dits marguilliers au nom que dessus, nous
les quittons dés maintenant tout aussi comme si's eussent payé à nos
gens et ordonnons que toutes les fois que les recepveurs de nous ou
de nos successeurs rendront nos fermes, ils baillent toujours les dits
fours chargés des dites vingt livres seize sols parisis de rente. Et, n'y
pourront les dits recepveurs rien prendre jusqucs à tant que les dits
marguilliers aient tout premièrement et entièrement reçeu au nom
que dessus les vingt livres seize sols parisis. Et, quant aux choses
ci-dessus dites tenir et fermement accomplir nous obligeons, nous,
nos biens, et ceux qui de nous auroicnt cause, et spécialement nos dits
fours et ceux qui les tiennent et tiendront de nous et de nos dits suc-
cesseurs ; que toutes les fois qu'il plaira à nous ou à nos successeurs
bailler et asseoir convenablement autre part la dite rente en lieu suffi-
sant, nous ou nos successeurs le puissions faire sans aucun débat ny
contredit et que pour ce nos dits fours et châtellenie de Braye en
demeurent quittes et deschargés ; et, au cas que si nous trépassions
avant que nous leur eussions assis ailleurs la dite rente admortie,
aucun empeschemcnt ne leur y serait mis par nos héritiers ou succes-
seurs par quoy ils en puissent paisiblement jouir et par leur main
comme devant.
Nous voulons et ordonnons et de certaine science accordons que
les dits marguilliers puissent vendre, aliéner, transporter par leurs
mains tous les profits et émoluments dessus les dits fours, que du
prix de ce que vendu en auront, ils puissent avoir les dites vingt livres
seize sols parisis de rente admortie et puissent donner lettre aux
acheteurs de la dite rente et obliger, quant à eux, en cas de garantie
tous les biens et rentes de nostre chastel et chaslellenie de Braye
Conte Robert en la forme et manière que nous le pourrions faire si
nous faisions la rente en notre propre personne, dételle manière que
des deniers d'icelle rente, les dits marguilliers seront tenus d'achcplcr
DE BRIE-COMTE-ROBERT 47 1
et achepter au plus tôt qu'ils le pourront autre part les dites vingt
livres seize sols de rente admortie pour faire les dits services et autres
choses ci-dessous dites, sans ce qu'ils puissent tourner ni convertir
les dits deniers en autre usage, promettant loyamment en bonne foy
ce don et octroy garder, entretenir et accomplir; laquelle rente nous
avons ordonné et aumosné pour faire perpétuellement en l'église de
Braye les services et autres choses qui s'ensuivent, c'est assavoir.
Que les dits curés et autres personnes ci-aprés nommées sont et
seront tenues de chanter pour nous dorénavant tant comme nous
vivrons, en six mois de l'an aux jours contenus es escriptures au
marterologe de la dite église six messes anotiées solennellemeni,
l'une du Saint-Esprit, l'autre de Notre-Dame et l'autre de mons.
Saint-Etienne et sera fait en chacune des dites six messes propre
oraison des morts pour Tasme de notre cher seigneur et espoux, le
roi Charles, que Dieu absolve. Et es autres six mois de l'an, ils
feront et seront tenus de faire, aux jours que semblablement sont
escripts au dit marterologe, le service des morts pour nostre dit
seigneur, c'est assavoir, vigile des morts anotlé et lendemain
commandations à la messe sollennellement ésquelles messes sera
aussi fait propre oraison pour nous du Saint-Esprit et Nostre-Dame
tant comme nous vivrons et feront toujours les commandations et
messes tant de morts comme de vifs dits aux jours contenus au susdit
marterologe tantost après dernière messe que l'on chante chacun
jour en la dite église, et chantera ; aussitôt les autres messes que Ton
y ait coutume de chanter que les dits services pour notre dit seigneur
et pour nous puissent être faits à premier jour ; et est notre entente
que quand l'on aura fait, l'un des mois, le service des morts pour le
dit seigneur, l'on fasse l'autre mois continuellement ainsi le service,
pour nous. Mais, après notre décès tous les dits douze services
seront des morts au jour môme quesont contenus au dit marterologe
pour nostre dit seigneur et pour nous conjointement fait à chacun
vigille des morts anotté et lendemain, commandations et messes
solennellement.
Et aura chacun des deux curés (i) s'ils y sont présents en leur
personne à chacun service, six sols parisis, c'est assavoir : aux
vigilles, deux sols et quatre sols à la messe.
(I) C'est ce passage du règlement institué par Jeanne d'Evreux. pour les services fondes
par son testament, qui a fait dire à labbé Lebeuf : « Jeanne dEvreux fonda, par son
testament, un service à Brie, pour la rétribution des deux curés qui y sont et celle des mar-
guilliers des deux cura et cela vers 1370. » L'abbé Lebeuf fait une légère erreur de date, mais
n'en est pas moins fort exact en ce qui touche le fait. Il m'a été possible de démontrer que
les deux curés existaient déjà en 1235 et que, dès cette époque, existaient aussi, naturelle-
ment, les deux cures. On remarquera, j insiste sur cz point et on verra pourquoi aus chapitres
suivants, qu'il n'est pas encore question de cure de dextrt et de seneitre portion.
47^ Histoire de la ville
Item. Chacun des deux chapelains (i) qui aux dits services étaient
en la dite église, auront chacun dix huit deniers parisis, c'est assavoir
six deniers aux vigilles et douze à la messe, et autant auront les deux
chapelains du chastel (2), sy présents y sont.
Ilem^ le clercq de la dite église aura pour faire sonner ses coûts
tant comme l'on chantera les vigilles et les commandations à la messe,
et pour être aux dits services, quatre sols parisis.
//em, avons ordonné que, à chacun des dits services soient six
enfants clercs comme les dits curés et marguilliers eslirontque ledit
service ayderont à faire lesquels auront chacun six deniers parisis,
c'est assavoir : deux deniers aux vigilles et quatre à la messe.
lieni^ Avons donné et donnons soixante sois parisis de rente pour
faire le luminaire qui faudra continuellement aux vigilles et à la
messe toutes fois que Ton fera les dits services.
Et, sera le dit luminaire gardé sous les clefs des dits marguilliers
sans estre allumé hors aux services des susdits et quand on renou-
vellera le dit luminaire, Ton le diminuera de ce qui sera demeuré de
l'autre de devant et pour ce que cire pourra, sy Dieu plaise, venir à
meilleur marché au temps advenir qu'elle n'est à présent, avons or-
donné et ordonnons que tous les susdits soixante sols que nous
avons donnés pour le dit luminaire soient toujours entièrement
convertis en cire et que, de ycelle cire tout ce que demeurera des
luminaires qui auront été de devant, cierges soient faits, et si, la
diminution de la dite cire estoit telle et si grande qu'avec les dits
services elle puisse souffire et faire telle luminaire, qu'il fut allumés
tant aux dits services comme aux quatre festes de Notre-Dame et à
la feste du saint de l'Eglise, aucune d'ycelle selon ce que durer
pourrait, nous avons ordonné et ordonnons allumer aux autres
messes de la dite église.
Item, avons donné et donnons vingt sols parisis de rente pour ce
que les dits marguilliers présents et advenir soient plus diligents de
faire leur devoir du dit luminaire, faire et garder, et allumer et aussi
de recepvoir la dite rente que nous avons donnée et aumosnée pour
faire les services et autres choses susdites.
Et, semblablement, de ycelle rente distribuer en la manière que
dit est, à chacun des dits services, nous avons donné et donnons aux
(i)Ces deax chapelains me semblent devoir être : celui de la c\apelle Sainte-Margu^i"'^*'
fondée en 1326. comme nous l'avons vu, et celui de la chapelle Saint-Jean, fondée en \})^- '
n'y avait pas à ce moment (1341) d'autres chapelles dans l'église Saint-Etienae. La chap-"^
de la dédicace ou des Apôtres ne fut fondée qu'en 1363 au plus tôt.
(2) Ce passage vient corroborer ce que j'ai dit plus haut de l'existence simultanée de deu*
chapelles, dans la tour Saint-Jean du château : l'une la chapelle Saint-Jean, excessivement
ancienne, contemporaine des premiers âges de Brie ; l'autre la chapelle Saint-Denis, dont un
mémoire d'entrepreneur, emprunté aux comptes de la reine Jeanne, nous t, indiqué la cons-
truction.
bE BRIE-COMTE-ROBÈRT 47^
^^ts marguilliers présents et advenir, pour leur peine de ce faire, trois
•^ïs parisis, chacun mois.
Elt avons ordonné et voulons que si les dits curés, chapelains,
^^fcs enfants étoient aux dits vigilles et non à la messe, ou à la
^^îsse et non aux dits vigilles, ils ne prendront rien, que pour
'^^ure que y auront esté selon l'ordonnance dessus dite, et s'ils
^ ^îstoient ni aux vigilles, ni à la messe, ils ne prendront rien et
^'^^^ndraient à l'oraison les dits marguilliers au proffit de l'église tout
^ que les dits susnommés eussent pris s'ils avaient été entière»Tient
^Vix dits services.
Et si les sonneurs étoient défaillants de sonner, comme dit'est^
prendront les dits marguilliers à leur proffit la somme que les susdits
donneurs eussent pris si sonné eussent et devraient yceux marguil-
Uers sonner à leurs coûts, en la manière dessus dite.
Et si ainsy estoit que les dits curés ou l'un d'eux ne fussent au
temps advenir en leur personne résidents en la susdite église les dits
marguilliers prendront la somme que les dits curés pris eussent si
résidents fussent et présents au dit service à faire, dont la moitié
tournera au profit ds la dite église et, de l'autre moitié, les dits mar-
guilliers feront chanter messes par les chapelains de la susdite église
ou autres pour les âmes de nostre dit seigneur, de nous et de nos
amis, et quand aux dits marguilliers, chacun an, des choses appar-
tenant à 1 olfice de marguillier, ils seront aussi tenus de compter, à
ceux qui auront le dit compte pour la dite église, la rente qu'ils au-
ront pour les causes dessus dites receus et des distributions qu'ils
auront faites.
Ordonnant les dits curés faire les dits services, en ce présent mois
d'août, lan 1341, lequel présent service ils feront célébrer pour mon
dit seigneur (i), le onziesme jour d'août et de cette ordonnance sont
faites deux paires de lettres d une même forme, dont les unes sont
données par devers nous, les autres par devant les marguilliers.
Toutes lesquelles choses et chacune d'elles, en la manière qu'elles
sont expliquées, nous voulons être gardées perpétuellement sans
enfreindre et pour que ce soit chose ferme et stable, nous avons fait
mettre notre scel en ces présentes lettres données l'an de grâce 1341
au mois de juillet.
— Et il en soit ainsy depuis que le don, bail, cession et transport
ainsy fait par nostre dite dame en ses lettres aux dits marguilliers,
curés, chapelains et autres personnes ci-dessus nommées des dites
rentes montant à la somme de vingt livres seize sols parisis, notre
chère et amée tante la duchesse d'Orléans (2), dont Dieu ait lame,
comme héritière et ayant cause de notre dite dame et ay fait admortir
(1) Feu le roi Charles IV, le Bel.
(2) Blanche de France, fille de Jeanne d'Evreux.
474 Histoire de la ville
par monsgn. le Roy selon qu'il nous est apparu toutes quelles rentes
et choses et dons ont jouy paisiblement et usés les dits curés et mar-
guilliers et autres ci dessus nommés jusques au trespassement de
nostre dite tante par lequel trespassement et par le don et transport
fait à nous par mondit seigneur le roy pour notre appanage des
terres, rentes et autres choses que tenoit et possédoit, en son vivant,
nostre dite tante, laquelle longtemps avant ledit admortissement fait
des rentes déclarez es lettres dessus transcriptes transporta à monsei-
gneur le Roy la propriété des dites terres, rentes et autres choses,
nous disons et maintenons les dites rentes ainsi données et trans-
portées par nostre dite dame aux marguilliers dessus dit à nous
appartenir.
Pour quoy nous eust été humblement supplié et remontré de la
part des dits exécuteurs du testament de notre dite tante que des dites
rentes, à ce que la fondation d'icelles nostre dame peut avoir et sortir
son effet, volussions les dits marguilliers, curés et autres dessus
nommés toujours et paisiblement jouir et user comme admorties.
Pour quoy, nous, considérant la bonne et vraie amour et affection
que nous savons que notre dite dame et tante ont toujours eu pour la
couronne de France, à nostre très cher seigneur et père, que Die>i
absolve, et à tous ceux de son sang, voulant et désirant le proffit ^^
salut des âmes d'iceux, inclinant pour ce à la supplication des di^^
exécuteurs en faveur et augmentation du dit service et approuvant ^^
bon et louable propos de notre dite tante, le don. bail, cession ^^
transport par elle fait des dites rentes aux curés, marguilliers, cha^'
pelains et autres dessusdits et l'admoriissement sur ce fait par mC^^
dit seigneur le roy, sy donnons en mandement, par ces présentes, ^
nos amés et féaulx gens de notre conseil et de nos comptes et à toi— ^^
autres justiciers, et officiers que les vingt livres seize sols parisis c^^
rente dessuz mentionnez que les curés et marrigliers de Téglise mon ^•
Saint-Estienne du dit braye ont a coustumé de prendre et percevo i r
par chacun an sur la recepte du dit lieu à cause du don et octroy cM ^
feue ma dame la royne Jehanne d*Evreux soient paiées aux dits cur^ ^
et marrigliers aux termes et en la manière a coustumée.
Donné à Paris le sixiesme d'avril Tan de grâce 1393.
Il n'est point dit,dans l'acte qui précède, que Jeanne d'EvreuX
donna, en outre, à Téglise Saint-Etienne les ornements sacer-
dotaux pour le service funèbre qu'elle fondait, mais cela se
devine. Dans tous les cas, nous retrouvons ces ornements
dans des inventaires subséquents. « En ung autre colTre,
avecques les grans aulmoires... fut trouvé ung vestemcnt de
veluet noir, chasuble, aube, estoUe et fanon, » (Inventaires
de 1435 et 1436) « une chappeetune chasuble de veloux noir
bË BRIÈ-dOMTE-feOBÈRT 475
?"' sont pour le service du roy Charles, garniz d'estole et
P'^^non dudit veloiix. » (Inventaire de 14S4).
*-es prescriptions méticuleuses ordonnées par la reine
J^^^nne pour le luminaire devaient être rigoureusement
^^t>servées, car l'inventaire de 1436, presque cent ans après la
••^ndation, dite du roi Charles, contient cet article : « viij
vierges du roy Charles pesant xij livres. »
Jl est constant, d'ailleurs, que l'église de Brie a conservé
jusqu'à la Révolution le souvenir très net. presque reconnais-
sant, des bienfaitsde la reine Jeanne, ce qui explique trèsl:)ien
Ja phrase de l'abbé Lebœuf touchant la tradition qui lui
attribue la construction de quelques travées de la nef, et aussj
la clef de voûte dont j'ai parlé. De cet ensemble de faits se
dégage assez bien la sensation que les travaux de l'église,
menés d'abord avec une extrême lenteur, ne furent sérieuse-
ment avancés que dans les premières années du XIV*' sic'ie
et que la reine Jeanne dut contribuer dans une large mesu/e
à l'achèvement du chœur. C'est peut-être à elle que l'on doit
la magnifique rosace du chevet.
A cet égard, il est une remarque au moins curieuse à faire.
« Cette rose éclatante, dit Guilhermy, est à compartiments
dont les vitraux, contemporains de ceux de la Sainte Chapelle
à Paris, représentent le Christ, les Apôtres et les occupations
des douze mois de l'anfiée. » Or, à la bibliothèque nationale, il
existe un livre d'heures, ayant appartenu à la reine Jeanne
d'Evreux (i) dont les premiers feuillets forment un calendrier
complet. Chaque mois de l'année occupe le rer^o d'un feuillet
et le recto du feuillet suivant. En tête du mois est une minia-
ture enluminée richement, avec applications d'or et d'argent,
représentant les occupations de ce mois (2). Par une coïnci-
(O Mss. Nouv, acquis. F. F. n» 4412.
(2) Le manuscrit de la Bibliothèque nationale parait avoir été rédigé pour le diocèse de
Tournai ; du moins la fête de la dédicace de l'église de cette ville est-elle inscrite dans le
calendrier à la date : 13 mai. Chose bizarre, alors que l'année commençait à Pâques, le calen-
drier débjte par le mois de janvier, ainsi qu'il suit : « Le Janvier ha XXXI jours, la lune
XXX, la nuit ha XVI heures et H jours )CII1. » La miniature qui accompagne ce mois repré-
sente un homme, le chaperon sur la tête, assis sur un siège et présentant ses deux mains et
son pied droit à un grand feu allumé dans une cheminée à droite. Ce dessin enluminé se
détache sur un fond or semé de petites croix bleues et rouges. La miniature est un carré
d'environ J centimètres de côté.
:=r et au mois de
DE BRIE-COMTE-ROBERT 477
février. Pour le premier, le manuscrit fait voir un homme se
chauffant au coin d'un bon feu, tout comme celui qui, dans
notre rosace, présente ses mains à un foyer ardent auprès
duquel se tient un chat.
Le personnage à triple visage assis à une table, garnie de
mets, se retrouve dans le manuscrit comme dans notre
rosace. Dans le manuscrit, cette miniature est en tête du mois
de février, avec une très légère variante. La scène de la
rosace montre le personnage à trois tètes mangeant à droite
et buvant à gauche ; dans celle du manuscrit, le personnage
porte une coupe aux lèvres de la tète du milieu. Le symbole
reste le même. Mais la disposition des deux scènes, dans la
rosace de Brie, est l'inverse de celles du manuscrit. Comme
les tableautins symbolisant chaque mois se déroulent indis-
cutablement — comme nous allons le voir — de gauche à
droite, il faut admettre ou bien que le personnage tricéphale
indique le mois de janvier ou bien que, pour une cause qui
nous échappe, il y a eu inversion entre les deux cartouches.
11 peut se faire, par exemple, que, postérieurement, à son
exécution les vitraux aient été descendus, afin de permettre
certaines réparations indispensables, et que l'ouvrier ait
maladroitement remis l'un à la place de l'autre. 11 semble peu
probable, en effet, que l'on ait voulu représenter, à Brie, le
mois de février par un homme se chauffant au coin du feu ;
cette figure paraît s'appliquer bien mieux au mois de jan-
vier, (i)
Le personnage tricéphale pourrait plus logiquement, au
contraire, représenter le mois de février, ainsi que l'indique
le manuscrit. Il serait possible d'y voir une image des orgies
du carnaval (2).
{ I ) Cependant, un exemple semble syniboliser le mois de février par un homme qui se
chauffe. I.e portail principal de l'église Saint-Etienne de Sens présente aussi — mais en sculp-
ture — un calendrier rural. Or, le premier mois de cette série, le mois de janvier, est indiqué
par «* une figure inconnue portant un manteau » ; le second, le mois de février, montre * un
homme couvert d'un manteau et se chauffant >♦. Cette 'particularité est d'autant plus à noter
que le climat de iiens et celui de Brie-Comte-Robert sont à très peu près semblables. Il
faudrait donc admettre qu'au \y siècle, le mois de février était réputé le plus froid de l'année^
(2) D'autre part, si l'homme à trois têtes banquetant figure le mois de janvier, cette image
rappellerait peut-être — mais l'assertion me parait bien risquée — la fête des fous que l'on celé
l)rait le i" janvier dans quelques églises de France et qui fut supprimée dans le XVI* siècle.
HJ^TliBS. !£.
ti,,:t
C.
^ 'T-irr^ii', z vcAi'^'jTr i*_nr hl "^rrr or zr jj-nvin- que ûe
TîTiTi^r^rrt^
il'- ir r'^Iil* *i^ Ht rrdr lUTlT'i^.
r^îiiiciii r Or rîr^ arnr ^'ii^ai:
X :fT Tir53£: paS ÎDC»ÎÎÎ5
i-iToruiirrî^
'^■r Ji-^ Zx*z ZT »::r. 1 ^_: ri^pi^f :-eij «iLDtL. r-r stm-bjc, qu'elle
Zz li^ l'Jj *^:^izfVJz-^Z^ C 3z IL^ ^
>. "::rF: ::"v~âatr:*-
j. •— ^:
'er^ïen: v.'»ulu
p'.*^;^j c âcr r-:'!^!^ ôsjn?' rbâ::^i: ior->r jz r«r.«*.Trni d'une
p-rt^-t I -ir:' dr l'v-bser-raie.-r. '= ^rr^i-il pas adrr^ssîMe que
l kS'à^jz 'cttl c. u>c af-i-f: rv:*ur :r:.r:':rr z ]i rx^nir sur^erieure de
plsiu: d'h'/rr.ei:r leî- sceres rrprrse::ia~:- dune pan. Juillet.
a'.cc la mv>^. n- d'autre rsan. A*:«u:- â\"ec k- baiia^e des
ifraln^. c\:bl'a. dire k syrr.b- le dr ^^i richesfsr de ]a îerre de
Br:v', î?i admirable dans sa :Vj- r.diic r N'y a-î-îl pas la un
homms^i: vou'u au iravaii agrij-:-e vju; fait ]a repuiaiion de
ot pavfï et le le^:t:n^e orgueil de ses habiianis ?
I>eh compartiments suivants présentent moins de difU-
cu!tés d'adaptation, parce qu'i!s s»>nt a leur place et se
suivent reg^ulieremenl. sans présenter la singulière inversion
des deux prccc dents. < 1 »
<\ I.es autre<i figures àxi cairr.dnrr rjral àr S«pr:s 5^ àer^>u>r.t comme il suit . Vin. un
homme coupant du bois : Ai'.l. un homme couvert ^'un iorj manteau et paraissant semer:
Mai, un homme a cheval ayant jp. bras ie-.e Peut-<rlre y ava:t-il «ir cr bras un faucon;
c'est, dans tous les cas le nie m' geste v3i;e 1 homme de BHe ou celui du manuscrit de Tournai)
Juin, un homme fauchant : Ji/.ft. un homme portant des gerbes : AvLt^ un homme battant en
grange ; SepUmbre. des vendangeurs . 0::z'Tre. un homnîe entonnant du vin : Sonttmhre. un
homme cueillant du gland : Déambre. un homme a cheval sur un porc. On peut rapprocher ces
scènes de celles de la rosace de Brie ou du manuscrit de Tournai.
DE BRIE-COMTE- ROBERT
479
Mars est traité dans la
rosace de Brie, comme
dans le manuscrit de la
reine Jeanne ; la seine est
léme, bien que beau-
coup plus mouvementée
dans le manuscrit où un
homme et une femme pra-
tiquent la taille des arbres.
L'instrument dont ils se
servent est le même, d'ail-
; celui dont se sert la femme que nous voyons dans
itin de la rosace.
itrième compartiment
;i représente à n'en
:v le mnis d'avril, (^cst
du calendrier républi-
isc curieuse, le calen-
nanuscrit ayant appar-
reine Jeanne n'a pas
ure pnLn"ce mois, bien
ire piiLir la remplir ait
It n'y a donc aucunu
Sun pnssiblc entre le
t et la rosace de Hrie.
Le mois suivant, mai, tel
que le représente la rosace
de Brie, oll'reavec la miniature
du manuscrit, une analogie
semblable à celle des mois
précédents,
A Brie, c'est un homme
a cheval, la léte tournée à
drnite. tenant sur la main
gauche le faucon qu'il va lan-
cer. Dans le manuscrit, la
disposition est absolument
4^0 HISTOIRE DE LA VILLE
inverse, bien que traitant le même sujet. Ici, la tète re-
garde à gauche et le cavalier, tenant les rênes de la main
droite, porte le faucon sur le poing gauche. Il est une dilTé-
rence à signaler dans l'ensemble de la tigure. Le cavalier, à
Brie, parait chasserdansunpaysaccidcntéetforesticr;ii retient
Sun cheval par un mouvement très naturellement traité par
l'artiste. I.c cavalier du manuscrit traverse une plaine nue,
laissant la bride sur le cou de sa monture qui parait marcher
au petit trot.
Il y a là une premièredivergenc-j, sinon quant à l'acti'.in,
du moins quant au milieu où elle se produit. Les mois sui-
vants vont l'accentuer. Le mois de juin, dans la rosace de
Hric, nous montre un faucheur, en train d'c.ipùrer dans une
prairie plantée d'arbres et légère-
menl montueuse. Dans le ma-
nuscrit la miniature allerente à ce
même mois représente un homme
assis tenant un agneau. 11 n'y
aurait aucune assimilation pos-
sible, si le manuscrit ne nous
montrait le faucheur dans la minia-
ture placée en télé du mois de
juillet. Les deux fauchcui-s. par
exemple, tiennent leur instrument
d'une fao'ii opposée. Tandis que celui de Brie — on le \-'ii
par le dessin ci-contre — a la main dmite â la poijrnOe placée
au milieu même du manche, celui du manuscrit tient ce der-
nier par celle poignée. la main droite a lexlrémitê. Le faucheur
du manuscrit, c. imme le cavalier ci-dessus, se trouve dans une
prairie plate, dénuée du moindre arbre. D'ailleurs, il opère
au mois de juillet, tandis que celui de la rosace de Brie
accomplit sa besoirnc au mois de juin. Il faut n<-ius rappeler.
poi;r expliquer cette dilTerence. que le manuscrit parait
appartenir au dtoce.-^e de Tournai ; a cause du climat, les
U'avaux airricoles dv'ivent subir sans dôute dans le Brabant
im relard sensible sur Ceux qui sefi'ni dans la région de Brie.
Ce relard s'accuse eno -iv pour le mois suivant. La moisson.
clairement indiquée par le travailleur qui scie les blesavecsa
r>E BRI E-COMTE- ROBERT
4SI
laiiciliL-, symbolise, dans la rosace de Bric, le mois de juillet.
Dans le manuscrit de la reine Jeanne, la mcmeactiim fait le
sujet de la miniature- placée en télé du mois d'août,
Ce dernier mois, dans la rosace de Brie, est exprimé par
ri.pération du battatîe des y:rains avec le tléau. L'artiste, en
mettant à côté de son persunnaye un arbre avec luus ses
rameaux, a bien voulu indiquer que l'opération du battage
se fait en plein air et non dans une gran^je comme cela se
pratique en hiver. Du reste, c'est bien la le grain battu pour
les semailles, et l'on s'étonne peu alors que le manuscrit de
la reine Jeanne nous fasse voir le mois de septembre sous
l'aspect d'un cultivateur en train de semer.
Dans la rosace de lîrie, le mois de septembre se rapproche
de Fnicti'iior, du calendrier républicain. C'est un homme qui,
dans un véritable vei-ger,cueille des fruits de diverses natures,
ce que semble avoir bien voulu marquer l'artiste qui des-
sina cette ligure.
.\vec octobre, nous avons le
Vcniit.'>iiijirc du calendrier répu-
blicain, fi les vendanges qui
ont lieu de septembre en octo-
bre 11, Comme s'expi'imaitl'abre
d'KglantiriC dans son rapport à
la cYmventiim en date du (> octo-
bre i7<p.
.\ vrai dire le sujet est plus
clairement traité dans le manus-
crit qui me sert de point de
comparaison que dans la rosace
^82 HISTOIRE DE LA VILLE
de Brie. Là deux personnages occupent la scène : l'un au
premier plan dépouille un ceps de vigne l'autre, nu, debout
dans un tonneau, foule la vendang-e.
Dans la rosace de Brie, la scène, comme toutes du reste,
ne met en relief qu'un seul individu qui, tenant de la main-
gauche un broc, avec lequel il
verse évidemment du vin dans
unentonnoirplacé sur une cuve,
porte de la main droite une
grappe de raisin A sa bouche.
L'action encore parait se passer
en plein air puisque on voit un
arbre à droite, ce qui ne peut
laisser aucun doute à ce sujet.
Il n'existe plus aucun rap-
prochement possible entre le
manuscrit et la rosace de Bric
pour les deux derniers mois de l'année. On sent peut-être
mieux encorda dilïérence entre les deux climats de la région
où se déroulent les scènes gui sont mises sous nos yeux.
Dans le manuscrit, lespersonnaj^cs n'agissent plus quctians
l'intérieur des maisons ; dans la rosace de Brie, ilsrestt-Tilen
plein air. Les premiers s'nccupent de travaux sédentaires:
les secnnds se révèlent à nous comme des chasseurs.
Le mois de novembre, par exemple, fournit au manuscrii
de la reine Jeanne l'occasi'm de mettre en scène un homme
égorgeant un porc dont une
femme, à ses cotés, recueille le
sang. Au mois de décembre,
le miniaturiste a dessiné un
individu menant au four des
gâteaux, allusion, pcul-élre, au
réveillon.
Dans ta rosace de Brie, nous
voyons, en novembre, un per-
sonnage combattre, FépiL'U à la
main, un sanglierqui sort de sa
bauge. Il y a là, évidemment,
DE BRIE-COMTE-ROBERT
4«3
une 1res vague analogie avec l'idée qui a dicté le tableautin
du manuscrit. Pour le mois de décembre, la rosace de Brie
mcmlrc une chasse à l'ours très nettement caractérisée. La
neige couvre le sol et les arbres ne se présentent plus
: que sous la forme de pins, dans un pays plutôt montagneux.
Le chasseur, particularité à
nmv. n'est armé que d'une
hache, mais il est visiblement
défaidu contre le froid par une
fourrure embrassant le col et se
croisant sur la poitrine, comme.
dureste, le chasseur au sanglier
qui symbolise le mois de no-
vembre,
l^es différences, aussi bien
dans les détails que dans les
cadres de la vie courante, sont
"1 lémoignage de la vérité, du réalisme, si nn peut s'exprimer
^"isi. apporté par l'artiste dans son iLUvre. A supposer que
'^vitrier de Brie se fût inspiré du miniaturiste de Tournai,
''^J rccipn)quemcnt. l'un et l'autre nnt toutelnis modilié,
^■'«fiî le milieu où ils se trouvaient, le modèle qu'ils pouvaient
^Wiir sous les yeux.
H semblera fort probable après les rapprochements que je
^icns de faire qu'il y ait eu entre l'ieuvre de l'un et celle
•^e l'autre quelque inspiration commune, d'où cette déduction
4ue la rosace de l'église Saint-ICtiennc de Brie peut fort bien
avoir été exécutée sur l'ordre, sur les indications peut-être,
3c la reine Jeanne d'Evreux ou peut-être de sa mère Margue-
-ite d'Artois (i).
La rosace de Brie serait, alors, des derniètes années du
*CI1I" siècle ce qui la rendrait bien à peu près contemporaine
les verrières de la Sainte-Chapelle.
I^es tableaux de la vie de l'époque, de l'emploi du temps.
4^4 HISTOIRE DE LA VILLE
nous sont, dans tous les cas, précieux parce qu'ils nous
initient aux habitudes de la société d'alors ; il importe cepen-
dant d'observ'er que, plus peut-être que les miniatures du
manuscrit de Tournai, les scènes offertes par la rosace de Brie
sont la représentation des occupations des seigneurs du
terroir ; le calendrier rural qui s'y déroule nous les montre
partagés entre la direction des travaux agricoles et la chasse.
plaisir noble par excellence réservée à la noblesse seule.
Mais, ce qu'on ne saurait trop dire, c'est le bel effet que
produit l'ensemble de cette verrière aux tons chauds, et en
même temps d'un éclat remarquable. C'est, évidemment,
une page d'art, une des meilleures que nous ait laissées le
XIII" siècle, car, il n'est pas douteux, à supposer que l'exé-
cution de la rosace de Brie, date du commencement du XIV*
siècle, que le dessin, le coloris, la tonalité et l'expression
artistiques ne soient directement inspirés par l'école du XIV»
si simple, si sobre et pourtant si prodigieusement forte dans
sa conception et dans ses œuvres.
On ne saura m'en vouloir de passer de l'art à la littérature,
cette autre richesse intellectuelle d'un pays. Aussi bien, nous
avons déjà vu un seigneur de Brie, occuper parmi les écri-
vains de son temps une place particulière Je veux parler de
Pierre de Dreux, dit Mauclerc ; j'ai donné dans un chapitre
précédent (i), un fragment de l'un de ces poèmes. J'ai aussi
signalé les goûts littéraires de la reine Jeanne d'Evreux en
reproduisant quelques lignes d'une oraison qui sembleavoir
été écrite par elle (2).
Mais ce ne sont là que des auteurs se rattachant indirec-
tement à Brie-Comte-Robert. Il semblerait, au contraire, qu^
cette ville ait donné le jour à un écrivain, dont une œuvre, au
moins, nous aurait été en partie conservée. Voici, à son
sujet, comment s'exprime l'abbé Lebœuf.
«La ville de Brie a produit quelques personnages qu on
(1) V. p. 1(10.
(2) Une preuve que Jeanne d'Hvrcux occupa parmi ses contemporains une place cstini<^'
dans les lettres est que des auteurs du temps lui dédièrent quelques-uns de leurs ouvrage*-
Le musée britannique, parmi ses manuscrits nouvellement acquis, possède : « L( '"^'"•^
mirouer des dames, dédié à Jeanne reine de France et de Navarre. (Bibl. de l'école des Ctiirt'^
t. XLIII. année 1882. p. 424-450),
bÉ BRIE-COMTE-ROBERt 485
t distinguer du commun. Nicolas de Braie, dont le nom
t être traduit par Nicolas de Braye, est celui qui a écrit en
•s hexamètres, au XIII® siècle, la vie et les actions de Louis
H, père de Saint-Louis, qu'il dédia à son évèque Guillau-
i d'Auvergne, qui fut assis sur le siège épiscopal de Paris,
. 1228. Son ouvrage est imprimé dans le V* tome de
jchêne ».
Il faut cependant noter que l'assertion de Tabbé Lebœuf
'est pas regardée comme probante. Dom Brial,qui, en 1818,
fait réimprimer le poème de Nicolas de Braye semble lai-
2r entendre que celui-ci serait plutôt originaire de Braye
n Champagne, Braye-sur-Seine.
« On ne sait, écrit M. Petit-Radel(i), concernantla personne
ece poète, rien de plus ce positif queque dom Brial en a dit
ans Tavant-propos, placé en tète des Gesta Ludovici VIII
\ï\l a fait réimprimer, en 1818, dans le XIIP volume des
istoriens des Gaules et de la France. Il lui a paru que ce
oète est le même personnage que le Nicolas de Braïa, doyen
u chapitre collégial de ce nom en Champagne, dont le P.
lontfaucon a cité une lettre existant sous la date de l'an
202, dans le cartulaire des comtes de Champagne. »
Petit-Radel appuie son dire par la reproduction de cette
harte qui porte, en effet, la date du mois de janvier 1202.
-ette pièce vise bien le chapitre de Bray-sur-Seine, car elle
évèle un accord passé entre la comtesse palatine de Troyes,
ominssam trecensem palatinam (2) et le doyen du chapitre.
'Ile débute ainsi : « Ego Nicholaus, decamis ecclesix Braia-
-nsis,., » Dom Brial a parfaitement raison de voir dans ce
srsonnage le doyen de Téglise de Bray-sur-Seine, puisqu'il
' qualifie tel et que l'église en question dépendait de la
imtesse de Troye's. Mais, je cherche en vain pourquoi ce
icolas, doyen de Téglise de Brie et Nicolas de Brie ne furent,
^cessairement , qu'une seule et même personne.
Dans les Actes de Louis VIII, dont Nicolas de Braie est
î) Histoire littéraire de la France, t. XVIII, p. 63 (Article Nicolas de Brai ou de Braîa. poète
roïque.
l) Cette comtesse, dit Petit-Radel, est la même qui s'intinnle : Ego Blancha campanile
itina, dans une charte de Tan 1327 qui es: cité dans la Gallia ehristiana, t. IX, p. 106.
4^> HtSTOIRE DE LA VILl.K
lauteur, ce dernier parle de lui-même, au vers 24. S'adrc -
sant à Guillaume d'Auvergne, il dit :
Prœsidio que tuî Braiœ Nicolaus alumnus
Gaudeat. . ..
Il me semble, pour ma part, voir une certaine différence
entre V « E^oecclesix Braiacensis cité parMontfaucon » et/e
« Ih'aix Nicolaus » du poème publié par Duchène. La tra-
duction littérale Nicolas doyen de léglise de Draie et \\icobs
de Braie accuse entre les deux expressions une nuance
dont il faut peut-être tenir compte.
(]ette nuance s'accentuera si l'on examine attentivement
les déductions suivantes que Petit-Radel a cru devoir tirer du
poème lui-même.
«En dédiant son poème à Guillaume d'Auvergne, arche-
vêque de Paris, écrit le critique érudit, dont la prélature est
marquée entre les années 1228 et 1248, le poète fait connaitrc
que c'est dans cet espace de temps que les copies de son
poème ont dû se répandre. Or, cela marquerait une époque
postérieure à celle de la mort de Louis VIII ; et ce n'est pas
dom Brial qui nous a suggéré cette observation, mais seu-
lement la lecture du 5" vers du poème où, parlant de cette
mort, le poète s'exprime ainsi :
. . . Gui, ni natales fîliae sorores
Tain cîtû rupisseat vitae, florente juventà, etc. . .
Louis VIII étant mort dans sa 41' année, le 3 novembre
122^, il paraîtra sans doute probable qu'à la date de la com-
position de son poème, Nicolas devait avoiv 60 aiis el même
plus, car il faut bien supposer au poète cet âge avance,
pour qu'il ait pu traiter, de jeunesse florissante, Tâge mûr
d'un h<)mmedc4oans. Un poète, âgé de 3oaris, se seraitsans
doute exprimé différemment. Si l'on admet ces conjectures.
Nicolas serait né vers l'an iiGo; il aurait atteint l'iige de 4-
ans à la date de 1202 qui est celle de la charte du Nicolas de
Braïa dont on cite l'existence au cartulaire de Champagne,
et Von voit qu'a cette date le poète aurait eu Tâge compétent
pour stipuler des intérêts au nom de son chapitre. Il suivrait
de ces diverses combinaisons, que le chantre de Louis VIII
bE BRIE-COMTE-ROBERT 487
t été contemporain d'Adam, chanoine de Saint-Victor. »
dois avouer que ni « les conjectures », ni les « combi-
ns jo de Petit-Radel n'ont eu le don de me convaincre.
rait-ce que la prétention de faire, en littérature, le con-
orain d'un homme que Ton fait naître en iiôod'un autre
îst mort en 1177, cela suffirait seul à éveiller mon
lion.
:it-Radel estime que Nicolas de Braie, celui du poème
lort vers i23o, âgé suivant luide 70 ans ou environ. A
date, Guillaume d'Auvergne venait à peine d'être élevé
âge épiscopal de Paris (i). Ce prélat est mort en 1248.
dire qu'en 1228, il ne pouvait guère avoir moins de 70
3PS lui-môme, ce qui le ferait mourir à 90 ans ou cente-
, limite de la longévité humaine. Donc au calcul de Petit-
I, lui-même, en 1228, Guillaume d'Auvergne eut été
sment du même âge ou peut-être de dix ans plus âgé
icolas de Braie. Comment expliquer alors ces vers dans
1 Nicolas de Braie détermine si exactement sa situation
vis de Guillaume d'Auvergne :
Prœsidio que tuî Braia Nicolaus alumnus.
Jicolas de Braie, élevé par tes soins », ou, si Ton aime
jc « Nicolas de Braie, ton élève ».
st-ce pas là, par le témoignage môme de l'auteur,
ant été Télève du prélat, Guillaume d'Avergne, il devait
►ir entre eux deux une différence d'âge très sensible. Je
3 une autre invraisemblance dans les « conjectures de
•Radel. » Il n'est pas douteux que le Nicolas de Braie-
ir du poème sur Louis VIII ait participé au siège d' Avi-
quicommençaleô juin 1226. Parlant de cette campagne,
it :
quoque, jam memini, volitans per inaae sagitla
lit ; at gentes egi, non corpore lœso.
loi aussi, je m'en souviens, je fus menacé par une flèche volant
'ers l'espace ; mais je ne reçus aucune blessure bien que je fus
ète des troupes ».
Lu'on me permette de relever cette étrange /apsus de Petit-Radel qui fait, entJsS, de
ime d'Auvergne un archevêque de •'Paris. Paris n'avait, à es moment, que des évéques
ants de l'archevêché de Sens.
Histomfe ofe u^ ^^'^''^
t
n
.'Il
*^ • «vec raison ••« «-^^ . ^^nstaten" -«-
t surtout Vcxpression ^^ nne a ..^i^
il ^^^''frto^sreX «'-PP^^'t mort de Louis ML»
Peiiv-Radel, il ^^^ ...rivant sur la mor ^ ^^ roi fd
, - de Brie, ou ^'^"^'^ , . :-ai cité plushaui- ,
î^icolas de assage que ) ^ jeunesse. » »^o" ^ .
poète dit dans un P ^^ ^.rissante ^^ ^^ ^^^te , S
Cession ne s^g";^;'J, ^ admettre qu en ^^; ' ^^ ^raie attev-
Tnut cela me conduit .^ e, N^^oia -^^pUque
sonptme^^C.uiiUt;f;^,,^ au si.ge
'naU ou ^^^''""''Zlo de 3B ans ait suivi ^^ ^^^^^, ,a
nisCmenKl"" „,.^_ comme ■"'»' ,i,ément q" " ■* , „
L„c vme *«", , on S-CKPI*'!"^ Te paris, âgée alors
'^r'lasdeBra,= f f v,ua.son*^^^ ^^ 3,,,, 3.x
:r^-= ^-°"::f;r ,.„.danss>co,asde
,-,,. wrw q"" " „me \avance l au petu-Radel et
Rrae "" »*''r"ue réft^cWr dom Bn^. .^^ y„g„-
«'■"'"'nd«l !"-"'«""■ ''"' de"deuK premiers- Or. la
phique ne - ;,é en de trieuse eonsio
490 • HISTOIRE DE LA VlLLli!
mouvoir la vie briarde, est tout tracé. Les obscurités de la
première heure se sont peu à peu évanouies. Le domaine du
seigneur a nettement apparu en même temps que se dessinait
avec une clarté suffisante la distribution des liefs aux alen-
tours. La bourgeoisie commence à poindre, un peu indis-
tincte, il est vrai, mais déjà l'on pressent qu'on va la retrouver
en pleine activité dans les rues qui se bâtissent, dans les
faubourgs dont l'existence ancienne ne fait plus de doute.
C'est précisément parce que tout cet ensemble est établi à
la fin du XIV' siècle que j'ai arrêté, là, la première partie de
ce travail, parce qu'elle présente un caractère spécial de
lente agrégation des éléments de la vie briarde. Mais avant
de quitter ce siècle si fertile en renseignements multiples sur
la vie de cette époque, on jettera un coup d'œil de regret sur
ces établissements agricoles prospères, sur ces fiefs dont
l'importance se devine, sur cette campagne fortunée, sur les
richesses accumulées dans l'église paroissiale sortie toute
neuve du vieux sanctuaire de Saint-Etienne. Tout cela va_
être, en effet, saccagé, pillé, ruiné pendant la funeste période
de la guerre de Cent ans, où les Français, divisés en Arma-
gnacs et en Bourguignons, ajouteront aux désastres de l'occu-
pation étrangère les douleurs de la guerre civile.
A Brie, comme dans le reste de la région, durant l'ère
pacifique qui avait succédé à plusieurs siècles de sanglantes
convulsions et de calamités innombrables, les forces intel-
lectuelles, artistiques et économiques du pays s'étaient
épanouies dans la culture des lettres, dans l'architecture
religieuse comme dans l'architecture civile, dans le dévelop-
pement de l'agriculture et l'accroissement du commerce.
Pour n'avoir pas eu tout l'éclat que cette floraison du moyen
âge a eu ailleurs, elle n'en a pas moins été assez marquée
pour que son importance, jusqu'ici un peu négligée, méritât
d'être mise en lumière.
Olil-:i,<iUl-:S MASCARONS DES CHAl'ITtACX
s.u,>p'Ji*faol les rttombées de la voûte principale de Saint-Elienn(
TABLE DES MATIÈRES
SOMMAIRES DES CHAPITRES
(Pc
iode .inlérieine
CHAPITRE I.
ziéme siéclej. .
8 à 55.
Les autochtones, p. 7, — La rdgion de Brie au 7' siècle avant
J,-C , p. 8. — Pierre Marchande, p. 9. — Brie, centre d'échanges,
p. 1 r. — Evangélisalion de la contrée, p. i). — Médailles romaines,
p. 18. — Nécropole ancienne, p. 24, — Convergence des voies mar-
chandes, p 29 — B':i.-/ci.i. p. j I . — Fortunai et le miracle de Saint-
Germain, p. îj. — Passage des Francs, p. 37- — Chalemaison, p. 38.
— Villcmain, p 39 — Les campagnes abandonnées, p. 43. — Les
fontain';s de Brie, p. 44. — L'iiot « Saint-Jean i), p. 4;. — Les Va-
renne?;, p. 49. — Les souterrains de Brie, p, 50. — Voies de commu-
nication, p. 52. — Les //.lies de Brie, p. jj.
ciiAPin<n;ii.
(Dou-Mme iiéde) ;; à m4
Divisions administratives anciennes, p. 57. — Les feudataires,
p. qg. — Les comtes de Paris, p. 60 . — Le duché de France, p . 6a .
— La politique de Hugues Capct, p. 6}- — Les Capétiens, p. 63. —
49î^ HISTOIRE DE LA VILLË
La châtellenie de Corbeil, les vassaux du roi, p. 65. — Thomas de
Brie, p 66. — Cession de la terre de Brie à Louis VII, le Jeune, p. 67.
— Robert I, de Dreux, p. 68. — La famille de Brie, p. 71 . — Brie,
possession de l'Eglise de Paris, p. 7>- — Etienne, comte de Paris,
p. 76. — Les Moulins, p. 77. — Le rû des Moulins, p. 79. — La
Fosse au Conte, p. 83. — La prétendue fondation de Brie par
Robert I, p. 85. — Robert I, de Dreux, contre son frère Louis, le
Jeune, p. 86. — Les mariages de Robert I. de Dreux, p. 87. — Fon-
dation du Chapitre Saint-Thomas, de Cantorbery, p. 88. — Robert I,
de Dreux, et Thomas de Cantorbery, p. 90. — Robert I, de Dreux,
et les moines, p 91. — Le miracle de Braine, p. 92. — Le massacre
des Juifs à Brie, p. 93. — Agnès de Beaudimont, troisième femme
de Robert I, de Dreux, p. 98. — Etat de Brie, au 12° siècle, p 100. —
Le fiel du seigneur et le fief de l'Eglise, p. 103.
CHAPITRE III.
(Treizième siècle) 1 04 à 1 96.
Mort de Robert I, de Dreux, p. 105. — Philippe-Auguste, p. 105.
Robe'-t II, de Dreux, p. 106. — Yolande de Coucy, femme de Ro-
bert II, de Dreux, p. 107. — Robert II, de Dreux, seigneur de Brie,
p. 107. — La Charte de 1208, préambule, p. 109 ; des moulins et
de la mouture, p. 109 ; de la justice, p. 1/2 ; marchands de sel, mer-
ciers, regrattiers, p. 113 ; serment de fidélité, p. 113 ; franchise de
la terre de 1 Eglise, p. 114 ; vente du pain, des grains, du blé, p. 114 ;
mesures de capacité, p. 114; vente des animaux, p. 115 ; fraudes
sur les droits de l'Eglise, p. 116; les corvées, p. 116; la borne de
séparation, p. 117 ; le ban de vendange, p. 118 ; fortifications de
la ville, p. 118 ; prises d'armes, p. 118 ; les obligations du seigneur
de Brie, p. 119 ; profits de l'homme du seigneur, p. 119; transport
du bois, p. 119 ; serment de fidélité au seigneur, p. 120 ; garde de
la ville, p. 120 ; les droits de poitevine bur la vente du blé, p. 120 ;
mesure du vin, p. 121 ; des étrangers, p. 122 ; manquement aux
présentes obligations, p. 122 ; des Juifs, p. 122 ; exemption du ban
du bois, p. 123 ; droits perçus en nature par TEglise, p. 123 ; le
marché, sa situation, son changement prévu, p. 123 ; apposition des
sceaux, p. 124. — Date de la charte de 1208, p. 124. — Contestations
entre l'Eglise et le seigneur, p. 125. — Etat des personnes et des
propriétés à Brie, p. 126. — Les hôles de l'Eglise, p. 126. — Les
commerçants à Brie, p. 127. — Charte transactionnelle, p. 127. —
Le mouvement communal, p. 129. — Ville-Commune, p. 129. — La
terre du seigneur, la terre de l'Eglise, p. 130.— Les haies du sei-
gneur, p. 130. — Le Castrum de Rigord et de Guillaume-le-Breton,
p. 130. — Deux marchés, p. 131. — Place de l'Hôtel-de- Ville, place
du Marché, p. 131. — Le Coin Gantin, p. 131. — Concurrence entre
DE BRIE-COMTE-ROBERT 498
l ^s marchés, p. 132. — J^a Maison de Dieu de Brie-Comte-Robert,
I. 132 ; lettre du pape Innocent III, relative à la chapelle de la Maison
le Dieu, p. 133 ; fondation de la Maison de Dieu, p. 133 ; quelle
^ale > ; nom présumé du fondateur, p. 134 ; la chapelle de rilôlel-
I)ieu p. 135 ; grande salle, ditQ hospiialïias, p. 138 ; l'inscription de
l'Hôtel Dieu, p 139 ; lettre d'Innocent I\^, au sujet de la chapelle
de rilôtel-Dieu, p. 139 ; emplacement possible d'un IIôtel-Dieu
antérieur, p. 140 ; date de la construction de la façade, p. 141 ;
les bustes qui ornent cette façade, p. 143 ; essai sur leur identi-
fication, p. 144 ; têtes de l'archivolte de la façade, p. 145 ;
animaux fantastiques de la façade, p. 147 ; faune et flore des
ornements d'architecture, p. 148 ; le premier étage de Tllôtel-
Dieu, p. 148. — La léproserie ou Saint-Lazare, p. 148 ; répar-
tition des lépreux, p. 150. — Mort de Robert II ; épitaphe de sa
tombe, p. 151. — Appréciation sur son passage à Brie, p. 152. —
Mort de Yolande de Coucy, p. 152. — Guillaume seigneur de Brie,
p 153. — Robert m. seigneur de Brie, p. 1 54. — La Charte d'affran-
chissement DE 1230, p. 154; préambule, p 155 ; les corvées de
Brie, p 155 ; les droits de gros et de huitième de vin, p. 155 ; cor-
vées de charruage. p. 1S5; procès aux habitants au sujet de cette
charte, p. 1 56 ; allégement des charges, p. i$6; affranchissement des
serfs, p. 157. — La Charte de Moissy, p. 157. — Bataille de Bouvines,
p. 158. — Mort de Robert lll, de Dreux, p. 159. — Pierre, dit Mau-
clerc, seigneur de Brie, p. 1 59. — Ses productions littéraires, p. 160. —
Caractère et portrait de Pierre, de Dreux, p. tôo. — Actes de Pierre
de Mauclerc, sa politique, p. 162. — Contestations entre Pierre, de
Dreux, et l'Eglise de Pans, p. 165. — Jean-le-Roux, p. 167. — Alix
de Bretagne, dame de Brie, p. 168. — Jean de Chàtillon, seigneur
de Brie, p. 168. — Brie n'était pas encore chûtellenie, p. 168. —
Arrêt du conseil royal à ce sujet, p. 169. — Jeanne de Chàtillon,
dame de Brie. p. 170. — Le comte d'Alençon, seigneur de Brie,
p. 170. — Blanche de Bretagne, dame de Brie, p. 170. — Coup d'xEil
sur le territoire de Brie, p. 171. — Les archives de la famille d'Or-
léans, p. 171. — Accroissement des biens de l'Eglise de Paris, p.
172. — Dimcs à Egrenay, p 173. — Apparition des bourgeois de
Brie, p. 174 — Raoul de Chevry, p. 175. — L'Eglise de Brie, p. 175.
— Les deux curés de Brie, p. 176. — Le chapelain de Brie, p. 178.
— L'église paroissiale et les chapelles de Brie, p. 179. — Topogra-
phie du pays, p. 180. — Le Rù Bertin, p. 180. — Actes de l'Ilôiel-
Dieu de Paris, à Brie, p. 181. — Le faubourg Saint-Chrisfophe, p.
181. — Un procès de mur mitoyen entre TIIôtel-Dieu de Paris et un
habitant de Brie, p. 182. — Rue Saint-Christophe ou rue de Chante-
pie, p. 186. — Contestation entre l'IIôtel Dieu de Paris et trois
Briards, p. 188. — René de Brie, prévôt de Brie, p. 189. — Le lieu
dit Villersy p. 189 — Le Fief du Breuil, p. 190 — Le système féodal,
494 HISTOIRE DE LA VILLE
p. 192. — La terre de la Bienheureuse Marie, p. 193 — Les r^ lî-
gieux de Saint-Martin des Champs p. 193. — Situation territori ^ale
de Brie, p. 194. — Simon de Cossigny et Baudoin de Villers, bai X lis
de Brie, p. 19s. — Jean de Rochcfort, prévôt de Brie, p. 196.
CHAPITRE IV.
(Quatorzième siècle : Les Seigneurs de Brie et leur
domaine) 190 à 3
Brie devient châtellenie, p. 197. — On donne à la ville le nom
Braya-Comiiis-Rohejti, p. 198. — Marguerite d'Artois, dame de Br'
Comte-Robert, se marie avec Louis, frère de Philippe-le-Bel. p. i
— Les enfants de Louis d'Evreux p. 199 — Jeanne d'Evreux, da
de Brie- Comte-Robert, p. 200. — Coup d*œil sur les grands évé
ments politiques de l'époque, p. 200. - Nicolas de Bienfaite. p. 2
— Attitude de Louis d'Evreux p. 201. — L'affaire des Templiec:
p. 201 . — Templiers Briards, p. 202. — Persécution des juifs, p. 2C
— Colonie juive à Brie, p. 204. — Le cimetière des juifs, à Brs^
p. 206. — Les Lombards à Brie, p. 206. — Altération des mo
naies, p. 207. — f^a légende de la tour de Nesles, p. 207. —
scandales de la Cour, p. 208. — Généalogie de Jeanne d'Evre
et de Charles IV' le Bel, p. 210. — Mœurs du temps, p. 211. -
F'acteur politique nouveau : les Etats généraux, p. 213. — Maria^
de Jeanne d'Evreux avec Charles IV, le Bel, p. 214. — Couronn
ment de Jeanne d'Evreux. p. 215. — Mort de Charles IV, p. 217.
Jeanne dEvrcux accouche d'une tille, p. 218. — Régne de Philip "Z^ ^^
VI, le Valois, p. 218. — Contestation féodale entre Jeanne d'Evre
et l'Evêque de Paris au sujet de la terre de Brie, p. 219. — Leti
de Jeanne d'Evreux au sujet de cette contestation, p. 221 . — Lef^t: ^^
de l'évoque de Paris, p. 222. — Les comptes de la reine Jean- ^^^e
d'Evreux. p. 223. — Recettes pour l'année 1328, p. 223. — Dépen±5^^^
pour l'année 1328, p. 225. — Charges à vie, p. 226. — Ouvrages ^
Brie, p 226 - La comptabilité du domaine de Brie, p. 228.
Examen des recettes, p. 231. — Les amendes, aliment de recette^,
p. 232. — Pourquoi elles furent prononcées, p. 23^. — Les noms *
p. 233. — Amendes pour faux appel, p. 234. — Remises d'amendes,
p. 23>. — Droits fiscaux, p. 236. — Condamnation d'un filou, p. 237-
— Faux appel contre un prévôt, p 237. — Les assises du prévôt de
Brie, en 1333, p. 238. — Le prix du setier de froment et du setier
d'avoine en 1329. — Complications monétaires, p. 242. — Prix de
^a fenaison, p. 243. — La reine Jeanne à Brie, p. 244. — La jonchée
de la Saint-Jean, p. 244. — Le moulin de Cornilleau, p. 244.—
Mémoire de réparations à ce moulin, p. 244. — Estimation du Moulin,
p. 245. — Réparations à la bonde des moulins, p. 246. — Répara'
X
re
r
D BRIE-COMTE-ROBFRT 49O
tions au canal desservant les moulins, p. 247. — Le moulin à vent,
ses réparations, p. 248. — Le moulin à chevaux pendant la guerre,
P- ^> I. — Le vieux moustier, le moustier neuf, p 252. — L*église
*>otr^-Dame, p. 253. — Le Boiilery, p 254. — La Qui lier ic, p. 254.
Contrat d'échange entre la reine Jeanne d Evreux et le chapitre de
^^ ^îs, qui cède à la reine ses droits sur une partie du territoire de la
^^ *^^, p. 255. — Le Pressoir banal, p. 257. — Les Malles, p. 259. —
^^ rue aux savetiers, p. 263. — La halle de la mercerie, p. 265. —
*^^^^ce des Halles, p. 268. — Rue aux Fripiers, p. 268. — Les mu-
^^^ il les de la ville, p 268. - La clôture de 1208 et l'enceinte du 14'
^*^^ole, p. 269. — La XavMreric p. 272. — Charles-le-Mauvais,
F^ • 275. — Jean de Bienfaite, Jean d'Andresel, p. 275. — Perceval
Pommeuse sa condamnation, p. 276. Confiscation des biens de
-rceval de Pommeuse. seigneur de Belle Assise, à Villemeneux,
F> 278. — Rôle de Jeanne d'Evreux pendant laNavarreric, p 279. —
ï— a Jaquerie^ p. 280. — Construction des fortilications de la ville,
1>- 283. — Indications sur ces fortifications 284. — Tracé des fortifi-
cations, p. 285. Les portes de la ville p. 287. — Le vieux gué et
le nouveau gué. p. 290. — L'étang du château, les rûs de Fubccuf et
^e Vaudoy travaux d'aménagement, p. 295. — Les carrières de
"«"ie p. 301. - Le châtel et Ihùtel de Bric p 303 - Extension de
^3 ville, p. 305. - Changements dans l'assiette du château, p. 307. —
^ ilôt Saint- Jean, p. 309. — Lhôtel.dc la reine Jeanne p. 315. —
^Ornpte des réparations et des travaux faits à l'hôtel de la rtrine, p. 316.
Evaluation des dépenses p. 327. — Distribution intérieure du
'Manoir seigneurial p 329 — Les chapelles du château de Brie,
P- 334. — La chapelle Saint-Jean p. 335. — Fondation de la cha-
P^He Saint Denis, p. 336. La peste noire de 1348, p. 338. —
■'Mariage de Philippe V'I, le X'alois et de Blanche d Evreux, célébré à
"''ie, p. 340. — Séjours royaux à Brie-Comte Robert, p. 341. —
Passage de Philippe-le-Mardi, duc de Bourgogne, p. 342. — Mort
^^ Jeanne d'Evreux, au château de Brie, p. 344. — Jeanne d'Evreux
^^ Charles V : conformité de goûts, p. 3^8. — Extraits de l'inven-
taire des biens meubles, laissés par la reine Jeanne, p. 350. —
*^}ets laissés par Jeanne dl^Aieux à Brie-Comte-Robert, p. 355. —
*^nche de PVance, dame de Bric, p. 355. — Elle cède la châtellenie
^ ^rie à Charles V, p 3-^). — Mort de Blanche de l'rance, duchesse
-^ï'Itfans p. 360. — Teilament de la duchesse d'Orléans, p. 361 —
^^is. duc d'Orléans, seigneur de Brie, p. 362.
CHAPITRE V
^"•^/orc/ème siècle) : Les lieis, l'église paroissiale,
P^^'-sonxiages) 363 à 4
^ t>E Belle-Assi.^e, p. 363 ; sa position, p. 364 ; Perceval de
plan du premier él^ge du châieau i^-^
Fac-similé de ia siRoa, Lire de Jeanne d'Evreux. , j^^* -
PlandutiefSEtini-Denis 40 '
Plao-croquis de S/iînt-Lazarc (du 17'SLécle) .... 4îC*
HORS-TEXTE
Les grands jardins du château de Brie- Comte-Robert.
Le clos de la Fleur de Lys
49«
HISTOIRE DE LA VILM:
IIJMSTRATIOXS
Le maiché du X'endrcdi à Brie-Comte-Rohcrt (h. t ).
Scel et contrc-scel de la prévôté de I3ric-Comtc-Rohcrt
au I s'" siècle ...
Vase trouve dans une nécropole prés de Rrie.
Ruines du Château de Brie-Comtc-Robert. .
Scel et contre-scel de Robert I, de Dreux, seigneur
de l^rie ....
Façade actuelle de l'IIôlel-Dieu de Brie- Comte-Robert
(ht)
Robert I, de Dreux
Agnès de Beaudimont. 3'' femme de Robert I. de Dreux.
Motif d'encadrement emprunté à la tombe de Robert II,
de Dreux
Scel et contre-scel de Robert il, de Dreux
Sceau de Yolande de Coucy ...
Façade de ran:icn Hôtel-Dieu de Brie-Comte-Robcrt
avant la démolition du premier cta^^c. ...
Motif d'encadrement emprunté à la tombe de Robert 111,
de Dreux .
Bustes placés sur la façade de TIlntel-Dieu de R)rie-
Comte-Robcrt . . .
'J'ôtes de l'archivolie d'extrémité de la façade de l'IIôtcl-
Dieu
Animaux fantastiques placés sur la façade de riLMel-Dieu.
Partie supérieure de la porte d'entrée de rilôlcl-Dicu.
Robert IK de Dreux . . . .
Autre sceau d'Yolande de Coucy.
Robert III, de Dieux . . .
Pierre, de Dreux, dit Mauclerc
Fragment du sceau de Jeanne de (^hâtillon
Eglise Saint-F.tienne de Brie (façade du midi). . . .
— (façade occidentale) .
— (façade orientale). . .
X'ieille maison de Brie-Comte-Roberl.
Entrée de Brie par la route de .Melun
Reconstitution de la cour intérieure du château de Brie.
27
6S
81
^9
98
105
109
124
f j^
14J-1 4$
< l>
147
149
' >?
<>4
165
170
'77
1S4
I8s
^97
20^
212
DE BRin-f:OMTE-ROnERT 499
Reconstitution des mnisons ayant appartenu aux Halles
(côte de la rue de l'IIglise) 216
Reconstitution des maisons ayant appartenu aux Halles
(côié de la place du Marché) 220
intérieur de l'église de Brie-Comte-Robcrt, (nef latérale
méridionale) (h. t.) 22g
La reine Jeanne d'Evreux 23s
Sceaux de la reine Jeanne d'Evreux 249
La porte du moustier. (Essai de reconstitution). . . 277
Place des Minimes, auparavant des Bienfaites. . . . 300
Pierre tombale trouvée à Brie (face antérieure) (h. t.)» 3^2
— — (face postérieure) (h. t.), 313
Eglise Saint Etienne de Brie (nef principale^ (h. t.)- • 34S
Sceau de ]31anche de France 358
Pierre tombale, conservée dans l'Eglise Saint-Etienne. 363
Tête d'une clef de voûte de l'église de Brie 374
— — 3" '
Le plus vieux bâtiment de la l^orde-P'ournier .... 411
Motif central de la rosace du chœur de l'église Saint-
Etienne 439
Clef de voûte de l'église Saint-Etienne 462
Motifs de la rosace du chevet : Les mois de l'année . . 476 à 481
Janvier et février, p. 476 ; mars et avril, p. 477 ; mai et
juin, p. 478 ; juillet et août, p. 479 : septembre et oc-
tobre, p. 480 ; novembre et décembre, p 481 .
'PLAXS ET CARTES
J>c sol de Bric ù l'époque Gallo-I^omaine 2^
(>oupe du terrain sur lequel est bâti Brie 29
Carte des environs de Brie 46
X'allon du Cornillot 78
Le Cirnnd Moulin 79
Plan de rilôtel-Dieu de Biie 136"* 37
Plan de l'emplacement occupé aujourd'hui par la place
Gauthier 240
Plan de l'emplacement de"^ 1 lalles 262
Plan de la porte du Moustici- 277
Plan des murs et des portes de Bric- Comtc-Robjrt . . 286
Pi.m d'ensemble du château de Bric et des tossé^. . . 324
Plan du rez-de-chaussée du château 332
LIBRAIRIE DES MATMURINS
DUJAKIUC et C-.tSwTiiiiM, î». Kuc tics Sniau-Peic
Entrait du GatalogUe Généra
EMll
^fote de CattH
OURELIPei.
IIEL'nEUEli
HAURELU
MICHEL (E
1\
I
•1
I
Il ■' .J^
K?x\""^'"' 'iiiilliii